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Mode opératoire et manifestations d’un fléau qui plombe le développement du pays.

En 1998 et 1999, l’Organisation non gouvernementale (Ong) berlinoise Transparency international a hissé le Cameroun à la première place du panthéon mondial des pays ayant le plus grand indice de perception de la corruption dans le monde. Dénoncée en chœur par l’ensemble de la société, l’ampleur du phénomène est telle que de nombreux colloques, conférences, séminaires, revues, comités ad hoc, cellules, etc. lui sont consacrés. Pourtant, au lieu de reculer, le phénomène parait inexorable. Tous les secteurs de la vie publique sont concernés par le fléau. Plus que jamais, la fonction publique est devenue le creuset de la corruption et des détournements de fonds publics. Les fonctionnaires, à travers des stratagèmes savamment huilés, sont passés maîtres dans la spoliation de la fortune de l’État. Selon une étude menée par une Ong internationale, le personnel de l’État au Cameroun est devenu plus riche que l’État lui-même. La même organisation soutient dans son rapport 2013 que les récentes pénuries de ciment étaient causées par des fonctionnaires. Ceux-ci disposent de faramineux châteaux dans les quartiers les plus huppés des grandes villes au point de faire pâlir des opérateurs économiques.

La corruption, dans la fonction publique camerounaise, se décline de plusieurs manières. Le phénomène le plus courant est la commission. Il s’agit pour l’usager de rétribuer une intervention d’un fonctionnaire lui donnant accès à un bénéfice, à une exemption ou à une remise illicite quelconque. L’intervenant prend de ce fait sa « part », en raison du « service » d’intermédiation qu’il a fournie. Il y a aussi la gratification. Tout agent public qui a « bien fait » son travail sera « remercié » par une gratification laissée certes à l’appréciation de l’usager, mais dont le caractère banalisé et courant fait penser qu’il s’agit plus d’un «pourboire».

 

Gombo

 

Désormais, pour effectuer un acte relevant de la fonction publique, le fonctionnaire fait payer l’usager. Autrement dit, il marchande le « service » qu’il est censé effectuer gratuitement. C’est le «Tchoko». Certains fonctionnaires créent parfois des pénuries administratives, pour ensuite faire payer l’usager, qu’ils auront bien voulu « dépanner », prétextant avoir obtenu des imprimés auprès d’autres services. Dans certaines administrations même, tout dossier non « lesté » d’un billet sera systématiquement laissé en attente indéfinie. On crée des frais fouillés par ci et par là. Il y a aussi cette pratique qui consiste à utiliser à des fins personnelles, le matériel appartenant à l’administration publique. L’on peut citer à cet effet, les voitures de fonction et le téléphone de service qui ont dorénavant un usage systématiquement privé au frais de l’État.

 

Quand les gestionnaires de crédit croquent le budget

 

Les gestionnaires de crédits sont à l’observation, les prédateurs les plus voraces de la fortune de l’État. Ils croquent aussi bien le budget de fonctionnement que le budget d’investissement public. S’agissant du budget de fonctionnement, les principales rubriques qui laissent libre cours à toutes sortes de manipulations sont, eau, électricité, téléphone ; fourniture de bureau, entretien véhicules, frais de déplacement, petit outillage, matériel et immobilier ; habillement Vivres, nourriture et médicaments. Les dépenses de fournitures de bureau vont crescendo au fil des ans avec l’accroissement du budget de l’État sans rapport avec les services. La ligne entretien véhicules est devenue celle qui engraisse le plus les gestionnaires de crédits et autres intervenants de la chaine de dépense. Il n’est plus superflu de constater que les véhicules neufs sont soumis à réparation 6 mois seulement après leur achat chez un concessionnaire.

Ou encore qu’au cours d’une année budgétaire, le même véhicule est souvent réparé une, deux trois fois à hauteur d’un montant allant parfois au dessus du montant d’achat de celui-ci, quel qu’en soit l’état. Les tickets de carburant servis aux administrations sont presque automatiquement transformés auprès des stations services en argent moyennant l’abandon de 10% de la valeur faciale. Les frais de déplacement sont un gros gouffre à sous des fonds publics. Il est de notoriété publique que moins de 30% des missions sont effectivement effectuées. Pour de nombreux responsables, leurs correspondants des provinces sont appelés à la rescousse pour viser de fausses feuilles de mission en arrivée et au départ. Pour tout service de petit outillage, matériel et mobilier, cette rubrique est prévue chaque année. D’un exercice à un autre, elle est en nette progression, même s’il n’y a pas eu de réforme ou de création de services nouveaux. Ceci étant dû au fait que dans la réalité, il n’y a aucun achat très souvent, ou on achète des matériels déjà existants.

Les rubriques habillement, vivres et nourriture, médicaments sont affectées à toutes les administrations, y compris celles qui ne disposent pas d’internat, de cadre des malades et autres. On a parfois vu des achats de boissons pour plus de 60 millions Fcfa par trimestre dans certaines administrations. Pour contourner la procédure contraignante d’exécution du budget, bien que cela soit proscrit par la circulaire budgétaire, les ordonnateurs avec la complicité des contrôleurs financiers, ont systématisé le déblocage de fonds par décision. Méthode qui met complètement hors jeu les comptables-matières et devient la façon la plus aisée de détourner les fonds.

Les principaux vices de la gestion des crédits d’investissement sont : la surfacturation, la furtivité dans la réalisation des travaux et l’inconsistance des travaux. L’on enregistre également des engagements multiples de dépenses, à la fois sur Bip et sur fonds Ppte pour les même prestations.

 

Une meilleure maîtrise de la dépense

 

Les dommages de la corruption sont multiples. A cause de celle-ci, les investissements de développement ne sont pas réalisés là où la nécessité économique, sociale et politique l’exige. Ils sont en revanche, orientés où les fonctionnaires sont susceptibles de percevoir des pots-de-vin. La corruption et les détournements de fonds entretiennent incidemment la problématique de l’égalité entre tous les citoyens. Il devient urgent d’élucider une nouvelle stratégie de lutte contre ce malaise social qui gangrène inlassablement le Cameroun.

Pour bien d’observateurs, il devient plus que urgent de retirer aux membres du gouvernement et assimilés la possibilité de signer les bons d’engagement au profit des responsables techniques des ministères. Pour cette opinion, il faudrait désormais fixer les périodicités pour l’entretien des bâtiments pour ce qui concerne les peintures. Au sein des usagers et opérateurs économiques, l’on s’accorde à dire qu’il est temps de revoir ou supprimer la mercuriale des prix pour qu’elle tienne compte des prix du marché e des quotas bénéficiaires des hommes d’affaires. Car la surfacturation est l’une des plaies qui minent l’exécution du budget. Il faut également éviter la systématisation des études par des cabinets privés, alors que l’État dispose d’énormes expertises qui pourraient être complétées par les experts privés à peu de frais.

Par contre, un ancien ministre ayant requis l’anonymat estime que pour une meilleure maîtrise de la dépense publique : «Il faut systématiser tous les 3 mois des contrôles des réalisations sur budget d’investissement et de fonctionnement. Privilégier les contrôles a priori par la comptabilité matières et la direction du budget.» Il est convaincu de ce que pour obtenir un budget de l’État assis sur la réalité, celui-ci devrait être préparé durant toute l’année par une cellule logée dans les services centraux du ministère des Finances, en relation avec les contrôleurs financiers des services déconcentrés. Il propose également un suivi quotidien de l’usage des fonds et des besoins nouveaux.

 

Cameroun24.net

Cameroun - Corruption:  Détournements de fonds : comment les fonctionnaires pillent le Cameroun
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