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A la différence de son homologue écossais, le «whisky» camerounais, plus communément appelé odontol, se consomme dans des gobelets en plastique, accoudé à une gargote dans les marchés de la capitale Yaoundé ou sur ses trottoirs, assis sur un banc. Le quotidien Le Jour nous fait découvrir les mystères de ce breuvage made in Cameroun.

«C'est notre whisky à nous. Ce que les blancs nous vendent n'est pas meilleur (.). D'ailleurs, j'ai consommé le vin rouge et des liqueurs importées, mais ils n'ont plus d'effet sur moi», revendique, un peu chauvin, Jules Menye, un consommateur rencontré par le quotidien.

Pourtant, la boisson fabriquée artisanalement à partir de vin de palme, de sucre et d'une écorce appelée essok, n'a rien à voir avec du whisky, si ce n'est son fort dosage en alcool (qui, pour l'odontol, n'est pas contrôlé). D'ailleurs, le breuvage camerounais se démarque aussi par son prix très abordable et sans comparaison avec la liqueur d'origine écossaise et irlandaise.

«Les gens qui boivent de l'odontol sont des personnes qui n'ont pas les moyens de s'acheter de la bière. Or, quand tu as 1000 francs CFA (0.15 d'euro), au lieu d'acheter deux bières qui ne te font aucun effet, tu peux t'offrir un litre de «hâ» [odontol en une langue camerounaise de la région du Centre] et le partager avec tes copains», poursuit Jules Menye qui en boit depuis 25 ans. 

Ce «whisky des pauvres», à en croire ses consommateurs, n'aurait que des vertus.

«Quand je bois l'odontol, je me sens revigoré. Donc, avant d'aller travailler, j'en prends, avant de dormir aussi, et le lendemain matin au réveil, je suis de très bonne humeur. J'ai la pêche pour affronter la vie», raconte, conquis, Gérard Ebanda, 50 ans.

Ce n'est pas sans raison qu'il a emprunté son nom à une marque de dentifrice dont la publicité, diffusée il y a une dizaine d'années sur les écrans du pays, montrait des gens hilares, fait savoir Jules Menye. On prête à l'Odontol la caractéristique de faire rire aux éclats.

Pourtant, la boisson incolore n'est pas indolore. Bien que toléré aujourd'hui au Cameroun, ce breuvage est en réalité classé dans la catégorie des drogues, soutient Achille Yonta, attaché d'enseignement et de recherche au département de sociologie à l'université de Yaoundé. D'ailleurs, Maxime Meka, un ancien buveur d'odontol, rencontré par Le Jour, le reconnaît:

«Ce n'est pas une bonne boisson. J'ai sacrifié des amitiés, failli perdre ma famille (...). Je n'allais plus au travail parce qu'il fallait que je boive l'odontol».

Il a arrêté. Maintenant, quand il rend visite à ses compagnons buveurs d'odontol, il prend une bières ou un whisky -du vrai- et il passe immanquablement pour un «snobinard».
Tag(s) : #Société
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