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Habile manoeuvrier de l'ombre, Deng Xiaoping, militant communiste de la première heure, est éliminé par la vieille garde maoïste mais il prend sa revanche à la mort de Mao Zedong, quand lui-même a déjà plus de 70 ans.

Avec pragmatisme et cynisme, il va faire entrer la République populaire de Chine dans l'«économie socialiste de marché»...

Béatrice Roman-Amat
La découverte de la politique

Fils d'un riche propriétaire fonciers du Sichuan, Deng Xiaoping part pour la France comme ouvrier-étudiant dans les années 1920. Il travaille dans les usines Schneider, au Creusot, puis chez Hutchinson, à Montargis. Là, il adhère à la branche européenne du Parti Communiste chinois et noue une amitié avec le jeune Zhou Enlai.

Après un détour par Moscou, il rentre en Chine en 1926 et rejoint Mao Zedong, qui a fondé un république soviétique chinoise dans le Jiangxi.

Lorsque Tchang Kaï-chek investit les bases du Jiangxi, Deng Xiaoping participe à la Longue Marche avec Mao. Dans la guerre civile qui suit, il s'affirme comme un stratège respecté.

Nommé en 1945 au comité central du PCC, il en monte rapidement les échelons, après l'établissement du régime communiste en 1949.

Gouverneur de sa province natale puis vice-premier ministre et ministre de l'économie, il représente une ligne plus pragmatique que celle du «Grand Timonier», marquée au sceau de l'utopie révolutionnaire.

Premiers succès

Secrétaire général du Parti entre 1956 et 1966, Deng Xiaoping s'impose progressivement comme le N°3 du régime, après Mao Zedong et Liu Shaoqi mais devant son ami et protecteur Zhou Enlai.

En 1956, il supervise la campagne des «Cent Fleurs» contre les intellectuels : «Il faut déraciner les mauvaises herbes pour s'en servir comme engrais», affirme-t-il. Mais deux ans plus tard, en 1958, il se montre beaucoup plus critique à propos du «Grand Bond en avant», un désastre économique à l'origine de vingt millions de morts.

Pragmatique, il lance en mars 1961 la plus célèbre de ses formules : «Peu importe que le chat soit noir ou blanc pourvu qu'il attrape les souris !» Il se montre également favorable à la rupture idéologique avec Moscou.

Dans son désir de remettre l'économie sur pied, il élabore en 1964 le programme des «Quatre Modernisations». Mao, craignant d'être débordé, se tourne vers la gauche du parti communiste, représentée par sa femme Jiang Qing. En 1966, les jeunes gardes rouges se déchaînent contre les «révisionnistes» Liu Shaoqi et Deng Xiaoping dans le cadre de la «Révolution culturelle».

De la disgrâce au triomphe

Deng Xiaoping figure parmi les premières victimes de cette nouvelle agitation. Il est évincé de la scène politique et, à 65 ans, doit se soumettre à une rééducation forcée. Son fils est quant à lui arrêté et torturé jusqu'à perdre l'usage de ses jambes.

Mais le pays s'enfonce dans le chaos et Mao, désemparé, accepte en 1973 de le réhabiliter à la demande de Zhou Enlai. Il lui confie les postes de vice-premier ministre et chef d'état-major avec mission de rétablir l'ordre. L'ancien réprouvé apparaît désormais comme le dauphin du vieux chef !

Mais après la mort de Zhou Enlai et de Mao Zedong en 1976, Deng Xiaoping trouve face à lui la «Bande des Quatre» de Jiang Qing, autrement dit la faction gauchiste du parti. Il est brièvement démis de ses fonctions mais réhabilité dès l'année suivante, après l'éviction de la «Bande des Quatre».

Les «années Deng»

Commencent la «démaoïsation» et les «années Deng». Celui que l'on surnomme désormais le «petit timonier», tant en raison de sa petite taille que par référence à Mao, installe ses alliés au pouvoir, notamment Hu Yaobang et Zhao Ziang. Il les sacrifiera l'un après l'autre, en 1987 et 1989, pour se concilier le clan conservateur, nostalgique d'un communisme pur et dur.

Fort de sa popularité, en qualité de vieux chef historique et d'opposant à Mao, Deng engage le pays dans la logique de modernisation amorcée en 1964. Il allège la pression de l'État sur les entreprises et fait entrer la Chine au FMI et à la Banque Mondiale.

Fervent soutien de la propriété privée et de la libre entreprise, Deng Xiaoping crée quatre Zones Économiques Spéciales (Shenzhen, Zhuhai et Shantou dans le Guangdong et Xiamen dans le Fujian) afin de drainer des capitaux étrangers. Ces ZES ou zones franches sont à l'avant-garde du spectaculaire développement économique de la Chine.

Certains sanctuaires chrétiens et bouddhistes sont à nouveau ouverts au culte. Le programme des «Quatre Modernisations» (industrie, agriculture, recherche, défense) ne comprend cependant pas de libéralisation du système politique.

Deng Xiaoping quitte la direction du Parti en 1987 mais est encore président de la commission des affaires militaires du PCC quand éclatent les troubles sociaux de mai-juin 1989, liés à l'absence d'évolution des libertés civiques. Il approuve personnellement l'écrasement dans le sang des manifestations de la place Tienanmen.

En 1992, il se replace en revanche dans la dynamique de l'ouverture au capitalisme en lançant la doctrine de «l'économie socialiste de marché», contre l'opposition conservatrice au sein du Parti. Il installe à la présidence de la République Jiang Zemin et se retire progressivement des affaires politiques, avant de disparaître en 1997.

Sous la présidence de l'américanophile Jiang Zemin, la Chine poursuit son expansion économique avec aussi un accroissement spectaculaire des inégalités sociales et géographiques. Successeur de Jiang Zemin en 2003, le président Hu Jintao amorce une timide politique sociale et environnementale.

Quoi qu'il en soit de ces faiblesses, le succès des Jeux Olympiques de Pékin (2008) et l'accession de la Chine populaire au deuxième rang des puissances économiques mondiales consacrent le triomphe posthume de Deng Xiaoping.

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