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J’ai un peu négligé mes interventions dans la presse écrite et autres journaux en ligne pourtant ô combien importantes pour la compréhension des problèmes du Cameroun. Même s’il est vrai que, de plus en plus, beaucoup d’entre-nous nous posons la question de savoir qu’est ce qui peut bien mobiliser les Camerounais. Internet est un bon outil de communication mais, parfois, il faut passer du stade de la proposition à l’agir direct et cet agir ne se fait pas devant son clavier d’ordinateur. Des voix s’élèvent aussi pour dénoncer la pauvreté des parutions voire la mauvaise qualité de fabrication de nos journaux papiers et en ligne. Mais les journaux presses et en ligne sont essentiels aujourd’hui dans le dispositif de formation et d’information de la conscience collective camerounaise.

 

Si la presse papier reste muette une journée, nous verrons le peuple des lecteurs à la devanture des kiosques s’inquiéter, le gouvernement lui-même perdra le sommeil. Si les journaux en ligne restaient muets et si tout le travail qui se fait en arrière-plan venait à disparaître, le peuple des internautes camerounais ferait bien un bon de plusieurs centaines de mètres en arrière. Peut-être, devons-nous tous en prendre conscience pour l’aider à s’améliorer, en l’aidant notamment en qualité de charme et de la qualité des images qui sont proposées. Nous devons travailler à rendre plus lisibles les articles qui sont proposés dans nos journaux, nous devons les rendre modernes aussi et encore plus professionnels.

J’ai séjourné ces derniers temps entre les USA et l’Europe où j’ai porté le combat contre le trafic des nourrissons au Cameroun. Les résultats dans l’échelle du temps de l’impatience ont mis du temps mais voilà ! Nous pouvons dire bravo dans un rapport d’une quarantaine de pages rendu public par la secrétaire d’État américaine 5 pages sont consacrées au commerce des êtres humains au Cameroun – la radio internationale RFI séjourne au Cameroun dès le début du mois de juillet et a consacré le 4 juillet 2012 une émission sur le sujet. Nous pouvons donc parler de victoire diplomatique et de victoire communicationnelle car, il faut le dire, ce n’était pas facile. Non, au regard du travail de sape qui a été organisé à la fois par une machine gouvernementale bien encadrée sinon séquestrée par les voleurs à col blanc et décidés à ne rien laisser passer. C’est le propre des dictatures : tout faire pour ne pas parler ou faire parler de nous. Il faut aussi noter que très peu ont apprécié le fait que je déclare que « les Camerounais de la diaspora sont complices du trafic des nourrissons… » ceci est aussi vrai. Beaucoup de médias m’ont sollicité et je me suis exprimé même si la couverture de mes interventions a été inégalement louangeuse – tant mieux, je vous avoue même certaines critiques me font plaisir – mais ample. J’ai pu, à plusieurs reprises, m’exprimer sur le fond, et cela me fait plaisir. Cela prouve, au passage, la justesse de mon intuition mais et surtout de l’expertise qui est la mienne dans ce domaine qui a été tant négligé par le monde de la recherche et de ses professionnels au Cameroun.

Oui, nous sommes sortis du temps de la dérision et de la commisération, on ne nous fait pas encore confiance, certes, mais on se tourne à nouveau vers nous avec intérêt, on nous écoute, on nous interpelle, on nous attend. Je ne voudrais pas m’enfermer dans la lutte contre le trafic des nourrissons, le Cameroun aujourd’hui est une montagne d’injustices. J’ai été au Lac Municipal de Yaoundé déposer une gerbe de fleurs afin de convoquer la vie, celle qui se supprime de plus en plus facilement au Cameroun. Et qui transforme le Lac Municipal de Yaoundé en cimetière voire en champ de tir. Les Camerounais ont répondu présent à cet appel mais beaucoup ont affiché une grande indifférence voire tenu des propos d’une rare violence vis-à-vis de ceux et celles qui dorment éternellement au fond de ce lac, peut-être sans jamais l’avoir demandé. Le visage de l’autre ici ne nous a donc pas rappelé notre propre humanité.

Maintenant vient le temps du débat. Il ya eu, dans notre pays, tout au long du mois de mai, la psychose des lettres de Marafa attendues par une frange de la population et redoutées par une autre frange. Ces lettres ont entretenu l’actualité politique et sociale avant de s’éteindre au grand dam de ceux et celles qui y fondaient de gros espoirs et au grand soulagement de ceux et celles qui se demandaient «  quand est-ce que cela va s’arrêter ! » Marafa est donc passé dans les faits divers avec, à la clé, eh oui, une lettre d’excuses adressée au Chef de l’État ! Les journalistes camerounais ont fait fort comme on dit dans nos cités et campagnes mais ils n’ont pas réussi à prendre en otage l’opinion publique qu’ils ont d’ailleurs renoncé à former depuis des années, lancés dans la quête du gombo. Normal dirons-nous quand on voit que la pitance de souffrance qui leur est allouée depuis 2002 est détournée autant ue se peut par le Ministre de tutelle à hauteur d’une cinquantaine de millions chaque année sans que cela n’émeuve personne ! Que se passe-t-il ? Certains ont eu deux à trois aides et ceux-là ne parleront jamais de détournement même s’il est visiblement à plusieurs milliers de kilomètres. Ceux et celles qui n’ont rien eu espèrent entrer dans le cercle très fermé des récipiendaires la prochaine fois.

Dans cette cacophonie, la voix des plus téméraires n’est pas plus audible. J’ai mes qualités et mes défauts, je ne plais pas à tout le monde, mais chacun conviendra que je suis un militant de la noble cause, qui n’économise pas son temps et son énergie, qui aime aller au contact des citoyens camerounais, qui ne ménage pas sa peine pour argumenter et, autant que possible, convaincre. Bref, je mouille ma chemise ! Vous savez aussi que la contradiction ne m’effraie pas, que je me nourris au contraire des critiques, et que l’idée même d’une censure m’est odieuse – même si, à l’occasion, des propos étrangers à nos valeurs doivent être interdits. J’ai donc repris la route et mon sac, pour sillonner le Cameroun. Je me suis rendu à Douala, à Kribi, à Mora et à Bafoussam. J’ai visité aussi quelques villages en même temps, qu’avec quelques intellectuels de la cité capitale, je tente d’organiser un réarmement moral ou alors d’ouvrir une troisième voie face au combat qui fait rage entre les frères siamois de notre scène politico-économico-médiatique.

D’ores et déjà, je retire quelques impressions fortes de ces échanges entre nous. D’abord, les rencontres dans les rues sont nombreuses, beaucoup plus qu’à l’ordinaire, et je ressens chez nos populations, même dans les coins les plus reculés, une soif de discussion inassouvie ces derniers temps. Les questions fusent, les propositions abondent. Il serait vain, sans doute, d’y chercher et plus encore d’y trouver une cohérence unique. Les populations restent diverses dans leurs sensibilités et, très souvent, suivant les régions, leurs centres d’intérêt, leurs dadas parfois, différents, et c’est très bien ainsi. J’observe aussi une forme de « tropisme régional », de culture locale : l’ancrage au parti au pouvoir est comme une religion dans certaines localités, le pragmatisme ouvert du littoral, le réalisme du nord, l’attachement au fils du pays dans le sud, une forme d’intellectualisme – au bon comme au mauvais sens du terme à l’occasion – de Yaoundé, à chaque fois une dominante émerge. Notre population est faite de cette diversité, il sera plus fort s’il l’entend et l’accepte.

Pour peu que nous écoutons, que nous observons, j’ai modestement décelé un besoin d’économie ouverte sur l’homme. Peut-être parce que les populations portent à deux bras d’énormes souffrances dans notre pays. Les populations parlent de la nécessité d’ouverture, ce qui renvoie à l’enfermement dans lequel, elles vivent, elles parlent d’innovation ce qui renvoie à la stagnation dans laquelle elles sont enfermées, elles parlent de créativité aussi parce que le cycle de la vie semble fermé sur lui-même et voué ainsi à la mort. Les populations ont faim de riz, de plantains, de mil, de viande, elles ont soif d’eau et ceci entraîne de nombreuses maladies qui touchent les nourrissons, la petite enfance mais aussi des personnes de troisième âge. Dans les villes comme dans les campagnes, il y a pénurie d’électricité et le pétrole lampant est de plus en plus dangereux et dégage une odeur qui provoque des vomissements. Les populations camerounaises, dans leur ensemble, disent souffrir d’insécurité, l’Est est le théâtre de nombreux viols notamment, les refugiés que nous accueillons sur notre territoire dans cette partie du pays en sont les principales victimes. Dans les grandes agglomérations, de nombreuses filles sont victimes de viol, les viols collectifs dans les cités universitaires sont légions !

Nous devons encourager ce déliement de langue et non le brimer. Alors, pourquoi ne réfléchirons-nous pas sereinement sur le rôle économique, social, écologique de nos petites communautés de vie ? Leur place au cœur même de la puissance publique ? Les Camerounais sont attachés à l’État, ils n’ignorent pas pour autant la nécessité de le réformer, ils savent aussi que le service public est une co-production entre l’échelon national et les activés décentralisées. Ils le disent avec leurs mots et leurs accents. Le temps du débat est là parce que chacun de nous peut recueillir ces besoins. Pour ma part, j’accueillerai volontiers ce type d’initiatives, mieux je les attends.

À travers cette interrogation longue, j’en conviens, se pose la question, éternelle de la vie politique dans notre vie et de son projet pour les hommes et les femmes. De la combinaison de la part du rêve avec le devoir de vérité. La politique doit enchanter le monde, créer de l’espoir, ouvrir des perspectives de changement. C’est, en tout cas, ainsi que la social-démocratie la conçoit, ce qui donne sa raison d’être à la social-démocratie dans laquelle, dans notre pays, nous retrouvons un certain nombre de partis politiques. Mais elle doit aussi se déployer en fonction de la structure de la société, de ses rigidités parfois, des contraintes, notamment financières et internationales, qui pèsent sur elle. Une politique sèche, sans projet fort, ne peut attirer, elle peut difficilement être de la social-démocratie, elle ne l’est que marginalement. Nos populations ne l’attendent pas de nous. Pour autant, une politique fondée sur des promesses mensongères ne peut pas, non plus, être considérée comme de la social-démocratie : elle débouche vite sur la pause, la déception, le rejet et le reniement. Il nous faut donc trouver le juste équilibre. Le Cameroun semble l’avoir oublié depuis 1982, avons-nous fait mieux avant ? C’est là une des questions qui attendent réponses de notre part. Oui, ceci dans un contexte bien différent et encore plus compliqué. La deuxième République est appelée à naître avec des concepts nouveaux, des hommes nouveaux, une idéologie politique nouvelle, ce qui ne veut pas dire que tout est à raser ! C’est cet équilibre, quoi qu’en disent les esprits chagrins – il y en a, je ne l’ignore pas – qui voudraient y trouver plus de rigueur ou, à l’opposé, moins de contraintes, que cherche à atteindre tout le travail que nous faisons aujourd’hui sur le terrain mais aussi à travers nos différentes publications.

Pour ma part, je suis convaincu que nous avons le devoir de proposer aux Camerounais, en vue de l’alternance qu’ils espèrent, ce que j’appelle une ambition crédible, de conduire des réformes de transformation sociale audacieuses tout en disant la vérité. C’est ce pour quoi je plaide tous les soirs. Je continuerai à le faire, sans me lasser. Et, j’attends de vous, peuple de lecteurs et patriotes, une mobilisation sans faille. Car c’est pour vous que nous nous engageons.  

 

 

 

Tag(s) : #Politique

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