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Pour la première fois depuis une vingtaine d’années, le ministre chargé des missions ne faisait pas partie de la délégation du chef de l’Etat.

Il est de Paul Biya et de René Sadi comme du doigt et l’ongle. En effet, et cela est de notoriété publique dans le sérail et en dehors, en 29 ans de magistrature suprême, le chef de l’Etat a pratiquement effectué tous ses voyages, privés et officiels confondus, avec René Emmanuel Sadi. Au point où ce dernier a fini par apparaître aux yeux de l’opinion comme un personnage faisant partie des valises du président de la République. Mais la visite du chef de l’Etat, Paul Biya en Côte d’Ivoire samedi dernier, à l’occasion de la cérémonie d’investiture d’Alassane Dramane Ouattara, a sonné comme une violation, du moins un coup d’arrêt à ce «pacte secret».

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En effet selon le communiqué du Cabinet civil de la présidence de la République, lu et relu sur les ondes de la radiotélévision d’Etat samedi dernier et publié hier dans le quotidien gouvernemental Cameroon tribune, le nom de René Emmanuel Sadi ne figurait pas sur la liste des personnalités qui ont accompagné le président Biya à Yamoussoukro. L’absence de René Sadi dans cette délégation est d’autant plus frappante que la veille, le 20 mai, il a été aperçu au boulevard du 20 mai et au Palais de l’unité pour la traditionnelle réception offerte par le chef de l’Etat à l’occasion de la fête nationale de l’unité. A l’issue de la grande parade de vendredi présidée par le chef suprême des armées à Yaoundé, le secrétaire général (Sg) du comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) se félicitait d’ailleurs devant la presse de la «démonstration de force» des militants du Rdpc, qui, à l’en croire, ont prouvé qu’ils sont tous derrière leur président national, Paul Biya.

En outre, pour un voyage de «haute portée diplomatique» comme celui effectué à Yamoussoukro samedi par le chef de l’Etat, le Cameroun prenant officiellement position pour Alassane Ouattara après les tergiversations pendant la crise post-électorale, on se demande bien comment celui qui passe, entre autres, pour son «conseiller diplomatique» pouvait ne pas être du voyage. Paul Biya, qui, de sources généralement bien informées, s’est surtout rendu en Côte d’Ivoire pour sacrifier à une audience avec Nicolas Sarkozy, négociée à l’avance par ses «sorciers blancs» en communication, notamment Patricia Balme, a-t-il délibérément choisi de se passer des «tuyaux» de son «précieux conseiller», M. Sadi ? Difficile de trancher cette question.

Sorciers blancs
Quoiqu’il en soit, s’agissant de cette absence «historique» du ministre chargé de mission dans la suite officielle du chef de l’Etat, l’un des conseillers du Sg du comité central du Rdpc, Paul Célestin Ndembiyembé a indiqué hier au reporter de Mutations : «J’ai aussi découvert cette information comme vous. Je n’ai aucune explication à vous donner à propos. Il serait utile de l’appeler lui-même». Un autre membre influent de l’entourage du ministre, son secrétaire particulier, ira plus loin : «C’est au chef de l’Etat de décider sur qui doit faire partie de sa compagnie. Pour une visite-flash comme celle de Yamoussoukro, je ne pense pas qu’il devait se faire accompagner par 15 à 20 personnes, avec les dépenses que cela comporte. Et puis, dans la perspective des prochaines échéances électorales, le ministre Sadi a des responsabilités importantes, notamment en qualité de secrétaire général du comité central du Rdpc. Le chef de l’Etat peut juger qu’il est plus judicieux qu’il se consacre entièrement à ces responsabilités, au lieu d’effectuer un voyage-flash avec lui à Yamoussoukro ».

A propos des responsabilités confiées par Paul Biya au Sg du Rdpc, s’agit-il de l’organisation du congrès du parti ou d’un tout autre dossier sensible, telle que l’intensification des inscriptions sur les listes électorales dans la perspective de l’élection présidentielle prévue dans cinq mois? En tout cas, René Emmanuel Sadi a serré en premier la main du chef de l’Etat à son retour dans la capitale, à l’entrée du pavillon présidentiel à l’aéroport de Yaoundé Nsimalen. Sans doute ne faut-il tirer aucune conclusion hâtive de cette absence, ni positive ni négative pour l’actuel Sg du comité central du Rdpc (qui a par ailleurs fait le tour des responsabilités à la présidence de la République). Mais sa position de dauphin putatif (comme quelques autres) fait en sorte que chaque geste, chaque acte du chef de l’Etat en rapport avec lui est désormais scruté, particulièrement en cette année électorale. En tout état de cause, c’est une absence qui fera date.

En rappel, la suite officielle du chef de l’Etat pour ce voyage à Yamoussoukro était constituée M.M. Henri Eyébé Ayissi, ministre des Relations extérieures ; Martin Belinga Eboutou, directeur du Cabinet civil, Paul Atanga Nji, ministre chargé de mission à la présidence de la République, Luc Sindjoun, conseiller spécial de la présidence de la République ; Alfred Nguini, ambassadeur du Cameroun en Côte d’Ivoire, Simon Pierre Bikélé, chef du protocole d’Etat, Contre-amiral Joseph Fouda, aide de camp du président de la République et, curiosité des curiosités, Hamadou Moustapha, ministre chargé de mission, pas très connu au bataillon des déplacements du chef de l’Etat.

Tag(s) : #Politique

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