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Coup d’Etat ou farce ? Le pouvoir de Napoléon ébranlé !


Le 23 octobre 1812, un homme quasiment seul, le général Malet tente de renverser Napoléon et son empire. A l’occasion du bicentenaire de cet extravagant complot, Thierry Lentz revient sur cette tentative qui, au-delà de ses chances de réussite, ébranla l’Empire dans sa légitimité.

 

Qualifiée aussitôt d’échauffourée, la conspiration Malet soulève de nombreuses questions, à commencer par son auteur, le général Malet. Qui est-il ? Présenté comme un simple fou par l’historiographie traditionnelle, Claude-François Malet s’avère être un personnage habile et ambitieux qui, en 1812, n’en est pas à son premier complot. Revenons sur sa carrière. Commandant de la garde nationale de Dole (Jura), il devient capitaine de l’armée du Rhin en 1792 et même général de brigade en 1799. D’origine noble, il n’en est pas mois un farouche républicain qui s’oppose au coup d’État de Bonaparte et plus tard à l’instauration de l’Empire. Compromis dans plusieurs scandales, il est finalement destitué en 1807. Amer, il passe à l’action et lance un premier complot en 1808 qui lui vaut l’emprisonnement avant de voir son sort adouci dans la maison de santé du docteur Dubuisson. C’est de là qu’il conçoit un nouveau coup d’Etat.

Claude François Malet

Son plan reprend le schéma de sa première tentative. Il est simple : profiter de l’absence de Napoléon pour annoncer sa mort et la proclamation par le Sénat d’un gouvernement provisoire. A l’automne 1812, l’occasion paraît bonne, Napoléon s’enlise en Russie. Ainsi dans la nuit du 22 au 23 octobre, le général Malet s’échappe avec deux comparses. Quelques heures après, il se présente en uniforme à la caserne de la garde nationale Popincourt. Introduit rapidement auprès du commandant de la 10e cohorte, un certain Soulier, il lui fait part des dernières nouvelles : la mort de l’Empereur et la nomination d’un gouvernement provisoire. Ni soldats ni officiers ne se montrent surpris. Cinq compagnies suivent alors le général à la prison de la Force où il fait libérer deux généraux complices, Lahorie et Guidal. Au petit matin, le premier aura arrêté sans difficulté le préfet de police, Pasquier et le ministre de l’Intérieur Savary. De son côté, Guidal s’était chargé du chef de la police secrète Desmarets. Tous trois se retrouvent à la Force. A l’Hôtel de Ville ce n’est pas mieux. A l’annonce des nouvelles de Malet, le préfet du département de la Seine, Frochot, fait aussitôt préparer une salle de l’Hôtel de Ville pour la réunion du futur gouvernement provisoire. À 9h, Malet est maître d’une grande partie de la capitale, reste à neutraliser la place de Paris. Là, la situation bascule.

Le général Hulin, gouverneur de la place de Paris, soupçonne une conspiration et demande à Malet des ordres écrits. Le général panique, sort son pistolet et tire sur Hulin, le blessant à la gorge. Malet est aussitôt neutralisé et arrêté par l’Etat-major. Entre temps, l’archichancelier Cambacérès alerté prend les premières mesures de sécurité. A midi tout est rentré dans l’ordre. Sur le champ, Cambacérès décide qu’une commission militaire jugera l’affaire. Outre Malet, Lahorie et Guidal, onze officiers sont déférés devant une cour martiale et fusillés dès le 29 octobre 1812.

Le général Malet et ses complices sont fusillés.

En dépit de son échec, la conspiration révèle la fragilité du régime. Napoléon, averti le 6 novembre, décide de précipiter son retour et constate avec affliction que nul n’a songé à son fils, le roi de Rome. Avec la proclamation de l’Empire, le mariage avec l’archiduchesse Marie-Louise et la naissance du roi de Rome, Napoléon pensait enfin son pouvoir légitime. Il n’en était rien.

 

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