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Escroquerie : Le maire de Massock détenu à la police judiciaire

L’arrestation de Paul Hyol fait suite à la plainte d’un Français qui lui réclame un peu plus de 22 millions de Fcfa.

Paul Hyol a perdu de sa superbe. Son assurance a cédé le pas à la panique hier à la Direction régionale de police judiciaire du Centre (Drpj), à Elig-Essono (Yaoundé). Que dire, de ses supplications ? Car le maire de Massock, localité située dans le département de la Sanaga-Maritime (Littoral), a finalement imploré le représentant de son créancier d’accepter qu’il paye sa dette. Mais même les prières humbles et insistantes de son épouse, arrivée d’Edéa, n’y feront rien. Au point où l’élu municipal va passer cette nuit à la Drpj. Son arrestation faisait suite à la demande de transfèrement du procureur de la République près le Tribunal de grande instance, Martin Bélinga.
Conséquence, l’élu municipal a été arrêté hier matin à l’aube à son domicile à Edéa et conduit à la Drpj de Yaoundé pour répondre des faits de «vol, escroquerie et abus de confiance» qui lui sont reprochés. Des faits qui remontent en 2009, au lendemain de sa rencontre, en France, avec le Français Jean-Maxime Jarlan, résidant à l’époque à Bordeaux et qui opère dans les courses hippiques. Les contacts permanents entre les deux hommes se transforment rapidement en une relation d’affaires. Ceci après que le maire de Massock a fait une offre «d’exploitation forestière et, éventuellement, d’autres gros travaux» au Français qui ne cache pas son assise financière.

Les nouveaux partenaires s’accordent pour mettre sur pied la Société d’étude et d’investissements (Sei) Sarl basée au Cameroun et gérée par Paul Hyol. Pour cela, Jean Maxime Jarlan remet, à Bordeaux, 10.000 euros (6.650.000 Fcfa) en espèces à son associé contre décharge. Arrivés au Cameroun quelques temps plus tard, les associés se rendent chez Me Marquise Alame, notaire basée à Douala, pour enregistrer le dossier de la création de la Sei.
Dans la foulée, le Français dit avoir fait auprès de la Caisse nationale pour la promotion de l’investissement (Cnpi) à Yaoundé, établissement de micro finance de 2ème catégorie qu’il a au préalable visité, un dépôt à terme au taux de 2% l’an, d’une somme de 100.000 euros ; soit 66.500.000 Fcfa pour une durée d’un an renouvelable par tacite reconduction ; sauf dénonciation par l’une des parties. Ledit dépôt devait cautionner les engagements de la Sei Sarl.

Conciliation
Mais les doutes commencent à germer lorsque, de retour en France, M. Jarlan ne reçoit pas la copie du dossier notarié. Recoupement fait, le dossier n’a jamais été enregistré. De même qu’en parcourant l’historique du compte logé à la Cnpi, le Français confie s’être rendu compte que l’associé gérant statutaire de la Sei Sarl, Paul Hyol, effectuait d’importants retraits sans son aval.
Aussi, en février 2010, M. Jarlan n’attend pas le terme de la convention et dénonce «l’accord de dépôt à terme et celui de cautionnement ; en même temps qu’il exige la remise du reliquat de sa caution après apurement des engagements de la Sei à l’égard de la Cnpi». Des 66 millions déposés par M. Jarlan, le directeur général de la micro finance reconnait détenir encore la somme de 22.723.765 Fcfa, hormis les intérêts et promet virer ce montant au plus tard le 28 avril 2010.

Joint au téléphone le 21 juin 2010, Paul Hyol avait nié les faits en bloc et accusait même le Français d’avoir voulu «l’escroquer. Il a fait un dépôt à terme dans une coopérative [afin que celle-ci] utilise son argent pendant un an. Il n’a pas attendu le terme, [alors que] la coopérative a signé une ligne de crédit de 600 millions à mon entreprise, Sei. […] Elle avait donné un préfinancement de 40 millions pour mes activités. Mais M. Jarlan a dit qu’il cassait la caution faite à la banque pour moi. La coopérative a eu des problèmes, le promoteur est mort. L’Etat qui devait lui donner 3 milliards ne l’a pas fait.» Le maire de Massock change par la suite de langage et reconnait qu’il a «donné 22 millions à la banque. D’ici la fin du mois, je donne le reliquat qui est d’environ 17 ou 18millions». Là-aussi, un chèque en blanc.

La tentative d’un règlement à l’amiable ne donnant pas de suite favorable, le Français assigne la Cnpi et Paul Hyol en justice par l’entremise de son conseil juridique Pascal Jogo, avocat au barreau du Cameroun. Le 10 décembre 2010, le président du Tribunal de première instance de Yaoundé-Centre administratif, statuant en référé, condamne la Cnpi à libérer le reliquat de la caution sus évoquée à M. Jarlan sous astreinte de 100.000 Fcfa par jour de retard à compter du prononcé de ladite décision. Une décision confirmée le 28 décembre par la cour d’appel du Centre.
Si le montant était destiné à briser toute velléité de résistance de la Cnpi Sa, le mauvais état de la santé financière de cette dernière ne lui permet pas de solder sa dette. Puisqu’elle n’a pas remboursé. Le 30 décembre dernier, les comptes de la Cnpi logés dans 14 établissements bancaires et institutions financières locales sont saisies (Bicec Sa, Ca Scb Cameroun Sa, Sgbc, Afriland First Bank Sa, Cbc Sa, Beac, ministère des Finances, Direction du Trésor, Uba, Ecobank…). Mais les sommes trouvées ici n’avoisineraient même pas le tiers de la somme querellée. Quant à Paul Hyol, nos sources à la Drpj indiquent qu’il pourrait être déféré ce jour à la prison centrale de Kondengui.

Bertille Missi Bikoun

Tag(s) : #Faits Divers
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