Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

  La crise ivoirienne par les cartes

(Christian Bouquet)

À la fin du XXe siècle, bien protégée par une économie prospère, assurée sur l’avenir par le très haut niveau de ses cadres, la Côte d’Ivoire semblait à l’abri des turbulences. Or le pays a basculé dans une partition géographique et politique affichée en septembre 2002 et pas tout à fait cicatrisée depuis l’accord de Ouagadougou (4 mars 2007).
 
L’impression de sérénité et d’éternité dégagée par la célèbre carte de la végétation (carte ci-dessous à droite), avec l’énigme du "V baoulé" [1] et les nuances qui marquent le passage progressif de la forêt à la savane, s'est trouvée remplacée par la froide présentation du déploiement des troupes étrangères, c’est-à-dire plus de 11 000 hommes chargés d'assurer la sécurité et de protéger la démarcation, elle-même surlignée par un glacis baptisé "Zone de confiance" (carte ci-dessous à gauche). Comme si les moitiés nord et sud ne s’inspiraient plus confiance.

 

Le déploiement de l'UNOCI/ONUCI
en Côte d'Ivoire (août 2006)

Cette carte présente le dispositif militaire qui était en place en août 2006 : 3 500 soldats français de la Force Licorne et 7 800 "casques bleus", chargés notamment de sécuriser la "Zone de confiance" (ZDC). Le début de la mise en application de l’accord de Ouagadougou (mars 2007, cf. chronologie en pop-up ci-dessus) a entraîné le repli progressif des militaires étrangers (sous mandat de l'ONU jusqqu'au 30 octobre 2007) sur 17 postes d’observation répartis le long d'une ligne de démarcation désormais appelée ligne verte et leur remplacement progressif par des patrouilles mixtes comptant chacune 10 soldats loyalistes, 10 soldats issus de l’ex-rébellion, et quatre policiers appartenant à l'Opération des Nations unies en Côte-d'Ivoire (ONUCI).
L'opération Licorne est le nom de la participation des forces armées françaises, sous commandement français, à l'ONUCI. D'abord déployée dans le cadre de l'accord de coopération militaire entre les deux pays
dès septembre 2002, elle a impliqué jusqu'à  4 000 hommes.


Relief et végétation de la
Côte d'Ivoire


Carte réalisée par Hervé Parmentier,
ENS LSH, mai 2007

   Pour visualiser Bouaké avec Google Earth ou Map, le fichier .kmz et les coordonnées :
7°43'24.92"N / 5° 3'52.36"W

Voir page méthode (nouvelle fenêtre)


L'arc de tension ouest africain




Source : Le Monde diplomatique, cartographie
de Ph. Rekacewicz, dessin de N. Pau-Martinez


Ainsi la Côte d’Ivoire, autrefois "vitrine" ou "modèle", a-t-elle rejoint ses voisins du Liberia et de la Sierra Leone – en attendant peut-être la Guinée et la Casamance – dans cet arc de tensions ouest-africain (carte ci-dessus à droite) devenu depuis plus de dix ans le lieu géométrique des guerres civiles, des massacres, des seigneurs de guerre, des trafics de diamants (dans le glossaire, l'entrée Ressources) et autres produits illicites, des enfants soldats (dans le glossaire, l'entrée Enfants soldats), et des camps de réfugiés. Fierté de Félix Houphouët-Boigny, le pays n’a pas atteint le niveau de chaos de ses frères anglophones et n’a donc pas été placé sous tutelle internationale. Mais presque [2].
 
Aux origines de la crise, "l’ivoirité" et la question foncière
 
À sa mort (7 décembre 1993), l’héritage politique d’Houphouët-Boigny n’avait pas été entièrement clarifié. D’une part subsistait une ambiguïté sur le nom du successeur interimaire : ce serait soit Henri Konan Bédié qui, en tant que président de l’Assemblée nationale, devait accéder au poste conformément à l’article 11 de la Constitution, soit Alassane Ouattara, Premier ministre en exercice qui avait pris l’habitude de remplacer le "Vieux" à chacune de ses nombreuses et longues absences. D’autre part, le processus démocratique plus ou moins imposé par la communauté internationale – notamment depuis le discours de François Mitterrand à La Baule en 1990 [3] – n’était pas tout à fait achevé. Ainsi n’avait-on pas jugé bon d’organiser la Conférence nationale qui avait permis à bon nombre de pays africains de se rapprocher des règles occidentales de la démocratie [4].
 
Qu’on le veuille ou non, le spectre de l’ethnicisme planait sur la succession : Henri Konan Bédié (qui fut finalement investi) était baoulé, donc ivoirien "de souche" alors que son concurrent Alassane Ouattara était originaire du nord, voire voltaïque, donc dioula [5] et à ce titre suspect dans son identité. Cette distinction d’essence communautariste était doublée d’une défiance de nature politique, car l’ancien président Houphouët-Boigny avait pris l’habitude de monnayer son hospitalité contre des bulletins de vote, et les étrangers apparaissaient comme le réservoir électoral de son parti, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI).

Mais, dans ce pays circonscrit comme beaucoup d’autres par des frontières coloniales peu respectueuses de l’identité linguistique ou culturelle, qui était "étranger" ? La carte des familles linguistiques (carte ci-contre) introduit un découpage éloquent :

- au sud-est se trouvent les Akan (dont font partie les Baoulé, ethnie de Konan Bédié), pratiquant la langue kwa. Ce groupe s’étend tout au long du Golfe de Guinée, jusqu’au Nigéria ;
- au sud-ouest est implanté le groupe kru (auquel sont rattachés les Bété, ethnie de Laurent Gbagbo), qui déborde sur la côte du Liberia ;
- au nord-ouest, s’étend très largement sur la Guinée, le Mali et jusqu’au Sénégal le groupe mandé, plus connu sous le nom générique de dioula (extension des Malinké, ethnie commerçante dont la langue est devenue véhiculaire) ;
- et au nord-est se trouve le groupe gur (autrefois appelé voltaïque) qui occupe un vaste territoire sahélo-soudanien, couvrant le Burkina Faso et le nord du Ghana, du Bénin et du Togo.

On imagine que, dans ces conditions, la notion d’unité nationale à l’intérieur des limites issues du partage colonial manquait de pertinence. En outre, les colonisateurs français avaient cru bon de modifier ces frontières pendant plus d’une décennie (entre 1933 et 1947) pour faciliter les transferts de main d’œuvre entre la Côte d’Ivoire et ce qui était la Haute-Volta (carte ci-contre). Ainsi était apparue, sur les cartes d’Afrique de l’Ouest, la Haute-Côte qui rassemblait les trois quarts de l’ancienne Haute-Volta et le nord de la Côte d’Ivoire. Ce redécoupage était moins artificiel mais sa réactivation serait suicidaire. De telle sorte que le débat sur l’origine géographique d’un grand nombre d’Ivoiriens du nord est faussé pour tous les ascendants nés dans ce territoire entre ces deux dates.

Les quatre grandes familles
linguistiques de la Côte d'Ivoire
et leur extension régionale




La Haute-Côte (Côte d'Ivoire)
entre 1933 et 1947




Cartes de Ch. Bouquet
,
dessin : N. Pau-Martinez et G. Ravignon
ADES-DyMSET


Mais pourquoi des transferts de main d’œuvre ? Parce que les possessions françaises dans cette partie du continent étaient inégalement peuplées : les densités de population étaient plus élevées dans les savanes, pourtant soumises à la précarité des récoltes, que dans les zones forestières, certes climatiquement inhospitalières mais ouvertes sur la mer et, naturellement, riches en bois. Une vaste opération de déplacement de populations a donc été entreprise du nord (le Soudan français) vers le sud, portant au moins sur 420 000 Voltaïques entre 1932 et 1946, date de l’abolition du travail forcé, puis sur 265 000 entre 1947 et 1959. Quand on sait que la Côte d’Ivoire dans ses frontières actuelles ne comptait que 1,9 million d'habitants en 1936, on mesure mieux le poids historique de cette immigration [6].
Celle-ci s’est poursuivie avec régularité après l’indépendance (1960) car, si les besoins en main d’œuvre étrangère portaient au début sur l’exploitation des forêts et la construction du chemin de fer, ils ont rapidement évolué vers les plantations de café et de cacao, notamment sur les fronts pionniers très peu peuplés du sud-est et du sud-ouest. Ainsi les recensements qui se sont succédé [7] depuis ont-ils régulièrement fait état d’une proportion d’étrangers située entre le 1/5 et le 1/4 de la population totale du pays (18% en 1965, 22% en 1975, 28% en 1988, 25% en 1993 et 26% en 1998).
La répartition apparaît clairement sur la carte (ci-dessous à gauche) issue du recensement de 1998 , qui nuance sensiblement une idée reçue : les étrangers sont proportionnellement moins nombreux dans le nord que dans le sud, où ils représentent, dans certains départements du sud-est et du sud-ouest, plus de 40%. Dans les régions frontalières du Liberia et du Ghana, ils sont même majoritaires.
Avec le temps, le statut de cette forte présence étrangère a évolué. Lorsqu’il était au pouvoir, Félix Houphouët-Boigny avait encouragé ses "frères" africains à s’installer, notamment en laissant s’appliquer le droit coutumier selon lequel la terre appartient à celui qui la cultive. Moyennant quoi, ceux qui étaient d’abord venus pour être employés dans les plantations sont progressivement devenus eux-mêmes planteurs, profitant des terres vierges de la grande forêt ivoirienne [en complément, l'article d'Audrey Fromageot montre les enjeux de la question foncière : Agriculture et conflits en Côte d'Ivoire, terroirs maraîchers, territoires disputés]. Lors du recensement de 1998, ils étaient quasiment majoritaires sur les filières café-cacao. Sur le croquis (ci-dessous à droite) on remarque que les autochtones (descendants des premiers occupants du sol) sont minoritaires dans le centre-ouest (la "boucle du cacao") où les migrants ivoiriens sont les plus nombreux [8], alors que dans le sud-est et dans le sud-ouest, les étrangers sont majoritaires.

La population étrangère en
Côte d'Ivoire (RGPH, 1998)




carte : Ch. Bouquet ; dessin : N. Pau-Martinez, G. Ravignon et M-L Penin - ADES-DyMSET

L'occupation des terres dans les
zones de café-cacao





Source : RGPH 1998

Cette situation de cohabitation tranquille, où les intérêts des uns et des autres étaient préservés, aurait pu perdurer. Mais trois facteurs nouveaux sont venus perturber cette sérénité. D’une part, au plan politique, on avait mis fin au droit de vote des étrangers, faisant du même coup naître la suspicion au moment de l’établissement des listes électorales. D’autre part le régime de Konan Bédié, se sentant menacé par l’ascension d’Alassane Ouattara (qui avait fait sécession du PDCI en 1994 pour fonder le Rassemblement des Républicains / RDR), avait entrepris une vaste campagne tendant à le faire passer pour "étranger", fondant pour cela un corps de doctrine xénophobe ("l’ivoirité") qui allait sérieusement ébranler l’unité nationale.

Enfin, croisant en les renforçant les deux orientations précédentes, la Banque mondiale [9] exigeait dans le même temps la "sécurisation" des terres, c’est-à-dire le retour au droit foncier de type occidental avec cadastrage et titres de propriété en bonne et due forme. La loi foncière, votée dans ce sens en 1998, fut appliquée sans trop de précautions. Faisant prévaloir le droit du sang, elle oubliait ceux qui avaient cru acheter leurs terres en échangeant des "petits papiers" contre de l’argent lorsque les descendants des premiers occupants se montraient exigeants.
Un grand nombre de conflits, souvent meurtriers, entre "autochtones" et "non-autochtones", c’est-à-dire étrangers (allochtones) et/ou migrants ivoiriens s'en suivirent. Parallèlement, un sentiment de xénophobie s’instillait dans les esprits jusqu’à devenir omniprésent dans la vie sociale du pays. Car en dehors du monde rural, le débat sur la nationalité avait également pris un tour éminemment polémique autour des conditions d’éligibilité d’Alassane Ouattara. Déjà, pour l’élection présidentielle de 1995, une disposition avait été ajoutée au code électoral pour que sa candidature soit écartée, au motif qu’il n’était pas "né de père et de mère ivoiriens de naissance". À partir de 1996, le concept d’ivoirité se répandit largement ce qui créa un climat de plus en plus tendu entre les communautés : on y exaltait l’Ivoirien "de souche multiséculaire" et on jetait l’opprobre sur les Dioula.

Les religions en Côte d'Ivoire

Source : RGPH 1998. Carte : Ch. Bouquet -
dessin : N. Pau-Martinez, G. Ravignon et M-L Penin
ADES-DyMSET

Parmi les ultra-nationalistes, certains crurent bon d’y ajouter l’ingrédient religieux, laissant accréditer l’idée selon laquelle le conflit latent opposait également "les chrétiens du sud aux musulmans du nord", ce qui constitue une autre idée fausse (carte ci-dessus à droite). En effet, ainsi qu’il apparaît sur la carte, l’islam prédomine dans la plupart des régions, aussi bien dans le nord que dans le sud-est et le sud-ouest. Il faut évidemment rapprocher cette donnée de la très forte proportion d’étrangers – pour la plupart originaires du Burkina Faso et du Mali – vivant dans ces deux dernières régions.
Ce contexte trouble accoucha inévitablement d’un coup d’État : le 23 décembre 1999, pour la première fois en Côte d’Ivoire, un général putschiste (Robert Gueï) s’empara du pouvoir en renversant Henri Konan Bédié (l’héritier de Félix Houphouët-Boigny), et entreprit de "balayer la maison" avant d’organiser les élections présidentielles initialement prévues pour l’année 2000.
 
Le dévoiement du processus démocratique
 
Fortement teinté de "nordistes", le gouvernement militaire de Robert Gueï donna, dans un premier temps, l’impression que le problème de l’ivoirité allait être réglé pour solde de tout compte : "En semant le vent, vous avez récolté la tempête", déclara d’emblée le général président, dont le programme politique fourmillait de petites formules de bon sens. Mais le mal était profond, et la détestation dont le principal opposant Alassane Ouattara faisait l’objet dans le sud du pays allait continuer à plomber le climat pré-électoral. C’est ainsi que la nouvelle Constitution devant être soumise à référendum polarisa l’attention sur un seul article : celui qui définissait les conditions d’éligibilité du futur président de la République. Devait-il être né de père ET de mère, ou bien de père OU de mère ivoiriens de naissance ? La conjonction de coordination avait son importance dans la mesure où Alassane Ouattara ne pouvait réellement démontrer l’origine ivoirienne que de l’un de ses deux ascendants. Après de multiples revirements, le "ET" fut finalement inscrit dans le texte. Ces deux petites lettres, auxquelles la communauté internationale fit mine de ne pas prêter attention, allaient plonger le pays dans une crise dont il aura du mal à sortir.

Résultat du référendum des
23 et 24 juillet 2000




carte : Ch. Bouquet ; dessin : N. Pau-Martinez, G. Ravignon et M-L Penin - ADES-DyMSET
D’autant plus qu’en appelant – contre toute attente – à voter OUI au référendum validant cette Constitution, le parti d’Alassane Ouattara (Rassemblement des Républicains / RDR) brouilla encore davantage les cartes, puisqu’il semblait accepter d’avance la mise à l’écart de son leader. Certes il se murmura que le RDR avait appelé sous le manteau à voter NON, mais le résultat de la consultation des 23-24 juillet 2000 fut sans appel : 86,5% de OUI avec une forte participation (65,05%). La carte ci-contre indique clairement les régions où l’adhésion à la Constitution fut plus tiède : la moitié nord du pays, et l’agglomération d’Abidjan. Mais un seul département vota majoritairement NON (Tengréla).
L’étape suivante promettait d’être agitée [10]. D’abord parce que le général Gueï, contrairement à ce qu’il avait affirmé pendant l’état de grâce du putsch, avait finalement décidé de se présenter à l’élection présidentielle. Faute d’obtenir le soutien de l’ancien parti unique PDCI (Parti démocratique de Côte d’Ivoire), il s’afficha comme "candidat du peuple". Ensuite parce que le RDR continua à s’enferrer dans sa logique suicidaire en confirmant la candidature d’Alassane Ouattara, prenant ainsi le risque d’une invalidation. Enfin parce que le vieux PDCI, orphelin d’Henri Konan Bédié, en exil à Paris, ne put s’entendre sur un candidat unique et en présenta quatre. Seul, le Front patriotique ivoirien (FPI) de l’opposant historique Laurent Gbagbo entreprit la campagne sans inquiétude ni états d’âme.
On pourrait presque dire que la Cour suprême trancha, à la place des électeurs, le 6 octobre 2000, en écartant 12 des 17 prétendants.

Elle s’appuya pour cela soit sur la lettre soit sur l’ "esprit" de la Constitution. Sur les cinq candidats considérés comme éligibles, il y avait le général Robert Gueï et le leader du FPI Laurent Gbagbo, mais plus aucun représentant des autres grands partis (RDR et PDCI). Au séisme politique ressenti à l’intérieur du pays, notamment du fait de la mise à l’écart de l’ancien parti unique, toujours très bien implanté – et probablement encore majoritaire – dans le pays, ne répondirent que quelques timides protestations de l’étranger, même si aux États-Unis le Département d’État parla de "mascarade". Peut-être eût-il fallu lire attentivement la Constitution plus tôt. La position française, dictée par le principe du "ni ingérence ni indifférence" prôné par le gouvernement de Lionel Jospin au moment du coup d’État de décembre 1999, ne fut jamais claire, sinon au lendemain du référendum constitutionnel de juillet 2000 où le ministre, Charles Josselin, fit état de ses inquiétudes quant à l’évolution du processus démocratique. Ses propos déclenchèrent des manifestations de rue et le siège de l’ambassade de France par les "Jeunes Patriotes". Le Quai d’Orsay devint alors silencieux. Logiquement, le RDR appela au boycott, pendant que le PDCI se déchirait entre ceux qui "n’avaient pas la culture d’opposition" et qui rallièrent le général Gueï, et ceux qui craignaient une dictature militaire.

Tableau récapitulatif des forces et des principaux acteurs
politiques en Côte d'Ivoire depuis 1999

Forces et acteurs politiques
Leaders et orientations
Front patriotique ivoirien (FPI)

Armée et milices : Forces loyalistes (FDS) et "Jeunes Patriotes", groupes activistes civils se réclamant de Laurent Gbagbo.
Parti de Laurent Gbagbo, membre de l’Internationale socialiste.
Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI)
Parti de Félix Houphouët-Boigny, "père" de l'indépendance, puis d'Henri Konan Bédié son héritier. Longtemps parti unique.
Rassemblement des Républicains (RDR)
Fondé en 1994 par Alassane Ouattara, parti dissident du PDCI.
"Indépendants" puis Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (UDPCI)
Parti du général putschiste Robert Gueï.

Mouvement Patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI) puis Forces nouvelles (FN).

Armée et milices
: Forces rebelles / Forces armées des forces nouvelles (FAFN).

Parti de Guillaume Soro, ancien leader du syndicat étudiant Fédération des étudiants et scolaires de Côte d’Ivoire (FESCI), plutôt proche des mouvements politiques du "Nord".



Dire que les opérations de l’élection présidentielle organisée le 22 octobre 2000 furent transparentes serait mentir. La participation fut faible (37,4%) et, après quelques péripéties de dépouillement et une gigantesque manifestation de rue, Laurent Gbagbo fut déclaré élu au premier tour avec 59,3% des voix, contre 32,7% à Robert Gueï qui prit la fuite. Sur la carte ci-contre on a distingué les zones où la participation fut inférieure à 20% afin de mieux souligner les régions où le général putschiste obtint une majorité significative : le grand ouest, c’est-à-dire son "pays" natal. Ailleurs, la majorité accordée à Laurent Gbagbo provenait largement d’un réflexe "républicain" de dernière heure, de la part d’électeurs du RDR et du PDCI qui ne souhaitaient pas la prolongation du régime militaire.
Des troubles sérieux suivirent, notamment dans la capitale économique où l’on déplora de nombreuses victimes, dont une cinquantaine découvertes dans un charnier à Yopougon. À l’étranger, la communauté internationale continuait de bégayer son inquiétude, rappelant que "toutes les sensibilités" devaient être représentées dans une démocratie bien comprise, exhortant les Ivoiriens à respecter ce principe lors des élections législatives à suivre.
Ce troisième scrutin aurait effectivement pu clarifier le paysage politique, et les trois grands partis traditionnels (FPI, PDCI et RDR) s’y préparèrent ardemment, de même qu’un groupe d’ "indépendants" constitué de partisans du général Gueï.
Résultats de l'élection présidentielle
du 22 octobre 2000


Hélas, la Cour suprême écarta, le 30 novembre 2000, la candidature d’Alassane Ouattara dans son fief familial historique de Kong, au motif qu’il n’était pas fils d’Ivoiriens de naissance. Cette décision fit l’effet d’une bombe : "Trop c’est trop" titra le quotidien Le Patriote dans son édition du 4 décembre 2000, illustrée d’une carte figurant la Côte d’Ivoire – déjà – coupée en deux. De fait, dans le nord du pays, on estima que si Alassane Ouattara n’était pas un vrai Ivoirien, aucun Dioula [3] n’était réellement ivoirien, et les populations locales entreprirent de chasser les fonctionnaires, considérés comme des représentants d’un État "étranger".
Les élections législatives furent donc difficiles à organiser. Malgré plusieurs tentatives de médiation, notamment de la part de la France et des États-Unis, le RDR retira tous ses candidats et appela de nouveau au boycott. Dans un premier temps (10 décembre 2000), le scrutin ne put avoir lieu que dans le sud du pays ; puis les circonscriptions dissidentes du nord revinrent à la légalité (14 janvier 2001) mais enregistrèrent des taux d’abstention très élevés, partout supérieurs à 80%. Certains députés y furent élus avec quelques centaines de voix seulement. Néanmoins, la carte (ci-dessous à gauche) corrigeait sensiblement l’image de la présidentielle : le FPI de Laurent Gbagbo voyait son territoire réduit à ses fiefs traditionnels du centre-est et surtout du centre-ouest, région où les Bété (ethnie de Laurent Gbagbo) étaient majoritaires. Le vieux PDCI avait reconquis ses terres habituelles de l’est, de populations akan, et recouvrait largement le nord à la faveur de l’absence du RDR. Les "indépendants" se réclamant du général Gueï (qui n’avait pas repris la vie politique) conservaient le grand ouest. Avec une participation globale très faible (31,5%), les élections législatives dessinaient une assemblée nationale qui n’était pas réellement représentative et qui n’affichait pas de majorité marquée : 96 députés pour le FPI, 94 pour le PDCI, 22 pour les "indépendants" (dont plusieurs retourneront au PDCI), et 9 sièges pour divers petits partis.

Résultats des élections législatives de
décembre 2000/janvier 2001


Écarts de participation entre les
législatives de 2000 / 2001 et les
municipales du 25 mars 2001



cartes : Ch. Bouquet - dessins : N. Pau-Martinez, G. Ravignon et M-L Penin - ADES-DyMSET

À l’issue de trois scrutins biaisés, le processus démocratique paraissait fort grippé. Il convient de préciser que chaque consultation fut précédée et suivie d’incidents plus ou moins graves, et de manifestations parfois durement réprimées, toujours sur fond d’ivoirité et de xénophobie anti-dioula. Le climat était loin d’être apaisé. Il était néanmoins prévu un quatrième acte : les élections municipales. Certes, elles ne concernaient que les électeurs des communes constituées, soit environ 60% du corps électoral. Mais elles allaient donner l’occasion – enfin – à toutes les sensibilités de s’exprimer puisque les mesures d’ostracisme contenues dans la Constitution ne pouvaient s’appliquer à ce type de scrutin.
Organisées le 25 mars 2001, les élections municipales furent marquées par une participation sensiblement plus forte : 39,3%. La carte (ci-dessus à droite) indique des écarts de participation particulièrement marqués dans le nord, manifestement frustré par les précédents rendez-vous électoraux, avec + 24% dans la région de Korhogo, + 30% dans le Worodougou et + 37% dans le Denguélé. Ouverte à tous, cette consultation donna lieu par ailleurs à des affrontements triangulaires, voire quadrangulaires, qui profitèrent au RDR. Ce dernier rassembla 27,2% des voix, contre 26,9% au PDCI, 25,2% au FPI et 21,1% aux "indépendants" et à l’UDPCI (parti de Robert Gueï).

Plus difficile à tracer en raison de circonscriptions électorales souvent découpées différemment, la carte (ci-dessous à gauche) est l’illustration la plus parlante du paysage politique ivoirien. Le RDR occupait presque sans partage le nord du pays, tandis que le PDCI se repliait sur son territoire d’origine (le centre-est) et que le territoire du FPI se rétractait encore davantage. Le parti au pouvoir avait notamment perdu ses capitales historiques (Gagnoa et Daloa) en raison de triangulaires désavantageuses. Les taches "indépendantes" représentaient parfois les partisans de Robert Gueï, mais parfois aussi de véritables dissidents de chacun des trois autres partis.

Résultats des municipales du
25 mars 2001




carte : Ch. Bouquet - dessin : N. Pau-Martinez,
G. Ravignon et M-L Penin
- ADES-DyMSET
Évolution des résultats électoraux
entre la présidentielle (2000) et les municipales (2001) dans 34 circonscriptions


À ce stade, il a semblé intéressant de mesurer l’évolution de l’audience des quatre principales forces politiques du pays en ne comparant que ce qui était comparable, c’est-à-dire d’une part des circonscriptions concernées [11] par la présidentielle, les législatives et les municipales (les 10 circonscriptions d’Abidjan-ville, soit plus de 1,1 million d’électeurs), et d’autre part des circonscriptions rurales concernées par les législatives et les municipales (24 circonscriptions de l’intérieur, soit près de 900 000 électeurs), soit au total 34 circonscriptions ayant le même découpage pour chaque scrutin. Cet échantillon représentait donc plus de 2 millions d’inscrits, soit 40% du corps électoral ivoirien. On constate sur le croquis (ci-dessus à droite) que les pertes du parti au pouvoir (FPI) en quelques mois étaient considérables. On aurait pu penser que cet épisode allait marquer l’aboutissement heureux d’un processus démocratique jusque-là plutôt chaotique, puisque chaque sensibilité avait enfin retrouvé sa véritable représentativité. Il n’en fut rien.

Dès le lendemain du scrutin, la presse proche du pouvoir en place (FPI) – qui venait de perdre ces élections – réactiva le concept d’ivoirité en dénonçant le "vote étranger", c’est-à-dire en prétendant que les électeurs du RDR étaient majoritairement des Dioula, donc potentiellement des étrangers. Les listes électorales furent alors stigmatisées, et le gouvernement de Laurent Gbagbo décida de les réviser, dans un sens restrictif, et de délivrer de nouvelles cartes d’électeur dites "sécurisées". Le débat fut vif pendant plus d’un an, car la délivrance des nouvelles cartes se faisait surtout sur critère de faciès ou de patronyme, écartant systématiquement les originaires du nord. Lorsque les Ivoiriens furent invités à participer aux élections départementales (7 juillet 2002), il manquait plus d’un million de cartes, soit 20% du corps électoral.
Dernier acte du processus électoral avant une longue période sans consultation, les élections départementales (carte ci-contre) furent donc marquées par une abstention record (participation : 28,1%), mais ne pourrait-on pas plutôt parler de non-participation contrainte ? La lisibilité des résultats fut, en outre, compliquée par la mise en place, partout où le RDR avait gagné les municipales à l’issue de triangulaires, de listes de coalition FPI-PDCI-UDPCI qui remportèrent 19,9% des suffrages. Dans leur version monocolore, les listes FPI rassemblèrent 20,6% des voix, les listes PDCI 20,6% et les listes RDR 24,8%. Nul ne pouvait tirer de véritable enseignement de cette consultation, qui contribua plutôt à brouiller les cartes.
La partition et les dernières élections (départementales, juillet 2002)



carte : Ch. Bouquet - dessin : N. Pau-Martinez,
G. Ravignon et M-L Penin
- ADES-DyMSET

Il restait toutefois dans les esprits que près de quatre millions d’électeurs (72%) ne s’étaient pas rendus aux urnes, dont une bonne partie des habitants du nord pour des raisons d’exclusion "identitaire". De telle sorte que, dans la journée du 19 septembre 2002, une nouvelle tentative de coup d’État lancée du nord du pays secoua la Côte d’Ivoire et, sans réussir tout à fait puisqu’Abidjan ne tomba pas, conduisit à sa partition. L’Histoire recopiait la fiction publiée à la Une du Patriote vingt mois plus tôt. Et le leader de la rébellion, Guillaume Soro, était très clair dans l’une de ses premières déclarations : "Donnez-nous des cartes d’identité, et nous rendrons nos kalachnikov !".
 
Ni guerre, ni paix, ni démocratie
 
La "guerre" ne dura que 29 jours. Les troupes loyalistes et rebelles ne s’affrontèrent jamais frontalement, mais les premières tentèrent de reprendre Bouaké, tandis que les secondes firent mouvement vers le port stratégique de San Pédro. Présentes sur le terrain pour "assurer la sécurité des ressortissants français", les troupes françaises  de la Force Licorne, soit plus de 3 000 hommes des troupes d’intervention rapide dépêchées en urgence sur place, figèrent la ligne de démarcation au niveau où le premier accord de paix (Accra I, 3 octobre 2002) avait stabilisé les forces antagonistes : entre les 10 départements du nord tenus par les rebelles et les 48 départements du sud contrôlés par les loyalistes, une ligne de non-franchissement fut tracée, élargie ensuite en une "Zone de confiance" (carte supra, en début de page) où les soldats français patrouillaient.

Cette situation devait durer longtemps, puisque les Nations unies ont envoyé 7 800 hommes pour épauler les 3 500 militaires français et éviter une guerre civile dont l’éclatement n’était jamais bien loin. Au cours des mois et des années qui suivirent, la communauté internationale rechercha, en vain, des modalités de sortie de crise. L’accord le plus important fut celui de Marcoussis, signé en janvier 2003 sous la pression (lourde) de la France [12]. Mais il ne fut pas accepté par le pouvoir ivoirien, donc jamais appliqué. Les accords d’Accra II, Accra III, puis de Pretoria I et Pretoria II, qui reprenaient les termes de Marcoussis, n’eurent pas davantage de succès face à la tendance récurrente du chef de l’État ivoirien à contourner une à une toutes les dispositions signées. La seule avancée fut obtenue par le médiateur sud-africain Thabo Mbeki, qui imposa, en avril 2005, à Laurent Gbagbo la possibilité pour tous les signataires de Marcoussis de se présenter à l’élection présidentielle : ainsi Henri Konan Bédié et surtout Alassane Ouattara étaient-ils rétablis dans leurs droits.
 
Mais 2005 devait être une nouvelle année électorale puisque le mandat présidentiel s’achevait le 30 octobre. Comment organiser un scrutin équitable dans un pays coupé en deux, aux listes électorales contestées ? Si les risques de reprise d’un conflit armé étaient limités par la forte présence de troupes impartiales, l’agitation politique interne n’avait rien perdu de sa violence et l’opposition légale avait joint ses voix à celles de l’ex-rébellion pour annoncer qu’au-delà du 30 octobre 2005 Laurent Gbagbo ne serait plus président. Or, s’appuyant sur la Constitution, ce dernier affirmait qu’il ne se retirerait que lorsque son successeur aurait été élu. Toujours aussi indécise, la communauté internationale adopta aux Nations unies une première résolution (n° 1633, fin octobre 2005) [13] prorogeant, pour un an maximum, Laurent Gbagbo à la tête de l’État mais le flanquant d’un premier ministre, consensuel en principe, doté de pouvoirs élargis. Ce fut Charles Konan Banny, qui ne parvint jamais à imposer son autorité face au Chef de l’État. En octobre 2006 une nouvelle résolution (n° 1721) reconduisit le même dispositif ... pour un an maximum ! Le même immobilisme prévalut de nouveau sur les principales clés de sortie de crise : identification des Ivoiriens pour établir les cartes d’électeur et désarmement des ex-rebelles et des milices gouvernementales. L’impasse était telle que la diplomatie internationale laissa Laurent Gbagbo et Guillaume Soro, irréductibles ennemis de la veille, entrer dans un dialogue direct pour aboutir à l’accord de Ouagadougou du 4 mars 2007. Ce texte n'annonce rien de nouveau sinon l’annonce symbolique de la suppression de la Zone de confiance. Mais, pour la première fois, il s’agissait d’un accord ivoiro-ivoirien, initié par celui qui avait fait capoter tous les autres et qui pouvait donc, peut-être, se sentir obligé de réussir.

Réussir quoi ? S’il s’agit de sa propre réélection à la présidence de la République, et sauf à imaginer que son mandat ait été si populaire qu’il ait pu gagner les centaines de milliers de voix par rapport à mars 2001, cela semble impossible sur la base de listes électorales justes et transparentes. En effet, les simulations qui ont été faites à partir des consultations précédentes, croisant notamment les résultats en voix obtenues et le nombre de candidats présentés dans chaque circonscription, permettent d’établir des cartes d’implantation pour les trois principaux partis (cartes n° 14, 15 et 16). A l’évidence, la carte ethnique n’est pas très éloignée, puisque le FPI domine en pays bété, dans le triangle Gagnoa-Guiglo-San Pédro, alors que le PDCI est très fort en pays akan, dans l’est et le sud-est, tandis que le RDR recouvre tout le nord dioula.
 Les projections établies à partir des 34 circonscriptions retenues pour les études comparatives permettent d’avancer les fourchettes suivantes, en cas d’élections législatives organisées dans des conditions parfaites : le RDR pourrait compter entre 75 et 90 sièges, le PDCI entre 65 et 80, le FPI entre 55 et 70 et les divers petits partis se partageraient le reste. Dans cette hypothèse, le candidat FPI à la présidentielle aurait peu de chances d’accéder au second tour.
Implantation du RDR
(municipales de mars 2001)


Implantation du FPI
(municipales de mars 2001)



Implantation du PDCI
(municipales de mars 2001)




cartes : Ch. Bouquet - dessins : N. Pau-Martinez,
G. Ravignon et M-L Penin - ADES-DyMSET

La rigueur scientifique à laquelle doit s’astreindre la géographie politique oblige toutefois à formuler quelques réserves sur cet exercice. Ainsi, dans l’hypothèse où les consultations (présidentielle et législatives) seraient effectivement exemptes de critiques, l’électorat sollicité sera sensiblement différent de ce qu’il était en 2002. En effet, le stock électoral sera renouvelé par l’inscription des jeunes Ivoiriens devenus majeurs, et par celle des "sans papiers" [14]. Par ailleurs, il est impossible de mesurer l’évolution des "sensibilités", et notamment d’estimer l’impact des positions de Laurent Gbagbo après toutes ces années de pouvoir en crise. Son nationalisme sera-t-il plus populaire que l’ivoirité sur laquelle il l’a fondé ?

Violences et combats, quelques repères

La crise en Côte d'Ivoire
2002 - 2007


Carte réalisée par Hervé Parmentier, ENS LSH, mai 2007

Éléments chronologiques

2002 (19-09) - Une tentative de coup d'État à Abidjan échoue. Les "rebelles" se replient sur la moitié nord du pays dont ils prennent le contrôle.
2002 (22-09) - Début de l'Opération Licorne : l'armée française se déploie. Elle se positionne le long d'une "ligne de non-franchissement" (LNF) bordée par un glacis, la "zone de confiance" (ZDC) séparant le sud "loyaliste" et le nord contrôlé par les "rebelles".
2002 (12) - Un charnier de 120 cadavres est découvert à Monoko-Zohi
2003 (15 au 26-01) - Conférence et accords de Marcoussis (en banlieue parisienne) suivis d'émeutes anti-françaises à Abidjan.
2003 (27-02) - Amnesty International accuse le MPCI du massa
cre d'une soixantaine de gendarmes "loyalistes" et de leurs enfants et de civils à Bouaké.
2003 (21-10) - Assassinat de Jean Hélène, journaliste correspondant permanent de RFI.
2004 (27-02) - La résolution 1528 [15] met en place la mission de paix de l'Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI).
2004 (25-03) - De violents affrontements à Abidjan font environ 120 victimes selon une commission d'enquête de l'ONU.
2004 (16-04) - Le journaliste Guy-André Kieffer disparaît mystérieusement à Abidjan.
2004 (2-08) - Les forces de l'ONUCI découvrent un charnier de 99 cadavres à Korhogo.
2004 (6 et 7-11) - Un raid de l'aviation ivoirienne sur le cantonnement français de Bouaké fait 12 victimes parmi les soldats de la Force Licorne. En riposte, l'armée française détruit au sol tous les avions de l'armée ivoirienne. Violentes manifestations anti-françaises à Abidjan, rapatriement de plusieurs milliers de ressortissants français.
2005 (30-01) - L'ONU a établi une liste de 95 Ivoiriens passibles de la Cour pénale internationale pour des exactions commises depuis 2002.
2006 (15-01) - Des manifestations de rue dégénèrent à Abidjan et le siège de l'ONUCI est attaqué par des "Jeunes Patriotes".
2007 (4-03) - Accords de Ouagadougou prévoyant un nouveau gouvernement de transition, la disparition de la ZDC et le retrait progressif des troupes étrangères.




La situation ivoirienne en mai 2007 : vers une sortie de crise ?

Laurent Gbagbo n’a jamais réellement admis que les problèmes de la Côte d’Ivoire puissent être réglés par la communauté internationale. Lorsque la résolution 1721 [16] lui imposa un nouveau cadre de fonctionnement, il manifesta l'intention de proposer lui-même un plan de sortie de crise ivoiro-ivoirien : ce fut le "dialogue direct", c’est-à-dire la main tendue à l’ex-rébellion pour essayer de résoudre les deux gros problèmes en suspens, à savoir le désarmement et l’établissement des listes électorales. Cette stratégie aboutit à l’accord de Ouagadougou (4 mars 2007), puis à la nomination de Guillaume Soro au poste de Premier ministre, enfin à la disparition progressive de la Zone de confiance donc à l’effacement annoncé de la ligne de partition. Soutenue par l’ensemble des acteurs de l’intérieur et de l’extérieur, cette position est actuellement en cours d’application sur le terrain. Elle devra être observée avec attention pour pouvoir juger des conditions d'une réconciliation nationale durable (dans le glossaire, l'entrée Réconciliation et pacification)...

Christian Bouquet, professeur de géographie politique,
Université Michel de Montaigne, Bordeaux 3,
chercheur à ADES-DyMSET, UMR 5185 - www.ades.cnrs.fr

pour Géoconfluences le 4 juin 2007

Notes

[1] Le "V Baoulé" est une pointe de savanes préforestières qui pénètrent sur près de 200 kms au sein des forêts denses du massif guinéen et qui constituent une anomalie dans le tracé du contact forêt-savane en Afrique occidentale. Diverses hypothèses ont été formulées pour expliquer leur existence : dégradation anthropique sous l’effet des feux et des cultures ; adaptation naturelle à un climat légèrement plus sec dans cette région que de part et d’autre à la même latitude ; adaptation aux conditions géologiques, la forêt se localisant sur schistes et les savanes sur granites ; enfin héritage paléoclimatique de la dernière période sèche du Quaternaire (source : IRD).
[2] Christian Bouquet, Géopolitique de la Côte d’Ivoire, A. Colin, 315 p., 2005. Un compte-rendu de l'ouvrage par Olivier Milhaud : www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=785
[3] Lors du XVIe sommet Afrique - France de La Baule le 19-21 juin 1990, le président Mitterrand lança un appel à la démocratisation des États africains, conditionnant partiellement l'aide de la France : "Le vent de liberté qui a soufflé à l’Est devra inévitablement souffler un jour en direction du Sud". Les sommets Afrique - France :
www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo_833/afrique_1063/sommets-afrique-france_326/index.html
[4] Christian Bouquet, "Du mauvais usage de la démocratie", Géopolitique Africaine, n° 14, pp. 237-254, 2004 et "Le mauvais usage de la démocratie en Côte d’Ivoire", à paraître en 2007.
Voir également sur le site www.african-geopolitics.org où on peut consulter aussi, de l'auteur : "Être étranger en Côte d’Ivoire" (n° 9, 2003) et "Côte d’Ivoire : guerre coloniale ou guerre civile ?" (n° 17, 2004).
[5] En Côte d’Ivoire, on appelle dioula non seulement les étrangers originaires des pays voisins de la frontière septentrionale (notamment les Maliens et les Burkinabè), mais aussi par amalgame les Ivoiriens du nord du pays et, plus généralement depuis que la crise a éclaté, les musulmans.
[6] Christian Bouquet, "Le poids des étrangers en Côte d’Ivoire", Annales de Géographie, n° 630, pp. 115-145, 2003
[7] Le RGPH 98 (Recensement général de la population et de l’habitat) est le 3ème recensement général organisé en Côte d’Ivoire après ceux de 1975 et 1988. Une enquête ivoirienne sur les migrations et l’urbanisme (EIMU) avait plus ou moins préparé le terrain en 1993. Réalisé par l’Institut national de la Statistique, avec l’appui technique et financier du FNUAP (Fonds des Nations unies pour la population), de la Banque mondiale, de l’UNICEF et de la Coopération française, ce recensement a donné des résultats considérés comme fiables, compte tenu d’une part des difficultés d’un tel exercice en Afrique subsaharienne, et d’autre part du climat très tendu dans lequel a dû être fait le comptage des étrangers.
[8] Il s’agit de planteurs ivoiriens venus d’autres régions du pays, essentiellement des Baoulé dont beaucoup ont dû quitter leurs terres inondées lors de la construction du barrage de Kossou.
[9] Depuis le début des années 1980, la Banque mondiale applique, à tous les pays pauvres qu’elle tente de sortir du sous-développement, une politique dite "d’ajustement structurel" qui la conduit à imposer des mesures économiques drastiques, d’inspiration néolibérale. La "sécurisation des terres" n’est rien d’autre que le transfert du modèle occidental de la propriété privée de la terre dans des pays où le concept d’appropriation n’avait pas le même sens.
[10] Christian Bouquet, "Côte d’Ivoire : quatre consultations pour une transition", L’Afrique Politique 2002, Karthala, pp. 313-342, 2002
[11] Les 10 circonscriptions d’Abidjan et les 24 circonscriptions de l’intérieur retenues pour l’exercice sont les seules à avoir conservé le même tracé et la même population d’un scrutin à l’autre.
[12] L'accord signé en France à Marcoussis le 24 janvier 2003 prévoyait simultanément le maintien du chef de l'État actuel, la mise en place d'un gouvernement de réconciliation nationale intégrant des représentants de la rébellion et la mise en œuvre d'un programme abordant les principaux sujets de fond à l'origine de la crise ivoirienne : nationalité, propriété foncière rurale, éligibilité, restructuration de l'armée, désarmement de la rébellion.
[13] Pour accéder aux résolutions du Conseil de sécurité : www.un.org/french/docs/cs
[14] Les listes électorales de 2000 affichaient près de 5,5 millions d’électeurs. Il devrait s’y ajouter environ 1,5 millions de jeunes Ivoiriens devenus majeurs, et au moins un million d’Ivoiriens "régularisés" à l’issue des audiences foraines organisées dans le cadre des opérations d’identification. Le renouvellement du stock électoral pourrait donc atteindre 45%.
[15] La résolution 1528 du Conseil de sécurité a mis en place l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (ONUCI) qui, du 4 avril 2004 au 15 décembre 2006, a compté jusqu'à 7 800 Casques bleus (pays contributeurs : membres de la Communauté des États d'Afrique de l'Ouest / CEDEAO essentiellement), opérant aux côtés de la Force Licorne et sous commandement français.  
[16] La résolution 1721 adoptée à l'unanimité du Conseil de sécurité le 1er novembre 2006 souscrit à la décision du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine selon laquelle "le président Laurent Gbagbo demeurera chef de l'État à partir du 1er novembre 2006 pour une nouvelle période finale de transition n'excédant pas 12 mois".


Tag(s) : #Documents

Partager cet article

Repost 0