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...La Côte d’Ivoire vit un autre événement : le nouveau gouvernement tient son tout premier conseil des ministres. Mais à la table des convives, on ne trouvera aucun membre du Front populaire ivoirien (FPI). La main tendue d’Alassane Dramane Ouattara (ADO) n’a pas été acceptée par les partisans de l’ex-président Gbagbo. Sans conteste, avec la nouvelle situation, le jeu politique s’en trouve clarifié. Mais l’absence du FPI sera-t-elle profitable au RHDP (Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix) ? Les partisans de Laurent Gbagbo ont choisi de demeurer à l’extérieur de l’équipe gouvernementale qu’on voulait d’union nationale.

Certes, cela peut procurer quelques avantages d’y être : ressources, relations publiques, visibilité, etc. Il reste que la période d’incubation est courte : d’ici aux prochaines législatives, il faut compter moins d’un an. Or, le FPI est décapité ; plusieurs de ses cadres et militants sont en cavale. Le plus grand parti de l’opposition ivoirienne a besoin de temps et d’énergie pour panser ses propres blessures, se renforcer avant de prétendre aller à la conquête de l’électorat.

En refusant l’offre, le parti que dirige aujourd’hui Mamadou Koulibaly, jusque-là chef du parlement ivoirien, n’a-t-il pas pris un grand risque ? Saura-t-il tirer leçons des expériences douloureuses du passé, pour éviter de saper les efforts de réconciliation de ceux qui leur ont ravi le pouvoir ? Comment l’électeur moyen qui adhère aux idées de réconciliation nationale, de paix et de justice, va-t-il interpréter ce refus de la main tendue ? Comme une décision erronée tendant à faire du FPI « un parti pur et dur » ? Ou comme la mise en œuvre d’une stratégie qui augure de lendemains prometteurs ?

Les nouveaux dirigeants du parti ont assurément du pain sur la planche. En effet, le toilettage du parti fera des grincements de dents au FPI. Libéré du lourd poids que confère le partage de responsabilités gouvernementales, le FPI n’en sera donc pas moins occupé. Il faut forger, dans un court délai, un leadership nouveau qui inspire confiance, et qui sache travailler comme un vrai parti d’opposition républicaine. C’est-à-dire : un parti qui privilégie la critique constructive aux dépens de la critique démagogique qui est stérile ; un groupe de militants sérieux qui œuvrent patiemment mais résolument pour une alternance vraie, et une alternative crédible.

Dans cette optique, il ne sert à rien de revendiquer bruyamment la libération de militants dont nul n’ignore le rôle éminemment nocif dans l’histoire de la Côte d’Ivoire et du continent. Si l’on peut comprendre le souci de faire preuve de solidarité à l’égard de quelques compagnons d’infortune, il faut éviter qu’à terme, l’on en arrive à excéder des citoyens pourtant désireux de faire d’autres choix. C’est dire combien les nouveaux dirigeants du FPI devront lutter contre eux-mêmes, et se montrer capables de forger un grand parti d’opposition, à même de rallier à lui d’autres forces politiques.

Par ailleurs, si le FPI ne figure pas au sein du gouvernement, ADO, qui s’est dit ouvert, pourrait bien faire appel à certains de ses cadres éminents pour étoffer l’appareil d’Etat dans ses démembrements. Dans un tel cas de figure, il conviendrait de ne pas s’y opposer. Ceci, en raison même du fait que outre le devoir de servir son pays, tout Ivoirien méritant a droit à une juste promotion dans sa carrière. Occupés à recoller les morceaux d’un parti aujourd’hui en lambeaux, les dirigeants du FPI auront intérêt, pour un temps, à faire profil bas. Mais autant est rude la tâche de rebâtir le grand parti d’opposition dont rêvent les dirigeants du FPI, autant est immense pour les Houphouëtistes, celle de reconstruire un pays ravagé sur tous les plans.

En tout cas, pour le RHDP appelé à gouverner seul, la tâche ne sera pas facile d’autant que les priorités sont nombreuses. Contrairement à leurs prédécesseurs, au bilan, ADO et ses partisans ne pourront pas avancer qu’on les aura empêchés de travailler durant ce mandat reçu du peuple ivoirien. Or, étant donné l’état de décrépitude avancée dans lequel se trouve l’Etat hérité du dictateur Gbagbo et de ses partisans, les exigences se feront de plus en plus nombreuses et pressantes de la part des populations. Inutile de dire que tout faux pas sera difficilement toléré des adversaires politiques. Sans doute faudra-t-il entreprendre des actions urgentes pour résoudre les problèmes les plus préoccupants.

Une grande responsabilité attend donc la nouvelle équipe et son leader, Guillaume Kigbafori Soro. Le concours de ce dernier se révèle ainsi fort précieux par ces temps d’insécurité et de négociation. ADO sait que le génie, l’expérience du terrain et la grande capacité de mobilisation de son jeune frère du Nord sont un capital à ne pas négliger dans l’immense tâche de reconstruction d’une Côte d’Ivoire qui a besoin de se réconcilier avec elle-même. Aux deux de savoir composer le tandem qui gagne au sein d’une équipe solide et rivée sur les intérêts du peuple ivoirien, et de ceux de la sous-région. En renaissant de ses cendres, la Côte d’Ivoire voit de nouveau et face à face, deux vieux frères ennemis qui se connaissent bien : les Houphouëtistes et leurs opposants habituels, les militants du Front populaire ivoirien (FPI).

Dans chacun des deux camps, il n’est pas superflu de souligner que l’heure est aux retrouvailles : de retour au pouvoir, les membres du RHDP tentent de se réunifier. Mais pour ADO, le principal défi sera de ne pas décevoir le citoyen ivoirien au point de lui faire regretter l’ère Gbagbo. Qu’il se rappelle que le citoyen électeur n’avait pas hésité à tourner le dos à l’ex-chef de l’Etat, suite à sa gestion désastreuse du pays, en dix années de mandat controversé et sans partage.

Les échéances électorales étant courtes, il est hors de doute qu’au sein du RHDP comme du FPI, l’on va travailler à plus de cohésion interne. Et s’il est vrai que le nouveau gouvernement mis en place est celui des vainqueurs, il faut toutefois souhaiter que dans chaque camp, l’on s’efforce de respecter le jeu démocratique. Sur ce point, les peuples voisins et le reste de l’Afrique espèrent que l’ensemble de la classe politique ivoirienne saura faire preuve de maturité et saisir cette seconde chance pour mieux rebondir. Il faut à tout prix éviter de réveiller les vieux démons, de redonner du service aux francs tireurs qui restent toujours embusqués en dépit des apparences.

  

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tag(s) : #Politique