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La commémoration du 51e anniversaire de la Côte d’Ivoire coïncide avec le retour à la paix, cette religion dont nombre d’Ivoiriens s’était détournée. Et en prélude ou à cause de cette fête, le Président Henri Konan Bédié parle de Félix Houphouet-Boigny et fait une analyse lucide en témoin de son temps qu’il est

 

Qu’avez-vous appris aux côtés d’Houphouët ?

 

Pour l’essentiel, avec le Président Félix Houphouët-Boigny, j’ai appris : l’école de la vie, le sens des réalités, la patience comme solution des contradictions, le don de soi, le respect de la volonté du peuple, l’amour pour mon pays et pour ses diverses populations. 

 

Comment définiriez-vous l’homme ?

 

Homme politique exceptionnel du XXe siècle, Félix Houphouët-Boigny a toujours été considéré comme un « visionnaire » qui reste une source d’inspiration non seulement pour les dirigeants actuels de la Côte d’Ivoire mais aussi pour tous les hommes politiques épris de paix et de justice. Il fut un grand bâtisseur de nation qui a su  rassembler nos différentes communautés autour d’un idéal de solidarité et d’hospitalité. Il reste, pour nous, un humaniste, un homme soucieux du respect de la vie et de la dignité de la personne humaine. Il était également un sage qui alliait en lui la tradition et la modernité. Enfin, c’était un homme animé d’une très grande ambition pour la Côte d’Ivoire et pour l’Afrique.

 

 

Vous êtes resté longtemps dauphin constitutionnel, longtemps dans l’antichambre, Comment avez-vous vécu cette attente ?

 

Ce que vous dites-là ne reflète pas la vérité des faits. La constitution de notre pays existe depuis 1960. Elle a connu des évolutions successives. Ce n’est qu’en 1990, lors de modifications intervenues, que  le Président de l’Assemblée nationale devait assurer l’intérim du Président de la république en cas de démission, d’empêchement ou de décès. Je rappelle également que cette fonction que j’assumais était élective donc ouverte.  Elle n’était donc pas taillée sur mesure comme semble le suggérer l’idée de « dauphin ». On ne peut, dès lors, l’identifier à une « antichambre » ou à une situation d’attente d’une certaine fin.  Parler d’antichambre, c’est faire un raccourci et une caricature du destin politique qui fut le mien. La morale, en cette matière, est de savoir attendre son heure sans précipitation ni impatience.

 

On parle encore du génie politique du président Félix Houphouët, êtes –vous d’accord avec cette assertion ?

 

Oui ! Houphouët fut incontestablement un génie politique. Le reconnaître aujourd’hui, c’est réaffirmer une évidence historique que conforte  la distance temporelle. Je veux dire : plus le temps passe et plus nous mesurons la grande perte que fut pour la Côte d’Ivoire et pour l’Afrique sa disparition.

 

Est-ce que l’empreinte de FHB ne vous a pas fait de l’ombre ?

 

Pas du tout. Au contraire, ce fut une chance d’avoir été un collaborateur d’un aussi grand homme. C’était une fierté ! Car vivre à l’ombre d’Houphouët est une édification.

 

Est-ce qu’il n’a pas été trop difficile de succéder à un homme qui avait un tel charisme ?

 

Je n’ai jamais été habité par le complexe du parricide. Je ne pense pas que pour exister le fils doive tuer le père. Cette philosophie n’est ni houphouëtiste, ni celle du disciple que je suis. Nous avons cru et croyons en la chaîne des générations et au travail d’équipe que nous avons constamment prônés tant au PDCI-RDA qu’au gouvernement. Nous ne sommes pas adeptes du culte de la personnalité qui est contraire à la culture de l’humilité que nous avons apprise auprès de Félix Houphouët-Boigny lui-même.

 

Que reste-t-il de l’héritage de FHB ?

 

Malgré l’acharnement contestataire qui s’est emparé de nombre de nos compatriotes, les Ivoiriens en sont revenus aux fondamentaux de l’houphouëtisme. La paix est redevenue pour tous une valeur cardinale. Quant aux réalisations, quoi de nouveau, si ce n’est ce que le PDCI, sous Houphouët et sous moi-même, a laissé à la Côte d’Ivoire ?

 

Comment s’est faite la réconciliation entre vous et le nouveau président ?

 

Nous avons répété sans relâche qu’entre mon jeune frère et moi, il n’y a eu que des malentendus qui se sont dissipés dès que nous avons commencé à nous parler. Si nous avons décidé d’être ensemble, c’est par l’intelligence de nos différences dans l’unité de notre adhésion à la philosophie du père fondateur. Notre commune volonté est de restaurer la démocratie et de redresser l’économie de notre pays condamné à la misère par le Front Populaire Ivoirien. Cet objectif a été le puissant ferment de notre détermination à mettre ensemble nos forces et nos expertises pour sortir la Côte d’Ivoire de l’impasse de la Refondation.

 

 Comment voyez-vous l’avenir du RHDP ?

 

Le RHDP est une exigence politique majeure.  C’est l’avenir de nos formations. Il est une invitation à changer d’échelle sans perdre nos âmes. Pour réussir un tel défi, nous devons lutter contre les sectarismes frileux. Car l’Houphouëtisme, c’est l’ouverture démocratique et le rassemblement des sensibilités.

 

Quel bilan pour la Côte d’Ivoire 50 ans après ?

 

Les dix dernières années, les années de la Refondation, ont été, pour notre pays, un désastre dont le pire fut la crise postélectorale. La Côte d’Ivoire qui devait décoller économiquement  a été précipitée dans l’abîme en 1999. Le taux de croissance, devenu négatif, est, au jour d’aujourd’hui, estimé à - 6,3% pour 2011.  C’est une catastrophe qui doit interpeller la conscience des Ivoiriens et les pousser à développer de nouvelles dispositions d’esprit pour ne plus jamais retomber dans une situation aussi dramatique.

 

Revenons à l’actualité récente. Comment avez-vous vécu la crise postélectorale et la période du blocus ?

 

Elle fut douloureuse, affligeante et déshumanisante, car elle a constitué pour moi la preuve indubitable de la faillite morale et intellectuelle incommensurable du régime défunt qui n’a eu ni le courage ni la sagesse d’accepter sa défaite électorale et d’assumer son échec politique.

 

Votre ville natale est devenue un carrefour incontournable pour beaucoup d’Ivoiriens. Quel est votre rôle réel auprès du Président de la République ? Vous avez reçu à deux reprises une délégation du FPI.

 

Ancien Chef d’Etat, Président du PDCI-RDA et Président de la conférence des Présidents du RHDP, il est naturel que les militants et les Ivoiriens me fassent l’amitié de venir me rencontrer à Daoukro, où je réside depuis la fin de la crise postélectorale, pour me faire partager leurs préoccupations.

En réalité, le Président Ouattara, dans les relations de fraternité qui nous lient,  me fait l’honneur de me consulter sur certains dossiers importants du pays. Parce que dépositaire des préoccupations de mes compatriotes qui viennent ici se confier à moi,  je ne puis me dérober, quand je peux apporter ma contribution pour sortir notre pays de certaines situations difficiles. Mon rôle, ici,  c’est d’être de bon conseil pour tous. Et c’est ce que j’ai fait pour les dirigeants du FPI quand ils en ont fait la demande.

 

Comment passez-vous vos journées ?

 

Mes journées sont pleinement remplies. Elles sont partagées entre mes activités intellectuelles, mes occupations politiques, mes charges de responsable du PDCI-RDA et du RHDP. Je m’occupe également de mes exploitations agricoles. Certains aspects de ces activités sont, d’ailleurs, régulièrement diffusés par la presse.

 

Comment allez-vous fêter le 7 Août ?

 

En famille et en communion avec tous mes compatriotes.

 

Comment voyez-vous la Côte d’Ivoire dans les années à venir ?

 

Je vois un pays dynamique, décidé à relever avec ses fils et ses filles, avec ses cadres compétents et expérimentés, ainsi que toutes les bonnes volontés d’ici et d’ailleurs,  les défis du développement afin de reprendre sa place de locomotive de l’économie sous régionale. Je vois un pays soucieux de paix et de réconciliation qui a tourné définitivement le dos à la dictature, à la violence meurtrière, à la guerre et aux coups d’état qui sont, par nature, rétrogrades et néfastes pour le progrès de la nation.

 

Quel est votre message pour les Ivoiriens ?

 

Mon message pour les Ivoiriens ne peut être qu’un message de paix, de réconciliation dans le pardon mutuel des offenses et dans la fraternité retrouvée. Il nous faut renouer avec notre tempérament d’hommes épris de paix, attachés à l’esprit d’entreprise, au travail bien fait et à la joie de vivre. Que ce 51ème anniversaire de notre indépendance soit, pour tous et pour chacun des Ivoiriens, le début d’une ère que nous devons considérer comme nouvelle. Et comme telle, nous devons l’aborder dans un nouvel esprit, dans de nouvelles dispositions intellectuelles et morales qui portent notre ferme résolution de réussir notre projet commun de nation réconciliée et tournée vers le progrès partagé. Après toutes les épreuves que nous avons subies,  je fais confiance au grand peuple de Côte d’Ivoire pour tirer les leçons de l’histoire.

Bonne fête d’indépendance à tous !

 

 


Tag(s) : #Déclarations

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