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"Vers 6 heures, c’est le branle-bas de combat parmi les putschistes. La gen-darmerie de Bobo vient de leur communiquer le départ de Blaise Compaoré qu’ils n’ont pas réussi à arrêter. Il a roulé la nuit vers Ouagadougou. Arrivé aux abords de sa maison, son chauffeur comprend qu’il est en train de se passer quelque chose. Ils partent directement sur Po où ils arrivent en fin de matinée.

En même temps des négociations s’engagent avec Jean Baptiste Ouedraogo pour qu’il prenne la parole pour apaiser la tension. Il finit par accepter après avoir demandé que les objectifs du gouvernement ne soient pas remis en cause et que l’on recherche le dialogue plutôt que la force.

A midi l’armée s’empare de l’aéroport et la gendarmerie de la radio. Peu après Jean-Baptiste Ouedraogo enregistre le message qu’a préparé Somé Yo-rian. Il est question d’une simple restructuration du CSP mais il n’est pas fait mention de l’arrestation de Lingani et de Sankara.

Le message passera vers 13 heures alors que débute le déjeuner en l’honneur de Guy Penne, envoyé par la France en mission officielle. A 15 heures Sankara est conduit à l’aéroport afin d’embarquer pour son transfert à Ouahigouya. Il est décontracté et plaisante avec les soldats qui l’entourent. Il leur promet de bientôt les revoir. La situation ne lui apparaît plus tout à fait désespérée. Il a évité de faire couler le sang. Il sait que Blaise a échappé à l’arrestation et lui fait confiance pour regagner Po et organiser la ri-poste. Il connaît la qualité des hommes qu’il a formés. Et puis il sait que la léga-lité est de son côté.

Le CSP est une organisation de militaires qui se veut démo-cratique, les membres sont élus par des assemblées de militaires et les décisions doivent être prises à la majorité. C’est en tout cas l’esprit qu’il essayait d’insuffler à cette assemblée. Il n’avait pas trop de mal à prendre le dessus. On lui reconnaissait une grande force de conviction et on le respectait grâce à sa grande culture politique. En plus il avait la réputation d’être un bon chef et on connaissait sa popularité auprès des hommes de troupe. Autant d’arguments en sa faveur qui militaient au sein de cette assemblée de militaires.

Pour lui, il ne fait aucun doute que ce putsch ne sera pas bien accepté au sein du CSP. Ses amis et lui n’ont cessé d’argumenter, de provoquer des débats dans cette assemblée militaire afin d’amener le maximum de militaires sur leur posi-tion. Leur tendance est désormais majoritaire au sein de ce Conseil. Un certain nombre de signes lui montrent aussi que ses adversaires ne sont pas aussi bien organisés qu’il n’y paraît et que les hommes qu’ils dirigent sont loin de leur être totalement acquis. Tout le problème tient donc surtout au rap-port de forces au sein des forces armées.

Pour l’instant rien n’est joué. Les hommes de Kamboulé lui demandent d’intervenir auprès d’Henri Zongo pour qu’il se rende avec ses hommes. Il accepte sachant son ami capable d’aller jusqu’au bout. En fin d’après-midi, Blaise Compaoré envoie un message pour informer de son arrivée sain et sauf à Po. Il ordonne la libération de Zongo et de ses hommes sans quoi il viendra les libérer avec ses hommes. Dans l’après-midi Jean-Baptiste Ouedraogo a toutes les peines du monde à se justifier devant les officiers de la capitale convoqués pour expliquer les derniers événements. Il rencontrera les mêmes difficultés le lendemain au camp Guillaume devant les sous-officiers.

A dix-sept heures il reçoit Guy Penne et se voit remettre une invitation pour la France. Ce dernier promet une aide substantielle de la France à la Haute-Volta. A dix-huit heures une réception est donnée en l’honneur de Guy Penne à l’ambassade de France, les principaux auteurs civils et militaires du putsch sont présents. Zongo se rendra finalement en fin de soirée et on le laissera libre de ses mouvements. L’encerclement de l’ambassade libyenne ne sera levé que le lendemain. L’ambassadeur est alors sommé de quitter le pays sous 48 heures.

Guy Penne reportera finalement au lendemain 18 mai son retour qui devait avoir lieu le jour même. La France est-elle impliquée dans cette opération dont l’objectif est clairement d’écarter militairement la tendance révolutionnaire du CSP faute de pouvoir les battre politiquement ? Ou bien les auteurs du putsch ont-ils choisi la date de la visite de Guy Penne pour le mettre devant le fait ac-compli et faire entendre ainsi qu’ils seraient soutenus par la France socialiste ? Toujours est-il que pour Thomas Sankara comme pour l’ensemble de la gauche voltaïque, cette implication de la France ne fait aucun doute.

Guy Penne se défend d’avoir été au courant de l’arrestation qui se préparait. Il a depuis ra-conté qu’il avait rencontré Sankara plusieurs fois et qu’il avait réussi à le convaincre qu’il n’était pour rien dans cette arrestation. Sankara n’est plus là pour infirmer ou pour confirmer les affirmations de Guy Penne . Mais le selon le Canard Enchaîné il aurait été dépêché pour faire comprendre à Jean-Baptiste Ouedraogo qu’il ne devait pas démissionner devant les difficultés qui se multi-pliaient mais plutôt neutraliser Sankara et ses amis et que la France pourrait « superviser cette révolution de palais  ».

Source : Discussions Wikipedia ( Texte de Bruno Jaffré " La Patrie ou la Mort ", biographie de Thomas Sankara )
Samedi 27 février 2010
- Par nassaramoaga
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Officier supérieur de l’armée burkinabé, fils d’un ancien combattant de l’armée coloniale française, Saye Zerbo fit ses études primaires à Tougan, Nouna, Tombouctou et Kati dans l’ancien Soudan Français (actuelle république du Mali) et ses études secondaires comme enfant de Troupe à Saint-Louis du Sénégal (1948/1950). Le 27 décembre 1950 à Kati, il est engagé dans l’Armée française au titre du Détachement Motorisé Autonome N°3 (DMA3).

Puis, ayant accédé en 1951 au grade d’Hommes de Troupe, il participe à la guerre d’Indochine au cours de laquelle il est promu au grade de Sergent le 1er avril 1958. De retour au pays en 1954, il est affecté au DMA2 à Bobo-Dioulasso d’où, plus tard, en 1956, il est admis au stage préparatoire au concours d’entrée à l’Ecole de Formation des Officiers Ressortissants des Territoires d’Outre-Mer (EFORTOM) de Fréjus en France. Le 20 janvier 1957, il est affecté au 7ème Régiment des Tirailleurs Sénégalais (7ème RTS) à Dakar en vue de la deuxième phase de la formation à l’école de Fréjus où il entra le 30 septembre 1957.


Dans l’intervalle, le 1er février 1957, il accède au grade de Sergent -Chef et obtient le certificat Interarmes (CIA) le 14 juin 1957. En 1959, en fin de formation à Fréjus, et à l’école d’Application de l’Infanterie (EAI) de Saint-Maixent, il est nommé au grade de Sous-lieutenant, puis plus tard, en 1961 à celui de lieutenant.


A la formation de l’armée voltaïque en 1961, il lui est confié le commandement de la 2ème compagnie du 1er bataillon de Haute-Volta qu’il assure jusqu’en 1966. Promu au grade de capitaine en 1965 il suit un stage de formation de capitaine d’infanterie à Saint -Maixent en 1966.


En septembre de la même année, il est admis à l’école d’Etat- Major de Paris. Capitaine en 1967, puis diplômé de l’école d’Etat –Major, il est promu Chef de bataillon /Commandant) en 1970.


Il suit successivement, de 1971 à 1973 les cours de l’école de guerre et le cours supérieur interarmes de l’école militaire de Paris, obtient le Brevet d’Etudes Militaires Supérieures, et le Brevet de guerre. Enfin, il est fait Lieutenant – colonel en 1975, puis Colonel le 1er juillet 1978.


Il est à retenir que Saye Zerbo mit à profit son séjour en France pour préparer un Certificat en sciences économiques à l’INADES (Institut Africain de Développement Economique et Social) et en Anglais.


Le Colonel Saye Zerbo a assumé les responsabilités de son arme à presque tous les niveaux de la hiérarchie de l’armée nationale : Officier d’Etat Major, Commandant de régiment, Chef d’Etat Major Voltaïque.


Sur le plan politique, il est nommé Ministre des Affaires Etrangères de 1974 à 1976 après le coup d’Etat militaire du 8 février 1974 qui installa le Gouvernement de Renouveau National du Général Aboubacar Sangoulé Lamizana. Le 25 novembrhttp://www.petiteacademie.gov.bf/Photos/Personnalites/saye_zerbo.jpge 1980, à la tête du Comité Militaire de Redressement pour le progrès National (CMRPN) il renverse le Général Aboubacar Sangoulé Lamizana, mettant fin au régime parlementaire de la IIIè République. Il cumule alors les fonctions de Chef de l’Etat et de Ministre de la Défense. Il est à son tour renversé le 7 novembre 1982 par un coup d’Etat militaire qui instaure un nouveau régime, celui du Comité de Salut du Peuple (CSP).


Le Médecin- commandant Jean-Baptiste Ouédraogo lui succède à la tête de l’Etat. Il connut la prison politique. Plus tard, sous le régime du Président Thomas Sankara, il sera jugé par un tribunal populaire de la révolution (TPR) et acquitté. A présent le Colonel Saye Zerbo, converti au protestantisme est devenu pasteur d’église. Il est marié, père de dix (10) enfants. Il est Chevalier de l’Ordre du Mérite Voltaïque, Chevalier de l’Ordre National, Commandeur de l’Ordre National.


Source : www.petiteacademie.gov.bf


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Thomas Sankara Secrétaire d'Etat à l'Information

 

C'est sous le régime du CMRPN que Thomas Sankara accepte le poste de secrétaire d'Etat à l'Information, après avoir refusé plusieurs fois, un compromis est trouvé, il déclare le 13 septembre 1981 :


" J'y resterai jusqu'au 25 novembre, date à laquelle je me considérerai comme libéré de cet engagement, mais qu'en tout état de cause je n'y demeurerai pas au-delà du 1er janvier 1982 " .( La Patrie ou la Mort de Bruno Jaffré )

 

Il démissionne quelques mois après avoir prit ses fonctions, et ce il le fait publiquement lors d'une retransmission en direct à la radio où il prononce cette désormais célèbre déclaration :


" Il n'y a pas de cinéma sans liberté d'expression et il n'y a pas de liberté d'expression sans liberté tout court... Malheur à ceux qui baîllonnent

le peuple !!! " .( La Patrie ou la Mort de Bruno Jaffré )

 


...Nassara Moaga...



 


Vendredi 12 février 2010
- Par nassaramoaga

 

http://www.hevadis.eu/lamizana_img/lamizana.jpg

Né en 1916 à Zignara, Aboubacar Sangoulé Lamizana fait ses études primaires en Haute-Volta et à l’école primaire supérieure Blanchot au Sénégal. Elève à l’école des officiers africains à Saint-Louis (Sénégal), il est incorporé le 18 janvier 1936 dans l’armée française comme « tirailleur sénégalais ». Il gravit les différents grades de l’armée française avec qui il a combattu en Indochine et en Algérie. Après l’indépendance de la Haute-Volta le 5 août 1960, il est chargé de créer l’armée nationale, avec le concours d’autres officiers tel le colonel Yorian Gabriel. Le 1er novembre 1961, il est nommé chef d'état-major général des forces armées.

 

Après le soulèvement populaire du 3 janvier 1966 qui a amené à la démission du premier président Maurice Yaméogo, il devient président de la république au nom de l’armée.

 

Le 14 juin 1970, il fait adopter une nouvelle constitution qui précise que « les charges et prérogatives de la République seront assumées par la personnalité militaire la plus ancienne dans le grade le plus élevé », c'est-à-dire lui-même. Des élections législatives sont organisées en décembre 1970.

 http://liptakogourma.org/IMG/gif/PHOTO_3_PRESI_SIGNAT.gif

Le 19 février 1971, il nomme comme premier ministre Gérard Kango Ouédraogo.

 

Des querelles entre le premier ministre et le président de l’assemblée nationale Joseph Ouédraogo entraîne une paralysie de l’État. Le 8 février 1974, Aboubacar Sangoulé Lamizana suspend la constitution. Un gouvernement de Renouveau national est nommé, composée en majorité de militaires, dont Saye Zerbo, nommé ministre des Affaires étrangères.

 

Le 27 novembre 1977, une nouvelle constitution est adoptée, créant la troisième république. En mai 1978, une élection présidentielle est organisée. Mis en ballottage au premier tour, il est élu au second tour avec 56,27 % des voix face à Macairehttp://www.ambaburkina.dk/lamizana.jpg Ouédraogo.

 

En 1980, des grèves, déclenchées par le syndicat des enseignants se généralisent. Pendant deux mois, plusieurs secteurs du pays sont paralysés. Le 25 novembre, un coup d’État militaire est perpétré par le Comité militaire de redressement pour le progrès national (CMRPN). Aboubacar Sangoulé Lamizana est renversé et le colonel Saye Zerbo, ancien ministre des affaires étrangères devient le chef de l’État.

 

Le 3 janvier 1984, Aboubacar Sangoulé Lamizana est jugé par un Tribunal populaire de la révolution. On lui reproche sa gestion de 400 millions de francs CFA de fonds spéciaux. Il est acquitté.

 

Le 26 mai 2005, Aboubacar Sangoulé Lamizana est décédé.


Source : Wikipedia

 

Les derniers chantiers de Lamizana


Pour ce phttp://www.zedcom.bf/hebdo/op593/Lamizana.jpgays, il est resté disponible jusqu'à son dernier souffle. Pour l'armée, qui est sa création, il est demeuré le vrai chef d'Etat major. Depuis 1961, année où il fut réquisitionné par Maurice Yaméogo, il n'a plus jamais vraiment quitté les affaires de l'Etat. Le général était devenu l'intercesseur pour les affaires délicates. Quelques unes d'entre elles nous paraissent suffisamment d'importance pour que nous nous y arrêtions.

Dans les derniers moments de vie de Eyadéma, Lamizana avait été investi par Blaise Compaoré pour entamer une médiation en vue d'une réconciliation entre les deux chefs d'Etat. Il s'y était sérieusement investi et les choses étaient sur le point d'aboutir quand la mort a surpris l'enfant de Pya. Lamizana et Eyadéma avaient gardé de bons rapports. Quand il prend le pouvoir au Togo, Eyadéma demande et obtient discrètement que la Haute Volta mette à sa disposition des cadres dont il avait le plus grand besoin. Lamizana lui " prête " à cet effet Pierre Claver Damiba et Alain Bambara. Eyadéma aimait rappeler à ses interlocuteurs l'estime qu'il avait pour les Burkinabè. Ces liens d'amitiés resteront toute la vie. Le général lui-même confie qu'il a dû voler au secours de Eyadéma pour se donner un peu d'air, dans un Conseil de l'Entente dominé par des chefs d'Etat civils qui lui étaient tous hostiles. Diori et Houphouët n'ont pas pardonné à Lamizana d'avoir renversé leur ami et compagnon Maurice Yaméogo. De retour d'une visite officielle à Niamey, dépité par le traitement que Diori lui avait réservé, le général a eu cette réaction : " dans l'avion du retour je me suis demandé si la Haute Volta, dans l'esprit des chefs d'Etat de la sous région, se limitait uniquement à la personne du président Yaméogo… "

Deuxième affaire qu'il conduisait péniblement, c'était le rapprochement entre la veuve de Sankara et le président Blaise Compaoré. Mariam Sérémé, épouse Sankara, a grandi dans la famille du général. C'est lui qui a assuré une bonne partie de sa scolarité. Pour cette raison, elle est restée très proche du général et de sa famille. Cependant, Mariam Sankara serait restée inflexible.

Sur la question de l'armée, le général était devenu le point de convergence de toutes les tentatives pour réformer la grande muette. Peut être qu'à posteriori il avait voulu corriger ce qu'il n'avait pas su prévenir quand il était aux affaires. Il disait ceci dans ses mémoires : " c'est une méconnaissance de l'évolution même de notre armée qui nous avait conduit à cette situation fort regrettable". En effet, l'armée avait été radicalement transformée par l'arrivée en son sein d'un grand nombre de jeunes cadres officiers, très politisés, surtout de gauche, qui voulaient un changement radical de politique en Haute Volta… "L'enjeu était de taille et malheureusementhttp://www.lefaso.net/local/cache-vignettes/L240xH382/Gal-Sangoule-Lamizana-3dcb0.jpg, mes vieux camarades tels que les généraux Baba Sy et Bila Zagré, les colonels Kodienvo Mantoro, Yoryan Gabriel Somé et Yaoua Tamini d'une part le colonel Saye Zerbo et les colonels membres du Comité directeur du CMRPN d'autre part n'avaient pas suffisamment perçu l'importance capitale de cet enjeu… Ces jeunes cadres officiers qui regagnaient les rangs de l'armée après leurs études, étaient certes disciplinés, mais fortement empreints des idées marxistes-léninistes qu'ils avaient étudiées dans certaines écoles militaires ou lors des stages. Et nous, les anciens, n'avions malheureusement pas su les prendre en main à leur retour pour les intégrer réellement, ce qui consacra la rupture entre eux et nous ". Son obsession était la cohésion de l'armée. Il pensait que rien de fâcheux ne pouvait arriver au pays tant que l'armée était unie et disciplinée

Source : L'Evènement

Le Général et le capitaine (Interwiew du Général Lamizana réalisée en Juin 1994)

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Cette interview a été publiée dans l’hebdomadaire burkinabe Bendré voir[http://www.bendre.africa-web.org/-&...;;http://www.bendre.africa-web.org/] le 31 juillet 2005. Elle a été réalisée par Bruno Jaffré (avec Patrick Legall) en 1994 alors qu’ils séjournaient au Burkina pour travailler à la préparation d’un film qui n’a finalement pas pu se faire. Elle fait partie des nombreuses interview réalisées dans le cadre de la préparation de la Biographie de Sankara éditée à l’Harmattan en 1989. Ces interview ne sont pas destinées à être publiées mais la mort du Général Lamizana donne l’occasion de la rendre publique et de la publier à destination des burkinabé pour qu’ils se réapproprient leur propre histoire. Elle doit leur permettre de découvrir des aspects méconnus du Général qui ne parle guère de la révolution dans son auto-biographie. Bruno Jaffré a accepté de la confier en exclusivité à Bendré pour qu’elle soit versée dans le patrimoine collectif.

Bruno Jaffré : avez-vous connu le Président Sankara ?


Général Lamizana :Je vais vous parler de Sankara sur 2 points essentiels. Vous me demandez si je l’ai connu. Bien sur que je l’ai connu avant, pendant même qu’il était élève à l’école des enfants de troupes. Il a pris le train en marche mais il est quand même un ancien élève de l’école des enfants de troupe. Puisque quand j’avais pris le pouvoir ici en 66, l’école d’enfants de troupe existait. C’était une sorte de pépinière. Les enfants venaient avec le niveau du CE1 ou du CE2 jusqu’au concours d’entrée en 6 ème. Et ces enfants suivant leur âge, ils étaient orientés soit sur des écoles d’enfants de troupe de Saint Louis de Bingerville ou de Kati. Les plus jeunes allaient à Saint Louis pour aller jusqu’au bac, les moins jeunes allaient à Bingerville pour être des techniciens et les plus âgés allaient à Kati, ils y restaient 2 ans et y faisaient de l’enseignement secondaire. J’ai mis fin à cela quand je suis arrivé au pouvoir pour en faire une école comme Saint Louis, un lycée militaire pour aller jusqu’au bac. Nous n’avions que l’école primaire et chaque année nous ouvrions une classe supplémentaire depuis la 6 ème jusqu’au bac. Mais je n’avais pas assez d’élèves et j’étais obligé de m’adresser aux lycées pour avoir des jeunes qui voulaient épouser la carrière militaire pour être à l’école d’enfants de troupe. C’est comme cela que Sankara est venu avec le niveau de seconde. Il était au lycée Ouezzin à Bobo et il est venu ici après le BEPC pour faire la seconde, la première et la terminale. Et il a eu le bac ici pour aller ensuite faire l’académie militaire à Antsirabé. Donc, je l’ai suivi tout jeune. On peut dire que c’est moi qui l’ai formé. Et après sa sortie je l’ai eu ici comme jeune sous lieutenant. C’était un très bon officier, la preuve c’est qu’il a été désigné pour commander la section de commandos de Pô, une section que nous avions envoyée à Po, une section dont nous voulions faire une élite. Donc je le connais très bien. Je n’étais plus chef d’Etat major de l’armée mais Président de la République. Donc je suivais chacun des officiers pas comme civil mais comme militaire, je connaissais tout le monde, tous les officiers étaient mes camarades. 


Je vous disais que j’allais parler avec vous de 2 points essentiels sur Sankara. D’abord je le connais très bien sur le plan personnel et ensuite sur la révolution. Sur le plan personnel, je vous dirai que Sankara m’a pris comme son propre père. Il avait beaucoup d’estime pour moi, il me respectait très très bien et je le connaissais même avant qu’il ne soit lieutenant, même avant son mariage. Il venait à la maison comme tous les jeunes gens. Je suis leur chef hiérarchique donc il venait comme tout jeune officier, chacun venait chez moi, c’était ouvert. Et puis nous sommes une toute petite armée où l’ensemble des officiers étaient des amis, des frères. J’avais beaucoup d’estime pour lui compte tenu de ses qualités de chef. Il me respectait comme son propre père parce qu’il y a eu pas mal d’événements après lesquels je ne pouvais que le prendre comme mon propre fils. Après sur le plan politique, je peux dire que je lui suis très reconnaissant puisque c’est lui qui m’a sorti de prison. J’ai été victime d’un coup d’Etat, donc j’étais détenu en prison au camp militaire. Et à la faveur d’un autre coup d’Etat dirigé par Sankara, je suis sorti de prison. J’ajouterai même que quand il m’a sorti de prison le 7 novembre 1982, il m’a accompagné même jusque chez moi, jusqu’ici. C’était avant que l’on désigne Jean Baptiste comme président de la république. Le coup d’ Etat a eu lieu dans la nuit du 6 au 7. Le 7 au matin j’étais au camp. Avant même que je sois libéré il m’a envoyé un sous officier d’abord, un lieutenant ensuite pour assurer ma sécurité. J’étais content parce que quand vous êtes en prison et qu’il y a un coup d’Etat on ne sait pas ce qui peut se passer. On m’a rassuré. Et le soir même j’étais libéré. On est venu me chercher avec des véhicules, on nous a accompagnés et je me rappelle quelqu’un était devant dans une voiture, c’était Sankara. Il ne s’est pas fait voir mais je savais bien que c’était lui. Ça ne s’oublie pas sur le plan personnel. Deuxièmement, j’ai passé au TPR. C’est un dossier que Sankara a trouvé, ça n’a pas été initié par lui. Ceux qui avaient fait le coup d’Etat du 25 /11 /80 et qui m’avaient mis en prison avaient préparé un document me concernant comme quoi j’ai détourné des fonds de l’Etat. Ce dossier était en instance. Sankara se devait de me présenter devant le TPR. J’ai été acquitté à la grande satisfaction de la majorité des burkinabè. C’est à partir de ce jour là - jusqu’à présent-je n’étais pas concerné par la révolution, j’étais prisonnier, après mon jugement j’étais libre - j’ai promis d’aider la révolution avec toutes mes forces.


B.J : Pourquoi ?


Général Lamizana : Pour deux raisons. Premièrement j’ai été le responsable de ce pays pendant 15 ans moins 1 mois 8 jours. Le chaos dans ce pays c’était pas bien donc je suis concerné par l’histoire de la Haute Volta et du Burkina Faso par la suite. Donc, je me devais d’aider la révolution. C’est pour l’intérêt général, je ne voudrais pas me soustraire tout simplement parce que la révolution a été juste à mon égard. Si vraiment il y avait une arrière pensée quelconque, on pouvait me mettre en prison encore. Qu’est ce que je pouvais dire ? Et on m’a libéré. Donc il y a eu un esprit de justice et j’ai décidé de donner satisfaction de mon côté et aider la révolution.


Deuxièmement, ce sont mes enfants. J’ai eu à les former presque tous ou à m’occuper de leur formation avant qu’ils ne soient officiers. Il faut les aider, il faut qu’ils réussissent, pour l’intérêt général, pour le bien de ce pays. J’étais là en attendant qu’on me demande quoi que ce soit. Effectivement un jour on a eu besoin de moi et on m’a dit qu’on allait mettre sur pied une association dénommée l’UNAB (Union Nationale des Anciens du Burkina NDLR). J’ai été porté à la présidence par mes paires, par tous les anciens c’est à dire par les vieux. Maurice Yaméogo était là, c’est lui que je voulais qu’on mette mais il a trouvé la raison suivante : Il a dit je suis à Koudougou, il y a mon collègue Lamizana - j’ai été d’abord son chef d’état Major puis ensuite son successeur, il est à Ouagadougou, je préfère que ce soit lui. Et par acclamation on m’a mis Président de l’UNAB. Je m’y suis mis avec toute la force qui m’animait à l’époque pour que ça réussisse et ça a bien réussi. Nous avons réussi à canaliser tous les anciens du pays en constituant des sections et des sous sections partout. Ça avait commencé à rayonner. Sankara a eu cette excellente idée mais il n’a pas su en profiter. Parce que l’UNAB était une sorte de figuratif, elle n’avait droit à rien. On était là on participait à toutes les activités, on nous respectait mais on se disait surtout : "Ce sont des vieux, ils ne peuvent pas être révolutionnaires". Voilà l’idée qui les animait. "Et comme ils ne peuvent pas être révolutionnaires, laissons les. On pouvait quand même les contrôler." Nous étions quand même une organisation conséquente, organisée en sections et sous-sections. On ne nous demandait pas beaucoup de conseils.


B. J. : Pensez-vous qu’il a eu le temps ?


Général Lamizana : Il a eu le temps puisque je lui ai fait un projet de statut qui n’a jamais vu le jour. Nous n’avions aucun acte de reconnaissance comme association mais nous avons mis en oeuvre ses statuts. "Il a eu le temps puisque ça date de 85 que nous avons mis en place l’union nationale des anciens combattants, pardon l’union nationale des anciens du Burkina". En 86, nous avons eu un congrès qu’il a présidé, en 87, il a présidé un autre congrès, les statuts sont restés lettre morte. Mais ça ne nous a pas empêchés de travailler avec toute la foi qui nous animait pour qu’il réussisse. Le problème politique ne nous intéressait pas. Nous étions des papas, pourvu que nos enfants réussissent. Tout ce qu’ils veulent entreprendre, nous sommes là pour les épauler. Voilà mon rôle essentiel. Nous avons aidé. La révolution a fait quand même des réalisations. La révolution a créé beaucoup de chantiers, créé beaucoup d’activités, nous y participions en tant que la masse. La voie ferrée, lorsqu’on a commencé à poser les rails, le chemin de fer du Burkina a été fait par tous les régimes. Puisque c’est moi qui ai fait les études quand j’étais président. C’est moi qui ai fait la piste, mais je n’avais pas les moyens. Quand Sankara est arrivé il a réactivé ça, il a fait mettre ça par les bras des burkinabè. Tout le monde y a participé. Il n’y avait pas de Sankara ni de Lamizana, tout le monde était sur le terrain. Quand il y avait des conférences, des réceptions, on était là. Et on faisait attention à nous. Je disais bien qu’on était respecté. Nous n’avons subi quoi que ce soit qui soit à tort. Vous savez, ce sont des jeunes, ils sont parfois maladroits et peuvent blesser l’amour propre des vieux... Les vieux font très attention. Mais ils se disent, ce sont des enfants. Vous savez le pays mossi respecte son chef. Tant qu’il n’est pas chef ce n’est rien.
Mais à partir du moment où on désigne quelqu’un comme chef, même si c’est le plus nul du monde il est respecté en tant que tel. Ils étaient respectés et nous réciproquement.
Nous avons participé à tout. Même pour l’animation, pour le sport. Les anciens ont fait des courses cyclistes ici. Moi j’ai réuni les anciens ici, plus d’une centaine et ils sont partis comme au tour de France pour faire 4 ou 5 kilomètres. Le premier était récompensé, avec un tee shirt, y compris les femmes. Nous avons animé cette révolution avec toute la foi qui nous animait. Nous faisions des motions pour nous. Nous étions une corporation pas un syndicat mais nous voulions être là. Nous avons fait des motions qui puissent dire de s’occuper de nous. Et puis des motions pour la réussite sur le plan général. Il n’y a aucun congrès qui se soit passé ici au niveau de la révolution auquel nous avons été invité et nous n’avons pas fait de motions et de recommandations.


Patrick Legall : Vous n’avez pas abandonné votre appartenance au RDA.


Général Lamizana : Vous savez au temps de la révolution, le RDA était dissous. Il n’existait plus. Les partis étaient dissous. C’est après que se sont créés les partis. Il y avait l’UDPP avec le cheval comme emblème mais ce n’était pas le RDA. Ce n’est qu’après avant les élections de 91 que le RDA s’est reconstitué. On ne m’a pas consulté.


B. J : Pendant la révolution on les a beaucoup attaqués, les anciens partis.


Général Lamizana : Moi, ce n’était pas mon problème. Sous la révolution, les anciens étaient là mais n’avaient aucune fonction politique. C’est après sous la rectification qu’on a été intégré et que les anciens ont eu un statut. Je disais que cela ne nous a pas découragés. Nous avons servi la révolution honnêtement en tant que père et surtout moi qui fut leur chef.


Malheureusement on ne nous a pas demandé beaucoup nos avis. Je vous disais que la révolution se disait que ces gens là sont des vieux. On ne peut pas changer leurs idées. On ne peut pas devenir révolutionnaire du jour au lendemain. Donc mettons les de côté. Avec tout le respect qu’on leur doit, mettons les de côté ce sont nos papas.


P. L : Quel bilan faites vous de la révolution ?


Général Lamizana : Les erreurs étaient nombreuses. C’était les CDR. Ils n’étaient pas contrôlés, c’est ça qui a tué la révolution. Je dis bien ce n’était pas une mauvaise chose puisque la révolution ne pouvait pas se faire sans Comité de Défense de la Révolution. Il y en a qui avaient des kalachnikov et qui faisaient ce qu’ils voulaient. Ils étaient pires que le roi nègre, excusez moi de l’expression je suis nègre moi-même, mais ils étaient pires. Mais ça a diminué énormément la réputation de la révolution surtout dans les masses populaires de la campagne. Puisque les gens se sont transformés en petits chefs. Le chef traditionnel n’existait plus or il est gardien de la tradition, il n’aime pas qu’on le bouscule. Vous savez la Révolution, il y avait combien de révolutionnaires sur 8 millions d’habitants, peut-être 500. Tous les autres étaient des analphabètes. Ils suivaient quelqu’un. Sankara était un garçon dynamique, on le suit. Il a dit de faire ça, c’est notre chef on le suit. Mais l’idéal en tant que révolutionnaires, ils n’en savaient rien.


P.L : Ils ont pris conscience quand même ?


Général Lamizana : Ils ont pris conscience. S’agissant des infrastructures entre villages, les gens y participaient volontiers. C’était normal que la route entre tel ou tel village soit emménagée pour les populations, pour le bien-être des populations parce qu’il y a des marchés, c’est bon d’avoir une piste carossable. Les gens aménageaient. C’est ce qu’on appelle les travaux d’intérêt commun. Ça, ça a été bien assimilé. On demandait aux populations de faire ceci, c’était avec joie, avec tambours à la fois. Et ils étaient contents d’avoir fait quelque chose pour leurs villages. Tout ça c’était bien, on ne peut pas nier. Par contre à côté de cela il y a eu des erreurs au niveau de l’administration, au niveau des licenciements abusifs. Des gens sont partis en pleurant et ont fait pleuré plusieurs familles. On ne peut pas leur demander de vous aimer. C’est ça qui a tué si vous voulez la révolution. C’est une erreur très grave.


P.L : On dit aussi qu’il y avait un côté personnel à la direction de l’Etat.


Général Lamizana : Ça, je ne peux pas vous le dire. Je suis observateur je ne peux que suivre les conseils des ministres, les licenciements... Pour le reste. On entreprend, Sankara osait. Sans ça peut-il réussir ? On n’en sait rien. Moi même j’ai osé prendre certaines décisions qui ont réussies, d’autres pas. Donc je ne pouvais pas lui jeter la pierre. Sur le plan politique sincèrement je ne m’en occupais pas. Ce qui m’intéressait ce sont les activités à l’intérieur du village, du canton de la ville. J’étais avec mes anciens sans pénétrer au fond du CNR, puisque je ne savais même pas qui était CNR. A part Sankara lui-même et ses 3 compagnons, moi je n’en savais rien. je ne connaissais pas les autres, je ne peux pas vous dire quoi que ce soit.


B.J : Avant qu’ils prennent le pouvoir ils distribuaient des tracts, vous étiez au courant. Vous saviez que c’était eux. Vous avez pris des mesures pour les empêcher ?


Général Lamizana : C’était entre eux. Je savais parfaitement que c’était entre eux mais comme on dit toujours la révolution bouffe ses enfants mais si vous n’êtes pas d’accord. Je ne sais pas. Je ne pouvais pas affirmer qui faisait ces tracts, qui faisait quoi. Mais j’ai vu j’ai entendu quelques rares tracts parce que je ne savais pas. Moi, mon âge ne me permet pas d’abord de sortir pour me balader dans les bars ou partout. Ce n’est plus mon rang social et mon âge.


B et P : Il ne s’agit pas des tracts de 1987 mais de ceux qui ont précédé la révolution.


Général Lamizana : Oh je savais parfaitement, mais j’ignorais les activités de mes jeunes officiers. Mais je l’ai su après c’est à dire avant le coup d’Etat de 80. J’ai eu des tracts, vous savez tout chef d’Etat en reçoit. Mais à l’intérieur de l’armée c’était rare. Ces tracts étaient diffusés sous d’autres formes mais pas par des militaires, ou du moins peu. Il y a eu quelques rares tracts émanant de la gendarmerie, entre eux mais des tracts émanant de l’armée adressés à leur chef puisque j’étais général, c’était quand même rare. Je ne vois pas très bien. C’est possible parce que il y avait tellement de tracts à l’époque des syndicats, des partis politiques, il y en avait tellement. Et puis il y a les fiches de renseignements des services de sécurité. Je connaissais la mentalité de certains. Et je pouvais soupçonner. Parce que ces jeunes militaires qui menaient certaines activités à l’époque, je peux dire qu’ils ne les menaient pas contre ma personne mais contre une situation. La situation on l’a vu puisqu’il y a eu la Révolution. D’ailleurs ils n’étaient pas prêts. Ils menaient leur activité mais ils n’étaient pas prêts. Sincèrement sous Lamizana les révolutionnaires n’étaient pas prêts. C’est après.


B. J : Quand vous avez pris le pouvoir vous aviez toute l’armée derrière vous. Après se sont formés des clans !


Général Lamizana : Avant 15 ans, avant cela, il y a eu des élections. N’oubliez pas qu’en 70 déjà, j’ai fait des élections ici, il y avait des députés. Après 78, il y en a eu un deuxième.


Moi-même j’ai été mis en ballottage. Pour la première fois en Afrique, je suis le premier Chef d’Etat à être mis en ballottage. C’est pour vous dire que ça a été fait dans la clarté. Je voulais que ça soit clair. Et puis le monde évoluait. Quand je prenais le pouvoir en 66, il n’y avait pas d’intellectuels. Dans tout le Burkina Faso, j’avais en tout 6 ou 7 professeurs pour les lycées. Le reste c’était de l’assistance technique française. Ensuite les jeunes sont venus et tout le monde sait que les jeunes là c’était quoi. C’était les étudiants avec les idées qu’ils ont ramenées. et qu’ils les ont mis en application d’ailleurs. Les militaires étaient sous la coupe des civils. Il y avait des partis d’opposition, jusqu’à présent allez me dire qu’est ce que c’est que le PCRV au Burkina Faso. Je ne connais pas le chef. Adama Touré était PAI. Il était clandestin mais on le connaissait. Il n’a jamais caché leur machin, puisque sous moi, on peut dire que j’étais le démocrate. Après le Sénégal, c’était le Burkina Faso sous le plan de la démocratie. Puisque nous n’avons jamais incarcéré Adama Touré.


On a commencé à les incarcérer sous le CMRPN. Mais pas moi. Moi je tolérais, je savais qu’il y avait le PCRV, le PAI était couvert sous le machin de la LIPAD. Ils étaient là, nous les connaissions, nous connaissions les cadres, mais ils n’étaient pas reconnus légalement et ne pouvaient donc pas participer aux activités du gouvernement.

 

B. J. : C’est tout de même étonnant de savoir qu’un professeur comme cela enseigne à des militaires ?


Général Lamizana : Ah non ! L’école militaire préparatoire était un établissement civil, enfin avec un régime militaire, mais il n’y avait pas de professeurs militaires. Les professeurs étaient civils. Par exemple, dans les prytanées militaires en France, les professeurs sont civils.

 

B.J. : Oui, mais il n’y a pas de professeurs communistes en France, hors ici vous avez laissé passer tous vos jeunes officiers dans les mains d’un professeur de philosophie communiste. Ça nous étonne !


Général Lamizana : C’était exact, nous l’avions su après. Il ne nous l’a pas dit. Il ne nous a pas dit que la nuit il pouvait nuitamment réveiller ses enfants là et les éduquer. On le faisait, je l’ai su après, puisque les uns et les autres l’ont avoué.


P.L : En quoi vous reconnaissiez en Sankara ce que vous lui avez apporté. Quels sont les qualités que vous lui avez apportées.


Général Lamizana :l était sous mes ordres quand même. J’étais son chef, d’abord en tant que Chef d’Etat Major de l’armée. Tous les officiers étaient sous mes ordres. Je pouvais les accepter individuellement. Je pouvais les recevoir. Au niveau des qualités c’est quotidien ça. Le respect. Vous savez en Afrique ce n’est pas comme en France. En Afrique, un jeune officier se fait un plaisir le jour de la fête de venir saluer individuellement son chef, avec sa famille. On le reçoit. Le jour de la fête de la Tabaski par exemple, le jour de la fête de Noël, indépendamment des cérémonies publiques, il y a les relations individuelles. Je peux dire qu’il venait chez moi.


P.L : Est-ce que vous avez regretté comment s’est terminée la Révolution.



Général Lamizana : On ne peut que regretter. Surtout deux amis. Quand ils se battent, quand il y a eu offense entre eux, qu’est ce que vous pouvez faire. Entre vous et madame, est ce que je peux m’introduire la dedans. Je ne pouvais pas puisque je ne savais pas. Cette fin tragique a surpris tout le monde. Sincèrement sur le plan politique au niveau du CNR, j’étais nul. Moi ce qui m’intéressait c’était de faire la prière. Je suis vieux. Ma prière est que dans ce pays il y ait la paix et qu’il y ait cet esprit pacifique qui nous anime. Qu’il y ait la paix et qu’on travaille. Moi malgré mon âge, j’ai 77 ans, je travaille. Je suis en train d’écrire mes mémoires. J’espère que vous les lirez. Je ne parlerai pas de la Révolution mais de mon régime. D’abord de ma vie et mon régime. Vous pouvez comparer par la suite. Moi pendant la Révolution, vous ne pouvez pas me demander d’être politicien.
Dans tous les pays du monde... Par exemple De Gaulle savait-il tout ceux qui lui en voulaient ? Pendant la guerre d’Algérie par exemple, moi j’étais capitaine à l’époque. J’ai commandé une compagnie en Kabylie, dans la coloniale. J’ai fait deux séjours consécutifs en Indochine et deux séjours en Algérie. Durant mon deuxième séjour j’étais capitaine, commandant une compagnie et un sous quartier opérationnel. Quand l’OAS est arrivé, que De Gaulle a eu toutes ses difficultés, j’étais là, j’étais acteur. Pouvait-il savoir tout ? Les tracts qu’on lui envoyait ? Tous ceux qui pouvaient aller se poster jusqu’au Petit Clamart ? Si Foccart savait tout, il n’y aurait pas eu de Petit Clamart. Les gens étaient de mauvais tireurs. De Gaulle leur a dit.


Moi je suis parti du certificat d’étude à l’école primaire supérieure à l’époque. Vous savez on n’allait pas loin. On ne parlait pas du bac. On n’allait jusqu’au niveau du brevet. On s’arrêtait là. On n’avait pas la possibilité d’aller plus loin. Il n’y avait pas de lycée.
A l’indépendance j’étais encore en Algérie. En 61, j’étais encore en Algérie dans le Djebel en Kabylie. Je suis arrivé en 61 et immédiatement j’ai été détaché d’abord comme officier français d’assistance technique jusqu’en novembre 61. A partir du 1er Novembre j’ai été versé dans l’armée voltaïque, armée qui a été mise sur pied par moi-même. Je suis le père de l’armée voltaïque ou de l’armée burkinabé actuelle.


Interview réalisée en juin 1994 à Ouagadougou


Source : www.thomassankara.net
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