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Le président de la centrale Syndicale Nationale du Bâtiment et des Travaux Publics de Côte d’Ivoire (Synebaci) est très remonté contre la direction des marchés publics. Marre de ne pas trouver une oreille attentive, M. Soro Doté se tourne vers le président de la République, Alassane Ouattara : « Nous demandons au chef de l’Etat de nous donner un quota dans les travaux de réhabilitation des édifices publics. La cause, les Pme-Pmi ivoiriennes sont lésées dans la passation des marchés ».

 

Présentez-nous votre structure ?

SYNEBACI, c’est la centrale syndicale du bâtiment et travaux publics en Côte d’Ivoire. Elle a été créée en 1974 par le président Félix Houphouët Boigny à Yamoussoukro. Avant elle, c’étais au SAB (Syndicat Africain du Bâtiment) créé en 1958, que dépendait les spécialistes du bâtiment en Côte d’Ivoire. Ce qui avait poussé certains à créer d’autres petits syndicats pour défendre leurs intérêts sur le sol ivoirien. En 1974, le président Houphouët a fait l’union de tous ces petits syndicats pour donner naissance au Synebaci (Syndicat National du Bâtiment et des Travaux Publics). Pour éviter la division, l’union a été faite autour du BTP. Ce qui a vu la naissance de la centrale.

 

Aujourd’hui, les travaux d’urgence pour la reconstruction de la Côte d’Ivoire ont repris et les membres de votre centrale n’en semblent pas être contents. Que reprochez-vous aux passations de marchés ?

Il y a des déviations en ce qui concerne l’esprit du Programme d’urgence qu’initie le Chef de l’Etat, SEM. Alassane Ouattara. L’esprit dudit programme : faire travailler les Pme-Pmi nationales, a connu une déviation. Ces Pme-Pmi qui ont subi les affres de la guerre sont écartées des chantiers de ce programme. Aujourd’hui, elles ne travaillent pas à cause des appels d’offres truqués, confiés à de nouvelles entreprises. Avant de soumissionner, le marché est déjà attribué. Ce sont des passe-droits. Exemple : l’appel d’offre concernant les voiries dans la commune d’Adjamé dont l’ouverture était le 22 novembre (Ndlr : l’interview a été réalisée le 23 novembre2011), vous allez trouver avant cette date que des entreprises travaillent déjà sur les rues de cette commune depuis des semaines. Pour nous, un appel d’offre des voiries d’Adjamé concerne toutes les voiries. Pourquoi certaines voiries ont été déjà attribuées sans l’ouverture de l’appel d’offres des voiries d’Adjamé ? C’est ça que le Synebaci dénonce. Ce n’est pas normal.

Comme le président Houphouët Boigny l’avait fait dans le temps en acceptant de donner tous les travaux de BAD-Education au Synebaci, le président Alassane Ouattara devrait, étant houphouëtiste, l’imiter parce que les entreprises membres du Synebaci ont déjà fait leur preuve sous son prédécesseur ; la réalisation des cités policières, la cité des arts, la rénovation des CEG en collèges… ont été réalisés par les entreprises membres du Synebaci avec un coût relativement bas que celui proposé, à l’époque, par les multinationales. Pourquoi ne peut-on pas avoir confiance aujourd’hui à ces entreprises du BTP qui sont réunis au Synebaci ?

 

Affirmez-vous que les membres de votre centrale n’ont pas été contactés par les pourvoir publics ?

 Non. Nous disons que c’est de l’injustice. Les entreprises à qui on a donné des marchés de gré à gré n’ont soutenu le pouvoir actuel, sauf la Chambre du commerce et d’industrie et le Synebaci. Pourquoi nos membres qui ont fait tant d’efforts doivent être écartés du Programme d’urgence du président de la République ? Aujourd’hui, ces deux structures qui ont vécu le martyr sont devenues des orphelins. Les entreprises qui ont eu la part belle sous l’ancien pouvoir, ce sont elles à qui l’on attribue les marchés actuellement.

 

C’est une accusation grave …

Je n’accuse personne ! Je dis ce qui est vrai. Aujourd’hui, il faut avoir de l’argent pour payer un appel d’offre. Et, les entreprises membres du Synebaci qui ont dénoncé ses tares sous l’ancien régime n’ont pas d’argent pour payer un marché. Pour faire face aux difficultés de financement qu’on reproche à nos membres, le Synebaci a signé un partenariat avec la BRS (Banque Régionale de Solidarité). Elle est disposée à financer nos membres qui obtiennent des marchés publics.

Au moment où certains ministères refusent de donner les marchés réhabilitation aux entreprises locales du BTP, ils donnent ces marchés gré à gré à des multinationales. C’est pourquoi, nous venons de signer une pétition adressée au président Alassane Ouattara. Parce que la réhabilitation des universités et autres édifices administratifs ne doivent être qu’une affaire des Pme-Pmi locales. Donner une réhabilitation à une seule et unique entreprise à hauteurs de plus de 45 milliards de nos francs n’est pas normal pour un pays qui sort de la guerre dont les Pme-Pmi ont été lourdement éprouvées.

 

Donc, confirmez-vous que les Pme-Pmi ivoiriennes sont lésées ?

Oui, les Pme-Pmi ivoiriennes sont lésées dans la passation des marchés publics. Et, nous ne sont pas d’accord pour ça. Nous voulons que ces travaux de réhabilitations des édifices publics soient directement rétrocédés aux Pme-Pmi de la Côte d’Ivoire. Nous ne pouvons pas accepter que l’Etat ivoirien donne 45 milliards de francs CFA à une seule entreprise. Il faut qu’une partie, soit 20 ou 25 milliards, revienne aux Pme-Pmi nationales. Et nous allons continuer à la dénoncer jusqu’à ce que le président Alassane Ouattara donne une partie de ces travaux aux Pme nationales.

 

Les agents de l’administration que vous accusez affirment que les Pme-Pmi n’ont pas la capacité financière nécessaire pour réaliser ces travaux?

C’est irréel. A partir du moment où il y avait la crise ivoirienne, qui avait de l’argent. Ces agents parlent comme si c’est l’administration seule qui a subi la guerre et les entreprises étaient stationnées dans un autre pays. C’est tout le monde qui a subi la guerre. Pour ne pas qu’ils nous fassent ces reproches farfelus, nous avons signé un partenariat avec une banque de la place. Elle a accepté de nous accompagner dans le financement pour la réalisation de nos marchés. Il ne faut pas nous dire aujourd’hui que nous n’avons pas d’argent pour cela ils ne vont pas nous donner les travaux à réaliser. L’entreprise Kagnassi qui a les travaux de réhabilitation des universités de Cocody, d’Abobo-Adjamé et du centre de formation de la CIE exige une avance de 20 milliards de francs CFA avant le début des travaux. Si le gouvernement verse ces 20 milliards à la BRS, elle va financer tous ces travaux de réhabilitation pour les Pme locales. Selon la direction des marchés publics, les travaux n’ont pas commencé parce que l’entreprise Kagnassi qui a déjà obtenu 16 milliards exige 4 autres milliards pour commencer les travaux. On nous fait croire qu’elle va sous-traiter avec les Pme-Pmi ivoiriennes, c’est faux. Pour se faire bonne conscience, de nouvelles PME sont créées à cet effet. Pourquoi la direction des marchés publics ne lui a pas exigée, comme elle exige 20 milliards avant de commencer les travaux, de sous-traiter avec les membres de la centrale syndicale du BTP ?

 

Confirmez-vous que la capacité financière des membres de Synebaci existe ?

Oui. A partir du moment où notre partenariat avec la banque existe, toute Pme de la centrale qui obtient un marché peut l’exécuter sans aucun problème du coté financement. Et, les agents de l’administration le savent du fait que ce partenariat a été largement médiatisé. En plus de ça, nous avons de l’argent. La Taxe Spéciale d’Equipement (TSE) remit par l’Etat suscite des divisions au sein des organisations professionnelles. Le Synebaci, qui a exigé une utilisation rationnelle des fonds, déroute la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (Cgeci) aujourd’hui. Elle utilise cet argent à n’organiser que des séminaires alors qu’il doit permettre de renforcer les capacités des Pme-Pmi qui possède 18,5 % de ces 8 milliards de francs CFA. N’étant pas d’accord sur le mode d’utilisation, la Cgeci nous écarte de sa gestion. Nous demandons au gouvernement de dire à la Cgeci de nous verser notre quote-part dans une banque commerciale qui va servir de fonds de garantie à nos membres. La Cgeci ne peut pas écarter le Synebaci qui a 37 ans d’existence de la gestion de cet argent. C’est pourquoi, nous demandons au gouvernement de Guillaume Soro de mettre de l’ordre, sinon…

 

Vous accusez la Cgeci de gestion opaque de la TSE ?

Oui. La Cgeci est aujourd’hui incapable de nous faire parvenir le rapport de gestion de la TSE. Ce n’est pas normal. Je vous parle de la vérité et non d’accusation. Nous pensons, dans la droite ligne du programme du chef de l’Etat, la TSE doit servir de fonds de garantie aux Pme-Pmi (surtout la partie qui leur revienne) afin de leur permettre de participer à la reconstruction du pays.

 

Comment expliquez-vous qu’étant membres du patronat vous êtes écarté de la gestion de la TSE ?

L’argent est parti à la Cgeci à cause de la grande quote-part des entreprises membres de cette organisation professionnelle. C’est elle qui doit réunir toutes les organisations patronales élues et non les écarter de la gestion. La réalité, c’est que la Cgeci n’est implantée qu’Abidjan, pas à Odienné, ni à Tingrela, ni à Man, ni à Abengourou, etc. Alors que le Synebaci couvre tout le territoire national. Donc, pour réguler la parole de l’Etat auprès des opérateurs économiques, il faut passer par le Synebaci à travers ses représentants régionaux.

 

On parle de création d’emplois, quel sera la part des membres du Synebaci ?

Ce sont les Pme-Pmi qui créent la grande partie des emplois dans un pays. C’est pourquoi, nous pensons qu’il est temps qu’on nous donne tous les marchés de réhabilitations surtout que nous avons l’expérience nécessaire. Nous avons promis au président  Alassane Ouattara tout en comptant sur l’octroi des marchés locaux pour nous permettre de jouer pleinement notre partition d’emploi jeunes. Malheureusement, c’est à une seule structure que la direction des marchés publics a confié ses gros marchés de réhabilitation des infrastructures nationales alors que les Pme-Pmi nationales ont toute la compétence requise. Au regard de cette réalité, nous avons saisi le président Ouattara. Et, nous pensions qu’il va nous aider à trouver de l’emploi pour les jeunes ivoiriens sur toute l’étendue du territoire national. 

 

Les 6 milliards de francs pour les entreprises sinistrés, la Cgeci ne nous a rien dit si ce n’est la Chambre du commerce et d’Industrie qui nous a avertis de recenser les entreprises du BTP sinistrés pour bénéficier de ce fonds destiné à tous. Il faut que cet argent aille à tous les ayant-droits. Exemple : les Pme-Pmi implantées à l’intérieur du pays, non seulement elles n’ont pas travaillé durant la crise mais elles ont subi des pertes énormes. Elles doivent bénéficier de ce fonds. Il ne suffit pas d’avoir une porte fracturée, pour dire que j’ai subi les effets de la guerre. Pourquoi une partie de ce don ne peut-il pas servir à éponger la dette fiscale des Pme-Pmi pour leur permettre de reprendre tranquillement leurs activités ? La Cgeci utilise des huissiers corrompus qui exigent de l’argent aux Pme-Pmi avant de les classer parmi les entreprises sinistrées. Il faut que cela cesse !

 

Est-ce ce désordre qui vous poussé à écrire au chef de l’Etat ?

Oui. Nous demandons, pour une fois encore, au chef de l’Etat de nous donner ces travaux de réhabilitation surtout que nos membres ont l’expérience nécessaire. A cause de la crise, nos membres n’ont pas travaillé, donc ils n’ont pas d’argent. Et, on leur demander de soumissionner à un appel d’offre où tout se paie, ils ne vont jamais avoir de marchés. C’est pourquoi, nous demandons au chef de l’Etat de nous donner un quota dans les travaux de réhabilitation des édifices publics. La cause, les Pme-Pmi ivoiriennes sont lésées dans la passation des marchés. Ce qui va aider l’Etat à mieux économiser.

 

Quel message particulier avez-vous à lancer ?

Je demande à nos membres de ne pas mener des actions qui troublent l’ordre public. Certes nous dénonçons ce qui n’est pas bien mais nous optons pour la négociation avec les pouvoirs publics. Donc, tous doivent attendre les résultats de ces pourparlers jusqu’à ce que le Chef de l’Etat nous reçoive. Parce que nous ne gagnerons rien dans le désordre. Le gouvernement doit reconnaître que le Synebaci a bravé la guerre donc ses membres doivent être récompensés.

 

Interview réalisée par

Fulbert Bilé

 

 

 

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