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La Grèce moderne, pays attachant et d'une profonde humanité, est un legs du romantisme européen. Elle germe dans l'esprit imaginatif des jeunes Grecs qui entourent le tsar de Russie à la fin du XVIIIe siècle. Elle prend corps dans les cercles libéraux de Constantinople et surtout de Paris et de Londres, après l'effondrement de l'empire napoléonien.

Un legs du romantisme

La jeunesse cultivée d'Europe, rebutée par les excès de la Révolution française, nostalgique du passé aristocratique et pétrie de culture classique gréco-latine, va se mettre en tête de délivrer les Grecs du joug ottoman et de ressusciter la gloire d'Athènes. Elle nourrit le «philhellénisme», du nom ancien des Grecs, les Hellènes.

Au prix de bien des drames, les Grecs et leurs amis philhellènes réussissent à arracher à la Sublime Porte (le gouvernement du sultan) un territoire restreint et pauvre, limité à l'Attique, au Péloponnèse et à la Béotie. Cette première Grèce compte 700.000 habitants, pour l'essentiel de modestes paysans, tandis que la plus grande partie des Grecs vivent de l'autre côté de la mer Égée, ainsi qu'à Constantinople.

Les principales villes, telle Athènes, sont des bourgades dont les habitants ont perdu le souvenir de leur très lointain passé. Ainsi, quand Chateaubriand se rend dans la région au début du XIXe siècle, il interroge des Athéniens sur leur identité et à sa surprise, ceux-ci se qualifient de Roumies (ou Romains), autrement dit Byzantins.

Il est vrai que la péninsule a été largement dépeuplée par dénatalité, dès avant la conquête romaine, et ce sont essentiellement des Slaves qui se sont installés au VIe siècle sur les terres en friches.

Pendant tout le cours du XIXe siècle, les dirigeants de la nouvelle Grèce n'ont de cesse de renouer malgré tout avec la Grèce antique et de réunir à eux les communautés orientales.

Grèce d'aujourd'hui, Grèce d'hier et d'avant-hier

La Grèce actuelle inclut le sud de la péninsule balkanique (Péloponnèse, Attique, Béotie, Thessalie, Épire du sud, Macédoine du sud, Thrace occidentale), les îles de la mer Égée et la Crète, soit un territoire de 132.000 km2 avec une population déclinante d'environ 10 millions d'habitants (2011).

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Elle a peu à voir avec la Grèce antique dont s'énorgueillissent ses habitants, encore moins avec la Grèce byzantine qui a éclairé les derniers siècles de l'Antiquité et le haut Moyen-Âge.

L'Épire du nord (Albanie) et la Macédoine du nord (République de Madécoine) en sont exclues. L'Ionie (Smyrne, Milet... et la côte occidentale de l'actuelle Turquie) ont quant à elles perdu leurs populations grecques, de même que la «Grande Grèce» (Syracuse, Tarente, la Sicile et le sud de l'Italie) et bien sûr Byzance (aujourd'hui Istamboul).

De l'indépendance à la maturité

L'histoire de la Grèce moderne est tissée de coups d'État, de morts violentes, d'humiliations et de guerres.

Les déconvenues commencent avec Jean Capo d'Istria, ancien diplomate grec au service du tsar. Il a déjà participé à un gouvernement républicain dans les îles Ioniennes (ou Heptanèse), après que les Français en ont été chassés en 1797.

Élu dès avril 1827 président provisoire, il tente d'instaurer un gouvernement républicain mais il est assassiné pour des raisons privées.

Aussitôt après, les Occidentaux imposent au nouvel État grec de renoncer à la République et lui donnent un monarque pur sang, le prince Othon de Bavière (16 ans), second fils du roi Louis 1er de Bavière. Il est intronisé à Nauplie le 8 août 1832.

Dès sa majorité, le nouveau souverain s'entoure d'Allemands et gouverne en monarque absolu, ce qui n'a pas l'heur de plaire à ses sujets. Il tente d'apaiser leur mécontentement en accordant une Constitution en 1844.

Mais une nouvelle humiliation atteint les Grecs avec l'«affaire Pacifico», du nom d'un marchand portugais né à Gibraltar, colonie britannique, et installé à Athènes.

Ce marchand voit sa maison pillée lors d'une émeute populaire en 1847. Sa plainte auprès de l'État grec n'ayant pas abouti, il se tourne vers le gouvernement anglais de lord Palmerston.

Celui-ci prend son parti et entame le blocus naval du port du Pirée. Athènes s'incline devant son puissant «ami» et indemnise le marchand !

Cette humiliation concourt au renversement du roi par un coup d'État militaire, en octobre 1862. L'audace ayant des limites, les Grecs, sous influence anglaise, se donnent un nouveau roi en la personne de Georges 1er (17 ans), deuxième fils du roi du Danemark Christian IX.

Il est élu par l'Assemblée nationale le 30 mars 1863 et va s'atteler dès lors à agrandir son royaume.

Vers le rassemblement de tous les Grecs

Georges 1er obtient de l'Angleterre la cession des îles Ioniennes dès 1863 (beau cadeau d'avènement). En 1881, la conférence de Constantinople lui accorde une petite partie de l'Épire et la Thessalie. Il a beaucoup plus de difficultés à obtenir la Crète. C'est son dernier chef de gouvernement, le Crétois Éleuthérios Venizélos, qui va en faire son affaire.

Cet ardent militant du panhellénisme (le rassemblement de tous les Grecs) appelle les troupes grecques à occuper son île le 21 janvier 1897. Mais, sous la pression des grandes puissances, Athènes doit finalement lâcher prise.

Le gouvernement tente de se consoler en envahissant l'Épire. Mal lui en prend. Son armée est brutalement défaite par les Turcs à Domokos et refoulée. Les grandes puissances interviennent cette fois pour lui sauver la mise.

La Grèce, confrontée par ailleurs à une grave crise économique et sociale, se déclare en faillite la même année. C'est la première faillite de son Histoire ; ce ne sera pas la dernière.

Cependant, les militaires et les nationalistes, qui voient en Venizélos leur héros, plaident pour sa nomination à la tête du gouvernement.

Premier ministre en octobre 1910, il entame contre la Turquie une première guerre balkanique deux ans plus tard. Elle lui permet de récupérer enfin la Crète au traité de Londres, le 30 mai 1913, quelques mois après l'assassinat du roi Georges 1er et l'accession au trône de son fils Constantin 1er.

Une seconde guerre balkanique vaut à la Grèce d'enlever à la Bulgarie une partie de la Macédoine et d'obtenir aussi Salonique et la Thrace occidentale.

Quand survient la Grande Guerre, la tension est à son comble. Le roi, beau-frère de l'empereur allemand Guillaume II, voudrait engager son pays à ses côtés. Venizélos, désireux de gains territoriaux, veut quant à lui l'engager contre la Turquie, autrement dit aux côtés de la France et l'Angleterre.

En octobre 1915, Venizélos encourage secrètement les Alliés à débarquer à Salonique après leur échec des Dardanelles. Le roi, mécontent, le renvoie. C'est la rupture. Venizélos établit un gouvernement rebelle en Crète puis à Salonique, auprès des Alliés.

Le général Sarrail, qui commande l'armée d'Orient, fait débarquer des fusiliers marins au Pirée, le port d'Athènes, et exige le départ du roi. Celui-ci abdique le 12 juin 1917 au profit de son deuxième fils Alexandre (22 ans).

Venizélos, de retour à Athènes en juin 1917, déclare officiellement la guerre aux Puissances centrales. Cet engagement lui vaut, lors des négociations de paix, d'obtenir des gains territoriaux exorbitants. La Grèce se voit reconnaître par le traité de Sèvres toute la mer Égée, y compris la rive orientale et Smyrne.

C'est plus que n'en peuvent supporter les Turcs. Sous la direction de Moustafa Kémal, ils écrasent l'armée grecque, imposent l'armistice de Moudanya (11 octobre 1922) et obtiennent par le traité de Lausanne (24 juillet 1923) une complète révision du précédent traité.

Mais ils ne s'en tiennent pas là. Ils rejettent de l'autre côté de la mer Égée toutes les populations grecques, soit environ 1.300.000 personnes. En retour, quelques 300.000 Turcs quittent la Grèce pour la Turquie. Avec ce premier transfert de population de l'Histoire moderne, c'en est fini de trois millénaires de culture hellénique en Anatolie (la Turquie moderne).

Le temps des troubles

Quatre guerres contre la Turquie (1897, 1912, 1913 et 1920) s'achèvent sur un désastre. La Grèce entre dès lors dans une crise aigüe, tant du fait des difficultés militaires que des difficultés intérieures : accueil des réfugiés, déliquescence de l'administration et des finances publiques.

Le 15 octobre 1920, le jeune Alexandre 1er meurt accidentellement des suites de la morsure d'un singe.

Un mois plus tard, le 14 novembre 1920, les déboires militaires en Anatolie valent une déroute électorale au parti de Venizélos et un référendum populaire rappelle le germanophile Constantin sur le trône. Mais les militaires obtiennent son abdication définitive après l'armistice de Moudanya, qu'ils ne lui pardonnent pas. Constantin suit Venizélos sur les routes de l'exil et laisse le trône à son fils aîné Georges II.

En décembre 1923, retournement de situation : les vénizélistes contraignent le roi Georges II à abdiquer à son tour. En mars suivant est instaurée la Seconde République (après celle de 1830).

L'inusable Venizélos retrouve son poste de Premier ministre en 1928. Désormais soucieux d'étouffer les conflits potentiels, il se rapproche de l'Italie de Mussolini comme de la Yougoslavie d'Alexandre 1er.

Ses efforts n'ont pas le temps de porter leurs fruits. La Grèce, fragile et pauvre, est frappée de plein fouet par la crise économique consécutive au krach de Wall Street (octobre 1929).

Un référendum, en novembre 1935, replace sur le trône Georges II. Mais cela ne règle rien et, le 4 août 1936, le général Ioannis Metaxàs s'empare du pouvoir. Admirateur de Mussolini, il exerce une dictature du même type sous l'égide de la couronne et avec un large soutien populaire.

Il n'en est pas moins affecté quand l'Italie envahit l'Albanie en 1939. Se sentant désormais menacé, il resserre les liens de la Grèce avec ses voisins balkaniques. Quand éclate la Seconde Guerre mondiale, il s'efforce de maintenir son pays dans la neutralité. Mais un ultimatum italien du 28 octobre 1940 vient bouleverser ses calculs. À cet ultimatum, Metaxàs répond fermement «Ochi» («non»).

Le petit royaume est aussitôt envahi par les troupes italiennes. À la surprise générale, les Grecs résistent avec une âpreté étonnante à l'invasion et parviennent à repousser les Italiens en s'appuyant sur les fortifications frontalières de la «ligne Metaxàs» ! Mussolini, de dépit, appelle à la rescousse son allié Hitler.

La Wehrmacht envahit le pays le 6 avril 1941. Deux mouvements de résistance au nazisme, bientôt antagonistes, se mettent en place : l'EAM-EAS communiste et l'EDES monarchiste.

Après une longue résistance qui se poursuit jusqu'en Crète, tout le pays est finalement occupé et dépecé. La famine ravage le pays, causant pas moins de 300.000 victimes. Comble de l'horreur, de nombreux juifs sont déportés et l'importante communauté israélite de Salonique exterminée.

Quand arrive l'heure de la Libération, en 1944, d'autres épreuves attendent les Grecs, non moins atroces, avec une guerre civile entre les deux mouvements de résistance, communistes d'un côté, royalistes pro-occidentaux de l'autre. Elle ne va prendre fin qu'en octobre 1949, faute de combattants.

Le temps des déconvenues

La paix, enfin ! Sous le règne de Paul 1er, qui a succédé à son frère Georges II le 1er avril 1947, la Grèce entreprend sa reconstruction. Tout est à faire ou refaire. Elle bénéficie du plan Marshall.

Elle a aussi la satisfaction de recouvrer en 1948 les îles du Dodécanèse et Rhodes, cédées à l'Italie après la Première Guerre mondiale. Elle entre au Conseil de l'Europe en 1949 et dans l'OTAN en 1951. Le conservateur Constantin Caramanlis (ou Konstantin Karamanlis) accède en 1955 à la tête du gouvernement. Il est battu en 1963 par le chef de l'opposition de gauche Georges Papandréou (ou Papandhréou).

Le fils de celui-ci s'étant compromis avec une organisation d'extrême-gauche, en pleine guerre froide, il s'ensuit une crise politique. Elle débouche sur un coup d'État militaire le 15 juillet 1965. Le monarque, selon une habitude bien enracinée, ne tarde pas à prendre le chemin de l'exil. Ce «régime des colonels», dont la brutalité a été illustrée par le film Z de Costa-Gavras (1969), s'effondre suite à l'invasion inconsidérée de Chypre le 15 juillet 1974.

Ce jour-là, avec la complicité des colonels qui exercent le pouvoir à Athènes, en Grèce, la Garde nationale cypriote fomente un coup d'État contre le président Makarios et tente de réaliser l'Enosis (rattachement de l'île à la «mère-patrie»). L'armée turque, prétextant une menace pour les habitants turcophones, envahit aussitôt le nord de l'île. Depuis cette date, les deux communautés vivent séparées, de part et d'autre d'une «ligne verte».

Déconsidérés, les colonels remettent le pouvoir aux civils et, le 24 juillet 1974, Constantin Caramanlis reprend la tête du gouvernement. La monarchie est définitivement abolie par le référendum du 8 décembre 1974. Depuis lors, le pouvoir est exercé en alternance par les deux grandes familles politiques du pays : les Caramanlis, chefs du parti conservateur Nouvelle Démocratie, et les Papandréou, chefs du parti socialiste Pasok.

Illusions européennes

Le 1er janvier 1981, la Grèce a pu fièrement entrer dans la Communauté économique européenne (aujourd'hui l'Union européenne), en dépit d'une économie fragile et pauvre. «On ne ferme pas la porte àAristote et Platon», aurait déclaré le président français Valéry Giscard d'Estaing.

Vingt ans plus tard, pour les mêmes raisons, avec la même indulgence de la part des dirigeants européens, elle a pu rejoindre la zone euro. Il ne s'est pas écoulé dix ans avant que n'éclate l'irréalisme de ces promotions prématurées.

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