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Le pays baoulé au cœur du combat électoral ivoirien (Reuters)


2-
Côte Côte-d’Ivoire: Le CHOIX entre la GUEULE et le CUL du chien

Les Ivoiriens mesurent-ils l’ampleur de leurs choix lors du scrutin passé
qui a vu deux ennemis jurés se retrouver au second tour de l’élection
présidentielle supposée mettre fin au désordre politique dans le pays ?

Les résultats de ce vote montrent clairement combien de fois les Ivoiriens
sont profondément divisés sur le plan ethnique et religieux. C’est effrayant
de constater sans détours que l’on a voté selon son appartenance ethnique ou
religieuse. Il faut avoir le courage d’appeler les choses telles qu’elles
sont: nous sommes loin du vote libre et démocratique. Le vote des électeurs
sonne comme une dette à régler envers le candidat choisi. Et pourtant les
Ivoiriens ne doivent rien à GBAGBO, encore moins à OUATTARA, bien au
contraire.

Nous assisterons le 28 novembre 2010 si cela a eu lieu à l’affrontement
entre deux assassins des Ivoiriens. Une réalité flagrante qui laisse les
partisans de paix sans voix.

Aux lendemains de cette date fatidique, la paix sera-t-elle au rendez-vous ?
Difficile de le dire, car une autre épreuve démocratique douloureuse attend
les Ivoiriens : l’acceptation des résultats par les vaincus. A cela, on a
tendance à oublier les rebelles qui sont toujours armés dans cette histoire,
là aussi, il y a beaucoup d’inconnus. Dans tous les cas le vainqueur aura
beaucoup de mal à ressouder les morceaux de la vitrine ivoirienne qu’ils ont
eux-mêmes brisée.

Il ne reste plus qu’aux Ivoiriens d’assumer jusqu’au bout leurs votes
ethniques et religieux du 31 octobre 2010. Ça ne doit plus être difficile de
choisir entre le sortant mauvais gestionnaire et le challenger qui s’impose
par tous les moyens aux Ivoiriens, en un mot le choix entre la gueule et le
cul du chien.

Amitiés
I. DOUMBIA
Francfort


3-
La démission de Francis Wodié de la présidence du Parti ivoirien des
travailleurs (PIT) est l’expression de l’échec historique de la gauche
ivoirienne.

3,56 % des voix en 1995, 5,25 % en 2000. « Cette année, ce sera au moins 15
%. Au moins », prédisait Francis Wodié, candidat du Parti ivoirien des
travailleurs (PIT) à la présidentielle 2010, à Malika Groga-Bada (Jeune
Afrique du 24 octobre 2010). Ce sera 0,29 % soit 13.406 voix, loin derrière
le trio de tête mais aussi Toikeusse Albert Mabri de l’UDPCI, Konan Gnamien
de l’UPCI. « Une véritable débâcle électorale » a commenté Wodié. Le jeudi
11 novembre 2010, il a décidé de démissionner de ses fonctions de président
du PIT constatant que les électeurs « veulent la même politique à base de
régionalisme et de clientélisme ». « Je n’ai pas ma place dans cette
politique », souligne-t-il. On comprend le désarroi de Wodié qui, à 74 ans,
après des décennies de combat politique, ne peut que constater l’échec
historique de la gauche ivoirienne. Il y a vingt ans, Wodié et Laurent
Gbagbo étaient côte à côte. Ils étaient les leaders des partis fondés dans
la clandestinité avant l’autorisation du multipartisme. Le PIT pour Wodié,
le FPI pour Gbagbo se trouvaient alors aux côtés du Parti républicain de
Côte d’Ivoire (PRCI) et du Parti ouvrier révolutionnaire de Côte d’Ivoire
(PORCI). Wodié et Gbagbo étaient d’autant plus proches qu’ils étaient des
universitaires militant au sein du Syndicat des enseignants du supérieur
(Synares), fer de lance de la contestation (on se souvient de son Autopsie
de l’économie ivoirienne publiée en 1990 !). Mais le partenariat entre les
deux hommes durera peu de temps : en 1995, Wodié sera candidat à la
présidentielle face à Henri Konan Bédié alors que l’opposition avait
boycotté le scrutin et, cette année-là, il perdra son siège de député de
Cocody lors des législatives (unique siège détenu par PIT) ; en 2000, alors
qu’il était une fois encore candidat à la présidentielle, il souhaitait un
accord de gouvernement avec le FPI de Gbagbo. « Nos programmes ne sont pas
très éloignés. Quand le FPI est arrivé au pouvoir on a même espéré que les
choses pouvaient changer. Mais dans la méthode, le gouffre qui nous sépare
est infranchissable », rappelait-il à Maloka Groga-Bada (cf. supra). Il
dénoncera le « côté théâtral et populiste » de Gbagbo et précisera : « La
dernière fois que nous avons discuté, je lui ai conseillé de se comporter en
chef d’Etat et non en chef de clan ». C’était en 2004.

Né en 1936, c’est au sein de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en
France (FEANF) que Wodié a fait ses armes de militant politique. En France,
la période est propice : la guerre d’Algérie et la lutte pour
l’indépendance, les manifestations contre l’assassinat de Patrice Lumumba,
etc. mobilisent les étudiants africains. En 1961, Wodié, étudiant en droit,
fera partie de la flopée des expulsés. En Côte d’Ivoire, la situation
politique est loin d’être sereine. Le 5 avril 1962, Félix Houphouët-Boigny
réclame le vote d’une loi autorisant le gouvernement à prendre des mesures
d’internement et d’assignation à résidence, voire d’obligation de travail,
contre toute personne qui pourrait être suspectée de s’opposer au pouvoir.
L’année suivante, en 1963, une cour de sûreté de l’Etat est implantée à…
Yamoussoukro ; un tiers de membres du bureau politique du PDCI sont arrêtés
et emprisonnés. Houphouët voit des complots partout ; y compris dans son
propre camp. Mais aussi chez les intellectuels « subversifs ».

C’est le temps du yo-yo, alternance entre enseignement, emprisonnement,
formation (il sera agrégé en droit public), exil (en Algérie), militantisme
(il participera à la fondation du Synares), récompenses et reconnaissance
(il deviendra doyen de la faculté de droit)… A la fin des années 1980, la
situation sociale de la Côte d’Ivoire devenant intenable, sa revendication
d’une bonne gouvernance économique se transformera en exigence de la
démocratie, « seul remède au laxisme et à la corruption qui gangrènent tous
les niveaux de l’appareil de l’Etat ». Le syndicalisme cède le pas à
l’action politique. Le congrès constitutif du PIT se tiendra le 8 avril
1990. Wodié est élu premier secrétaire national. La crise, dit-il, « n’est
plus seulement économique et sociale. Elle est également politique et
imputable au système du parti unique ».Wodié va réclamer une conférence
nationale alors que Houphouët cherche une parade en appelant Alassane
Ouattara, gouverneur de la BCEAO, à remettre le pays sur les rails.

La Côte d’Ivoire est en ébullition. Le PIT en a une vision idéologique et ne
propose que des analyses ; Gbagbo, leader du FPI, en a une vision militante
et entend faire reculer le pouvoir ; moins dogmatique, il se présente comme
une alternative démocratique. Il imposera le tempo dès la marche du 31 août
1990 à Abidjan et s’affirmera comme le leader de l’opposition dont il
deviendra la tête d’affiche lors de la présidentielle du 28 octobre 1990 ;
il y va seul alors que la Coordination de la gauche démocratique – dont le
FPI faisait partie – appelait au boycott, considérant que les conditions
d’une élection pluraliste n’étaient pas réunies. Il s’oppose au « père de
l’indépendance » ; il passera à la télévision à l’occasion de la campagne :
une grande première. Il devient, titrera Jeune Afrique, « l’opposant public
numéro un », même s’il ne récolte que 548.441 voix. Wodié, lui, mise sur les
idées (plus encore quand ce sont des idéaux). Gbagbo, plus confus
politiquement, réfléchit moins et parle plus. Et quand il parle, tout le
monde le comprend. Ce qui n’est pas le cas de Wodié. « Sur le plan de la
croissance et de la vie quotidienne des Ivoiriens, du chômage, de l’école,
de l’avenir de la jeunesse, nous ne nous croyons pas autorisés à être
optimistes », commentera-t-il ainsi le débat télévisé auquel à participé
Ouattara le 1er octobre 1992. L’isolement du PIT va s’accentuer, à la veille
de la présidentielle de 1995, avec la constitution du Front républicain (FR)
entre le FPI et le RDR nouvellement créé. Le FR appellera au « boycott actif
» alors que le PIT présentera la candidature de Wodié face à Bédié. « Il
fallait tester la bonne foi des autorités et aussi des textes », se
justifiera le leader du PIT qui ajoutera avoir « voulu jouer le jeu de la
légalité ». L’opposition lui reprochera d’avoir ainsi légalisé la victoire
de Bédié. Ce sera pire encore quand Wodié obtiendra, le 12 août 1998, le
portefeuille de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique,
pour « montrer une fois encore que le PIT travaille pour le pays ».
Commentaire de Gbagbo : « On ne peut pas aller dans la même direction quand
on marche dans des sens contraires ».

La contestation universitaire (menée par un certain Charles Blé Goudé !)
puis le renversement de Bédié vont faire oublier Wodié ; ce qui ne
l’empêchera pas de se présenter à la présidentielle d’octobre 2000 que
Gbagbo va remporter face à Gueï sans jamais avoir besoin des voix du PIT. «
Le changement de régime intervenu en 2000 avec l’accession du FPI au pouvoir
n’a rien changé fondamentalement dans les méthodes et les pratiques
politiques de la Côte d’Ivoire, contrairement aux attentes légitimes des
populations. Les pratiques anti-démocratiques demeurent et persistent »
déclarera le PIT qui veut « doter le citoyen ivoirien d’une culture
politique afin qu’il choisisse, de manière libre et responsable, le système
social et politique qui lui convient ». Engoncé dans une vision idéologique
d’une réalité politico-sociale qui lui échappe totalement, le PIT de Wodié
était appelé à dériver plus encore qu’il ne l’avait fait par le passé. Wodié
est l’expression d’un intellectualisme politique totalement dépassé ; mais,
au sein de la classe politique, compte tenu de son passé et de sa prégnance,
il incarnait encore une « vision de gauche » que le FPI a renié depuis
longtemps. Et dont la présidentielle 2010 vient, hélas, de sonner le glas.
Mais peut-il y avoir une démocratie réelle sans opposition de gauche ?

Jean-Pierre Béjot, éditeur-conseil mis en ligne par Adama Diomandé

© Copyright La dépèche diplomatique

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