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Marianne Guillemin croyait avoir trouvé le grand amour. Son mari s’est révélé être un véritable manipulateur. Avenant et charmant en public, il la rabaissait et l’humiliait en privé. A la violence psychologique s’est ajoutée la violence physique. Elle nous raconte comment le piège s’est refermé sur elle et sur ses trois enfants, puis le long chemin pour s’enfuir et se reconstruire.

« J’avais 20 ans. Il en avait 31. J’étais flattée qu’un homme comme lui s’intéresse à moi. Au début, cela ressemblait à un conte de fées. Il était séduisant, attentionné, intelligent. Nous nous sommes mariés moins d’un an après notre rencontre. Certes, son caractère était déjà très aléatoire – il pouvait passer de la colère à la joie en un instant – mais je me disais qu’il avait simplement un caractère difficile. Il agissait déjà de manière très insidieuse. Il m’a d’abord fait beaucoup de reproches et de critiques sur mon travail. C’était un réalisateur expérimenté, moi une journaliste débutante, alors je trouvais ça légitime. Quand j’y repense, ses remarques n’étaient pas constructives, mais toujours très humiliantes. Mais comme il n’était pas tout le temps odieux, il était aussi très souvent adorable avec moi, je faisais tout pour le conserver.

Puis, la violence physique est arrivée. Il m’a donné un coup de couteau au bras lors d’une dispute. Nous n’avions pas encore d’enfants, j’étais jeune, j’aurais pu le quitter. Mais c’était un vrai manipulateur, il s’est excusé de suite et m’a demandé pardon en jurant qu’il ne recommencerait plus. C’était comme ça à chaque fois. Il pouvait me hurler dessus, tout casser dans l’appartement et partir en claquant la porte, puis revenir tout sourire avec un bouquet de fleurs en me couvrant de baisers et en m’appelant « Ma chérie ». Et moi, ça me suffisait pour continuer à y croire. Je culpabilisais aussi car je pensais que tout était de ma faute, que je provoquais ses crises. Mais, en fait, tout était un prétexte pour s’énerver. Je lui trouvais même des excuses : son enfance perturbée, son travail stressant…

Ensuite, j’ai commencé à déchiffrer ses humeurs et à élaborer des stratégies pour éviter le conflit, mais surtout pour protéger mes enfants. Chaque journée passée sans heurt était une journée de gagnée. Je croyais que j’arriverais à le changer, que tout allait s’arranger. Grave erreur que je ne compris que bien plus tard. La violence était son mode de fonctionnement. Je suis restée avec lui plus de dix ans pour mes enfants. Je voulais à tout prix qu’ils grandissent avec leur père, même s’il n’était pas parfait. Mais mes enfants, aussi, vivaient un enfer. Ils subissaient ses colères, sa bipolarité. Après l’école, on faisait les devoirs dans un café et on allait au parc pour rentrer le plus tard possible à la maison. On passait les week-ends dehors. En bref, on essayait de le voir le moins possible.

On me demande souvent pourquoi je ne suis pas partie plus tôt. Sincèrement, j’étais vidée. Il me prenait toute ma force. Un pervers narcissique vous vampirise, il vous prend toute votre énergie. J’étais au fond du trou, et j’avais honte d’en parler. Je jouais la comédie du bonheur et je m’accrochais aux bons moments, car il y en avait aussi. On finit par perdre tout repère. Et puis, il connaissait mes faiblesses. Il savait que je cédais plus facilement à ses crises pour épargner les enfants. Ce qui m’a aidée à reprendre le dessus, ce sont ses longs déplacements professionnels à l’étranger. Ses absences m’ont permis de respirer, de retrouver de l’énergie pour le quitter.

Mais, une fois le divorce prononcé, tout n’était pas terminé pour autant. Les enfants devaient aller chez lui un week-end sur deux. C’était une vraie souffrance pour eux, comme pour moi. Je ne pouvais plus les protéger. J’ai aussi perdu des amis à qui il racontait que c’était moi la manipulatrice. Eux ne l’avait vu qu’avec son masque de gentil alors ils ne comprenaient pas pourquoi j’étais partie. Il ne l’avait jamais vu tout cassé à la maison, enfermé les enfants dans le placard. C’était lui la victime. Et moi je n’avais pas envie de me justifier. J’ai  longtemps redouté de rentrer chez moi, de le voir, d’entendre sa voix. L’avoir au téléphone me donnait des palpitations. J’ai gardé cette boule au ventre pendant des années.

J’ai mis dix ans à me reconstruire. J’ai eu la chance d’avoir une famille qui m’a soutenue sans me poser de questions, d’avoir un travail (et même deux à une période pour joindre les deux bouts), d’avoir l’énergie de la jeunesse quand je suis partie. J’ai mis du temps à refaire confiance à un homme. Je voulais m’assumer toute seule. J’ai ensuite déménagé loin de Paris. La distance a été bénéfique. Mais j’ai gardé pendant plus de trois ans mon logement parisien pour avoir une zone de repli si les choses tournaient mal avec mon nouveau conjoint. Il n’en fut rien heureusement. J’ai enfin participé à des groupes de paroles qui m’ont beaucoup aidée. Je me suis rendue compte que je n’étais pas seule, que ce n’était pas moi qui était folle. Toutes les histoires sont différentes, mais on retrouve le même engrenage qui fait écho à ce que l’on a vécu. Et ça fait du bien. »

 

Marianne Guillemin a publié un livre retraçant son histoire intitulé Dans la gueule du loup : mariée à un pervers narcissique (Max Milo, 16 euros). Son témoignage est assorti d’annexes sur l’aide aux victimes d’un manipulateur, sur les caractéristiques du pervers narcissique et sur des paroles de femmes.

« Toute relation qui n’apporte pas de bonheur est toxique. Si vous pensez sans arrêt que les choses devraient s’arranger, si vous cherchez plus souvent à le calmer qu’à l’embrasser, si quand il est avec vous l’air se raréfie dans la pièce et que l’ambiance se teinte d’appréhension, les signes sont là. Vous êtes en face d’un pervers, ne vous voilez pas la face et dîtes-vous bien que le pire est à venir. »

 


Tag(s) : #Entretien