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Parmi les gâchis de la refondation en  Côte d’Ivoire, la question de l’école suffit à elle seule pour charger, juger faire  et dissoudre le FPI. Le  tort qu’il a fait au pays pour arriver au pouvoir : prendre l’école en otage afin d’accéder au pouvoir est cynique. Dans ce premier article, nous présentons les  contours du problème.  Un second article insistera sur le processus de démantèlement de l’école, un délit contre notre jeunesse et son avenir.

 

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Les députés Alomo et Séri-Bi ont amorcé depuis quelques temps un combat politico-juridique inédit visant la dissolution du FPI.  Le PDCI RDA avait commandé  et bouclé la rédaction d’un « Cahier de Campagne », en juillet 2006, quatre ans avant le scrutin présidentiel. Le débat soulevé par Alomo et Séri-Bi est largement fait dans trois des quatre chapitres de ce document demeuré confidentiel. Onze charges très lourdes, non hiérarchisées appelaient les Ivoiriens à ne pas renouveler le mandat du FPI (pp.121à 133 du document), pour  violations très graves de droits humains fondamentaux (droits politiques, économiques, et sociaux). Une des charges insiste sur le fait que « L’école ivoirienne est à la dérive et la jeunesse a été prise en otage pour la survie d’un pouvoir moribond ; c’est le plus grand crime du FPI contre le peuple ivoirien ».Trois ans plus tard, Gbagbo lui-même enfonçait le clou du PDCI et s’auto flagellait en nous montrant que l’éducation n’a jamais été une priorité pour lui et ses refondateurs. « L’idole » d’une fraction importante de la jeunesse ivoirienne, insouciante, et heureuse des traitements à elle infligée par le Christ de Mama qui n’a absolument rien réalisé pour elle, en dix ans, disait: « On croit toujours qu’on peut économiser l’argent des armes pour construire des écoles, des dispensaires. Ça c’est des discours de bons enfants innocents et naïfs. On n’économise jamais l’argent des armes pour construire des écoles, des dispensaires. C’est parce qu’on a voulu faire ça que nous avons été surpris ». Et que nos armées ont reculé».  Près de mille milliards de nos francs ont été  investis dans un armement terrifiant et l’entretien de milliers de miliciens et de mercenaires. Mais notre armée a capitulé. Cette déclaration a été faite publiquement dans une université ivoirienne très chrétienne, l’UCAO, le samedi 23 mai 2009, lors d’une cérémonie  de remise d’un prix de la paix à Laurent Gbagbo.

Ce genre d’encouragement difficile à comprendre dans le cadre où il a été fait, permettait à Gbagbo de persévérer diaboliquement dans la gouvernance par la force des armes, et  de se targuer d’avoir raison d’investir lourdement dans l’achat d’armements, en occultant royalement les conditions lamentables dans lesquelles nos écoles,  nos universités et nos dispensaires  croupissent. La trahison de son projet socialiste est patente ici. Ces remarques veulent souligner la pertinence sociale et politique du combat mené par nos deux députés qu’il faut soutenir dans une entreprise allant dans le sens de la construction d’un avenir commun, démocratique et paisible. La problématique  de cette construction devrait prendre en compte le rôle des partis politiques, mais aussi des citoyens comme acteurs principaux dans l’évolution du méta-système national en limitant les excès du pouvoir des gouvernants.

               Des refondateurs ont pris en grand nombre le large au Ghana avant et pendant la crise postélectorale pour protéger leurs familles et les biens mal acquis à travers nos ressources publiques. Ceux  qui ont pu faire un tour à l’Université d’Accra pour tuer leur temps, s’ils ont un brin d’amour propre et  d’humilité, ont dû se rendre compte de l’ampleur du tort que leur parti a fait à la Côte d’Ivoire au regard de l’état de ruine et de désolation dans lequel il a laissé l’Université de Cocody. Comparativement à l’université ghanéenne, la nôtre avait l’allure d’un campement, d’un marché bruyant et puant à ciel ouvert, et certains couloirs du campus 2000 pouvaient rivaliser avec notre célèbre rue princesse. Le  nouveau régime a été bien inspiré de la fermer notre université. Nos collègues Ghanéens ont su valoriser un héritage colonial. Le  FPI, dans sa farouche obsession contre le colonialisme français et l’Houphouétisme, a détruit un des plus beaux héritages laissé par Houphouët qui était en avance sur ses adversaires socialistes de chez nous, et le fruit de l’investissement intellectuel d’authentiques universitaires des trois premières décennies après notre indépendance. L’école ivoirienne a terriblement souffert de l’insécurité sous le pouvoir FPI et reculé  de vingt ans. Sous un régime dirigé par des professeurs ! Il faudrait une génération pour remettre un système national de formation aussi  malade que le nôtre sur pied selon les spécialistes en planification stratégique dans le domaine. Au total, c’est donc une quarantaine d’années que nos refondateurs qui  « Ont échoué partout et en tout »  ont fait perdre à la Côte d’Ivoire pour assouvir leurs ambitions politiques. C’est criminel et on voit ici encore l’importance de la proposition de dissolution du FPI, une question clé de notre avenir commun, et on appréhende mieux que le seul problème  de l’école suffise à lui seul pour exiger un procès du FPI. S’attaquer à l’école est un cas extrême et rarissime en Afrique de violation inconsciente de droits humains.

Les droits de l’homme sont l’ensemble des droits et des libertés considérés comme inhérents à la nature humaine. Les  Etats s'engagent à les respecter à travers des accords internationaux, notamment ceux signés sous l’égide  de l'ONU.  L’organisation mondiale a statué sur les droits «naturels et inaliénables : la Liberté, l’Egalité juridique, le Plein exercice des capacités, la Propriété, la Sûreté ». La déclaration des droits de l’homme et du citoyen stipule en outre  que « Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs n’est déterminée, n’est point démocratique ». La Côte d’Ivoire a adhéré librement à l’ONU et les accords signés au sein de cette organisation l’éloignent d’emblée des temps où dominaient les monarchies, et où toutes les violations des droits humains étaient considérées comme des problèmes intérieurs (non ingérence  dans les affaires intérieures). Les Droits humains impliquent désormais le droit d’assistance et cela permet d’expliquer aujourd’hui l’ingérence des Nations-Unies dans les affaires intérieures de certains Etats comme ce fut le cas récemment en Côte d’Ivoire.

Qu’auraient dit nos refondateurs si l’UNESCO, agence spécialisée de l’ONU sur l’éducation, s’était mêlée par exemple de tirer l’alarme sur les signes avant-coureurs d’un génocide culturel avec les autodafés sous le régime FPI : incendie du centre culturel français, saccage du collège Jean Mermoz, du lycée français et de l’appareil de formation à l’université de Cocody etc. Quand on y ajoute les graves violations des franchises universitaires avec les obstacles à la liberté d’enseigner et d’être enseigné ou d’adhérer à un mouvement syndical estudiantin de son choix, on se rend compte des responsabilités qui auraient dû être prises depuis très longtemps, en interne, par les Ivoiriens eux-mêmes, pour protéger notre système de formation. Le milieu universitaire est sensé être le cadre le plus ouvert et le plus approprié pour l’appropriation et l’application effective des principes universels sur le respect des droits humains. C’est, paradoxalement, ce milieu,  qui s’est illustré, depuis deux décennies, de la plus mauvaise manière, surtout au cours des dix ans de régime politique piloté par des profs sous l’impulsion du partenariat SYNARES FESCI, dans l’indifférence totale de l’autorité académique, du pouvoir et des Ivoiriens. Le registre de violence dans lequel il évoluait a rendu notre université atypique.  Si des enseignants et le pouvoir sont contre notre école, qui d’autre pourra faire quelque chose pour cette école ?

 La crise de l’école affecte chaque ivoirien, chaque famille, et l’Etat. Aussi, est-il très important que son environnement, lieu de préparation du citoyen à la vie communautaire, retienne notre attention en priorité. Ce milieu est, formellement, le plus grand convertisseur potentiel des mentalités pour mobiliser une communauté nationale vers une direction et des objectifs communs, malgré les différences sociales, dans l’élaboration d’une nation. Et pourtant, le FPI a choisi délibérément de s’appuyer  stratégiquement sur des acteurs opérant dans le système de formation, dont des élèves et étudiants, pour le détruire dans sa planification stratégique de la conquête du pouvoir politique. Les violations flagrantes des droits humains et les crimes contre l’humanité perpétrés dans l’espace universitaire et autres établissements scolaires ivoiriens depuis 1990 on créé un climat de terreur qui a perturbé leur fonctionnement. Au point où les maîtres et les dirigeants d’établissements tremblaient devant leurs élèves dans la très démocratique république refondée du FPI.

            L’Université de Côcody a été, au lendemain du retour au multipartisme en 1990, un laboratoire grandeur nature dans lequel des sociologues et criminologues auraient pu  observer les aptitudes d’acteurs agissant au profit d’une formation politique à détruire un système éducatif public. Sans doute que des travaux en sciences de l’homme et de la société    viendront un jour corroborer cette assertion d’un modeste géographe. Le tsunami qui a failli emporter la Côte d’Ivoire est parti d’ondes de chocs dont l’épicentre était localisé à l’Université de Cocody depuis le début des années 1990.  Des acteurs centraux logés dans l’enseignement supérieur l’ont déclenché idéologiquement, puis rythmé ses chocs dévastateurs. L’Université de Cocody avait pourtant émergé, au cours des quatre premières décennies de notre indépendance, comme l’une des plus prometteuses dans les pays africains francophones au sud du Sahara, au regard des résultats des différentes sessions du CAMES (CTS et agrégation). Houphouët et ses très critiques syndicalistes et hommes de sciences de l’université avaient réussi l’essentiel : un beau travail pour donner une audience à leur pays et à leur université malgré leurs divergences idéologiques. Gbagbo et les siens ont gâché tout cela. Si l’université n’avait pas critiqué avec courage le régime du parti unique, qui donc aurait pu le faire ?  Cette Université de la critique responsable a connu son âge d’or lorsque le SYNARES, syndicat des enseignants du supérieur, était à équidistance de la politique et du syndicalisme. Son audience était très grande à l’échelle de toute la nation tant qu’il avait su conserver ses distances à l’égard du PDCI RDA. Ses secrétaires Généraux évitaient les pièges de l’inféodation dressés par le tout puissant parti unique sous l’égide du Président Houphouët-Boigny sans que son autonomie de pensée et d’action soit préjudiciable aux intérêts des enseignants du supérieur. Cet âge d’or a pris fin au moment où le syndicat du supérieur a cessé de se tenir à équidistance de l’académique et du politique en 1990[1]. Il a alors amorcé une dérive vers l’arène politique qui l’a discrédité et totalement dépersonnalisé. Le SYNARES est devenu une succursale  universitaire du FPI au pouvoir avec son partenaire : la FESCI. Le piétinement des droits humains, et plus particulièrement du droit à l’éducation et à la formation, a commencé avec l’attelage infernal SYNARES-FESCI. La FESCI, bras séculier du FPI sur les campus universitaires, a d’ailleurs confirmé publiquement, à maintes reprises, ce partenariat. Les manifestations de violation de droits humains et les crimes contre l’humanité et leurs conséquences se sont multipliées depuis lors dans le milieu universitaire, dans l’impunité.

La Côte d’Ivoire mue aujourd’hui dans son environnement interne à un rythme accéléré. Les Ivoiriens ont soif de sécurité et de démocratie, dans cette mue, que le FPI qui n’a fait que vendre des illusions à la jeunesse n’a pas su leur garantir. Cette dynamique a assombri le sale temps des flagorneurs du Dictateur de la Lagune Ebrié qui a été emporté. Lui qui se projetait comme  un leader éclairé et indéracinable. Un vent nouveau souffle heureusement pour faire évoluer notre démocratie vers un nouvel Etat de droit. Les partis politiques et leurs militants  doivent accepter désormais que leurs dirigeants ont l’obligation de rendre compte au peuple,  pendant, au terme et même au-delà de l’exercice du pouvoir à eux confié par ce peuple. Ils doivent se remettre en cause s’ils veulent avoir un avenir. Le temps du FPI qui part en lambeaux est compté, fini. Parce que le début de la fin du temps de l’impunité et des pouvoirs absolus et sanguinaires a sonné.

Le récent séminaire gouvernemental de Yamoussoukro et le mouvement déclenché par nos députés arrivent comme des signaux forts annonciateurs d’un important germe de changement. La caravane de l’émergence de l’Etat de droit s’est ébranlée. Nous devons mutualiser nos compétences et nos énergies pour transformer ce germe de changement en tendance lourde positive. Il est heureux que cette volonté politique se dessine fermement avec le retour au pouvoir d’un des gardiens du socle idéologique pacifiste du Bélier de Yamoussoukro ressuscité par le RHDP. Le plus dur commence maintenant car il est très difficile de convertir des mentalités. Le bilan de Ouattara l’attend lui-même au terme de son parcours, face au peuple. Le dialogue social sur la réconciliation nationale n’exclut nullement qu’un ancien chef d’Etat soit jugé au tribunal des droits de l’homme. Nul n’est au-dessus de la loi. Ben Ali qui a énormément fait pour une Tunisie moderne après Bourguiba a été chassé du pouvoir et son parti dissous. Gbagbo qui n’a fait que stoker des armes pendant dix ans, Simone, Blé Goudé la Machette et autres, y compris leur organisation politique le FPI, tous accusés de violation des droits humains et de crimes contre l’humanité, et aussi de tentative de génocide culturel, doivent être entendus et jugés, surtout pour le mal fait à notre école, et à nos enfants dans la  transparence et l’équité. Les témoins du processus de violation des droits de l’homme, des crimes contre l’humanité dans l’espace académique de Cocody et du démantèlement de l’école ivoirienne doivent prendre leurs plumes. Pour montrer, avant la catharsis générale qui est entrain d’être préparée par Banny, que le FPI doit beaucoup plus que des excuses au pacifique peuple de Côte d’Ivoire qu’il a plongé dans un désordre surréaliste, la détresse et la pauvreté. Et pour  avoir discrédité notre école et  compromis l’avenir de notre jeunesse.

                                                                                                                                                                                                                               Pr 

                                                                                         

                                                                                                  

                                                                                                                                      

 

                                                   


[1]  Le SYNARES a pris courageusement la responsabilité de dénoncer la non application de la constitution avec le maintien du parti unique après avoir requis l’avis des militants en assemblée générale, dans un amphithéâtre Léon Robert Bondé en novembre 1989.  

Cette position fut exprimée publiquement au palais présidentiel en par le professeur Etté Marcel lors d’une séance de dialogue organisée par le Président Houphouët-Boigny.

 

Tag(s) : #Politique

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