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Au XVIIe siècle, la plupart des souverains et des membres de la haute noblesse pratiquent à leur aise la galanterie, comme dans les siècles précédents, avec parfois des raffinements de violence.

Mais un revirement s'amorce peu à peu dans les mœurs et les idées, sous l'influence de la bourgeoisie montante. Il va s'exprimer pleinement dans le puritanisme du XIXe siècle.

Frivolité des moeurs

Suite aux guerres de religion et à l'émergence d'une philosophie agnostique, on voit apparaître dans les campagnes comme dans l'aristocratie des formes d'indifférence religieuse. Elles coïncident avec un relâchement des mœurs dans les cours européennes, chez les Bourbons bien sûr mais aussi chez les Habsbourg de Madrid et les Stuart de Londres.

En Angleterre, le roi Charles 1er paie de sa tête les écarts de conduite de ses favoris et en particulier du duc de Buckingham.

À Versailles, le vieux roi Louis XIV s'émeut des frasques et, parlons clair, des crimes des jeunes libertins de la cour. À quoi s'ajoutent messes noires et sorcellerie, illustrées par l'affaire des Poisons.

Au «Siècle des Lumières» (le XVIIIe), les paysans voient en Europe occidentale leurs conditions de vie s'améliorer. Mais dans les cercles aristocratiques, qui accumulent privilèges et richesses, le libertinage et la galanterie ne rencontrent plus guère d'obstacle.

En France, le roi Louis XV, las de son épouse polonaise, se jette dans les plaisirs avec une démesure inconnue de son aïeul Louis XIV. La marquise de Pompadouraménage l'hôtel du Parc-aux-Cerfs, à Versailles, pour les rencontres clandestines du vieux roi avec de très jeunes filles (façon Silvio Berlusconi).

À Saint-Pétersbourg, Catherine IIfait assassiner son mari par l'un de ses amants puis gouverne la Russie avec une poigne de fer tout en distribuant ses faveurs aux jeunes hommes de son entourage.

Chez les Bourbons d'Espagne, le scandale n'est pas moindre. À Madrid, en 1788, Godoy, un parvenu de petite noblesse, devient l'amant de la reine Marie-Louise et le conseiller du roi Charles IV.

À Londres, le roi George III affiche une conduite décente jusqu'à ce qu'il soit frappé par une douce folie en 1810. Son fils, qui devient Régent puis roi sous le nom de George IV, en 1820, se montre quant à lui plus débauché que quiconque. Cela lui vaut le surnom de «Prinny»(scandaleux).

Son frère Guillaume IV lui succède brièvement avant de laisser le trône à une jeune nièce Victoria, une pure jeune fille de 18 ans. Il n'était que temps car, en Angleterre comme sur le Continent, les frasques de la royauté et de la haute aristocratie commençaient à lasser l'opinion.

Amours romantiques, ménages puritains

Dès avant la Révolution française, une nouvelle sensibilité s'est fait jour dans la bourgeoisie montante, en France et en Europe, illustrée par l'œuvre de Jean-Jacques Rousseau. On encense l'amour conjugal, grande nouveauté, et aussi l'amour maternel.

La Révolution amène au pouvoir des notables de province qui, pour la plupart, vivent sagement, voire de façon monastique comme Robespierre. L'exception la plus notable est Mirabeau, député issu de la noblesse provençale.

La fin de la Terreur entraîne une brève période d'euphorie sous le Directoire. Les gouvernants et les grands bourgeois étalent avec vulgarité leur fortune mal acquise (on pense ici à l'oligarchie russe du temps de Boris Eltsine). Malgré les toilettes vaporeuses des élégantes, cela ne vaut pas toutefois l'Ancien Régime. «Qui n'a pas vécu dans les années voisines de 1789 n'a pas connu le plaisir de vivre», confieraTalleyrand - fin connaisseur - à Guizot.

Le maître de l'Europe, Napoléon 1er, aurait bien aimé restaurer ce plaisir de vivre mais l'humeur n'y est plus. Lui-même est plus à l'aise dans les bivouacs que dans les alcôves. Ce n'est pas un grand séducteur mais plutôt un amant à la hussarde, comme le montrent les récits que font ses maîtresses de leurs relations.

Ses successeurs Louis XVIII et Charles X ne modifient pas la donne, non plus le «roi-bourgeois» Louis-Philippe 1er, époux modèle de Marie-Amélie. C'est que l'Europe fait sa révolution industrielle et les bourgeois mettent toute leur énergie dans cette entreprise. «S'enrichir par le travail et l'épargne», selon l'exhortation de Guizot, est incompatible avec la prodigalité de l'ancienne aristocratie.

Les changements de mœurs sont pleinement illustrés par le mariage d'amour de la reine Victoria avec son cousin allemand, le prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha. Celui-ci a souffert dans son enfance d'une famille éclatée. Par réaction, il impose à sa jeune épouse et à la cour anglaise une extrême rigueur de comportement que l'on qualifiera plus tard de «victorienne» («albertienne» eut mieux convenu).

On stigmatise les relations hors mariage et le plaisir solitaire cependant que l'on encense l'amour chaste et son exutoire naturel, le mariage.

La discrétion est la règle

Dans la pudibonderie ambiante, Louis-Napoléon Bonaparte fait tache. Il accède au pouvoir grâce au soutien financier d'une riche maîtresse anglaise, Miss Howard. Devenu empereur des Français sous le nom de Napoléon III, il se montre plus attiré par le beau sexe que son oncle et fait de son règne une fête perpétuelle.

Les bourgeois prônent la fidélité conjugale mais celle-ci s'arrête à la porte desmaisons closes. On peut se dire bon mari et bon père tout en fréquentant les luxueux établissements de plaisir qui font le charme de la «Belle Époque».

Pour ne pas compliquer les choses, une loi interdit les recherches en paternité. Il ne faudrait pas que des soubrettes réclament une aide au bourgeois qui leur a fait un enfant et salissent ainsi son honneur.

En pratique, il n'y a que les épouses qui soient menacées par le délit d'adultère. Georges Clemenceau, comme tous les hommes de son rang, prend du bon temps au bordel et s'offre de nombreuses liaisons plus ou moins clandestines. Mais quand il découvre que sa femme, une Américaine qui lui a donné trois enfants, a eu une faiblesse pour un ami de passage, il la met illico sur un paquebot et la renvoie chez elle.

Les femmes se rapprochent du pouvoir

Les mœurs s'adoucissent au tournant du XXe siècle. L'hypocrisie n'est plus de mise. Français et Anglais se régalent des frasques du Prince de Galles, fils indigne d'Albert, qui succède à Victoria en 1901 sous le nom d'Édouard VII. Ce bon vivant ne se cache pas d'aimer les plaisirs, tout comme d'ailleurs feu le président Félix Faure, mort d'avoir trop aimé une demi-mondaine.

- Les hommes ne se refont pas

L'un des plus illustres séducteurs de l'époque est le général Philippe Pétain. Les femmes sont folles de lui et le poursuivent jusque sur le front, pendant la Grande Guerre. Jusqu'à un âge très avancé, il continuera de leur rendre hommage. Cela permet de mieux comprendre l'idolâtrie dont a bénéficié le Maréchal pendant le deuxième conflit mondial.

Autre grand séducteur, Benito Mussolini. De riches maîtresses se sont ruinées pour l'aider à accéder au pouvoir, sans qu'il leur en ai gardé beaucoup de reconnaissance (voir le film Vincere de Marco Bellocchio, 2009, sur le triste sort d'Ida Dalser). Le Ducesera exécuté et pendu à la fin de la partie avec l'une de ses dernières maîtresses, Clara Petacci.

Tout cela n'a rien à voir avec les autres «monstres» de l'époque : Hitler est populaire auprès des femmes mais a une relation pathologique avec le sexe. Sa nièce Geli se suicide dans des conditions mystérieuses dans leur appartement de Munich en 1931. Et on ne connaît au Führer aucune maîtresse certaine, hormis Eva Braun avec qui il cultive une relation tout sauf romantique jusqu'à leur suicide apocalyptique. Lénine, entre sa femme et sa maîtresse, fait figure de bourgeois rassis. Quant à Staline, homme à femmes, il conduit assez normalement celles-ci dans la folie ou la mort.

Plus rafraîchissant est le cas de Franklin Delanoo Roosevelt. Il a épousé une nièce de Théodore Roosevelt, un lointain cousin qui fut aussi président des États-Unis. Eleanor lui a donné cinq enfants et prend à cœur son rôle de «First Lady» en s'investissant dans des actions caritatives et des associations féminines.

Mais, révulsée par les infidélités de son mari, elle se console avec Lesbos. L'amitié et le soutien de la journaliste et romancière Lorena Hickok lui valent d'acquérir une grande popularité.

Les médias idéalisent le couple Roosevelt, occultant au passage la maladie du président qui l'empêche de marcher (films et photos le montrent toujours assis ou soutenu par deux colosses).

L'autre héros de l'heure, Winston Churchill, a une vie sentimentale des plus tranquilles. Son énergie phénoménale est toute entière dissipée dans l'action. Son épouse Clementine lui a donné cinq enfants. On ne lui connaît aucune infidélité mais il a pardonné à sa femme une fugue avec un amant occasionnel.

Côté français, Charles de Gaulle a connu, avant la Grande Guerre, une vie de garnison «agitée». Il était à bonne école sous les ordres du colonel Philippe Pétain ! Mais il s'est ensuite rangé en épousant la très sage Yvonne Vendroux et n'a jamais offert la moindre prise aux rumeurs, tout occupé qu'il était de la seule maîtresse qui lui importait, la France.

Il n'empêche que son retour au pouvoir, en 1958-1959, coïncide avec l'un des plus étonnants scandales sexuels qui soient.

Ce scandale des «ballets roses de la République» met en cause 23 notables parmi lesquels le président de la précédente Assemblée nationale, André Le Troquer, un ancien poilu de 76 ans.

On leur reproche leur participation à des parties fines avec des mineurs des deux sexes. Ils s'en tirent avec des peines légères.

«American lovers»

Le monde politique anglo-saxon connaît sa première grande affaire de mœurs en 1963 avec la mise hors course en 1963 de John Profumo. Ce dirigeant anglais talentueux et honnête est contraint à la démission pour avoir noué une relation avec une prostituée de luxe liée aux services secrets soviétiques.

La même année, l'assassinat de John Kennedylibère la parole des journalistes. Ceux-ci révèlent par petites touches l'extraordinaire appétit sexuel du président américain et par exemple ses liens avec Marilyn Monroe.

Lyndon Baines Johnson, qui succède à Kennedy, s'irrite de la réputation de celui-ci. Plus âgé et moins photogénique, il n'en est pas moins un redoutable séducteur.

Les féministes et le sexe

L'élection en 1980 d'un ancien acteur d'Hollywood, Ronald Reagan, divorcé et remarié, atteste de l'ouverture d'esprit des Américains. Comme les Français, ils se montrent indifférents à la vie sentimentale de leur président pourvu que celui-ci fasse son «job»et ne transgresse pas la loi.

Les choses changent subrepticement dans la décennie suivante. Le président Bill Clinton est mis sur la sellette et échappe de peu à la démission pour avoir eu une relation consentante avec une stagiaire à la Maison Blanche.

C'est qu'entre temps, le courant féministe a progressé dans les mentalités, en stigmatisant les comportements machistes de la classe dominante et les relations sexuelles obtenues par abus de pouvoir. Le harcèlement sexuel de la part d'un supérieur hiérarchique ne fait plus sourire personne.

Ce courant féministe est limité pour l'heure à l'Europe et au Nouveau Monde européen (Amériques et Australasie). Il commence à imprégner les mentalités orientales (Afrique du nord et Moyen-Orient), plus sensibles qu'on ne le croit à la modernité occidentale.

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