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Un mot d’ordre contre les constructions est en cours dans les zones « nouvellement loties » des secteurs 28, 29 et 30 de l’arrondissement de Bogodogo. Certains résidents, mécontents de n’avoir pas eu de parcelles, ont décidé d’empêcher les attributaires de construire tant qu’ils ne seront pas satisfaits à leur tour. Regroupés dans des associations, ils ont entrepris le dimanche 18 mars dernier une campagne de sensibilisation envers les attributaires pour éviter « tout désagrément » car ils promettent de passer à la vitesse supérieure si les constructions continuent, c’est-à-dire démolir.

« Nous n’avons pas compris pourquoi nous qui avons demandé le lotissement, qui avons participé à toutes les étapes du processus, avons été brimés de la sorte. Nous n’avons pas eu de parcelles. Ils ont attribué nos maisons dans lesquelles nous vivons avec nos familles depuis près de 20 ans à d’autres personnes qui n’habitent même pas dans le secteur. Moi, je faisais partie des guides qui facilitaient le travail de la commission. J’ai eu à rédiger les procès-verbaux des réunions de la commission dans le secteur. C’est dans ma maison que le matériel de travail de certaines équipes de la commission était gardé. Mais au finish, mon numéro n’est même pas sorti. Pourtant, ma maison se trouve entre quatre bornes.

C’est une autre personne inconnue de notre voisinage qui a eu la parcelle. Cette personne me demande de quitter pour qu’elle construise. Pour moi, il n’en est pas question. Pour le moment, je n’ai pas où aller et tant que la mairie ne trouvera pas de parcelle pour moi, je ne bouge pas de ma maison. », témoigne Boureima Ouédraogo, un des responsables de la coordination des associations qui récusent le travail de lotissement fait par la mairie depuis 2003. L’association qu’il dirige avait recensé 1103 personnes qui se trouvent dans la même situation que lui. Ce nombre n’est pas exhaustif. Il ne concerne qu’une petite partie du secteur 28. Ce seul secteur compte une dizaine d’associations.

Dans les secteurs 29 et 30, la même frustration habite les résidents non attributaires. Les personnes attributaires des parcelles leur demandent de quitter leurs maisons pour qu’elles puissent construire. Il y en a qui ont commencé à ériger des murs et même des maisons à l’intérieur des concessions de ceux qui n’ont pas eu de parcelle. La cohabitation s’annonce explosive. C’est pour éviter les affrontements que la coordination avait demandé depuis longtemps aux « dits propriétaires » des parcelles d’attendre que la mairie réexamine le cas des résidents « lésés ». Mais l’attente commence à devenir très longue pour ces attributaires. Certains sont passés à l’action. La coordination a décidé de répliquer. Le dimanche 18 mars dernier, ils étaient des dizaines à sillonner les « six mètres » pour réitérer leur « parole » qui se résume à l’arrêt des constructions dans les nouveaux lotissements. « Pour le moment, nous n’userons pas de la violence contre qui que ce soit. Mais si d’ici deux semaines, nous constatons que des gens continuent de construire, nous allons démolir », assure le coordonnateur des associations. Ces résidents se disent excédés par la situation « d’injustice » qu’ils vivent depuis des années.

Les contestataires, dans leur majorité, affirment résider dans la zone avant le recensement de 2003 qui a abouti au bornage suivi des attributions des parcelles à partir de 2006. La première injustice qu’ils pointent du doigt, c’est en rapport avec les catégories dans lesquelles la mairie les a logés. Ils sont dans les catégories non prioritaires : PNR (propriétaires non résidents) et NCH (nouvelles constructions habitées). Pire, certains ne figurent dans aucune des catégories. C’est comme s’ils ne résidaient pas dans les secteurs. Selon eux, vu leur ancienneté dans la zone, ils devraient figurer dans la catégorie prioritaire des RR (résidents réels).

Ils seraient arrivés dans la zone des années avant le recensement. Ils se considèrent donc comme les résidents réels. Comment se fait-il alors qu’on les relègue à la dernière position ? Pour eux, soit le travail a été mal fait soit il y a eu des magouilles et des détournements de leurs parcelles. Ils ne s’expliquent pas que leurs maisons se trouvent dans des parcelles attribuées à d’autres personnes dont certains, selon eux, n’ont jamais dormi une nuit dans la zone. « Nous voulons bien que les autres construisent, mais nous, où allons-nous aller ? La mairie n’a qu’à nous trouver d’abord où nous loger, sinon nous ne bougeons pas. », clament-ils.

L’embarras des autorités municipales

Le conseiller municipal Ali Tiendrébeogo comprend la lutte engagée par la coordination. Il pense que les constructions sont problématiques. Non seulement elles risquent d’engendrer des conflits, mais également elles pourraient causer des inondations en saison pluvieuse parce que certaines constructions seront sur le passage de l’eau. Pour lui, le mieux, c’est d’attendre que les autorités trouvent une solution à ces problèmes. En revanche, il estime qu’on ne devrait pas empêcher ceux dont les constructions ne dérangent personne. C’est aussi l’avis du maire de l’arrondissement Henri Kaboré.

« La mesure de suspension des lotissements n’interdit pas les constructions dans les parcelles déjà attribuées. Mais il se trouve que nous n’avions pas fini l’ouverture des voies et la mesure de suspension ne nous permet pas de continuer ce travail. Dans ces conditions, si les gens construisent, ça va être difficile parce que c’est possible qu’ils le fassent sur des voies et cela peut occasionner des problèmes d’inondation en saison pluvieuse. Quand on nous posait le problème, nous envoyions des techniciens sur le terrain pour que ça se passe bien. Mais on nous soupçonnait de violer la mesure gouvernementale. Nous avons donc préférer arrêter. Les techniciens sont retournés dans leur service d’origine en attendant la levée de la suspension.

Il y a aussi le problème entre les résidents. Nous ne pouvons pas dire aux propriétaires des parcelles de ne pas construire puisque la mesure de suspension ne les concerne pas. Mais par mesure de prudence, nous recommandons à ces personnes de patienter. », affirme le maire. Dans les secteurs, certains arrivent à construire et d’autres éprouvent des difficultés. C’est le rapport de force qui détermine la poursuite ou non d’une construction. Dans la journée du 18 mars, une famille avait commencé à faire les fondations de sa maison quand elle a été sommée d’arrêter par les gens de la coordination. L’autorisation de construire lui a été donnée par le chef de Yamtenga, le village d’à côté. Ce chef est aussi conseiller municipal de l’arrondissement. Pour lui, la famille en question doit pouvoir construire car cela ne gêne personne.

« La parcelle qu’on lui a attribuée se trouve dans sa concession de « non lotie », note-t-il. Pour lui, les gens qui se trouvent dans le cas de cet homme doivent jouir de leurs parcelles. « Ce que je refuse, c’est prendre la maison de quelqu’un pour donner à un autre. Là je ne suis pas d’accord. », soutient-il. La coordination des associations des résidents a voulu comprendre si l’ordre est réellement venu du chef. Elle a envoyé une délégation voir le chef. Celui-ci a confirmé avoir donné son quitus. Certains sont surpris par cette attitude du chef puisque lui aussi s’oppose au maire sur le lotissement. Il était même devant les marcheurs qui ont assiégé la mairie en novembre 2011 pour exiger la mise en place d’une commission qui fera la lumière sur les opérations de lotissement. En donnant son quitus pour que cette famille construise, le chef a voulu marquer son autorité dans la zone. « Vous décidez sans me consulter, vous m’informez même pas. Mais quand il y a des problèmes, vous courez pour venir me voir. », a-t-il lancé aux émissaires de la coordination.

Une série sans fin

Le lotissement dans ces zones est un feuilleton qui dure depuis 2001. Le premier travail a été réalisé par un cabinet. Son contrat a été résilié parce qu’il n’aurait pas déposé son rapport à temps. Il avait 32 jours pour rendre son rapport, mais à mi-chemin, le responsable du cabinet a demandé un avenant au regard de l’ampleur du travail mal jaugé au départ. Les responsables de l’arrondissement ont refusé d’accéder à sa requête. A son tour, le cabinet a refusé de rendre son rapport. Il aurait juste communiqué le chiffre de 53 000 recensés. A quoi ce chiffre renvoie-t-il exactement ? Il est très difficile de le savoir. Non seulement, on ne sait pas si le cabinet a réellement fini son travail, mais ce que l’on sait du travail indique que les 53 000 correspondent à plusieurs choses. Le cabinet aurait mis des numéros sur des maisons inachevées, des étables, des kiosques, des arbres, des cloches, des murs tombés, etc. tout serait passé sur le viseur des recenseurs du cabinet. Après le cabinet, la mairie a repris les choses en main. Elle a mis en place une commission de recensement. Les associations des quartiers ont aidé la commission à faire le travail de recensement.

Il ressort, selon le maire Henri Kaboré, qu’il y a 24 000 personnes qui doivent bénéficier de parcelle. Elles sont réparties dans trois catégories. Les Résidents réels (RR), les propriétaires non résidents (PNR) et les Nouvelles constructions habitées (NCH). En 2006, après les élections municipales, les listes ont été sorties. Certains ont vu leur numéro, mais d’autres pas. Parmi ceux qui n’ont pas vu leur numéro, il y a de nombreux résidents réels. A l’époque, pour ne pas les frustrer et en attendant de trouver une solution, la mairie avait décidé de « sauter » leurs parcelles, ce qui signifie qu’on n’attribue pas les parcelles où ils résident à d’autres personnes. Ce que la mairie n’avait pas dit, c’est qu’elle avait attribué les parcelles à d’autres personnes. Seulement, elle a décidé de ne pas sortir la liste de ces personnes. En 2008, avec le changement intervenu à la tête de la mairie, la règle a changé.

Le maire Henri Kaboré qui a remplacé Zénabo Drabo retourne dans les quartiers avec sa commission composée des présidents des différentes commissions statutaires de la mairie. La commission décide de travailler avec des « personnes ressources » en dehors des conseillers des secteurs. Elle fait sortir les listes additives et commence les attributions. C’est là que les contestations deviennent plus virulentes parce que ceux qui étaient dans leurs maisons et qui n’ont pas eu de parcelle ont été sommés de quitter pour permettre aux attributaires dont certains ne résident pas dans les quartiers de construire. Le maire explique que ce n’est pas de gaieté de cœur qu’il a procédé aux attributions. L’instruction serait venue de la mairie centrale qui ne comprenait pas pourquoi l’arrondissement demandait une extension du lotissement alors qu’il n’avait pas fini de faire les attributions dans son ressort territorial.

Beaucoup de démarches ont été engagées pour résoudre la situation. Des pourparlers avec le maire, des audiences, des marches jusqu’à la suspension des lotissements en 2011 par le gouvernement. Une commission interministérielle a été formée. Mais des mois après, elle ne serait pas descendue sur le terrain pour s’enquérir de la situation. Pendant ce temps, tout le monde s’impatiente. Les attributaires ou les acheteurs veulent construire. Les résidents non attributaires s’opposent. On craint des affrontements.

Tag(s) : #Société

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