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Les jeunes de Dori sont fâchés. Ils sont remontés contre la société minière IAMGOLD ESSAKANE SA qui ne respecterait pas ses engagements vis-à-vis de la population. Le point essentiel qui alimente le mécontentement des jeunes concerne la redistribution des emplois au niveau de la mine. Les Doriens estiment que le recrutement des Sahéliens au niveau de la mine est largement en dessous de ce qu’ils pouvaient espérer au regard du protocole. Après plusieurs tractations quasi vaines, ils ont décidé le 19 mars matin de bloquer tous les cars de la société minière qui voudraient traverser la ville…c’était sans compter avec les forces de l’ordre.

La ville de Dori a retrouvé son calme. L’activité économique a repris ses droits après une journée du 21 mars très agitée. Mais les séquelles sont quand même là, visibles à notre arrivée dans la ville le lundi 26 mars. Sur la route nationale N°03 qui relie Dori à Ouaga, on peut constater le bitume noirci en plusieurs segments. C’est la preuve qu’il y a eu du feu en ces lieux, au propre comme au figuré. Les quartiers numéro 4 et 5 de Dori ainsi que leurs environnants ont été le théâtre de violents affrontements entre les forces de l’ordre et les jeunes qui se sont défiés une demi nuit et une demie journée. Sur les évènements qui se sont passés à Dori, il y a une constance dans les différentes versions servies par les multiples acteurs.

Dans les grandes lignes, l’autorité régionale et les jeunes relatent les faits à peu près de la même manière. Le 18 mars, les jeunes réunis autour d’un « Comité des jeunes du sahel pour la plate forme revendicative avec IAMGOLD » ont tenu une réunion au cours de laquelle ils ont fait le point des différentes démarches jusque là « pacifiquement menées » et qui n‘ont abouti à rien, selon la conclusion qu’ils en tirent. Avant « l’intifada » du 19 mars, les jeunes et la société minière avaient eu une réunion le 15 mars avec la facilitation du gouverneur de la région, le Colonel-Major Boureima Yiougo. Cette dernière rencontre, au lieu d’apaiser les jeunes, a mis la poudre au feu. Les représentants de la mine n’auraient pas donné de réponse à un seul point des revendications soumises par les représentants des jeunes. Il ne fallait pas plus pour irriter la jeunesse qui avait fondé beaucoup d’espoir sur cette rencontre, après plusieurs autres.

La décision de bloquer le passage des véhicules de IAMGOLD a été prise donc à la rencontre bilan tenue le 18 mars au soir. L’exécution fut immédiate, puisque le 19 très tôt le matin, les jeunes ont pris d’assaut la sortie de la ville sur la route de Ouaga. Des pneus et des cailloux sauvages sont transportés sur le goudron pour barrer le passage. Selon Boubacar Cissé, le président du Conseil régional qui chapeaute le Comité, « la manifestation était pacifique » et en plus « la barrière n’était pas totale ». Il restait un passage pour tous les véhicules qui ne sont pas concernés. En décidant de bloquer la route nationale N°03, les jeunes de Dori mesuraient manifestement la portée de leur acte. Cette solution avait été envisagée plusieurs fois mais repoussée. La nationale N°3 qui traverse Dori (ville considérée comme la porte du Sahel) est le passage idéal sinon l’unique voie pour relier la mine d’Essakane à la capitale Ouagadougou.

Le barrage de cette issue est une solution efficace et radicale en termes d’impact. Selon Tidiane Réné Barry, le directeur des affaires corporatives de la mine, « la société n’a pas connu un arrêt de ses travaux » pendant ces deux jours de blocage. Mais il laisse entendre que si le blocage avait persisté, la mine pouvait connaitre une rupture pour certains produits. Par exemple, des véhicules de la société transportant du gaz, de l’eau et du cyanure avaient été bloqués, selon les manifestants.

La société minière estime qu’elle a beaucoup fait pour la région du Sahel. Parmi les trois principales localités, à savoir Essakane site, Falagountou et Dori qui se disputent les dividendes de l’or ou les retombées de l’installation de IAMGOLD, Dori serait la moins bien lotie. C’est pourquoi ce sont les jeunes de cette ville qui sont à la pointe de la fronde. Le directeur des affaires corporatives de IAMGOLD pense d’ailleurs que les revendications posées par le comité des jeunes relèvent moins des préoccupations de l’ensemble des jeunes du Sahel que celles des jeunes de Dori. La plateforme revendicative est signée par le président du Conseil régional des jeunes et par les délégués des cinq secteurs de Dori.

A côté de la principale revendication qui concerne le recrutement des jeunes, la publication des résultats des avis de recrutement, la plateforme mentionne la promotion des prestataires de services locaux, le financement des microprojets en vue de promouvoir l’auto-emploi, le renforcement de la communication sociale sur les questions environnementales, la revalorisation des centres d’information. Ce dernier point est relatif à trois bureaux d’information, que IAMGOLD a ouverts à Dori, Gorom et Falagountou. Ces centres ont été ouverts à la demande des jeunes pour améliorer le processus de recrutement mais selon les revendicateurs, il n’y a pas eu une seule personne de recrutée à partir de ces centres, depuis leur ouverture en octobre, alors que les Centres de Dori et de Gorom auraient enregistré chacun un millier de candidatures. Le directeur des affaires corporatives soutient que les centres remplissent leurs fonctions même s’il reconnait que souvent « il y a un manque de retour d’informations » par exemple concernant « la suspension ou le retrait de certains avis de recrutement ».

Les forces étaient disproportionnées

Le gouvernement a décidé d’envoyer une expédition punitive contre les révoltés de Dori. Comme le dit l’adage, « aux grands maux, les grands remèdes ». Face à la détermination des jeunes et à leur nombre, les forces de sécurité de Dori risquaient d’être mises en déroute si elles avaient essayé de contrarier les manifestants. C’est une mission de Kaya qui est venue pour mater les jeunes. Il était minuit pratiquement lorsque les forces de sécurité en provenance de Kaya ont lancé l’offensive contre les manifestants. Sept pickup chargés de plus de 70 CRS et gendarmes ont attaqué simultanément les jeunes pendant que ces derniers étaient soit couchés ou assis autour d’un thé au feu. C’était dans la nuit du 20 au 21 mars. Ils étaient à leur deuxième nuit sur ces lieux où certains avaient amené leurs nattes et leurs provisions. Comme dans un pique nique en pleine ville. Le gouverneur estime qu’il n’en pouvait plus après deux jours de négociations avec les jeunes. La chasse entre les forces de sécurité et la population a duré de 23H (le20 mars) au mercredi 21 mars à 13H.

La nuit a été plus difficile pour les forces de sécurité du fait de l’obscurité dans certaines zones et de leur non maîtrise du champ de bataille. La journée du 21 mars a montré un autre visage. Les forces de sécurité ont pris possession de toute la ville qui respirait les gaz lacrymogènes largués en abondance. Ces explosifs ont provoqué l’incendie de plusieurs hangars de foin qu’on trouve dans la plupart des concessions d’éleveurs comme à Dori. La fumée dans la ville et les arrestations (57 personnes ont été arrêtées) perpétrées par les forces de sécurité ont obligé les Doriens en général à se terrer dans leurs maisons. Le soir, une rumeur de couvre feu s’est même emparé de la ville. Dori était une ville morte. Les forces de l’ordre ont patrouillé toute la nuit dans la ville pour s’assurer que la situation était sous contrôle. Les manifestants qui s’étaient armés dans un premier temps de cailloux, de gourdins et de machettes avaient définitivement renoncé.

L’échec du collège des sages

Il y a longtemps déjà que le Gouverneur était en négociation avec les représentants des jeunes et la mine pour trouver un terrain d’entente. Le Gouverneur avait choisi d’inscrire les revendications des jeunes dans des négociations plus larges au niveau régional et avec toutes les sociétés minières présentes dans la région. Les 28 et 29 février, il avait initié un cadre de concertation sur « la gestion minière au Sahel ». Ces journées avaient réuni selon le rapport, plus de quatre vingt participants dont les autorités régionales, les représentants de la Chambre des mines du Burkina, les responsables des collectivités territoriales, les responsables des services techniques déconcentrés, les représentants des sociétés minières du Sahel (ESSAKANE-SA, SMB-SA et SOMIKA-SARL) et les représentants des OSC.

Ces journées régionales d’échanges s’articulaient autour de trois objectifs spécifiques, à savoir : « informer les membres du Cadre de Concertation Régional sur le contenu du code minier y compris la fiscalité minière au Burkina Faso ; échanger sur la contribution des industries minières au développement local dans la Région du Sahel : Cas de IAMGOLD, INATA et SOMIKA ; dégager les conditions de meilleurs rapports entre les acteurs en matière de gestion minière. » Le gouverneur déplore que les jeunes aient refusé de prendre part à ces journées de concertation, qu’il dit avoir « initié uniquement pour les jeunes ». Par contre, en dehors de ce cadre, d’autres rencontres ont pu avoir lieu exclusivement entre le gouverneur, les jeunes et la mine d’Essakane. Les jeunes estiment que ce ne sont pas des occasions d’échanges qui ont manqué. Selon leurs représentants, il y a toujours eu des rencontres sans que des solutions ne leur soient proposées.

D’ailleurs, le 19 mars, le jour même où ils ont décidé de passer à une autre étape, ils étaient encore attendus au gouvernorat à 7h30 pour une énième réunion sur invitation du gouverneur. Les deux jours de blocus des jeunes ont été deux jours d’intenses médiations. Le Gouverneur de la région, en nous recevant le 05 avril dans son bureau polygonal, a fait un long exposé sur la « longue négociation » qu’il a eue avec les manifestants, d’abord par l’intermédiaire d’un collège des sages puis lui-même en personne. Le 19 mars, pendant que les jeunes manifestaient, Il tentait de leur assurer qu’une réunion importante allait se tenir le 23 mars au sujet de leurs revendications. Malgré les preuves qu’il a données aux jeunes (correspondances faxées à la mine, accord de la mine pour la réunion), la confiance s’était déjà envolée entre les deux parties.

C’est finalement après l’intervention des forces de l’ordre que les différentes parties ont retrouvé la table de négociations grâce notamment à l’implication des députés de la région. La réunion du 23 mars a effectivement eu lieu et une feuille de route est en cours d’élaboration par les jeunes en étroite collaboration avec les députés qui leur ont témoigné leur soutien quant à leurs revendications. Le document est attendu par le gouverneur et il sera examiné dans un cadre qui réunira les différentes parties.

Tag(s) : #Economie

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