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L'idée selon laquelle la diffusion de la culture de masse et des biens de consommation dans le monde entier représente le triomphe de la civilisation occidentale repose sur une vision affadie de la culture occidentale. L'essence de la culture occidentale, c'est le droit, pas le MacDo. Le fait que les non-Occidentaux puissent opter pour le second n'implique pas qu'ils acceptent le premier. »

— Samuel Huntington, Le Choc des civilisations, p. 72.

  • Le choc des titans

(Le Choc des civilisations)

Synopsis :

La dernière bataille pour le pouvoir met en scène des hommes contre des rois et des rois contre des dieux. Mais la guerre entre les dieux eux-mêmes peut détruire le monde. Né d'un dieu mais élevé comme un homme, Persée ne peut sauver sa famille des griffes de Hadès, dieu vengeur du monde des Enfers. N'ayant plus rien à perdre, Persée se porte volontaire pour conduire une mission dangereuse et porter un coup fatal à Hadès avant que celui-ci ne s'empare du pouvoir de Zeus et fasse régner l'enfer sur terre. A la tête d'une troupe de guerriers courageux, Persée entreprend un périlleux voyage dans les profondeurs des mondes interdits.

Luttant contre des démons impies et des bêtes redoutables, il ne survivra que s'il accepte son pouvoir en tant que dieu, qu'il défie son destin et crée sa propre destinée.

Le projet de Huntington est d'élaborer un nouveau modèle conceptuel pour décrire le fonctionnement des relations internationales après l'effondrement du bloc soviétique à la fin des années 1980. Toutefois, il ne prétend pas donner à son modèle une validité qui s'étend forcément au-delà de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle2 et s'appuie sur une description géopolitique du monde fondée non plus sur des clivages idéologiques « politiques », mais sur des oppositions culturelles plus floues, qu'il appelle « civilisationnelles », dans lesquelles le substrat religieux tient une place centrale, et sur leurs relations souvent conflictuelles.

Plan du livre..

Préface3

Première partie - Un monde divisé en civilisations

  • Chapitre premier - Le nouvel âge de la politique globale
  • Chapitre II - Les civilisations hier et aujourd'hui
  • Chapitre III - Existe-t-il une civilisation universelle ? Modernisation et occidentalisation

Deuxième partie - L'équilibre instable des civilisations

  • Chapitre IV - L'effacement de l'Occident : puissance, culture et indigénisation
  • Chapitre V : Économie et démographie dans les civilisations montantes

Troisième partie - Le nouvel ordre des civilisations

  • Chapitre VI : La recomposition culturelle de la politique globale
  • Chapitre VII : États phares, cercles concentriques et ordre des civilisations

Quatrième partie - Les conflits entre civilisations

  • Chapitre VIII : L'Occident et le reste du monde : problèmes intercivilisationnels
  • Chapitre IX : La politique globale des civilisations
  • Chapitre X : Des guerres de transitions aux guerres civilisationnelles
  • Chapitre XI : La dynamique des guerres civilisationnelles
  • Chapitre XII : L'Occident, les civilisations et la civilisation

La thèse..

La chute du mur de Berlin en 1989 annonce le passage d'un monde caractérisé par des clivages idéologiques, entre communisme et capitalisme, ou impérialisme et anti-impérialisme, à un monde marqué par des clivages culturels. « Pour la première fois dans l'histoire, la politique globale est à la fois multipolaire et multicivisationnelle. »4 À l'appui de sa thèse, Huntington montre que la chute des idéologies s'est accompagnée d'une résurgence des sentiments identitaires, que ce soit dans le monde musulman, avec le réveil de l'islam radical, qu'en Asie ou dans les pays d'Europe orientale (comme la Pologne par exemple), qui ont fait leur révolution au nom de leur nation et de leur culture.

Le deuxième temps de la « thèse du grand seigneur » d'Huntington consiste à avancer que ce réveil identitaire ne s'affirme plus par le biais des nations, comme au XIXe siècle et au XXe siècle, ni celui des ethnies, mais à l'échelle civilisationnelle, du fait de la mondialisation des échanges. Or, pour Huntington, les civilisations ont toutes pour origine une grande religion qui en a formé le socle moral et politique.

L'argumentation..

L'ouvrage s'ouvre sur des constats d'actualité. Par exemple, en 1994, des musulmans de Bosnie défilent à Sarajevo en brandissant des drapeaux non pas de la démocratie ou de l'Occident, mais de l'Arabie saoudite et de la Turquie, à savoir les drapeaux de l'islam5. D'autres exemples semblables sont illustrés au début du livre6. D'autres arguments rappellent les analyses historiques comme celui de Fernand Braudel qui rappelle que modernisation ne signifie pas forcément occidentalisation et encore moins un rapprochement et que la Chine des Mings était infiniment plus proche de la France des Valois que ne l'était la Chine de Mao par rapport à la France de de Gaulle. Samuel Huntington critique par ailleurs l'idée d'une civilisation universelle. Pour lui, la civilisation universelle qu'il appelle la « culture de Davos »7, celle qui rassemble des hommes du monde entier partageant les mêmes valeurs (démocratie, droits de l'homme, liberté économique et libéralisme), ne représente qu'une infime part de la population mondiale, ce qui est insuffisant pour donner une civilisation universelle homogène. Des États partageant les mêmes valeurs (religion, philosophie, mœurs) collaborent de plus en plus en eux. Lors de la guerre de Bosnie-Herzégovine, les Bosniaques musulmans étaient soutenus en armes et en argent par des États musulmans (Turquie, Iran, Arabie saoudite) tandis que la Serbie orthodoxe était soutenue par ses frères orthodoxes comme la Russie. En proportion, de plus en plus de guerres ont désormais un caractère ethnique.

  • Les civilisations selon Huntington..

Les civilisations selon Huntington.Huntington décrit les grandes civilisations contemporaines suivantes :

  • La civilisation chinoise..

La civilisation chinoise8 (sinic) comprend le monde chinois (au sens large, y compris la diaspora chinoise : Chine, ainsi que les cultures connexes de Corée et du Vietnam9, et Philippinesréf. nécessaire.

  • La civilisation japonaise..

Le Japon forme une civilisation spécifique10.

  • La civilisation hindoue..

La civilisation indienne ou hindoue11 recouvre le sous-continent indien : Inde, Sri Lanka et diaspora indienne), et fondée sur l'hindouisme. Huntington cite Fernand Braudel à ce propos : « C'est davantage qu'une religion ou qu'un système social ; c'est le noyau de la civilisation indienne. »12

  • La civilisation islamique..

La civilisation islamique (du Sénégal à la Nouvelle-Guinée)se fonde sur la religion musulmane. Huntington y distingue des sous-ensembles (qu'il appelle « cultures » ou « sous-civilisations » (sans connotation péjorative) : les cultures arabe, turque, perse et malaisienne13.

  • La civilisation occidentale..

La civilisation occidentale se compose de trois grands ensembles : l'Europe, l'Amérique du Nord et l'Océanie (Europe de l'Ouest, États-Unis, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande), fondée sur le christianisme. Huntington insiste sur le fait que les rapports avec les Européens ont beaucoup évolué avec le temps. L'Amérique du Nord s'est longtemps définie contre l'Europe. Ce n'est qu'au XXe siècle, alors que l'Amérique du Nord prend le commandement de « l'Occident » qu'elle se reconnaît « européenne ». « Cependant, on appelle généralement « occidentale » la civilisation euro-américaine. Malgré ses défauts, c'est ce terme qui sera utilisé ici. »14

  • La civilisation latino-américaine..

Pour Huntington, bien qu'elle dérive de la civilisation européenne, l'Amérique du Sud n'en a pas moins suivi un développement différent des deux autres composants : Europe et Amérique du Nord. Elle se caractérise par un corporatisme et un autoritarisme spécifiques, par un contact avec d'autres cultures (Incas, Aztèques, etc.) et par le fait qu'elle soit demeurée seulement catholique, alors que les deux autres entités ont l'influence de la Réforme protestante15.

  • La civilisation africaine..

La civilisation africaine (si possible)16(sans l'Afrique du Nord ni la Corne de l'Afrique), civilisation pour laquelle Huntington reconnaît qu'il n'y a pas de religion dominante, mais plutôt un ensemble de pratiques animistes. Pour lui, l'existence d'une grande religion est une condition préalable à l'existence d'une grande civilisation.

  • La civilisation orthodoxe..

La civilisation orthodoxe (Russie, Ukraine, Serbie, Grèce...), fondée sur le christianisme orthodoxe. Huntington n'y fait aucune allusion dans le chapitre où il définit les grandes civilisations. Par contre, dans les analyses ultérieures, la civilisation orthodoxe est considérée comme telle.

Remarques...

Huntington précise qu'on ne peut pas parler de civilisations bouddhiste ou juive17. Le bouddhisme est une grande spiritualité mais son extinction en Inde et sa capacité à se fondre dans des modèles préexistants ne permettent pas d'en faire le socle d'une grande civilisation. En ce qui concerne le judaïsme, sa faiblesse démographique est antinomique avec la définition même de civilisation et l'identification subjective des juifs est complexe : de nombreux juifs diasporiques se reconnaissent comme juifs mais pas comme Israéliens, se réclamant de fait comme membres de leur civilisation de rattachement.

Selon Huntington, les conflits civilisationnels peuvent se manifester de plusieurs manières :

entre deux civilisations sur leurs frontières : cas de l'Islam au contact des autres civilisations (Bosnie-Herzégovine, Cachemire, Nigeria, Pakistan...) ; entre civilisations du fait de la domination de l'Occident : les autres civilisations cherchent à s'affirmer face à un Occident dominateur ; à l'intérieur d'une civilisation : lutte de pouvoir pour le contrôle d'une civilisation, comme la lutte entre islamistes et réformateurs dans le monde islamique ; lutte à l'intérieur d'un pays : cas d'un pays déchiré entre plusieurs civilisations (Huntington cite la Turquie, le Mexique, la Russie et l'Australie).

  • Critiques..

Cette théorie est contestée dans les milieux intellectuels et universitaires nord-américains.

Elle constitue un tenant de la base idéologique de la guerre contre le terrorisme18. Parmi les détracteurs de M. Huntington et de sa thèse géopolitique figurent l'écrivain britannique Naipaul, auquel se joint Edward Saïd dans l'introduction à la nouvelle édition de son ouvrage L'Orientalisme ; ils s'inscrivent en faux par rapport à cette définition des rapports du Monde, lui opposant la thèse de la civilisation universelle.

  • Critiques d’ordre géopolitique..

Selon ses critiques, la thèse d’Huntington offre un axe de lecture tentant, mais réducteur et simplificateur. En effet, le découpage des aires civilisationnelles est arbitraire et l’auteur lui-même reconnaît quelquefois la faiblesse de certains choix, comme l’incertitude de l’existence d’une civilisation subsaharienne. Quant à la civilisation musulmane, elle masque l’extrême complexité des différentes tendances de la religion et les éventuels conflits internes.

Par cette grille sont ignorés la présence de conflits au sein même de ce qu’il appelle les civilisations, tels les affrontements interethniques (Bosnie, Rwanda), avec les cultures « en guerre contre elles-mêmes » (Yvon Le Bot), ou encore l’enjeu du pétrole au Moyen-Orient.

Outre le manque de pertinence du critère géographique pour le tracé approximatif de ces aires, le choix du facteur de la religion comme facteur déterminant occulterait complètement d’autres variables géopolitiques, économiques, etc. La thèse serait contredite par le libéralisme économique contemporain et la mondialisation, qui montreraient que chaque aire considérée échange avec les autres et tendrait à s’uniformiser avec le reste du monde (voir plus bas, la citation d'Huntington).

L’ASEAN seule montrerait le recoupage de plusieurs aires d’une zone de libre-échange19.

Abdelwahab Meddeb, auteur de La Maladie de l'Islam, s’oppose à une telle conception et avance que le fondamentalisme n’est pas spécifique à une religion, mais les touche bien toutes, notamment à cause justement des rapports et des échanges avec les autres cultures.

  • Critiques d'ordre anthropologique..

Pour Huntington, une civilisation est valable par sa définition essentialiste. En effet, chacune aurait son identité propre et serait comme un bloc revanchard, cohérent, anhistorique et intègre. Or en réalité les civilisations se caractérisent par leur capacité à s’ouvrir à l’extérieur et à échanger avec d’autres pour apporter et recevoir.

Cette interprétation du monde actuel peut être dangereuse, car pouvant légitimer des politiques qui ont tendance à lui conférer une réalité : c’est la dérive des prophéties auto-réalisatrices.

Il ne tient pas compte non plus du métissage possible entre les cultures et il considère même que certaines civilisations ne seraient pas en capacité de pouvoir se moderniser.

  • Remarques..

L'un des premiers ouvrages maîtres sur les questions des identités et des civilisations a été celui de l'historien français Fernand Braudel (Grammaire des civilisations, 1987). Samuel Huntington s'appuie fortement sur l'œuvre de Braudel, cité à de nombreuses reprises.

Dans Difficile tolérance (avec Yves Charles Zarka), Cynthia Fleury fait remarquer que « les premiers théoriciens du “choc des civilisations” ne sont pas forcément ceux que l’on croit, à savoir les partisans de Huntington, mais bien plutôt les oulémas qui ont été, à leur manière, les premiers à opérer un découpage du monde en blocs religieux, donc en “blocs civilisationnels” » (p. 176).

Géopolitique

  • Podcast : Regard sur la politique internationale.

par Bernard Guetta du lundi au vendredi de 8h17 à 8h20

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Bras de fer au Kremlin La nouvelle était tombée mercredi à l’aube, à la dernière minute et sans explication. Par une simple dépêche d’agence, on avait appris que le tribunal de Moscou reportait au 27 décembre l’énoncé du verdict qu’il aurait dû prononcer une heure plus tard contre l’ancien homme le plus riche de Russie, Mikhaïl Khodorkovski, devenu le plus célèbre et le plus courageux des opposants à l’ancien président et actuel Premier ministre Vladimir Poutine.

En l’absence de toute justification de ce report, la situation semblait claire. Pris entre deux feux, surpris, tétanisé par la vigueur avec laquelle le conseiller économique de Dmitri Medvedev, l’actuel président russe, avait déclaré la veille qu’il ne croyait pas aux charges pesant contre l’accusé, le président du tribunal avait préféré ne pas prendre de risque. Il avait choisi d’attendre que le chef de l’Etat et le Premier ministre aient réglé leur différent sur ce procès, que les consignes se clarifient et qu’il puisse juger en toute dépendance puisque l’indépendance n’est pas la première caractéristique de la justice russe.

C’était clair mais Vladimir Poutine n’a pas hésité, hier, àconfirmer les choses, avec la brutalité dont il a fait une méthode de gouvernement. Interrogé sur le sort de Mikhaïl Khodorkovski au cours d’une émission durant laquelle il répondait en direct aux questions des téléspectateurs, il a lui-même prononcé le verdict en déclarant : « Tout voleur doit aller en prison ». S’asseyant sur la séparation des pouvoirs, oubliant la présomption d’innocence, dictant le jugement en public, il est même allé jusqu’à reprendre à son compte des accusations d’assassinat que la Justice n’avait pas retenues contre cet homme dont l’empire pétrolier a été démantelée aux profits de sociétés proches du Kremlin.

Jamais le conflit croissant entre Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine n'aura été aussi patent. Jusqu’à présent, le successeur que l’homme fort de la Russie s’était choisi en 2008 parce que la Constitution lui interdisait de briguer un troisième mandat de suite, se contentait d’affirmer sa différence par des déclarations sur la nécessité de moderniser et libéraliser le pays auxquelles son prédécesseur opposait un silence méprisant. Vladimir Poutine pouvait faire semblant de ne pas se sentir visé mais l’élection de 2012 approche, Dmitri Medevedev a pris une stature internationale, il rattrape Vladimir Poutine dans les sondages et il venait là de se démarquer de lui sur un sujet ultra sensible puisque un acquittement de Mikhaïl Khodorkovski aurait été, serait, intolérable pour Vladimir Poutine qui l’avait ruiné, brisé, emprisonné pour faire un exemple.

Vladimir Poutine n’a pas voulu prendre le risque d’apparaître affaibli. Le tribunal de Moscou ne devait pas avoir le moindre doute sur ce qu’il attendait de lui le 27 décembre mais une situation nouvelle s’est ainsi créée en Russie. Publiquement humilié, Dmitri Medvedev doit maintenant trouver les moyens d’une riposte ou bien vite revenir à la case départ, celle d’un figurant assurant un intérim. La bataille est désormais ouverte entre ces deux hommes, entre le porte-parole des services secrets et celui des classes moyennes et des milieux d’argent, entre les candidats de deux Russie désormais engagés dans un combat singulier.

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