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M. je suis un malien qui suit avec interêt les évènements qui se passent en RCI. Par consequent, je voudrais avoir plus d'informations sur les sommes colossales que detiennent les membres du FPI.

D'où vient tout cet argent particulièrement celui de Bagbo, sa femme Simon et Blé Goudé?

Salutations cordiales.
 

"Savoir se contenter de ce que l'on a, c'est être riche"
Cheickna KONE

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L'histoire pas toujours très rose de la Côte d'Ivoire depuis 1945

Du chat noir, au coup d'Etat de décembre 1999 qui a évincé le président Henri Konan Bédié,
à l’élection dans le sang de Gbagbo en octobre 2000

ère partie : l'ère Houphouët-Boigny

1945 : Houphouët-Boigny est élu député à l'Assemblée constituante française

9 avril 1946 : création du PDCI (Parti démocratique de Côte d'Ivoire) par 34 personnes, pour la plupart syndicalistes paysans, dans un bar de Treichville à Abidjan, l'Etoile du Sud.

1946 : Houphouët-Boigny est nommé ministre du gouvernement de la IVè république française

27 au 31 octobre 1947 : congrès constitutif du PDCI-RDA (Parti démocratique de Côte d'Ivoire-Rassemblement démocratique africain), à Abidjan

1957 : victoire aux législatives du PDCI-RDA.
Auguste Denise, secrétaire général du parti, est nommé vice-président du Conseil de gouvernement, qui est présidé par le gouverneur français, de Nattes.

1958 : référendum dans les colonies françaises d'Afrique. La Côte d'Ivoire vote pour le "oui" qui accorde aux anciennes colonies le statut de républiques au sein de la communauté française.
Auguste Denise est nommé Premier ministre du gouvernement, Jean-Baptiste Mockey est ministre de l'Intérieur, Ernest Bocka, ministre de l'Enseignement

1959 : Houphouët-Boigny quitte son poste de ministre du gouvernement français et est nommé Premier ministre du gouvernement ivoirien

14 mars 1959 : le congrès constitutif du JRDA-CI (Jeunesse du Rassemblement démocratique africain- section Côte d'Ivoire), emmené par Amadou Koné, prend ses distances vis-à-vis d'Houphouët-Boigny.
Au 3ème Congrès du PDCI-RDA, les hommes d'Houphouët-Boigny, dont Auguste Denise son mis en minorité. Jean-Baptiste Mockey, vice-Premier ministre, est élu secrétaire général du parti.
On trouve alors une tête de chat noir enterrée dans les jardins de la maison d'Houphouët à Yamoussoukro. Les procès en sorcellerie vont commencer.

2 novembre 1959 : Jean-Baptiste Mockey est évincé de son poste de S.G. du PDCI, puis éjecté l'année suivante comme ambassadeur à Nicosie.

7 novembre 1959 : loi sur l'état d'urgence

7 août 1960 : Félix Houphouët-Boigny, 54 ans, alors Premier ministre, proclame l'indépendance de la Côte d'Ivoire, jusqu'ici membre de la Communauté franco-africaine créée par le général de Gaulle en 1958.

3 novembre 1960 : la constitution est promulguée, établissant un régime de type présidentiel. Le 27, Houphouët-Boigny est élu à la quasi-unanimité, premier président de la République ivoirienne. Il sera par la suite constamment réélu.

Janvier et août 1963 : des mesures d'épuration sont prises à la suite de deux présumés complots contre le pouvoir. La prison spéciale d'Assabou est créée à Yamoussoukro, le village natal d'Houphouët-Boigny, pour accueillir les "comploteurs". Elle fera le plein jusqu'en 1967, et ne sera détruite qu'en 1969.
Au congrès du PDCI, en 1963, le jeune Konan Bédié est présenté comme un modèle à l'opposé des militants et autres intellectuels du JRDA-CI qui remplissent la prison d'Assabou.
Début janvier 1963, l'Assemblée vote une loi portant création d’une cour de sûreté de l'Etat.
Trois ministres (Joachim Bony, Charles Donwahi et Amadou Koné, le fondateur des JRDA-CI) sont relevés de leurs fonctions. Ils rejoindront quelques jours plus tard, plus de cent personnes dont cinq députés, à la prison de Yamoussoukro. Le "modèle" ivoirien" prend forme.
Philippe Yacé, secrétaire général du PDCI et président de l'Assemblée nationale se déchaîne contre les "fauteurs de troubles" (On comprend mieux son amertume et sa fronde anti-Bédié, lorsque le "vieux" ne lui a pas transmis le pouvoir, avant sa mort).
Houphouët-Boigny rappelle Jean-Baptiste Mockey pour le nommer "président de la cour de sûreté de l'Etat".
Ernest Bocka, alors président de la cour suprême, démissionne pour protester contre ces multiples arrestations.

9 avril 1963 : 89 inculpés sont jugés par la cour de sûreté de l'Etat qui prononce cinq condamnations à mort (peines qui ne seront pas exécutées, du moins "officiellement").

Fin 1963 : Houphouët-Boigny crée une milice du parti de près de 6000 hommes, pour la plupart baoulés, l'ethnie du président. Le "modèle" ivoirien prend du poids.
Obsédé par les complots, Houphouët-Boigny fait envoyer en prison beaucoup de monde : Ernest Bocka (et mort en détention en avril 1964), Jean-Baptiste Mockey (septembre 1963), son ministre de la justice, Germain Coffi Gadeau, celui de l'Information, Amadou Thiam, et bien d'autres.
Dans son livre "Les faux complots d'Houphouët-Boigny" (Edit. Karthala) Samba Diarra, qui est lui-même passé par là, racontera les rigueurs du bagne d'Assabou, ne négligeant aucun détail sur les bastonnades, tortures physiques et psychologiques dont se serait rendu coupable en personne "le Bélier de Yamoussoukro".

Décembre 1964 : la cour de sûreté qui juge 96 inculpés prononce six condamnations à mort, dont celle de Jean-Baptiste Mockey, qui sera gracié par la suite.

7 novembre 1967 : Abidjan et Moscou établissent des relations diplomatiques, la Côte d'Ivoire devenant l'un des premiers pays africains à entretenir des relations avec l'URSS. Rompues en mai 1969, en raison de l'immixtion de Moscou dans les affaires intérieures, les relations ne seront rétablies qu'en février 1986.

14 mai 1968 : la Côte d'Ivoire reconnaît le régime sécessionniste biafrais, lors de la guerre civile au Nigeria. Lagos rompt ses relations avec Abidjan (rétablies en 1971). En janvier 1970, le Général Ojukwu, ancien chef du Biafra, trouve refuge en Côte d'Ivoire.

1970 : le massacre du Gébié.
Kragbé Gnagbé, originaire du canton de Gébié, avait voulu créer un parti politique. Pour toute réponse, Houphouët-Boigny envoie l'armée qui massacre la plupart des habitants de ce canton de l'Ouest, en pays Bété. Aujourd'hui encore, les fosses communes font office de lieu de pèlerinage. Henri Dassé, député FPI, a demandé dans les années 90 la constitution d'une commission d'enquête sur cette tuerie qui avait fait 4 000 morts, arguant du fait que « des responsables du massacre sont toujours là ».

4 novembre 1970 : Houphouët-Boigny est le premier chef d'Etat africain à préconiser le dialogue avec l'Afrique du Sud en plein régime d’apartheid. Cette politique de rapprochement aboutira à une rencontre historique, le 21 septembre 1974 à Yamoussoukro, entre le Premier ministre sud-africain, John Vorster, et le président ivoirien.

18-19 mars 1978 : sommet de la réconciliation au Liberia entre la Côte d'Ivoire, le Sénégal et la Guinée. Dakar et Abidjan avaient refusé de livrer des Guinéens impliqués dans l'attaque contre Conakry en novembre 1970, menée par l'armée portugaise et des éléments hostiles au régime guinéen.

24 septembre 1979 : après avoir accueilli à maintes reprises des chefs d'Etat renversés, la Côte d'Ivoire, accueille pendant quatre ans l'ancien empereur Bokassa de Centrafrique.

1er octobre 1980 : suppression du poste de secrétaire général du PDCI, détenu depuis 15 ans par Philippe Yacé, longtemps considéré comme "dauphin" d'Houphouët-Boigny qui assume désormais la présidence du parti.

9-13 juillet 1981 : Houphouët-Boigny est le premier chef d'Etat africain à être reçu à Paris par le président Mitterrand, nouvellement élu.

21 mars 1983 : Yamoussoukro, village natal d'Houphouët-Boigny, devient la capitale du pays.

12 octobre 1985 : le poste de vice-président, jamais pourvu, est supprimé. En cas de vacance du pouvoir, l'intérim sera désormais assuré par le président de l'Assemblée nationale.

7 février 1986 : rétablissement des relations diplomatiques avec Israël, rompues depuis 1973.

25 mai 1987 : Abidjan annonce à ses créanciers la cessation du paiement de sa dette (estimée alors à plus de 8 milliards de dollars). En juillet, devant l'effondrement des cours du cacao, la Côte d'Ivoire, premier producteur mondial, décide un embargo sur les exportations qui durera 18 mois.

3 juillet 1989 : pressé par le FMI, le gouvernement se résigne à baisser le prix du cacao à la production. En octobre, mise en place d'un programme de réformes, en contrepartie duquel Abidjan obtient 4 milliards de dollars.

De février à mai 1990 : la Côte d'Ivoire est le théâtre de manifestations estudiantines et de troubles sociaux.

3 mai 1990 : Houphouët-Boigny accepte l'instauration du multipartisme après trente années de pouvoir absolu du PDCI-RDA.

10 septembre 1990 : le pape Jean Paul II, lors de sa troisième visite dans le pays, consacre la Basilique de Yamoussoukro dont le coût est estimé à 40 milliards de FCFA d'avant d'évaluation (800 millions de FF).

28 octobre 1990 : Houphouët-Boigny est réélu pour un septième mandat lors de la première consultation à double candidature, face au candidat de l'opposition Laurent Gbagbo qui dénonce le poids du "vote des étrangers", ceux-ci représentant environ le quart du corps électoral. Les résidents originaires d'Afrique de l'Ouest, des exploitants agricoles en majorité, ont sans doute su gré à Houphouët-Boigny des avantages qu'il leur avait concédés en terme d'accès à la propriété terrienne.

6 novembre 1990 : modification constitutionnelle. Le président de l'Assemblée nationale (à ce moment, Henri Konan Bédié) terminera le mandat du chef de l'état en cas de décès, démission ou empêchement absolu.

7 novembre 1990 : Alassane Ouattara est nommé Premier ministre, poste nouvellement créé.

25 novembre 1990 : le PDCI, ex-parti unique, reste largement majoritaire aux élections législatives.

17-18 mai 1991 : intervention de l'armée sur le campus universitaire après des affrontements entre policiers et étudiants. Le 31 mai, 20.000 personnes manifestent pour protester contre cette intervention, à l'appel du Front populaire ivoirien (FPI), principal parti d'opposition. Les manifestants, avec à leur tête Laurent Gbagbo, député et leader du FPI, scandent notamment "Houphouët démission".

Septembre 1991 : le général Gueï s'illustra en réprimant sévèrement, à la tête des forces spéciales, la révolte étudiante, avec notamment une expédition punitive des militaires, dans la cité étudiante de Yopougon (viols à tous les étages)

29-30 janvier 1992 : nouvelle flambée de violence dans les cités universitaires, au lendemain des déclarations d’Houphouët-Boigny, affirmant qu'il n'y aurait « aucune sanction » contre le chef d'état-major de l'armée, le général Gueï, considéré comme principal responsable des exactions commises en mai 1991, selon le rapport d'une commission d'enquête.

18 février 1992 : arrestation de Laurent Gbagbo lors d'une violente manifestation de l'opposition. Il est condamné à deux ans de prison ainsi que huit autres dirigeants politiques ou syndicaux.
Alassane Ouattara ne fait donc pas que de l'économie. Ils seront libérés le 1er août.

7 avril 1992 : premier pays africain à prendre cette initiative, la Côte d'Ivoire établit des relations diplomatiques avec l'Afrique du Sud.

9 mars 1993 : les violentes critiques par les députés, du programme gouvernemental de privatisations, font éclater au grand jour la "guerre des chefs" pour la succession à la tête de l'Etat qui, bien qu'officiellement niée, oppose le président de l'Assemblée, Henri Konan Bédié, au Premier ministre Alassane Ouattara. Mais le 28 mars, Houphouët-Boigny renouvelle sa confiance au chef du gouvernement.

19 novembre 1993 : malade, après avoir été hospitalisé à Paris et séjourné à Genève, Houphouët-Boigny regagne la Côte d'Ivoire après 189 jours d'absence du pays.

7 décembre 1993 : décès d’Houphouët-Boigny, après 33 ans d'un règne sans partage.
Henri Konan Bédié, président de l'Assemblée nationale, est chargé, par la Constitution, de terminer son mandat. Alassane Ouattara, alors Premier ministre, hésite, quoi qu’il en dise, à tenter un coup de force pour s'emparer du pouvoir. If finit par démissionner de son poste le 9 décembre. Le clivage est définitif entre les deux hommes.

2ème partie : l'ère Henri Konan Bédié

ème partie : l'ère Henri Konan Bédié 
Pour le détail de l'ère Bédié, lire : Comment le dauphin de Félix Houphouët-Boigny, qui inventa la désastreuse "ivoirité", a foncé droit dans le mur sous les yeux ébahis de la France

7 décembre 1993 : décès d’Houphouët-Boigny, après 33 ans d'un règne sans partage.
Henri Konan Bédié, président de l'Assemblée nationale, est chargé, par la Constitution, de terminer son mandat. Alassane Ouattara, alors Premier ministre, hésite, quoi qu’il en dise, à tenter un coup de force pour s'emparer du pouvoir. If finit par démissionner de son poste le 9 décembre. Le clivage est définitif entre les deux hommes.

9 décembre 1993 : après deux jours de flottement et d’incertitude, Ouattara rend son tablier de Premier minsitre, et Henri Konan Bédié s’intalle à la présidence.
La validité de son accession à la tête de l’Etat sera confirmée le lendemain par la Cour suprême

26 janvier 1994 : le quotidien gouvernemental Fraternité-Matin lance une virulente attaque contre l'ancien Premier ministre Alassane Ouattara qu'il accuse de « troubler l'ordre public » en l'avertissant que le pouvoir disposait « des moyens pour écraser la chienlit ».
L'accusation de Fraternité-Matin se réfère aux incidents qui ont marqué le retour au pays, le 22 janvier, de Ouattara après trois semaines de vacances en France. Plusieurs centaines de ses partisans avaient voulu l'accueillir à l'aéroport mais en avaient été empêchés par les forces de sécurité

Mai 1994 : Alassane Ouattara est nommé directeur adjoint du Fonds monétaire international et quitte la Côte d'Ivoire

22 octobre 1994 : près de dix mille personnes assistent à Abidjan au premier meeting public organisé par le Rassemblement des Républicains (RDR), la nouvelle formation politique née en juin d'une scission au sein du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI). A la tribune d'honneur siégeaient quatre anciens ministres du gouvernement d'Alassane Ouattara.

Décembre 1994 : l'Assemblée nationale adopte une nouvelle loi électorale, imposant à tout candidat à la présidentielle d'être "né de parents ivoiriens de naissance" et avoir résidé de façon continue en Côte d'Ivoire pendant les cinq ans précédant le scrutin. Alassane Ouattara est bien évidemment la seule personne visée par cette disposition.
Laurent Gbagbo, dénonce devant les délégués du Comité Afrique de l'Internationale socialiste réunis à Abidjan « ce code électoral liberticide, raciste, xénophobe et dangereux. »
Laurent Dona Fologo, à l'époque pourtant ministre d'Etat et secrétaire général du PDCI, est le seul homme du pouvoir à mettre en doute le bien fondé de ce code électoral estimant que les nouvelles dispositions risquaient de conduire à des « excès », le « peuple » ne sachant « pas toujours où s'arrête le caractère étranger et où il commence ».

22 octobre 1995 : Henri Konan Bédié est élu président lors d'une élection boycottée par les principales formations de l'opposition. Ce scrutin avait été précédé par des manifestations de rue, les plus graves de l'histoire du pays, les 2 et 16 octobre.
Outre de nombreux morts lors des manifestations, des dizaines de militants de l'opposition sont emprisonnés. Certains mourront en prison, avant même d'avoir été jugés. Le général Gueï, alors chef d'état-major des forces armées, avait refusé de faire descendre son armée dans la rue. Il entrait dès lors, lui aussi, en disgrâce et était démis de ses fonctions, la veille du scrutin.

18 novembre 1996 : le gouvernement affirme avoir déjoué "un complot contre l'autorité de l'Etat" lors de cette élection présidentielle de 1995. Six officiers et un sous-officier sont révoqués de l'armée. Ils bénéficieront en mars 1998 d'une mesure de relaxe.

29 novembre 1999 : un mandat d'arrêt est lancé contre Alassane Ouattara, candidat déclaré à la présidentielle d'octobre 2000, au centre d'une bataille politico-juridique. L'affaire Ouattara domine la vie politique depuis début août et les responsables de son parti ont été condamnés à deux ans de prison à la suite de violences au cours d'une manifestation. C'est la loi "anti-casseurs" votés sous le Premier ministre Ouattara, qui se retourne contre les cadres de son parti. Le camp présidentiel lui conteste la nationalité ivoirienne et donc la possibilité de briguer la magistrature suprême.

24 décembre 1999 : une mutinerie de soldats se transforme en coup d'Etat. Le général Robert Gueï annonce la destitution du président Henri Konan Bédié et la mise en place d'un Comité national de salut public (CNSP). Le journal français, Le Canard Enchaîné, révèle que le général Gueï avait rencontré l'opposant Ouattara, à Paris, peu de temps avant cette mutinerie. De là à penser que la vengeance est un plat qui se mange froid mais qui se prépare longtemps à l'avance …

29 décembre 1999 : Ouattara, "l'étranger" est de retour à Abidjan. Bédié est parti la veille en exil à Lomé au Togo, avant de rejoindre Paris, d'où il envisage de se porter candidat à la future élection présidentielle.

3 ème partie : le régime du général Robert Gueï

3 ème partie : le régime du général Robert Gueï

Jour de l’an : le passage à l'an 2000 sous le signe du "cadeau" du coup d'Etat.
Abidjan fait la fête, on lève les verres à la santé de Gueï et des mutins. Dans son adresse à la nation télédiffusée pour le nouvel an, le général Robert Gueï, intervenant comme "président de la république", déclare : « En ce qui me concerne, sachez que contrairement à ce que nous avons vu dans beaucoup de pays de la sous-région, le pouvoir ne m'intéresse pas. J'en prends ici à nouveau l'engagement ». Ouh ! le menteur, ouh ! le menteur …

3 janvier 2000 : Henri Konan Bédié arrive à Paris en provenance de Lomé, à bord de l'avion présidentiel togolais, pour une période d'exil à durée indéterminée. Il était accompagné de son Premier ministre, Daniel Kablan Duncan.

4 janvier 2000 : la junte forme un gouvernement de transition de 21 membres, dont onze proposés par les partis politiques, avec notamment le Rassemblement des Républicains (RDR) de Ouattara et le FPI de Gbagbo.  Le CNSP se réserve quatre portefeuilles de "souveraineté", Affaires étrangères, Intérieur, Sécurité et Défense, ce dernier poste revenant au général Robert Gueï, qui devient ainsi "président de la République, président du CNSP et ministre de la Défense".
Le FPI de Gbagbo provoque une crise, en refusant de participer au gouvernement, estimant qu’une part trop belle a été faite au RDR. « C’est un gouvernement RDR », déclare Gbagbo.« Si c'est un coup d'Etat RDR, qu'on nous le dise », ajoute-t-il à propos du putsch, en accusant nommément les généraux Lassana Palenfo et Abdoulaye Coulibaly, numéros 2 et 3 de la junte, « d'être RDR ».
Le général Palenfo, nommé ministre de la Sécurité dans ce gouvernement dit de transition, avait déjà occupé ce poste alors que Ouattara était Premier ministre de 1990, à 1993.
De son côté, le PDCI comprend vite le sens du vent et met son président, Henri Konan Bédié, "en congé".
Le malaise politique atteint l’armée. Le numéro 4 de la junte, le colonel Mathias Doué, nommé ministre de la Jeunesse et des Sports, se fait porter malade.

6 janvier : à l'issue d'une rencontre avec Robert Gueï, Gbagbo accepte de participer à la transition.

9 janvier 2000 : le parquet de Bobo-Dioulasso au Burkina Faso requiert 15 mois de prison contre un Ivoirien, Joe Dimitri Vleï, qui avait tenté d’obtenir un faux certificat de nationalité burkinabè au nom d’Alassane Ouattara

11 janvier : Gueï ne sait déjà plus tout à fait s’il ne va pas faire de la politique. A l’hebdomadaire Jeune Afrique, il confie : « Je ne peux pas avoir déjà des ambitions politiques, alors que je n'ai pas encore fait tout ce qu'on m'a demandé de faire. »
Depuis le coup d’Etat, une poignée de dignitaires de l’ancien régime sont placés en résidence surveillée, parmi lesquels Emile Constant Bombet, ex-ministre de l'Intérieur, Faustin Kouamé, ex-conseiller juridique de Bédié, Albert Tiapani, ex-ministre de la Construction et du logement.
Le procureur de la République, Nouplezana Ouattara, qui avait lancé une information judiciaire contre Ouattara pour "faux et usage de faux" portant sur deux de ses cartes d'identité ivoirienne alors que le camp présidentiel tentait par tous les moyens de prouver que Ouattara était burkinabè et non Ivoirien, est également en détention.
Idem pour l'ancien chef d'état-major de la gendarmerie, le général Séverin Konan, et l'ancien directeur général de la police, le général Attoh Nanguy, des proches de Bédié, ainsi que l'ex-directeur général de la radio-télévision, Ouattara Gnonzié, et le comptable de la présidence, Anthony Kanga.

16 janvier 2000 : on s’entredéchire au sein du PDCI pour prendre le contrôle du parti. Le secrétaire général, Laurent Dona Fologo, se fait reconduire à son poste, non sans mal, tandis  qu’un ancien ministre d'Houphouët-Boigny, Balla Keïta, qui vient d’être nommé conseiller spécial du général Gueï, met sur pied un rassemblement des "houphouëtistes.
Un Balla Keïta qui annonce déjà qu’il soutiendra Robert Gueï si ce dernier se présente à la prochaine présidentielle.

21 janvier 2000 : Amnesty International se dit « préoccupée par la détention, hors de tout cadre légal, de plusieurs dizaines de personnes ».
Question droits de l’homme, il y a d’autres soucis. Les militaires font le ménage dans la pègre locale et flinguent à tour de bras sans autre forme de procès. Il s’agit de récupérer une partie de condamnés qui s’étaient échappés de la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan (MACA) pendant le coup de force des 23 et 24 décembre.
Les forces de l’ordre ont même mis en ligne un numéro de téléphone à leur P. C. de crise, sur lequel la population peut appeler pour dénoncer d’éventuels délinquants. 1 500 appels par jour …

24 janvier 2000 : Gueï annonce des élections générales avant la fin octobre et la mise sur pied d’une Commission consultative, constitutionnelle et électorale (CCCE), pour préparer un projet de nouvelle Constitution et une nouvelle loi électorale.

26 janvier 2000 : Gueï signe une amnistie des dirigeants et militants du RDR qui avaient été condamnés à des peines de prison sous le régime de Bédié.

28 janvier 2000 : libération de tous les officiers, une quarantaine, détenus depuis le putsch. Début février, quatre d’entre eux seront de nouveau arrêtés pour "atteinte à l'ordre public" et "rébellion, puis finalement relâchés sans autre forme de procès, le 23 mars.
Le général Maurice Tauthuis, ancien chef de l'armée de terre, mis en cause lui aussi, a préféré prendre la fuite.

Février 2000 : la CCCE patauge et butte toujours sur le même problème qui taraude la classe politique ivoirienne : comment empêcher Ouattara d’être candidat à n’importe quelle élection ?
La sous-commission chargée de la Constitution, qui comprend 120 membres, représentant les partis politiques et la société civile, adopte un texte stipulant que tout candidat à la présidence doit être "ivoirien de naissance, né de père et de mère eux-mêmes ivoiriens de naissance" alors que le RDR de Ouattara avait proposé que les candidats soient "de nationalité ivoirienne de naissance ou acquise depuis au moins 15 ans".
Durant les débats, certains commissaires ont proposé que des conditions de nationalité soient également appliquées à l'épouse du candidat au nom du secret d'Etat qu'elle pourrait partager avec son mari. Une bonne idée, l'épouse de Ouattara étant de nationalité française …

15 février 2000 : l'ancien ministre de l'Intérieur, le colonel Emile Constant Bombet, est arrêté par des militaires et est accusé d'"activités subversives". Il sera libéré le 10 mars.

25 février 2000 : l'avocat français Jacques Vergès, mandaté par Gueï pour récupérer les avoirs ivoiriens détournés et déposés sur des comptes bancaires à l'étranger, affirme que plus de 100 milliards de francs CFA ont été détournés sous l'ancien régime.

29 février 2000 : l'ancien président Bédié dénonce un "putsch" dans son parti, le PDCI-RDA, et demande, de Paris, l'annulation d'un congrès extraordinaire devant désigner une nouvelle direction.

14 mars 2000 : la Ligue ivoirienne des droit de l'Homme (LIDHO), proche du FPI de Gbagbo, dénonce la délivrance « massive » de cartes nationales d'identité ivoirienne à des « non Ivoiriens », parlant de « faits de nature à porter atteinte à la souveraineté du peuple de Côte d'Ivoire ».
Grande pagaille dans la révision des listes électorales en vue d’un référendum constitutionnel.

20 mars 2000 : Laurent Gbagbo lâche franchement ce qu’il a sur le cœur et déclare qu’il serait « choqué » que Ouattara se présente à la présidence.

25 mars 2000 : les « jeunes gens » comme les avait appelés Gueï, en l’occurrence les putschistes de la Saint Sylvestre, regroupés dans une structure baptisée "La Camora", font fermer le quotidien "Le National", proche de l'ancien président Bédié.
Le général Palenfo, ministre de la Sécurité et numéro 2 de la junte, reconnaît l'existence de "La Camora", une "Camora" qui a une fâcheuse tendance à faire justice elle-même.

28 mars 2000 : une mutinerie pour des revendications salariales à Daloa fait un mort.

19 avril 2000 : le général Gueï remet le projet de Constitution aux partis pour concertation, les conviant à préparer leurs observations pour le 26 avril. Pure hypocrisie, puisque Gueï s'est déjà prononcé pour le projet de Constitution interdisant d'être candidat à la présidentielle à quiconque s'est "prévalu d'une autre nationalité". Ce que Ouattara a précisément fait, au nom de la Haute-Volta (l'actuel Burkina Faso), durant sa carrière dans des institutions internationales.

26 avril 2000 : abrogation de la "loi anti-casseurs", adoptée en 1992.

12 mai 2000 : la junte programme le retour à la démocratie pour fin octobre après une série de consultations électorales.
Devant des ambassadeurs, Gueï se lâche et confirme qu’il a opté pour l’exclusion de Ouattara. Il s’en prend vivement au RDR, affirmant avoir réuni contre lui des « preuves pour atteinte à la sûreté de l'Etat ». « Certains s'agitent, notamment nos frères et sœurs du RDR. On va même à dire qu'ils vont commettre des crimes, qu'ils vont tuer untel, s'ils ne sont pas candidats... Qu'ils vont aller jusqu'à la guerre civile. Mais, écoutez, dans quel pays du monde, il n'y a pas de lois ? », déclare-t-il.

16 mai 2000 : interdiction aux leaders politiques de quitter le pays sans autorisation préalable.

18 mai 2000 : les ministres proches de Ouattara sont limogés du gouvernement où les militaires entrent en force. Ce nouveau gouvernement relègue à nouveau Ouattara dans l'opposition.

26 mai 2000 : le projet définitif de Constitution qui doit être soumis le 23 juillet à référendum est publié au journal officiel.
Dans ce projet, le candidat à la présidence doit être "ivoirien d'origine, né de père ou de mère eux-mêmes ivoiriens d'origine", il "ne doit jamais avoir renoncé à la nationalité ivoirienne" et ne "doit s'être jamais prévalu d'une autre nationalité". Etonnement, Ouattara annonce aussitôt qu’il appellera ses partisans à voter « oui » au référendum.
Il déclare que les « ambiguïtés » sur les conditions d'éligibilité « ouvrent la voie à de multiples interprétations de la Constitution et de ce fait sont porteuses de dangers pour l'avenir du pays », mais ajoute : « Cependant je fais confiance à la sagesse du chef de l'Etat et du CNSP, afin qu'ils dissipent ces zones d'ombre sur le projet de Constitution ». On peut toujours rêver …

6 juin 2000 : la justice ivoirienne lance un mandat d'arrêt international procédural contre Henri Konan Bédié, pour "détournement de fonds publics", sans l'assortir toutefois d'une demande d'extradition.

3 juillet 2000 : le RDR dénonce « des anomalies dans la révision des listes électorales », affirmant que « des dizaines de milliers d'Ivoiriens ont été de façon discriminatoire et arbitraire extraits des listings électoraux par omission ou pour carte nationale d'identité douteuse ». 

4 et 5 juillet 2000 : des centaines de soldats se mutinent pour des revendications matérielles. Nombreux pillages. Le général Gueï affirme qu'il s'agit d'une tentative de coup d'Etat et que le mouvement a été « manipulé » par des politiques. 35 militaires, dont huit officiers, sont interpellés. Quatre responsables du RDR seront interpellés peu après cette mutinerie, puis libérés le 14 juillet.

17 juillet 2000 : on verrouille pour être sûrs et certains que Ouattara ne pourra pas être candidat. Gueï annonce un changement in extremis du projet de Constitution soumis à référendum le 23 juillet, touchant aux conditions d'éligibilité du candidat à l'élection présidentielle. La nouvelle version de l'article 35 du projet stipule que le candidat à l'élection présidentielle "doit être ivoirien d'origine, né de père et de mère eux-mêmes ivoiriens d'origine". La version antérieure, publiée au journal officiel du 26 mai, comportait un "ou" à la place du "et" : "né de père ou de mère eux-mêmes ivoiriens d'origine".
Cette modification de dernière minute fait l'objet d'un décret présidentiel alors que la campagne pour le référendum constitutionnel est ouverte depuis le 15 juillet.

20 juillet : Me Boga Doudou, un des avocats des mutins arrêtés après la mutinerie du 4 juillet, dénonce les menaces de mort qui pèsent sur eux, et des cas de tortures.

21 juillet 2000 : la principale association des musulmans de Côte d’Ivoire, le Conseil national islamique (CNI), présidé par Idriss Koudouss Koné, dénonce ce projet de Constitution.

23 et 24 juillet 2000 : référendum constitutionnel. 86,53 % de "oui". Tous les partis avaient appelé à voter, mais Ouattara avait critiqué les conditions d'éligibilité à la présidence incluses dans la Constitution.
Au lendemain du référendum, le ministre français délégué à la Coopération, Charles Josselin, lance un double avertissement aux autorités ivoiriennes. « La question qui nous paraît essentielle, c'est d'éviter que les électeurs ivoiriens aient l'impression d'être privés de leur liberté de choix », déclare-t-il, ajoutant : « Il ne doit pas y avoir d'exclusion artificielle de l'un ou l'autre candidat ». Une allusion explicite à Alassane Ouattara.
Cette déclaration de Charles Josselin entraînera une très, très grosse colère du FPI de Gbagbo et des manifestations de protestation devant l’ambassade de France à Abidjan.

27 juillet 2000 : la junte interdit à Ouattara de tenir une conférence de presse au cours de laquelle il entendait présenter son programme de gouvernement.  Et dans la foulée, elle lui interdit de quitter le pays.

4 août 2000 : sept soldats, impliqués dans les mutineries des 4 et 5 juillet, sont condamnés à 10 ans de prison ferme pour "viol de consigne, révolte et pillage" par le tribunal militaire d'Abidjan. D’autres seront aussi condamnés à de la prison ferme au fil des audiences.

9 août 2000  : ô surprise ! Gueï est candidat ! Le général Gueï se décalre candidat à l'investiture de l'ex-parti au pouvoir, le PDCI, pour la présidentielle. Refus du PDCI. Le général se déclare alors « candidat du peuple ». C’est beaucoup plus simple.

6 septembre 2000 : six membres de la garde du général Gueï sont inculpés "d'atteinte à la sûreté de l'Etat".
Ces six caporaux sont des proches du sergent chef Ibrahim Coulibaly, dit "I.B.", l'un des principaux chef de la garde rapprochée de Gueï, qui venait d’être envoyé précipitamment "en stage" à l'ambassade de Côte d'Ivoire au Canada.
Ibrahim Coulibaly, l'un des soldats qui ont pris les armes le 23 décembre lors d'une mutinerie qui a abouti au coup d'Etat du 24 décembre 1999, était considéré comme un proche d'Alassane Ouattara, ayant été son garde du corps lorsque ce dernier était Premier ministre.
À ce moment, "I.B." avait bien quitté la Côte d'Ivoire mais sans rejoindre son affectation au Canada.

17 septembre 2000 : dans un discours violent contre Alassane Ouattara, le général Gueï annonce que « l'heure est arrivée pour que l'épée s'impose ».

Nuit du 17 au 18 septembre 2000 : le "complot du cheval blanc".
La résidence privée du général Gueï est attaquée par des soldats de sa garde. Deux militaires loyalistes sont tués et 15 assaillants arrêtés. Les numéros 2 et 3 de la junte, les généraux Lassana Palenfo et Abdoulaye Coulibaly, sont limogés puis accusés d'avoir commandité l'attaque. Ils trouvent refuge à l'ambassade du Nigeria à Abidjan.
Parmi les militaires arrêtés, des membres de la "Cosa Nostra", comme le sergent Chérif Ousmane, le caporal Oumar Diarrasouba alias "Zaga-Zaga", le sergent-chef Souleymane Diamandé alias "La Grenade", le sergent Ouattara Issiaka alias "Wattao". Ils seront sévèrement torturés à la poudrière d’Akouédo. Souleymane Diamandé y laissera la vie, Wattao en ressortira avec une jambe en miette, Chérif Ousmane quelques dents arrachées. On retrouvera tout ce groupe à la tête de la tentative de coup d’Etat contre Gbagbo en septembre 2002.
Lors de l’attaque de la résidence de Gueï, son cheval blanc fut tué, d’où le « complot du cheval blanc ».

21 septembre 2000 : le général Gueï met en garde les diplomates et les étrangers contre toute ingérence dans le processus électoral.
Ce 21 septembre est déclaré par les journalistes "Journée presse morte contre la délinquance militaire". Les journalistes des médias proches de Bédié ou de Ouattara sont régulièrement interpellés ou menacés sans autre forme de procédure judiciaire.

22 septembre 2000 : le général français Jeannou Lacaze, ancien chef d’état-major de l’armée française dans les années 80, arrive à Abidjan pour renforcer la sécurité du général Gueï.
Remaniement du gouvernement : les généraux Lassana Palenfo et Abdoulaye Coulibaly sont limogés.

24-25 septembre 2000 : l'Organisation de l'unité africaine (OUA) propose la mise en place d'un "conseil de transition", une proposition fraîchement accueillie.

3 octobre 2000 : le RDR dénonce une « tentative d'enlèvement » de l'épouse de Ouattara. La junte affirme qu'il s'agit d'une opération pour démanteler un réseau fomentant des troubles.

Nuit du 5 au 6 octobre 2000 : l’Ivoirité a encore de beaux restes. Quatre Burkinabè - dont une femme - sont tués par balle puis égorgés dans un campement de travailleurs agricoles à la sortie de Grand Béréby, à 330 km à l'ouest d'Abidjan.
Ces meurtres sont liés au conflit qui oppose les autochtones Kroumens aux étrangers vivants dans la région.

6 octobre 2000 : et les heureux gagnants du concours "Qui peut être candidat à la présidence ?" sont … Robert Gueï, Laurent Gbagbo, Théodore Mel Eg, Nicolas Dioulo, Francis Wodié.
Cherchez Ouattara. Cherchez aussi un candidat du PDCI. Bédié s’était déclaré candidat et avait, comme Ouattara, fait déposer un dossier.retenus par Cour suprême pour la présidentielle sont
Le lendemain, les Etats-Unis suspendent leur aide à la préparation des élections en raison de la décision de la Cour suprême d'exclure 14 des 19 candidats. A contrario, la France, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine, estime que « l'élection à venir est légale car elle est conforme à la Constitution ivoirienne ».
Tellement « légale » que la junte avait dû instaurer le couvre-feu pour annoncer le nom des heureux gagnants de cette parodie d’élection à venir.
Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, fait dire qu’il « déplore vivement les restrictions ainsi portées au libre choix des électeurs ivoiriens ».
Finalement, l'Union européenne suspendra elle aussi - et donc la France - son assistance financière à la présidentielle.

8 octobre 2000 : exercice de style genre faux-cul réussi avec brio par Gueï qui déclare  : « J'aurais souhaité certes qu'il y ait plus de candidatures, plus de candidats pour que la démocratie puisse être une réalité, mais avec cinq déjà je crois que la démocratie n'a pas perdu la bonne route. »

9 octobre 2000 : les généraux Lassana Palenfo et Abdoulaye Coulibaly, toujours réfugiés à l'ambassade du Nigeria à Abidjan,  écrivent à Gueï : « Contrairement à ce que tu affirmes, ta candidature et ta volonté d'écarter celles des autres est le problème majeur de la Côte d'Ivoire aujourd'hui. Toute autre considération n'est que diversion. Si demain notre pays brûle, tu en seras le premier responsable. »

11 octobre 2000 : un groupe de "barons" et députés du PDCI officialise son ralliement à Gueï. Polémique sur leur nombre exact.

19 octobre 2000 : Gueï assure qu'il reconnaîtra sa défaite s'il est vaincu et remettra le pouvoir. Les Imams demandent aux musulmans « de rester chez eux le jour du vote ».

20 octobre 2000 : Laurent Gbagbo prévient qu'il fera descendre ses militants dans la rue si le scrutin est truqué.

Dimanche 22 octobre 2000 : l’élection présidentielle se déroule sans incident majeur. Le RDR et le PDCI avaient appelé au boycottage.

Lundi 23 octobre 2000 : décrété férié par Gueï. Ses partisans et ceux de Gbagbo crient victoire.

Mardi 24 octobre 2000 : deux gagnants, ça fait beaucoup.
Le ministère de l'Intérieur annonce la dissolution de la Commission nationale électorale (CNE) et la victoire du général Gueï.
Laurent Gbagbo se déclare "chef de l'Etat" et appelle ses militants à descendre dans la rue.
Gueï se proclame « premier président de la deuxième République » ivoirienne et décrète un couvre feu et l'état d'urgence du mardi 24 au jeudi 26. Il remercie le peuple de l’avoir élu avec ces mots : « Dans un grand élan de maturité et de solidarité, vous venez d'accomplir votre devoir de citoyens dont le résultat fait de ma modeste personne, le premier président de la deuxième République ».
Paris lui lance une sévère mise en garde. Il s’agit pour la France, de toute évidence, de mettre en scelle son poulain Laurent Gbagbo, et tant pis si l’élection ne fut qu’une mascarade.
Déjà neuf morts à Abidjan parmi les manifestants qui contestent la victoire de Gueï.

Mercredi 25 octobre 2000 : la junte cède, Gbagbo passe en force.
Une marée humaine se met en marche à l’appel du FPI de Gbagbo pour chasser la junte du pouvoir.
Attaque du camp d'Akouédo, où se trouve notamment la "poudrière", fief des hommes de la "brigade rouge", la garde prétorienne du général Gueï.
Le numéro deux de l'état-major de la gendarmerie, le commandant Batté, annonce le ralliement de la gendarmerie aux manifestants anti- Gueï. Dans plusieurs quartiers d'Abidjan, on peut voir des gendarmes  fraterniser avec les de manifestants qui exigent le départ du général.
Brève déclaration de Gbagbo à la radio et à la télévision nationales, présenté comme le « premier président de la deuxième République de Côte d'Ivoire ». Un Gbagbo qui remercie les Ivoiriens d'avoir répondu à son « appel à la résistance au coup d'Etat électoral » du général Robert Gueï.
Le chef de la garde présidentielle, le lieutenant Laurent Boka Yapi, annonce avoir demandé à ses hommes de « cesser le combat ». Le chef d'état-major de l'armée appelle les militaires à « regagner immédiatement les casernes ».

Le RDR de  Ouattara qualifie « d'illégitime » cette élection et réclame un nouveau scrutin « avec la participation de tous les candidats ».  C’est alors que plusieurs milliers de partisans de Ouattara commencent eux aussi à manifester dans Abidjan, dans les quartiers de Treichville, Cocody, Abobo et Marcory, scandant "ADO, président".

Les 23 soldats arrêtés après le "complot du cheval blanc" de septembre sont libérés et l’on apprend que quatre d’entre eux ont été torturés avant de mourir. « Diomandé Souleymane, dit "la grenade", Sansan Kambiré, Siriki Ouattara et un Burkinabé ont été tués par les éléments de Boka Yapi », raconte l'un des ex-détenus. Le corps de Souleymane Diomandé sera retrouvé par sa famille à la morgue du CHU de Yopougon le 30 octobre.

26 octobre 2000 : Ouattara demande la tenue de « nouvelles élections présidentielles » vers le 27 novembre, qualifiant le scrutin de « hold-up » électoral. Des affrontements entre ses partisans et des gendarmes qui tirent des coups de feu en direction de sa résidence l’amène à se réfugier dans la résidence de l'ambassadrice d'Allemagne qui jouxte son domicile.
Pour entériner rapidement la victoire de Gbagbo, Paris demande déjà la tenue rapide d’élections législatives, considérant ainsi que la "page présidentielle" est tournée.
L’AFP titre une de ses dépêches ainsi : « L'affrontement politique vire à la guerre ethnico-religieuse »
Et l’Agence France-Presse peut alors écrire :  « Au plus fort des affrontements, qui ont pris jeudi des airs de guerre civile entre nordistes musulmans, partisans d'un ancien Premier ministre et militants sudistes, animistes ou chrétiens, du Front populaire ivoirien (FPI - socialiste), la Commission nationale électorale a fini par proclamer la victoire du socialiste Laurent Gbagbo, candidat du FPI à la présidentielle du 22 octobre. (…)
Alors que le sort du général Gueï, dont la junte était tombée la veille, restait toujours inconnu, les rues de Côte d'Ivoire ont été le théâtre d'affrontements meurtriers entre partisans du FPI, sûrs de leur victoire, et ceux du Rassemblement des républicains (RDR), choqués de voir M. Gbagbo tirer aussi facilement les marrons du feu. Les militants du RDR entendaient demander l'organisation d'un nouveau scrutin, leur candidat ayant été exclu du dernier vote par la cour suprême, acquise à la junte.
Le président sud-africain, Thabo Mbeki avait dès mercredi fait la même requête. Il a été suivi, jeudi, par le président en exercice de l'Organisation de l'unité africain (OUA) le Togolais Gnassingbé Eyadéma, doyen des chefs d'Etat du continent.
La France, ancienne puissance coloniale, a, par la voix de son ministère des Affaires étrangères, demandé l'organisation d'élections législatives, semblant se satisfaire d'une présidence attribuée à Laurent Gbagbo, membre de l'Internationale socialiste et proche du parti socialiste français qui gouverne à Paris.
Les partisans de M. Ouattara estiment que l'élection de M. Gbagbo est « illégitime », du fait de l'exclusion de leur candidat et puisqu'elle n'a été acquise qu'au prix d'un taux d'abstention de l'ordre de 65 %.
Descendus dans les rues jeudi, à Abidjan comme dans plusieurs grandes villes du pays, ils ont été la cible des militants du FPI, auxquels s'étaient ralliées les forces de gendarmerie.
Des coups de feu ont été tirés sur la résidence de M. Ouattara, dans le quartier résidentiel huppé de Cocody à Abidjan. Il a dû se réfugier chez sa voisine, l'ambassadeur d'Allemagne.
A la même heure, le conseil national islamique -CNI principale organisation représentative des musulmans de Côte d'Ivoire- faisait état d'une quinzaine de morts -par balles et par bastonnade- et de l'attaque de plusieurs mosquées à Abobo, un faubourg populaire d'Abidjan. »

4 ème et dernière partie : les sinistres débuts de l'ère Gbagbo

26 octobre 2000, suite : l’accession à la présidence de Laurent Gbabgo commence dans les pires conditions qui soient, et la chasse aux musulmans et autres étrangers donne le ton de ce que sera son régime. Les dépêches des agences de presse seront de plus en plus "terribles", comme celle-ci, toujours de l’Agence France-Presse, datée du 26 octobre 2000.
«  Scènes de chasse à l'homme dans les quartiers d'Abidjan.
Sur la place du quartier des "220 logements" à Adjamé, des petits groupes tiennent des barricades de bric et de broc. Des kiosques de la Loterie nationale se consument.
"
Nous voulons des vraies élections", lance Abdoulaye Bassandé, 32 ans, debout, le visage enduit de suie, près d'un pneu qui brûle.
Deux véhicules de transports de troupes blindés et un camion de la gendarmerie arrivent en trombe. Casque anti-émeute sur la tête, les gendarmes jaillissent, lance-grenades lacrymogènes à la main.
La petite foule de manifestants se disperse, l'odeur âcre des gaz se mêle à celle de la fumée.
De derrière le camion, surgit un petit groupe d'hommes en civil, qui déblaye les barricades. Puis, gourdins à la main, ils encerclent un petit groupe de femmes qui n'ont pas le temps de fuir. Menaçants, mais sans les frapper, ils leur hurlent à la figure : "
Burkinabè, on veut pas!", allusion évidente aux origines burkinabè de l'ancien Premier ministre Alassane Ouattara.
"
C'est les gros-bras du FPI", le Front populaire ivoirien (FPI) du président élu Laurent Gbagbo, murmure un habitant qui observe la scène.
Sur toute la longueur de la grande rue d'Adjamé, barricades et voitures retournées se succèdent.
Un petit cortège passe: "
On veut voter! On veut voter!", scandent les partisans M. Ouattara, candidat du Rassemblement des républicains (RDR) éliminé de la course à la présidence par la Cour suprême.
Dans le quartier chic de Cocody, ce sont des "
On va les tuer" qui répondent, avec de véritables scènes de chasse à l'homme.
Le visage blanchi au kaolin, scandant "
Alassane, Burkinabè, va dans ton pays", une centaine de militants du FPI ont voulu attaquer la résidence de M. Ouattara.
Gourdins et machettes en mains, ils ont pourchassé tout ce qui dans le quartier ressemblait à un "dioula", les ressortissants du Nord, région d'origine de M. Ouattara.
Les propriétaires des villas cossues du quartier ont recueilli les blessés.
Ici encore, les gendarmes sont présents, couchés en position de tir sur le toit d'une maison voisine, canon pointés sur l'entrée de la luxueuse demeure de l'ancien chef de gouvernement.
Un "dozo" (chasseur traditionnel) de la garde de M. Ouattara ouvre le feu. Selon les assaillants, un des leurs est mortellement touché. La foule des partisans de M. Ouattara est brutalement dispersée et la course-poursuite s'engage dans le quartier.
Poursuite sanglante, où les coups de machette partent vite. Dans le "village" de Blokosso, en bord de lagune, un journaliste de l'AFP a pu voir six corps entassés, avec de profondes blessures.
Un groupe de journalistes qui filmaient et photographiaient la scène a ensuite été pris à partie par la foule et n'a réussi à repartir qu'après de longues et difficiles tractations.
Ailleurs à Cocody, des gendarmes bastonnent ferme.
Au Plateau, non loin de la maison du général Robert Gueï, le chef de l'ex-junte, un journaliste occidental a vu des gendarmes en train de frapper cinq hommes, qui avaient été entièrement déshabillés et forcés à s'allonger par terre. Furieux les gendarmes, lui ont ordonné de passer rapidement son chemin.
 »

26 octobre 2000, toujours : le président de l'Internationale socialiste, Antonio Guterres, Premier ministre portugais de l’époque, salue « fraternellement » le président élu de Côte d'Ivoire, Laurent Gbagbo, en ces termes : « La victoire que vous avez obtenue témoigne de la volonté de changement du peuple de Côte d'Ivoire ». Et tant pis si les machettes brassent toujours de l’air dans les rues d’Abidjan.
L'Union européenne en appelle quand même au « sens des responsabilités des dirigeants politiques » ivoiriens pour que soit mis fin aux « affrontements fratricides ».
Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, appelle encore à la tenue de nouvelles élections. « Il existe maintenant une possibilité de mettre en place un processus politique démocratique qui permettra au peuple de Côte d'Ivoire d'élire librement ses représentants », déclare-t-il.
Les affrontements entre militants du RDR et ceux du FPI gagnent l’Ouest : San Pedro, Gagnoa et Daloa s’animent. Les morts tombent. Au moins quatre à Bouaké, 36 à Abidjan pour cette seule journée du jeudi 26 octobre. Ce n’est qu’un premier décompte …

Gbagbo joue les grands seigneurs et offre des postes ministériels à ses rivaux politiques, tout en réaffirmant avec force qu’il ne lâchera jamais la présidence : « A Yamoussokro, je me suis engagé à former un gouvernement d'union nationale, et je le contacterai », déclare-t-il en parlant de Ouattara. Mais il ajoute : « Il y a deux choses sur lesquelles je ne reviendrai jamais. La première, c'est la constitution. La deuxième, ce sont les élections. Tout le reste est discutable ».
Et il se lâche, car l’essentiel est toujours ailleurs. Interrogé sur la question de l'"ivoirité" de Ouattara, Gbagbo répond : « Quand j'entends cette question, je vous assure, j'ai envie de pleurer. Ce n'est quand même pas un concept que j'ai personnellement inventé. (…) J'ai été choqué que M. Ouattara, qui a travaillé avec la nationalité voltaïque, qui a été fonctionnaire au nom de la Haute-Volta, aujourd'hui le Burkina, qui a acheté une maison à Ouagadougou, présente aujourd'hui sa candidature à la présidence ivoirienne. »
Adepte du pur-sang, Laurent Gbagbo, disciple émérite de Bédié, et rien d’autre. Et encarté à l’Internationale socialiste !

Las, ce jeudi 26 octobre 2000, Gbagbo est proclamé président de la République ivoirienne par le président de la chambre constitutionnelle de la cour suprême, Tia Koné, lors d'une cérémonie au Palais présidentiel, retransmise en direct par la radio nationale. Laurent Gbagbo pourra se targuer d'avoir été "élu" avec 59,36 % des suffrages exprimés, mais les chiffres parlent d'eux-mêmes : sur 5.475.143 d'électeurs inscrits, Gbagbo n'a obtenu que 1.065.597 voix. A peine 20 % des électeurs inscrits ! Piètre victoire …
Le soir, les Etats-Unis se prononcent pour de nouvelles élections : « La tenue d'élections libres, justes et générales sera nécessaire pour restaurer pleinement la légitimité du gouvernement de Côte d'Ivoire et rétablir la démocratie », déclare le porte-parole adjoint du département d'Etat, Philip Reeker.

27 octobre 2000 : Lionel Jospin, le Premier ministre socialiste français donne l’onction. « Il y a eu une élection dans un contexte particulier puisque certains candidats ont été écartés, mais elle s'est produite et les résultats semblent montrer que celui qui l'a emporté (Gbagbo) l'a emporté largement et a recueilli une légitimité », déclare-t-il.
Fort de ce soutien majeur, Gbagbo peut alors nommer son Premier ministre, Affi NGuessan, qui était son directeur de campagne électorale.
Puis il reçoit ses nouveaux opposants : Ouattara, d’abord, qui ne remet pas en cause "le président Gbagbo", et indique que la participation de son parti au gouvernement n'est « pas une priorité », préférant respecter une période de deuil pour les victimes des affrontements de la veille. Puis Laurent Dona Fologo, le secrétaire général du PDCI, qui lui, signe tout de suite pour des ministres dans le premier gouvernement de Gbagbo.

27 octobre 2000, toujours : tiens, un charnier !
« Les corps, apparemment tous d'hommes jeunes, ont été découverts dans une zone de brousse près de la zone industrielle du quartier de Yopougon, au nord de la capitale économique ivoirienne. Un premier groupe de 10 corps et un deuxième de huit sont allongés sur le sol autour d'un groupe plus important, comportant de 25 à 30 corps dont l'enchevêtrement rend le décompte précis difficile. De nombreuses douilles jonchent le sol, maculé de sang près des corps, et les cadavres présentent des traces de blessures par balles. Les chaussures des victimes sont posées sur le sol en plusieurs tas.
Les victimes n'ont apparemment sur elles aucune pièce d'identité et sont pour la plupart partiellement dévêtues. », écrit l’Agence France-Presse.
C’est le fameux charnier de Yopougon qui animera les débats pendant des années sans qu’aucun responsable ne soit jamais traduit en justice.
Le RDR fait ses comptes : au moins 155 morts dans ces journées sanglantes.
En soirée, Gbagbo accouche de son premier gouvernement : 23 membres, dont 17 de son parti le FPI, quatre du PDCI (dans la joie), et deux au Parti ivoirien des travailleurs (PIT), de Francis Wodié, éternellement accroché à la locomotive qui passe devant lui.

Et finalement, cette petite tuerie entre gens consentants n’était peut-être pas aussi grave qu’on aurait pu le penser, puisque dès ce 27 octobre - soyons précis, le lendemain du 26 - les Etats Unis font savoir leur intention de travailler avec le nouveau président Laurent Gbagbo. « Nous sommes prêts à travailler avec les autorités gouvernantes en Côte d'Ivoire. M. Gbagbo est entré en fonctions hier et nous travaillerons avec lui et son gouvernement », déclare le porte-parole adjoint du département d'Etat, Philip Reeker. Rappelons pour ceux qui auraient sauté quelques lignes, que la veille, ce même Philip Reeker avait indiqué que son pays réclamait la tenue d’une nouvelle élection « pour restaurer pleinement la légitimité du gouvernement de Côte d'Ivoire et rétablir la démocratie ».
Bon, mais du jeudi au vendredi, il peut s’en passer des choses que le commun des mortels ignore. Car … le 30 octobre, le porte-parole en chef du département d’Etat, Richard Boucher  précise l’avis du gouvernement américain : « Nous pensons qu'il faut premièrement tenir les élections législatives prévues (le 10 décembre) et deuxièmement avoir une élection présidentielle libre, équitable et ouverte à tous. »

28 octobre 2000 : le tout nouveau ministre de l’Intérieur, Emile Boga Doudou, affiche tout de suite un humour impayable. Il promet une enquête impartiale sur le charnier de Yopougon …
Après un déjeuner à Paris, avec le président Jacques Chirac, le président du Togo, Gnassingbé Eyadema, à l’époque président en exercice de l'OUA, n’est plus tout à fait certain de la nécessité d’une nouvelle élection. Si le gouvernement de Gbagbo « convient aux Ivoiriens », il faut « les accompagner », déclare-t-il.
Le RDR demande la création d'une commission d'enquête internationale sur les violences politiques et ethno-religieuses.
Dans le même temps, le bureau politique du RDR dénonce « une forme d'épuration ethnique puisque la plupart de ceux qui sont morts ont été exécutés par des éléments de la gendarmerie sur dénonciation de militants du FPI, au seul motif qu'ils ont des patronymes du nord ou qu'ils sont de religion musulmane. »

29 octobre 2000 : encore un titre de dépêche qui donne froid dans le dos.
« Nuit calme mais beaucoup sont demeurés éveillés "avec la peur au ventre" », écrit l’AFP qui précise : « Beaucoup - parmi les étrangers et les nordistes - sont demeurés terrés chez eux dans la peur d'être attaqués. Contrairement à la nuit précédente cependant, les différentes communautés n'ont pas veillé, armés de gourdins et de machettes, aux abords de leurs quartiers respectifs, sauf en certains endroits de la commune populaire d'Abobo, où les Dioulas (nordistes musulmans) ont organisé des "zones de sécurité". »
Des comptes rendus bien niais de la part de l’AFP qui n’avait sans doute pas ouï les

propos forts raisonnables de Lionel Jospin, qui, interrogé deux jours plus tôt sur les affrontements entre les communautés ivoiriennes, avait répondu qu’il n'avait « pas une approche ethnique de la vie politique ». Faut-il être sot pour chercher à savoir, qui tient la machette !
Devant la résidence de Ouattara, un hôpital de fortune s’est installé sous des bâches, où l’on soigne des centaines de blessés, qui a la machette, qui par balle. L’AFP s’en va les voir ces miraculés, et c’est pas joli : « Les "rescapés" racontent deux jours de terreur aux mains des forces de l'ordre.
Visages tuméfiés, bras cassés, brûlures, plaies par balles : une cinquantaine de blessés, assis sous une bâche, se font soigner dans un hôpital de fortune. Rescapés de camps de gendarmerie ou de l'école de police d'Abidjan, ils racontent deux jours de tortures et de terreur. (…)
La plupart affirment avoir été victimes de tortures jeudi et vendredi dans un camp de gendarmerie d'Abobo, au nord de la ville, ou dans celui d'Agban, le plus grand d'Abidjan ou dans les locaux de l'école de police, situé au centre de la ville.
Daouda -qui comme les autres témoins demande que l'on taise son nom de famille- a le dos strié de plaies. Il est brûlé sur le bras et les jambes. (…)
"On n'était pas encore sorti d'Abobo quand les militants du FPI nous ont repoussés. Ils ont commencé à me frapper, puis m'ont livré aux gendarmes", raconte-t-il. "Au camp, ils nous ont mis à poil. Ils nous frappaient avec la crosse de leur fusil. Moi, ils m'ont roulé dans un barbelé. Ils m'ont dit "tu dois sortir de là en trois minutes", sinon on t'abat".
Ensuite, il a été brûlé en plusieurs endroits du corps avec des sacs en plastique fondus.
Siriki, 31 ans, était enfermé dans le même camp, où il a passé toute la journée de jeudi. La plante de ses pieds est à vif. Il ne parle pas très bien le français mais explique comment deux hommes l'ont fait marcher sur un feu dans la cour de la gendarmerie.
Baba, 33 ans, lui a été arrêté par des policiers jeudi à Yopougon, une autre vaste commune populaire au nord d'Abidjan. Il avait été appelé par d'autres musulmans pour aller défendre une mosquée, attaquée selon lui par des militants du FPI "armés de machettes". "Devant nous ils ont égorgé trois personnes", raconte-t-il. »

Mais ce n’est pas fini. L’AFP poursuit : « Les témoignages se succèdent ainsi, faits de tortures et de coups, de disparitions. Personne ne peut donner de chiffres précis sur le nombre de morts ou des victimes de ces rafles.
Des témoins, qui logeaient dans un hôtel non loin de l'école de police, ont dit à l'AFP avoir entendu des cris et des coup de feu, pendant plusieurs heures jeudi et vendredi, et ont vu de leur fenêtre des gens être frappés et contraints à ramper.
Les rescapés sont formels : toutes les victimes étaient des musulmans, Ivoiriens ou étrangers. Ils se disent prêts à témoigner devant un tribunal, si leur sécurité est garantie. »

Insistons encore. Autre dépêche, datée du 30 octobre, un "reportage", précise l’AFP : « Il y a les restes de maisons calcinées, les impacts de balles dans les murs, les blessures des femmes, les frères disparus. Dans cette cour de la commune populaire d'Abobo, les familles dioula vivent la peur au ventre.
A l'entrée du quartier, des barrages de tables et de tôle.
De 19H00 à 6H00 du matin, les jeunes hommes ont veillé, comme toutes les nuits depuis les sinistres événements de jeudi quand les militants du Front populaire ivoirien (FPI) d'abord puis les gendarmes les ont attaqués. Les membres de l'association locale de jeunes se sont organisés en brigades et se relaient pour protéger leurs familles.
"On a nos machettes, nos gourdins. Le soir, le quartier est fermé, personne n'entre", dit Ayarba, 24 ans. "Personne n'arrive à dormir. Dès qu'il y a un bruit, on a peur", disent les dioulas (ethnie du nord musulman).
Dans la cour, femmes en boubou et enfants déguenillés sont à l'ombre. Une douzaine de familles habitent ici. Un homme se lamente : il n'a plus rien. Son maquis (petit restaurant) qui donnait sur la rue est parti en fumée. Comme le kiosque du menuisier, celui du libraire, du quincaillier ou les maisonnettes mitoyennes.
Ici chacun a une histoire terrible à raconter. Pour raisons de sécurité les vrais noms des témoins ne sont pas cités.
"Les gendarmes ont brûlé mon restaurant de spaghetti, ceux-là même qui venaient manger chez moi à crédit", dit Adama devant les gravats. "Et la sœur, là-bas, qui vendait du charbon. Elle n'avait pas grand-chose. Là il y avait le lit, là la télévision noir et blanc", dit-il montrant deux pièces dévastées.
Les habitants l'assurent, c'est le commandant de gendarmerie qui a jeté l'allumette. "Je le connais, il disait  "petit dioula on va te tuer… arrosez-les tous"", dit Ismaël, 23 ans.
Quand le feu a pris, femmes et enfants sont montés sur le toit. Le vieil invalide raconte comment les jeunes l'ont hissé dans son fauteuil roulant à travers la tôle.
"Les gendarmes ont défoncé le portail, les portes des maisons avec des barres de fer. Ils ont pris un jeune dans la cour, un footballeur, ils l'ont déshabillé et lui ont tiré une balle dans le pied", dit Ali.
Ahmed, lui, n'a plus de nouvelles de son frère. "Il traversait le rond-point, les gendarmes l'ont frappé, déshabillé et mis dans le +bâché+ (camionnette). Depuis on n'a pas de nouvelles, on l'a cherché partout, à la police, dans les hôpitaux. Rien", dit-il.
Ils ont vu plusieurs hommes ainsi être poussés dans des camionnettes en direction du camp de gendarmerie à moins d'un km de là.
Ibrahim, 55 ans, qui s'est réfugié dans une cour voisine, a été pris un peu plus loin. Il n'ose plus rentrer chez lui. "Ils ont foncé sur moi, m'ont battu, mis dans un +bâché+. Du sang coulait. Ils disaient +faut pas que tu salisses la voiture", dit-il le visage tuméfié, l'œil injecté de sang.
Emmené à l'autre bout d'Abobo, dans le quartier de Clouetcha, les six gendarmes l'ont jeté dans la brousse. Les coups à nouveau. "Il y avait les corps de cinq hommes tués par balle, je me suis vu mort". Effectivement laissé pour mort, il s'est réveillé à la clinique, raconte-t-il.
Dans une autre cour, à côté, les voisins montrent les impacts de balle sur les murs, une grenade lacrymogène, une douille. Là, Fatou, jeune fille de 25 ans, a elle aussi été déshabillée, battue. "Ils voulaient me lancer dans les flammes". A la cuisse, elle a une sale blessure. Une autre a été frappée dans le dos avec une brique.
Depuis dimanche, la vie a repris malgré la peur. Les femmes ont réinstallé tomates, piments et orange par terre sur des bouts de pagne colorés. »

31 octobre 2000 : on repêche des corps dans la lagune.
Dix-huit cadavres ont été retrouvés dans la lagune d'Abidjan. Parmi les corps, il y avait quatre jeunes filles ou femmes et 14 hommes, dont au moins deux adolescents. Une partie des victimes se sont vraisemblablement noyées lors de la première manifestation du mardi 24 octobre, quand plusieurs centaines de personnes se sont retrouvées bloquées sur l'avenue de la Paix, pris à partie par les forces de l'ordre. Des témoins ont dit avoir vu les militaires menacer les manifestants et leur enjoindre de « choisir entre sauter dans l'eau ou être tué par balles. »
Puis l’Ecole de police d’Abidjan ouvre ses portes. Des centaines de personnes interpellées lors des manifestations pour la reprise de l’élection présidentielle sont été libérées.

1er novembre 2000 : il y a tellement de blessés - plus de  600 ont déjà été traités devant le domicile de Ouattara - que la Croix rouge de Côte d'Ivoire ouvre un centre de soins dans le quartier populaire d'Adjamé.
Puis, bonne blague ou cynisme : Mathieu Ekra, le médiateur de la République annonce la création d'un "comité de médiation pour la réconciliation nationale". Mais il précise tout de suite : ce comité devra notamment « dissiper les incompréhensions concernant la légitimité du scrutin présidentiel et faire allégeance aux résultats du scrutin dans le but d'éviter d'autres épreuves à notre peuple ». En clair, faire admettre par tous que Gbagbo est un président « légitime », avant de tirer les rideaux.

On les avait oubliés : les généraux Lassana Palenfo et Abdoulaye Coulibaly, qui s'étaient réfugiés depuis le 22 septembre à la résidence de l'ambassadeur du Nigeria à Abidjan, regagnent leurs domiciles. La fin des soucis ? Eh non. Accusés de "complicité de tentative d'assassinat" après l'attaque dans la nuit du 17 au 18 septembre de la résidence du général Gueï, Gbagbo ressortira cette histoire pour les mettre à nouveau au trou dans quelques mois.

2 novembre 2000 : Ouattara appelle Gbagbo à tourner le dos à la politique de "l'ivoirité".
« Les affrontements étaient inévitables après la campagne de démagogie développée par Konan Bédié, poursuivie par Gueï avec la complicité, je regrette de devoir le dire, de Gbagbo », déclare-t-il dans un entretien à l'hebdomadaire français, Le Point. « Il faudrait qu'il (Gbagbo) fasse des gestes forts pour régler le problème de fond créé par le débat constitutionnel, les agressions commises contre les gens du nord. Il faudrait qu'il aille à la télévision et déclare que la politique d'ivoirité à été une catastrophe (...) Il doit dire le contraire de ce qu'il a dit ces derniers mois. C'est la seule façon que le pays s'en sorte », poursuite Ouattara dans cette interview.

5 novembre 2000 : le président Malien, Alpha Konaré, sonne le gals de la contestation, et légitime le nouveau régime.
En se rendant à Korhogo pour y rencontrer Gbagbo, le président malien Alpha Oumar Konaré, également, et en la circonstance surtout, président en exercice de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), a clos les réticences internationales.
Et puis, mine de rien, le procureur général de Côte d'Ivoire, Tidjane Tirera, déclare qu'une commission d'enquête nationale ou internationale sur les violences politiques serait « une bonne chose pour la justice », mais il souligne « les difficultés des investigations judiciaires ». Et il y en aura des « difficultés » …

 

Fin  - Synthèse réalisée par Rj Lique

 

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