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Alors que deux corps ont été retrouvés dans la lagune d’Abidjan, des questions se posent sur les décisions du groupe Accor et de la force Licorne.

C’est un commando de plusieurs hommes qui a foncé sur l’hôtel, tuant un garde armé, le seul présent ce jour-ci pour assurer la sécurité des clients et de l’hôtel dont le groupe Accor est propriétaire.

En entrant dans le hall de l’hôtel, les membres de la Garde républicaine  de Laurent Gbagbo cherchent « des blancs », ils savent que des journalistes (occidentaux et français, selon les mots prononcés) se trouvent dans les étages supérieurs : « ils étaient bien organisés, ils savaient ce qu’ils venaient faire » dira un témoin de la scène.  Alors que l’alerte aurait été donnée, la force Licorne décide d’agir. Les membres du commando repartiront très vite, trop vite, et emporteront avec eux deux français, un béninois et un malaisien : Stéphane Frantz di Rippel, directeur du Novotel, Yves Lambelin, président de Sifca, première entreprise privée de Côte d’Ivoire,  le malaisien Chelliah Pandian, directeur général de Sania (filiale du groupe Sifca) et le béninois Raoul Adeossi, l’assistant d`Yves Lambelin.

Les hélicoptères de la Licorne arriveront trop tard, le commando et les quatre hommes se sont évaporés dans la nature. Pourtant ils seront séquestrés qu’à quelques pas de l’hôtel.

L’enquête avance bien depuis les investigations menées sur place par la juge d’instruction Patricia Simon. En effet, des caméras vidéos ont filmé l’arrivée au palais présidentiel du commando  de la Garde républicaine (nommée aussi « GP », pour Garde présidentielle) qui a enlevé les quatre étrangers. Des témoins parlent bien des locaux de la Garde républicaine où les quatre hommes auraient été amenés. Le palais se situant à deux pas du Novotel, c’est dans une annexe de cette unité d’élite, alors totalement acquise à l’ancien président Laurent Gbagbo, que les traces s’arrêtent. Les images ont été saisies par les enquêteurs français.

« Stéphane a plusieurs fois téléphoné à Licorne, ils lui ont dit qu’il n’était pas prioritaire »

Plusieurs membres de la GP sont aux arrêts et entendus par les services de police.  Ce qui confirme bien les dires du  ministre ivoirien de la Justice, qui avait assuré le 30 avril à l’AFP que la piste principale dans leur enlèvement était celle de l’implication de « miliciens et d’éléments de la Garde républicaine » de l’ex-président Gbagbo. La redoutée Garde républicaine, forte de quelques 2.500 hommes, représentait un des piliers sécuritaires du régime de Laurent Gbagbo, arrêté le 11 avril à Abidjan.

Selon plusieurs sources, ce sont aussi les informations du général Dogbo Blé Brunot, alors patron de la Garde républicaine, qui auraient permis l’arrestation de plusieurs membres du commando. Il est actuellement détenu dans le nord du pays et sous bonne garde.

Le chaos de la guerre
Le jour de l’enlèvement, plusieurs experts des questions sécuritaires se sont indignés : Pourquoi, au plus fort des combats, ne pas avoir évacué l’hôtel ? Pourquoi n’y avait-il pas plusieurs gardes armés alors que les menaces se faisaient de plus en plus précises ?

René-Georges Querry, le directeur sécurité du groupe Accor répondait alors à nos interrogations au téléphone. A la question de savoir pourquoi ne pas avoir augmenté la garde de sécurité autour des français présents dans l’hôtel, M.Querry nous avait répondu que « c’était du ressort de l’armée de protéger les citoyens français, et puis non, aucune exfiltration n’était prévue ».

« Difficile à croire, même dans le chaos de la guerre, Licorne n’a cessé d’exfiltrer vers le camp de port Bouët des dizaines et des dizaines de personnes, mais parfois les zones étaient rudes, les armes anti-aériennes et les snipers tiraient sur tout ce qui s’approchait d’eux » confirme un spécialiste militaire.

Pourquoi donc le groupe Accor n’a pas décidé, au vu des risques et des alertes, soit d’exfiltrer tout le monde soit de renforcer la protection ? « Trop près des noyaux des forces gbagbistes, trop dangereux pour intervenir » confirme un analyste militaire « sans doute la direction de l’hôtel ne pensait pas que cela était possible, ils étaient préparés aux risques de guerre, pas à un rapt ! » rajoute-t-il. Mais alors quelles ont été les consignes du groupe Accor ?

Stéphane: « pas prioritaire »
Lors de notre enquête, nous avons contacté Karine Perrelle, compagne de Stéphane Frantz di Rippel, le directeur du Novotel, et selon ses dires, celui-ci a tenté plusieurs fois de joindre la force Licorne durant ce long week-end du vendredi 1er avril : « Il a plusieurs fois téléphoné à Licorne, ils lui ont dit qu’il n’était pas prioritaire ». Quant au groupe Accor, il rétorque à la compagne de Stéphane que « celui-ci connaissait les risques » en acceptant sa mission à Abidjan.

Stéphane Frantz di Rippel était en Afrique depuis 2005 et résidait seul à Abidjan au moment de l’enlèvement, sa famille étant restée à Lomé au Togo. S’il en connaissait les risques, il en calculait aussi la valeur humaine. « Il n’a jamais paniqué, et est toujours resté professionnel pour montrer l’exemple » explique cette employée de l’hôtel.

« Si ces dires se confirment, le gouvernement français et le groupe Accor vont devoir donner des explications quant à leur manière de gérer la sécurité de leurs ressortissants et de leurs employés, ce ne sont pas les sociétés spécialisées qui manquent pour ponctuellement protéger les biens et les personnes dans des zones grises. » explique un ‘expert militaire privé’ français.

Tag(s) : #Politique