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L'atmosphère était déjà délétère quelques mois plus tôt. Mais cela faisait dix ans que le pays était sur des braises ardentes. La Côte d'Ivoire n'avait jamais connu pareilles tensions, pas même pendant la lutte pour la conquête de l'indépendance, sous l'oppression du colon. Nos grands-parents ne nous avaient jamais conté de telles violences. Des affrontements avec à la solde un mort faisaient date alors. Si seulement nos grands-parents avaient vécu suffisamment longtemps pour réaliser que leur époque était trop pacifique, ils comprendraient pourquoi nous nous souvenons de ce qui s'est passé il y a trois mois, le 11 Avril 2011. L'épilogue d'un mauvais feuilleton qui n'avait que trop duré. Comme les prophètes l'avaient prédit, tout s'est arrêté ce jour-là : des Anges de métal que le pays attendait ont craché le feu comme au jour de l'Apocalypse. Les troupes infidèles à la République ont été mises en déroute et malmenées. Les glaives et les boucliers se sont mués en couardise et en chevaux de fuite. Les chefs guerriers ne résistant pas devant la colère du Ciel ont pris leurs jambes à leurs cous. Branle-bas général. Tout le monde savait que les paroles se réaliseraient de cette façon, sauf eux. Ce n'était pas le déluge de Noé. Mais ça y ressemblait. Seule différence, il y avait plus d'armes que d'eau.

Il y a trois mois, la vanité s'est étalée, féroce. Tout passe ici-bas, surtout le pouvoir. Tu ne t'y accrocheras point, 11è Commandement ivoirien. Vanité de vanité. L'éphémère gloire s'est envolée. Le Verbe guerrier a disparu. Les poitrines et torses jadis bombés sont devenus flasques. Nous ne savions pas qu'il pouvait y avoir tant de douceur et de peur dans ces corps que nous avons idolâtrés. Où sont passés les Généraux civils et militaires, ceux de la rue et ceux de l'arène ?

Il y a trois mois. Ce jour-là, mieux eût valu ne pas regarder la télévision. Les coeurs les plus durs ont fléchi et flanché. L'émotion est nègre, heureusement. Notre humanité est encore sauve malgré tous les mois et les ans de difficultés politiques. Si nous savons encore pleurer, si nous avons encore des larmes dans notre corps, c'est bon signe, c'est que notre pays est sauvé : il y a encore de l'homme dans chaque Ivoirien. La guerre n'a pas tout tué en nous. Et nous avons pleuré, pas pour nous et pour nos enfants, mais pour.nos bourreaux d'hier. Ils étaient devenus, ces bourreaux impitoyables, veules et laids, reflets d'eux-mêmes, hagards et perdus dans les illusions terrestres. Les Anges invoqués et annoncés sont bien venus, mais pas pour délivrer les bourreaux mais plutôt pour délivrer leurs peuples.

Tout s'est arrêté il y a trois mois. La frénésie des menaces et des destructions. Les impostures et les opportunismes. Les camps et les tranchées. Les canons et les bombes. Les vantardises et les orgueils. Les prophéties et les diseurs de bonne aventure. L'autorité et la légitimité.
C'était il y a trois mois. Si lointain dans le souvenir subitement.
Rideaux !


Tag(s) : #Politique

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