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1. Les origines d’une situation explosive.

Remontons à la Première guerre mondiale. Les Britanniques, qui soutenaient par ailleurs la fondation d’un grand royaume arabe,  se prononcèrent, avec la déclaration Balfour (1917), en faveur de l’établissement d’un « Foyer national Juif » en Palestine. Ils répondaient ainsi aux voeux des sionistes tout en garantissant, en même temps, les droits des autres populations installées en Palestine. Après la guerre, le traité de Suèvres fait éclater l’empire Ottoman et, en 1920, on ne parle plus de royaume arabe unifié: les possessions ottomanes peuplées d’Arabes sont réparties entre la France (le Liban et la Syrie) et le Royaume-Uni (la Palestine, la Jordanie et l’Irak). Au sud, l’Arabie Saoudite se constitue peu à peu pour être officiellement fondée en 1932 par la fusion des provinces du Nejd et du Hedjaz.

Les Juifs commencent à émigrer massivement en Palestine dans les années trente. Les Arabes de Palestine, qui sont alors un peu plus d’un million, protestent contre cette immigration. Après les grèves et les attentats de 1936, les Britanniques décidèrent de limiter l’immigration juive en Palestine et la commission britannique Peel propose en 1937 un premier projet de partition de la Palestine entre Juifs et Arabes: 15% du territoire était destiné à l’État juif. Ce projet est refusé par les Arabes comme par les Juifs. En 1939, la population juive en Palestine s’élève à 460000 personnes [1]  installées en majorité dans des kibboutz, ces colonies agricoles protégées par une force paramilitaire, la Haganah (« Défense »), embryon de la future armée israélienne.

La seconde guerre mondiale accélère les évolutions. Dès 1942, les responsables sionistes affirment à New York la nécessité de fonder un État juif indépendant en Palestine. La carte politique du Proche-Orient évolue: le Liban devient indépendant en 1944, la Syrie en 1945 et la Transjordanie en 1946. En 1945, sept États fondent la Ligue arabe, destinée à affirmer l’unité du monde arabe face à ce qu’ils appellent « l’alliance de l’impérialisme occidental et du sionisme« .

2. La création d’Israël.

exodus_1947L’extermination des Juifs par les nazis pendant la Seconde guerre mondiale bouleverse les opinions publiques et donne une importance nouvelle à la question de la Palestine. Parmi les survivants, beaucoup de Juifs européens veulent s’installer en Palestine mais l’immigration reste bloquée: les Britanniques veulent en effet conserver l’amitié des Arabes. Les organisations nationalistes juives, telles que l’Irgoun commettent des attentats contre les Britanniques et organisent une immigration clandestine. Ainsi, l’épisode du cargo Exodus (photo ci-contre), chargé de 4500 Juifs rescapés des camps de la mort et refoulé en juillet 1947 par les autorités britanniques de Palestine, soulève une émotion extraordinaire. Incapable de rétablir l’ordre, les britanniques confient finalement le dossier de la Palestine à l’ONU. Un plan de partage, adopté en novembre 1947, prévoit la création d’un État juif et d’un État arabe. Ce plan reçoit l’appui de l’URSS et des États-Unis mais les Arabes y sont hostiles.

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Le 14 mai 1948, David BEN GOURION, président de l’Agence juive, proclame la création de l’État d’Israël. Dès le lendemain, l’Égypte, la Transjordanie, le Liban, la Syrie et l’Irak attaquent le nouvel État. Après de durs combats, les Israéliens repoussent les armées arabes. Israël contrôle désormais 75% de la Palestine, soit bien plus que ce que lui accordait le plan de partage de l’ONU. Des armistices sont conclus en 1949, mais aucun traité de paix n’est signé. La Transjordanie annexe la Cisjordanie et l’Egypte s’approprie la bande de Gaza. Jérusalem se trouve partagée entre une partie Ouest, israélienne, et une partie Est, jordanienne. L’État arabe prévu en Palestine ne voit pas le jour.

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3. Le « problème palestinien ».

Cette première guerre israélo-arabe (1948-1949) jette les bases de ce que l’on appellera le problème palestinien. Les deux tiers des Arabes de Palestine (en majorité musulmans mais aussi chrétiens orientaux) émigrent en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, dans des camps de réfugiés. Une minorité demeure en Israël tandis que 700000 immigrants juifs s’installent dans les territoires conquis. Ébranlés par la défaite, les pays arabes connaissent une période de troubles. Le roi de Jordanie est assassiné par un Palestinien en 1951. En Égypte, après le coup d’État de 1954, le colonel Nasser prend le pouvoir: en 1956, la crise de Suez  fait de lui le champion du panarabisme et il réussit à créer pour un temps une République arabe unie réunissant l’Égypte et la Syrie. En Irak, le roi Fayçal II est assassiné en 1958 et la République proclamée. Les pays Arabes se divisent alors en deux groupes: les monarchies traditionnelles pro-occidentales (Jordanie, Arabie Saoudite, Iran) et les régimes tentés par des réformes de type socialiste (Égypte, Irak). Tous clament cependant leur désir de défendre la cause palestinienne. L’Organisation de Libération de la Palestine  (OLP) est créée en 1964 par Yasser ARAFAT: une charte est rédigée qui pose la destruction d’Israël comme  condition nécessaire à la libération de la Palestine. Les incidents se multiplient à partir de cette date: actes terroristes arabes en Israël, représailles israéliennes en Jordanie, au Liban, en Syrie ou aujourd’hui dans la bande de Gaza. C’est aussi à partir de ce moment que l’on parle de peuple palestinien: les Palestiniens sont définis par la charte de l’OLP comme « les citoyens arabes qui ont normalement vécu en Palestine jusqu’en 1947, qu’ils y soient demeurés ou qu’ils en aient été expulsés » (article 6).

4. La paix impossible?

 

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Le 5 juin 1967, les Israëliens déclenchent la guerre des Six-Jours ; ils s’emparent de la Cisjordanie, de Gaza, du Sinaï et du plateau du Golan et annexent Jérusalem. La guerre du Kippour, déclenchée en 1973 par l’Égypte et la Syrie, ne remet pas en cause cette expansion. Dans les deux cas, l’ONU a pu imposer un cessez-le-feu aux belligérants grâce à l’accord des deux Grands. Cependant la résolution 242, qui énonce les conditions de la paix, reste lettre morte.

La guerre en 1973 entre Israël et ses voisins marque un renversement partiel des alliances au Proche-Orient. Le président égyptien Anouar al-SADATE se rapproche des Etats-Unis. À leur instigation, en 1978, il s’engage à signer avec le Premier ministre israélien Menahem BEGIN un traité par lequel l’Égypte reconnaît l’État hébreu en échange du retrait d’Israël du Sinaï. Mais SADATE, accusé d’avoir trahi la cause arabe, est assassiné par des islamistes. Israël continue d’implanter des colonies dans les territoires palestiniens. En 1987, les jeunes Palestiniens déclenchent l’Intifada: cette première « guerre des pierres » dure jusqu’en 1991. En novembre 1988, Yasser ARAFAT reconnaît le droit à l’existence d’Israël mais proclame un État indépendant en Palestine. Il veut éviter que l’OLP ne soit débordée par des mouvements extrémistes – le Hamas et le Jihad islamique – dont l’influence grandit.

arafat-rabin_1993Le 13 septembre 1993, à Washington, Yasser ARAFAT et le premier ministre israélien Yitzhak RABIN se serrent enfin la main: ils viennent de signer la Déclaration de principes des Accords d’Oslo, qui prévoient notamment la création d’une Autorité palestinienne  pour gouverner les deux régions de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. En réalité, ce processus de paix est contesté par les radicaux des deux camps. En Israël, Yitzhak RABIN est assassiné en 1995 par un extrémiste et l’Autorité palestinienne est affaiblie par le déclenchement d’une seconde Intifada en 2000. Ce contexte favorise une radicalisation du conflit, avec notamment le développement de l’islamisme en Palestine, si bien qu’en janvier 2006, lors des élections législatives palestiniennes, le Hamas remporte la majorité des suffrages. En juin 2007, il prend le pouvoir à Gaza, après plusieurs mois de combats contre le Fatah.

 

 

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[1] Benny MORRIS, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste (titre original Righteous Victims. A History of the Zionist-Arab Conflict, 1881-1999.), Éditions Complexe (CNRS-IHTP), 2003.

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