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Sans faire du révisionnisme, on peut logiquement s’interroger sur les motivations réelles de M. Félix Houphouët-Boigny, l’ancien président du syndicat agricole africain et président fondateur du Rassemblement démocratique africain. L’homme était, de 1946 à 1947, foncièrement anticolonialiste et anti-impérialiste. C’est cet homme qui, devenu président de la République, va mettre toute son énergie ainsi que les ressources et les institutions de son pays au service de la France.

 

Le Directeur de Cabinet du président Houphouët était un Français, le secrétaire général du Gouvernement, le chef d’état major particulier du président, la secrétaire particulière du président, le directeur du service financier de la présidence, le chef du garage auto de la présidence etc.. étaient tous des Français.

Les Ivoiriens avaient le sentiment que la présidence de la République était une institution étrangère au reste du corps de la nation. C’était humiliant, insupportable et inacceptable pour les Ivoiriens qui considéraient que leur président était pris en otage par les Français. Cela explique, en partie, leur opposition à la France officielle d’aujourd’hui.

Le comportement d’Houphouët, dans ce cas précis, ressemble à cet esclave du XIX ème siècle qui, une fois libéré, s’en va jusqu’au pas de la porte de son maître et se retourne, pour venir se soumettre car il ne sait plus où aller, tellement les réflexes de subordination sont développés en lui tout le temps qu’il était esclave. N’ayant jamais appris à penser par lui-même, il se réfère à son maître pour tous les choix de sa vie.

L’aplatissement de l’état ivoirien devant les intérêts néocoloniaux reste une énigme pour tous les Africains qui ont combattu l’occupation coloniale. Le soutien de la diplomatie ivoirienne aux sécessionnistes katangais de Moïse Tshombé, au détriment du gouvernement légal de notre frère, le président du mouvement national congolais, Patrice Emery Lumumba ; l’appui aux sécessionnistes biafrais du Général Odumegwu Emeka Odjukwu, au lieu de soutenir ouvertement le gouvernement fédéral nigérian du général Yakubu Gowon, le soutien d’Houphouët à Blaise Compaoré, contre notre frère le capitaine Para commando Isidore Noël Thomas Sankara, de même que le gîte et le couvert offerts par la Côte d’Ivoire à des bandits comme Jonas Savimbi en Angola et Charles Taylor au Liberia restent, pour nous tous, une énigme et une épingle dans la gorge.

Toutes ces turpitudes, ingérences et manigances expliquent le soutien que la plupart des voisins de la Côte d’Ivoire ont accordé aux rebelles ivoiriens qui occupent aujourd’hui encore la moitié nord de la Côte d’Ivoire et qui ont endeuillé leur pays en tuant des innocents qui n’ont rien à voir avec les frustrations et les rancoeurs accumulées depuis des décennies par une partie des Ivoiriens contre le pouvoir et les institutions de leur pays.

Dans le domaine de la tolérance, l’humiliation infligée aux anciens compagnons, à travers les faux complots de 1959 et 1963, démontre la médiocrité et la méchanceté criminelle d’un autocrate paranoïaque prêt à tout pour écarter tous ceux qui ne partageaient pas sa ligne et ses choix politiques.

La mort en détention à Yamoussoukro, village natale d’Houphouët-Boigny, de l’ancien président de la cour suprême Ernest Boka, a laissé des traces profondes dans la mémoire collective des Ivoiriens puisque le président reconnaîtra, plus tard, qu’il n’y avait jamais eu de complot.

Imaginez la douleur des familles, dont certaines portent encore le deuil. D’autres ont reçu un cercueil plombé contenant les restes d’un être cher et venez parlez aujourd’hui d’humanisme, de tolérance, de dialogue fraternel et autres boniments découlant de l’houphouëtisme et vous comprendrez aisément la rage qui couve dans les cœurs des victimes.

C’est ici qu’il faut rendre un hommage appuyé à des hommes et des femmes de grandes valeurs qui, bien que n’étant pas tous en accord avec ses choix et ses méthodes, avaient pourtant rejoint Félix Houphouët-Boigny, au nom de l’unité du pays. Et aussi à certains des militants sincères du parti unique qui n’ont jamais joué au griot ou au propagandiste de service pendant l’houphouëtisme triomphant.

Nous pensons, avec respect et considération, à Jean-Baptiste Mokey, dont la pauvre mère fut arrêtée et jetée en prison par Houphouët, à Mathieu Ekra, à Réné Sery Koré, à Bernard Dadié, à Albert Paraiso, à Etienne Djaument, à Kacou Aoullou, à Allo Jérôme Batafoué , à Germain Koffi Gadeau, à Kouamé Binzème à Gris Camille, au Dr Amadou Koné, à Assi Adam Camille, à Anne Marie Raggi, à Capri Djédjé à Charles Boza Donwahi, au Pr. Samba Diara, à Ehouman Alphonse Boni, au Pr. Joachim Boni, à Addoulaye Fadiga, à Seydou Elimane Diarra, à Amadou Bocoum, à Ladji Sidibé, à Sékou Sanogo et au doyen Lamine Diabaté qui vient de nous quitter, il y a quelques mois.

Que la paix du Très haut soit avec eux et que ceux d’entre eux qui sont encore avec nous dans le monde des vivants puissent voir, de leurs yeux, ce pays guérir de cet abominable cancer qu’est l’houphouëtisme dont les métastases risquent d’infecter durablement le corps moral et social de l’État ivoirien.

Nous disons ces choses douloureuses en faisant le constat dramatique que l’ethnie, le tribalisme et les intérêts privés, particuliers, partiels et parcellaires ont pris le pas sur l’intérêt national. Le choix d’Henri Konan Bedié, comme successeur constitutionnel d’Houphouet-Boigny, n’était-il pas un acte de tribalisme caractérisé ?

Construire un barrage hydroélectrique près de ton village même s’il n’est pas rentable pour le pays, construire un terrain de golf dans ton village et une basilique en pleine brousse quand il y a d’autres urgences et dire avec cynisme que tu le fais sur tes fonds personnels est un acte de mépris vis-à-vis des souffrances quotidiennes du peuple dont tu as la charge.

Nommer des hommes de ton groupe ethnique à la tête de la majorité des sociétés d’État et les laisser dilapider les ressources du pays sans contrôle et sans sanctions, tout cela avait fait de la Côte d’Ivoire un pays bizarre où on pouvait tout se permettre y compris les surfacturations des complexes sucriers sans aucune sanction... Ne soyons donc pas étonnés de la suite des événements.

Il faut prendre en compte toutes ces frustrations et les autres couleuvres avalées par les Ivoiriens pour bien comprendre les flammes de joies qui brillaient dans leurs yeux à l’annonce de coup d’État qui renversa l’héritier de l’houphouëtisme M. Henri Konan Bedié, un homme bien connu pour son penchant pour les gros cigares et du bon vin. Il fut chassé du pouvoir dans la matinée du vendredi 24 décembre 1999, dans une sorte de kermesse populaire.

Tout observateur attentif de l’évolution de la Côte d’Ivoire doit prendre en compte l’ensemble des souffrances de la nation ivoirienne pour mieux comprendre la recomposition en cours dans ce pays. Ce qui doit compter désormais, chez l’homme politique dans la Côte d’ivoire qui ressurgira de cette crise sans fin, ce sera moins sa filiation que ce qu’il est par lui-même et le bilan de son action.

Être descendant du roi des Abron de Bondoukou, du roi de Kong, de celui des agnis d’Aboisso, des lobi de Bouna, des baoulé de Sakassou, des sénoufo de Korogho, des yacouba de Danané ou des bété de Daloa, n’a aucune importance. C’est plus le projet politique que tu portes pour faire vivre tous les Ivoiriens ensemble dans une nation libre, digne, solidaire et unie dans un destin national pour construire le bonheur commun qui importe. Le président qui s’assoira demain devant les Ivoiriens pour égrener le chapelet de sa généalogie sait à l’avance ce qui lui sera réservé comme réponse par le peuple en colère.

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