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Surnommé ainsi en référence à la série télévisée 24 heures chrono, il est le chef d'état-major de l'«armée» constituée après le second tour de l'élection présidentielle, afin de «libérer» l'immense bidonville situé au nord d'Abidjan et peuplé en majorité de partisans d'Alassane Ouattara.

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La rencontre, entourée d'un luxe de précaution, a été organisée dans un coquet pavillon perdu en plein cœur d'Abobo. Ce bâtiment, qui appartiendrait à un cacique du régime dirigé par Laurent Gbagbo, a été «réquisitionné» voici quelques jours par les insurgés du Commando invisible. Au rez-de-chaussée, un indescriptible capharnaüm donne le sentiment que l'endroit a été pillé tandis qu'à l'étage, le visiteur découvre un confortable salon orné de poteries asiatiques. Sur une table basse, à côté des deux grenades nonchalamment abandonnées par un combattant, un aide de camp a disposé quelques verres et une bouteille de soda. Dehors, plusieurs hommes armés de kalachnikovs surveillent la ruelle déserte sur laquelle flotte une atmosphère de western.

«Maintenant que nous avons pris le contrôle d'Abobo, le moment est venu de nous dévoiler», lance le colonel Bauer, ainsi surnommé en référence à la série télévisée 24 heures chrono, lorsqu'il pénètre dans la pièce. À entendre ses subordonnés, cet homme de taille moyenne, qui porte une barbe poivre et sel et s'exprime d'une voix lente, n'est autre que le chef d'état-major de l'«armée» constituée après le second tour de l'élection présidentielle, afin de «libérer» l'immense bidonville situé au nord d'Abidjan et peuplé en majorité de partisans d'Alassane Ouattara.

«À partir du 16 décembre, lorsque les forces de Gbagbo ont commencé à tuer la population d'Abobo, nous avons décidé d'infiltrer le quartier, assure l'officier. Peu à peu, nous avons été rejoints par des volontaires, ainsi que par des éléments venus de l'armée régulière comme de la rébellion des Forces nouvelles. À chaque attaque du camp Gbagbo, nous avons récupéré des armes. Je peux donc vous annoncer que notre Force armée impartiale de Côte d'Ivoire est en mesure de lancer d'un instant à l'autre l'offensive contre nos trois objectifs stratégiques: la résidence de Laurent Gbagbo, le palais présidentiel et la Radio télévision ivoirienne.»

Pour autant qu'on puisse en juger dans la confusion qui règne en ville, les combattants dirigés par le colonel Bauer semblent effectivement avoir assis leur autorité sur des quartiers entiers d'Abobo. Ces derniers jours, ils ont été engagés dans de violents combats contre l'armée régulière dans la zone de Plateau Dokui, située à mi-chemin entre le cœur d'Abobo et le quartier résidentiel de Cocody. Toutefois, l'influence et le périmètre précis de cette structure demeurent difficiles à évaluer. «Il semble que plusieurs groupes distincts participent en fait aux affrontements», explique une source au QG d'Alassane Ouattara. Ces derniers jours, des clivages entre différentes factions seraient même apparus au sein de l'insurrection.

«Sous les seuls ordres d'IB»  

«Pour notre part, nous combattons sous les seuls ordres du général Ibrahim Coulibaly, dit IB», assure le colonel Bauer, en référence à celui qui fut présenté comme l'un des instigateurs de la tentative de coup d'État lancée le 19 septembre 2002 contre Laurent Gbagbo. Depuis lors, «IB» a rompu tout contact avec la direction des Forces nouvelles, mais, selon un diplomate en poste à Abidjan, il chercherait actuellement à profiter de la crise pour se réimplanter dans le paysage local. Au risque, poursuit la même source, d'ajouter à la tension ambiante.

Lorsqu'on l'interroge sur ses buts de guerre, de fait, le colonel Bauer se garde bien d'évoquer l'installation d'Alassane Ouattara au palais présidentiel du Plateau. «Selon nous, le dernier scrutin a été entaché de trop d'incidents, explique-t-il. Il sera donc indispensable d'en passer par une transition dirigée par le général Coulibaly. Ensuite, seulement, Alassane Ouattara pourra se présenter à de nouvelles élections.»

Baroque, dans un pays qui attend une sortie de crise depuis près de huit ans, l'analyse n'est évidemment pas partagée par les partisans du président élu qui, on le devine, espèrent bien pouvoir contrôler l'insurrection d'Abobo. Reste à savoir s'ils parviendront à s'émanciper à temps de la relative impuissance à laquelle semble les condamner leur résidence forcée à l'hôtel du Golf.

 

 

Par Cyrille Louis envoyé spécial du Figaro à Abidjan

Tag(s) : #Reportage

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