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Depuis son élection à la présidence française le 6 mai 2007, le locataire de l’Elysée n’a pas effectué de visite officielle au Cameroun. Un pays qui partage pourtant des liens historiques avec l’Hexagone. A moins de 5 mois de la présidentielle au Cameroun et de 12 mois de la fin du mandat du successeur de Jacques Chirac, cette abstention suscite moult interrogations et conjectures.


Au lendemain de la fête nationale célébrée le 20 mai au Cameroun, le chef de l’Etat français Nicolas Sarkozy a adressé un message de félicitations à son homologue camerounais, Paul Biya, qui n’est pas passé inaperçu. «… Je saisis cette occasion pour vous redire tout mon attachement aux liens profonds d’amitié qui unissent nos deux pays et nos deux peuples. Ces liens sont ancrés dans un long passé commun. Ils sont également tournés vers l’avenir, dans une relation équilibrée et partenariale».
Le président français indiquait en outre que «la France met en œuvre au Cameroun, comme vous le savez, son programme bilatéral d’aide publique au développement le plus important dans le monde. Elle est heureuse de contribuer, à travers la réalisation des grandes infrastructures et un appui au renforcement de la gouvernance, à l’amélioration des conditions de vie des populations camerounaises».
Ce message de félicitations de Nicolas Sarkozy à Paul Biya est d’autant plus frappant que le gouvernement français, aussi historique que cela puisse paraître, n’a pas été représenté aux festivités marquant le 39e anniversaire de l’Etat unitaire au Cameroun.

Moins d’une semaine avant l’évènement, l’ambassadeur de France au Cameroun, Bruno Gain, a transmis la nouvelle au ministre des Relations extérieures, Henri Eyebe Ayissi. Nouvelle selon laquelle Henri de Raincourt, le ministre français délégué à la Coopération n’effectuera plus le déplacement de Yaoundé comme initialement prévu. Dans les cercles du pouvoir, on y a vu «un faux bond» questionnable à 5 mois de l’élection présidentielle. Ce d’autant que la présence de M. De Raincourt à Yaoundé aurait servi de caution du chef de l’Etat français, Nicolas Sarkozy, au régime de Yaoundé.
De plus, le représentant du gouvernement français devait signer avec les autorités camerounaises, dans le courant de son séjour à Yaoundé, le Contrat désendettement développement (C2D) de 2e génération. D’un montant global de 213 milliards Fcfa, ce C2D met un accent sur le monde rural avec en prime l’agriculture, la pêche, l’électrification, l’hydraulique villageoise.
Ce nouveau contrat mettra également un accent sur l’éducation et sur la formation professionnelle. Le deuxième C2D se situe dans le prolongement du premier qui a couvert la période allant de 2006 à 2010, financé à hauteur de 352,7 milliards de francs CFA et dont les réalisations les plus visibles sont l’échangeur du lieu dit «Carrefour préfecture» à Yaoundé et le giratoire Joss à Douala. Mardi dernier, au cours d’une audience au Minrex, Henri Eyébé Ayissi et Bruno Gain ont évoqué «la signature imminente du deuxième Contrat de désendettement développement dont le retard a des répercussions financières», signale Cameroon tribune dans son édition de mercredi dernier.

L’annulation de la visite de Henri de Raincourt au Cameroun à l’occasion de la dernière fête nationale rappelle surtout deux «faux bonds» de Nicolas Sarkozy à Paul Biya à l’occasion de l’anniversaire de l’Etat unitaire en 2009 et 2010. L’année dernière, le président français était annoncé au Cameroun dans le cadre de la célébration du cinquantenaire de l’indépendance, le 20 mai. Rendez-vous que M. Sarkozy n’avait pas honoré.
Les autorités camerounaises avaient accueilli en ses lieux et places le ministre d’Etat en charge de l’Ecologie, Jean-Louis Borloo et Alain Joyandet, le patron de la Rue Monsieur, siège du ministère français de la Coopération. En 2009, le «coq gaulois» s’était fait représenter à Yaoundé par le Premier ministre, François Fillon.
Mais, en diplomatie plus que dans d’autres domaines, les symboles comptent. A cet égards, les «contretemps» du Sarkozy lorsqu’il s’agit pour lui de se rendre au Cameroun agacent le pouvoir de Yaoundé. Ce d’autant plus que les prédécesseurs de Nicolas Sarkozy, en l’occurrence Charles de Gaulle, Georges Pompidou, Valery Giscard d’Estaing, François Mitterrand et Jacques Chirac ont systématiquement foulé le sol camerounais pendant leurs mandats.

Invitation
Après 4 ans de règne et à moins d’un an de l’élection présidentielle française, la posture de Sarkozy, qui s’est déjà rendu dans beaucoup de pays en Afrique, parfois à deux ou trois reprises, intrigue autant qu’elle inquiète au Cameroun. Pour sa part, l’ambassadeur de France au Cameroun, Bruno Gain, relativise en soulignant que «l’agenda du chef de l’Etat [Nicolas Sarkozy, ndlr] est extrêmement chargé. Il doit non seulement répondre aux préoccupations des Français en tant que président de la République, mais en plus il est le président en exercice du Groupe des huit pays les plus industrialisés du monde (G8). J’espère cependant que cette visite au Cameroun se fera. Le plus important, à mes yeux, c’est le renforcement de la coopération entre la France et le Cameroun. Avec notamment la signature, avant le 14 juillet prochain du CD2 de seconde génération, dont le montant total s’élève à 327 millions d’euros [213 milliards Fcfa, ndlr]. C’est le plus important dans le monde. De nombreux contacts et d’échanges existent entre les deux pays et les deux chefs d’Etat qui se rencontrent très souvent. La dernière fois, c’était à Yamoussoukro. Prendre dès lors cette relation sous le seul prisme de la visite du chef de l’Etat français au Cameroun serait réducteur».

Les pressions de la politique intérieure et extérieure française (avec notamment la campagne pour la présidentielle 2012 qui est déjà quasi ouverte et la gestion des crises à travers le monde) ne présagent pas d’une visite de Sarkozy cette année au Cameroun. Plus grave, selon le dernier numéro du magazine panafricain Jeune Afrique, le Cameroun n’est pas inscrit au programme des déplacements des pontes du gouvernement français en juin et juillet. Le ministre de la Défense, Gérard Longuet se rend en Côte d’ivoire à la fin de ce mois tandis que François Fillon y fêtera le 14 juillet. Privé de «l’honneur» de recevoir Nicolas Sarkozy à Yaoundé, Paul Biya ne loupe, quant à lui, aucune occasion pour lui «faire allégeance». Ainsi, «surinvitation» de Nicolas Sarkozy, le chef de l’Etat camerounais a eu une audience à l’Elysée, la toute première, avec son homologue français le 24 juillet 2009.
Selon le communiqué final fourni par l’Elysée, le déjeuner était consacré aux relations bilatérales entre la France et le Cameroun et à la coopération franco-camerounaise dans le domaine du développement, de la santé, de l'éducation et de l'agriculture.

Les principaux dossiers régionaux ont également été évoqués au cours de cette rencontre. «Les deux hommes ont bouclé leur tout premier entretien par une grande accolade. Le chef de l’Etat français et son invité étaient visiblement satisfaits. Comme en témoigne cette effusion d’au revoir qui allait au-delà de la poignée de main d’accueil. Peu de temps après, devant la presse, Paul Biya confirme : l’entretien s’est déroulé dans un climat de cordialité, d’amitié et de compréhension», rapportait l’envoyé spécial de Cameroon tribune, à Paris. Avant de conclure que «L’invitation de Paul Biya à Nicolas Sarkozy à visiter le Cameroun a été acceptée». 2 ans plus tard, le retour d’ascenseur pour cette invitation «acceptée» ne s’est toujours pas traduit dans les faits.
Paul Biya se contente dès lors d’entrevues avec Nicolas Sarkozy lors des sommets France-Afrique (le dernier s’est tenu à Nice du 31 mai au 1er juin 2010), de la Francophonie (le dernière fois à Montreux en octobre 2010), de la fête nationale française, lorsqu’il y est convié, comme s’était le cas le 14 juillet 2010.
Paul Biya va jusqu’à saisir la perche des déplacement de Sarkozy sur le continent africain pour avoir des échanges informels avec lui. Exemples lors des obsèques du président Omar Bongo, à Libreville, et tout dernièrement à l’occasion de la cérémonie d’investiture du président ivoirien, Alassane Dramane Ouattara, le 21 mai dernier.
Pour ce voyage, le président camerounais avait dû quitter son pays à destination de Yamoussoukro, après la célébration de la fête du 20 mai, au cours de laquelle il n’avait pas du tout chômé.
  

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