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Du gardiennage aux sociétés militaires privées en passant par les équipementiers, le marché de la sécurité se développe en Afrique à la faveur du désengagement de l’État, africain comme français.

« Si on part des années 1960-70, où on assistait au tout État, il est clair qu’on peut parler d’un phénomène de privatisation de la sécurité. Aujourd’hui il est admis que certains États africains sont faibles et que des tâches de sécurité doivent être confiées à des prestataires privés. Mais il ne faut pas oublier qu’il y a un siècle et demi, les toutes premières polices du continent étaient des polices privées de sociétés concessionnaires », explique Antoine Pérouse de Montclos, chercheur en sciences politique à l’IRDspécialisé dans les conflits sur le continent africain. Ainsi, dans certains pays, à l’instar du Nigeria, cet héritage est toujours présent dans la législation.

« Le marché de la sécurité en Afrique est bien évidemment en croissance. Au vu des crises et tensions en cours sur l’ensemble de ce continent, mais également par l’intérêt croissant de nombreuses compagnies internationales dans des secteurs stratégiques comme le pétrole, la construction ou les télécommunications », analyse Olivier Hassid, délégué général du CDSE (Club des directeurs de sécurité des entreprises). Pour ce dernier, le marché se caractérise par deux aspects. D’une part, la protection contre les risques générés par la criminalité locale ou organisée, principalement située en zone sud-sahélienne et d’autre part, celle liée à l’émergence de la menace terroriste islamique et aux évolutions politiques majeures du monde arabe.

Explosion en Côte d’Ivoire

Pour les sociétés d’intelligence économique, un secteur de plus en plus concurrentiel, « les clients sont nombreux mais demeurent principalement des sociétés du CAC 40 », précise O. Hassid. Il n’en demeure pas moins que le nombre de prestataires de services établis directement ou indirectement sur le continent explose. En Côte d’Ivoire par exemple, la crise armée de 2002 a favorisé l’émergence de sociétés privées de sécurité. « Ce secteur, monté en puissance dans une économie étranglée par la guerre, est même devenu l’un des plus gros pourvoyeurs d’emplois dans le pays. Les étudiants diplômés s’y bousculent en attendant de trouver un emploi plus adapté à leur formation », indique un document de travail (1) réalisé pour le Global Consortium on Security Transformation en juin 2010. Alors qu’en 2005, l’activité comptait 35 000 salariés et une centaine de sociétés, elles seraient aujourd’hui plus de 300 entreprises comptant près de 50 000 agents pour un chiffre d’affaires d’environ FCFA 50 milliards (€ 76,2 millions) en 2008, en croissance d’environ 15 % en 2009.

La santé insolente du secteur en Côte d’Ivoire a également conduit à réaliser d’importants investissements en termes de moyens logistiques et d’équipements ultramodernes : matériels de vidéosurveillance et de télécommunication, radio VHF, véhicules de patrouille et 4x4 d’intervention, camions de transport de troupes...

Un marché juteux. D’autant que les grandes surfaces, les entreprises et les agences onusiennes ne sont pas les seules à avoir recours aux sociétés privées de sécurité : « l’État (…) leur confie discrètement des missions particulières comme l’intelligence économique et militaire ainsi que la garde rapprochée de personnalités et la surveillance de sites sensibles », précise le document.

Tag(s) : #Economie

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