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Le philosophe Karl Marx s'est imposé, non sans mal, à la tête du mouvement social européen.

Ses idées ont sumergé la pensée politique occidentale et même mondiale dans la première moitié du XXe siècle. Elles ont inspiré les révolutionnaires russe et chinois. Elles ont nourri les intellectuels de la gauche occidentale jusqu'à la fin du XXe siècle.

Un jeune surdoué

Karl Marx (1818-1883), photographie de 1870

 

Karl Marx est né à Trèves, en Rhénanie, le 5 mai 1818, dans la famille d'un riche avocat juif, fils de rabbin, converti au protestantisme.

Très tôt convaincu de ses exceptionnels dons intellectuels, il étudie la philosophie et se laisse imprégner par les idées alors très en vogue de Georg Wilhelm Friedrich Hegel. Celui-ci est à l'origine de la dialectique, un outil conceptuel dont se servira toute sa vie Karl Marx.

En 1842, le jeune homme abandonne ses études de philosophie pour prendre la direction d'une gazette libérale, laRheinische Zeitung de Cologne. C'est le début de ses ennuis matériels. Il doit bientôt émigrer à Paris avec sa femme, Jenny von Westphalen, une amie d'enfance qui lui donnera plusieurs enfants dont trois filles qui seules lui survivront.

Dans la capitale française, il fait la connaissance de Bakounine et Proudhon, des théoriciens de la révolution sociale, et surtout se lie d'amitié avec Friedrich Engels. Fils de riches industriels, de deux ans son cadet, celui-ci va lui permettre de se consacrer pleinement à ses travaux intellectuels.

À Bruxelles, en 1845, les deux amis publient ensemble Die deutsche Ideologie (L'Idéologie allemande) où ils présentent pour la première fois la théorie du matérialisme historique.

Une pensée achevée à 30 ans

Début 1848, Karl Marx, à peine âgé de 30 ans, condense l'essentiel de sa pensée dans un opuscule publié avec Fredrich Engels et destiné à servir de programme à un obscur parti, la Ligue des communistes. Dans cet ouvrage, qui a nom Le Manifeste du Parti communiste, Karl Marx prédit la fin de l'Histoire et l'avènement du paradis sur terre après que le prolétariat ouvrier aura abattu la bourgeoisie et mis un terme à la lutte des classes qui régit l'Histoire depuis les origines de l'humanité.

L'État, instrument par lequel une classe sociale (la bourgeoisie capitaliste) impose ses intérêts aux autres classes, est voué à disparaître dans la société sans classes qui sortira de la révolution prolétarienne.

À propos de l'Histoire, Karl Marx développe une théorie, le «matérialisme historique», qui voit dans l'économie le ressort premier et unique des sociétés humaines à l'exclusion de tous les autres : les techniques de production (chasse, agriculture, industrie...) et le système économique constituent l'«infrastructure», c'est-à-dire le fondement sur lequel repose la «superstructure», à savoir toutes les composantes de la société (institutions politiques, culture, religion et même art).

Les progrès humains et les changements politiques, sociaux, religieux et culturels trouvent leur origine dans la lutte des hommes entre eux et contre la nature, pour l'appropriation des subsistances indispensables à la survie.

Le philosophe allemand qualifie d'«idéalistes» les penseurs qui prétendent que les hommes peuvent être mus par d'autres motivations que la lutte pour l'appropriation des subsistances. Alexis de Tocqueville est un bon exemple de ces penseurs libéraux ou «idéalistes».

Dès 1843, dans la Question juive, le jeune philosophe fulmine contre les droits de l'Homme : «Aucun des prétendus droits de l'homme ne dépasse donc l'homme égoïste, l'homme en tant que membre de la société bourgeoise, c'est-à-dire un individu séparé de la communauté, uniquement préoccupé de son intérêt personnel et obéissant à son arbitraire privé» (*).

Marx et la Question juive

Karl Marx dénonce régulièrement dans ses écrits la «bourgeoisie cosmopolite». Ce petit-fils de rabbin figure parmi les premiers idéologues qui dénoncent la place particulière qu'y occuperaient les juifs selon eux.

Ainsi, dans la Question juive (1843), Karl Marx lance : «Quel est le fond profane du judaïsme ? Le besoin pratique, la cupidité (Eigennutz ). Quel est le culte profane du Juif ? Le trafic. Quel est son dieu ? L'argent» (*).

En matière de racisme, son ami Friedrich Engels n'est pas en reste. Dans une lettre à un correspondant du nom de W. Borgius, il écrit en 1894 : «Pour nous, les conditions économiques déterminent tous les phénomènes historiques, mais la race elle-même est une donnée économique...»

Pauvreté et ténacité

De 1849 à sa mort, le philosophe s'établit à Londres où il vit dans des conditions matérielles précaires. Il gagne sa vie en vendant des articles et en publiant des ouvrages théoriques d'un abord difficile. L'aide matérielle de Friedrich Engels lui permet malgré tout de satisfaire ses penchants pour le luxe, de bien manger et de bien boire. Il a de sa fidèle gouvernante un fils caché.

Karl Marx s'extasie sur le rôle de premier plan que le prolétariat allemand est appelé à jouer dans la révolution mondiale et s'inquiète de la menace que fait peser sur celle-ci la Russie obscurantiste.

Lorsque Charles Darwin expose en 1859 sa théorie de la sélection naturelle relative aux espèces vivantes, le philosophe tente d'entrer en relation épistolaire avec le savant en vue d'obtenir une validation scientifique de sa propre théorie de la lutte des classes.

En 1864, il rédige les statuts de l'Association internationale des travailleurs (la 1ère Internationale). Trois ans plus tard, le 17 juillet 1867, sort le premier tome du Capital. Les deux tomes suivants sont publiés par Engels après la mort de leur auteur, le 14 mars 1883.

En 1875, Karl Marx a toutefois l'amertume de voir ses thèses sur la «dictature du prolétariat» rejetées au profit d'une voie démocratique et réformiste par les socialistes allemands réunis en congrès à Gotha. Il ne se doute pas de leur rebond inespéré, quatre décennies plus tard, avec la victoire en Russie d'un groupe d'agitateurs qui se revendique de sa filiation.

Commentaire : actualité du marxisme

Le «matérialisme historique» de Marx et Engels apparaît aujourd'hui quelque peu obsolète. Il est mis à mal par l'échec des régimes politiques qui se réclament du marxisme. Il l'est aussi par les découvertes de l'archéologie.

Ainsi, Karl Marx croyait comme beaucoup de scientistes du XIXe siècle que l'agriculture était née du besoin d'améliorer la productivité de la cueillette primitive et qu'il en avait découlé la fixation des hommes en des villages permanents. Or,«rien n'indique à son origine l'existence d'une tension sociale qu'aurait pu générer, selon un schéma marxiste, une quelconque compétition devant les ressources disponibles», écrit le préhistorien Jacques Cauvin (*). Cet exemple tiré de l'anthropologie montre que la culture et l'organisation sociale déterminent les choix économiques et techniques, non l'inverse comme l'affirmait Karl Marx.

Il n'empêche que la pensée marxiste continue d'inspirer les cercles politiques de gauche et même de droite. A preuve l'insistance des uns et des autres à réduire tous les enjeux sociaux, culturels et politiques à des questions économiques.

 

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