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Le guide libyen est dur à cuir. Il résiste de toutes ses forces à l’assaut des forces occidentales et des insurgés. Ceux-ci mènent contre lui une guerre qui prend ses sources dans le devoir moral de la communauté internationale d’apporter assistance à un peuple en danger. Libérer la Libye de Kadhafi est devenu aujourd’hui un objectif politique clair de tous ses adversaires. Plus le "guide" résiste, plus le tribut à payer sera lourd dans chaque camp. C’est dans ce contexte que paraît un rapport troublant sur les raisons qui ont motivé l’offensive militaire contre le président libyen et crée le doute sur la légitimité de l’intervention militaire.

Le rapport soutient qu’il y a eu des exagérations dans les exactions attribuées au régime libyen. Soit. Cela relève de la désinformation inhérente à chaque conflit. Le fait ici est que Kadhafi a décidé de mater dans le sang, s’il le faut, les insurgés de Benghazi, la ville frondeuse avant que tout le pays ne soit contaminé par cette vague de défiance du pouvoir de Tripoli. Son discours non conciliant et son action de représailles ont été pour beaucoup dans le vote de la résolution 1973, comme si la communauté internationale voulait anticiper le carnage annoncé par Kadhafi.

Le rapport révèle que bien des exactions ont été grossies et certaines même mensongères. Mais en quoi ces révélations peuvent–elles changer la donne actuelle dans le conflit ? Elles redorent certes le blason du "guide", mais est-ce pour autant que cela va l’absoudre à bons comptes ? Il s’est mis suffisamment à dos la communauté internationale qui s’est donné les moyens de s’en débarrasser. Le sort de Kadhafi est scellé. Ce sont là les limites de ce rapport. Cependant, le rapport ne manque pas d’intérêt dans son analyse de la composition du CNT (Conseil national de transition). Il permet de comprendre la complexité du conflit, les intérêts en jeu et jette un trouble sur l’issue du conflit.

Le rapport laisse entendre que le CNT est marqué par un courant islamiste radical et que l’après-Kadhafi pourrait être encore pire. Cela n’est pas sans rappeler l’avertissement de Kadhafi qui, pour dissuader l’Occident de tout soutien au CNT, brandissait la menace islamiste et surtout terroriste, en cas d’affaiblissement de son régime. Cela n’a pas empêché l’offensive armée contre lui. Son départ est devenu une condition pour la redistribution des cartes dans cette partie du continent. Pour les Occidentaux, c’est la voie royale pour démocratiser ce pays qui est le seul de l’Afrique du Nord à s’être engagé dans une transition violente. Mais cet idéal démocratique peut–il se réaliser véritablement avec un regroupement d’organisations dont les vertus démocratiques ne sont pas clairement affirmées ? La charte du CNT promet un Etat dont les lois tireront leur source de la charia. C’est un éclairage assez intéressant qui montre effectivement qu’il y a un risque de voir les courants islamistes radicaux tenter de prendre le contrôle du pays après que les Occidentaux auront fait le sale boulot.

Si le risque demeure, l’hypothèse que le prochain pouvoir échappe entièrement au contrôle occidental est très faible. Le CNT, du moins son aile visible, a dû donner des gages pour avoir un soutien aussi massif de la Grande Bretagne, de la France et récemment de l’Allemagne. Et on imagine mal ces pays libérer un pays au nom de la liberté et de la démocratie et le remettre sous le joug d’une autre dictature. La nouvelle Libye se démocratisera ou ne sera pas. La victoire des alliés n’aura de sens que si l’après-Kadhafi est marqué par un processus démocratique, dans lequel tous les partis politiques, islamistes y compris, acceptent le jeu démocratique dans un Etat de droit moderne où l’islam a sa place et donnent une garantie contre le terrorisme international.

Ne l’oublions pas, les motivations qui ont conduit à cette guerre ne concernent pas seulement les droits de l’Homme et la protection des civils. Le contrôle des sources d’énergie et la lutte contre la menace chinoise y sont pour quelque chose. Il ne suffira donc plus seulement de faire tomber le "guide" (toute chose qui n’est pas encore gagnée). La gestion de l’après-Kadhafi paraît à tout le moins périlleuse et il faudra aux Libyens d’abord, de tout faire pour que leur victoire ne soit pas dévoyée. En attendant, ce rapport, pondu par des experts privés, pourrait conforter Kadhafi qu’il est le moindre mal, au regard des incertitudes liées à sa chute. Est-ce une nouvelle arme psychologique du "guide" ?

 

 

Tag(s) : #Politique