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Tidjane Thiam est un Ivoirien et chef d'entreprise. Actuellement, il est le PDG de Prudential, principale compagnie d'assurance du Royaume-Uni. Polytechnicien de formation, il a aussi été ministre du Plan et du Développement en Côte d'Ivoire en 1998. Il est aussi membre du Panel pour le progrès en l'Afrique. A la demande du Président français Nicolas Sarkozy, Tidjane Thiam va présider un groupe de travail sur les infrastructures en Afrique au prochain sommet du G20 en France

Tidjane Tiam bonjour, quel est  votre feuille de route pour G20 ?

On m’a demandé de présider un groupe de travail international sur les infrastructures et la mission qui nous est  donnée, est de réfléchir sur des solutions pour accélérer le développement et  l’investissement en infrastructures,  particulièrement  en Afrique.

Vous venez de rencontrer Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Quelles sont les priorités qui se dégagent ?   

Il nous a parlé d’un certain nombre de secteurs qui sont prioritaires et de façon assez claire, en Afrique. C’est certainement l’énergie, le secteur de transport, la communication et l’eau. Autant de secteurs qui dans une zone du monde  qui a une démographie  en très forte croissance sont absolument prioritaires pour répondre aux besoins des populations.

Il y aura moins de délestage dans les grandes villes africaines.  

Les Ivoiriens savent que j’ai construit la Centrale d’Azito, il y a bien longtemps. Maintenant donc, ma façon chronologique est connue et je pense qu’il y a des solutions  effectives qui permettent de fournir de l’énergie à prix compétitifs et fiables.

C’est à au prochain Sommet de Cannes, au G20 à l’automne prochain. Il  y aura  des projets concrets qui sont annoncés en termes d’électricité, de transport ? 

C’est notre ambition. Nous allons travailler dans cette logique. L’idée est de regrouper un certain nombre gens du secteur privé qui ont une expérience  en la matière, qui peuvent faire des propositions concrètes pour qu’il y ait des représentants dans le Panel, de l’Asie, de pays européens, de l’Amérique Latine, des Etas Unis qui, je pense, seront en même de faire des propositions concrètes.

Pour tout cela, il faut beaucoup d’argent. En 2005 de belles promesses avaient été faites. Mais entre-temps, la crise mondiale est arrivée. Aujourd’hui, beaucoup de gens sont sceptiques…

C’est vrai que les temps sont difficiles. Nous avons vécu une des très grandes dislocations financières de 1930. Donc c’est dans un contexte difficile. Mais, il ne faut pour autant baisser les bras. La démographie n’attend pas. Il y a 52 villes de plus d’un million d’habitants en Afrique autant qu’en Europe. Et la population continue à croître, deux milliards dans vingt ans. La population et les besoin n’attendent pas. Donc, je pense que nous n’avons pas le luxe d’attendre.

Il faut des financements innovants,  dit Nicolas Sarkozy. On pense à des taxes sur les transactions financières par exemple et les Américains n’en veulent pas…  

Je pense qu’il a beaucoup de capitaux et il y a de l’épargne disponible en  Afrique. La mobilisation des ressources  commence par la mobilisation de l’épargne intérieure.

Moins de fuite de capitaux !

 

 

 

Tidjane Thiam

 Tidjane Thiam, un cerveau au service de l'Afrique

J’avais monté un projet  il y a longtemps qui avait été bouclé grâce aux fonds de retraite ivoirien. Il y a des ressources  locales et si on active les capitaux étrangers, il faut d’abord montrer sa capacité  à mobiliser les ressources locales. Il y a quatre fois cinq millions de ménages africains qui ont plus de  5000 dollars de revenu par an. Plus qu’en Russie et au Brésil. Don, il y a des ressources  en Afrique. Il faut mettre  les mécanismes qui permettent de les mobiliser et de les réinvestir.

Vous insistez beaucoup quand vous parlez du privé. On a l’impression que c’est l’homme du privé, l’homme de la City qui parle. Vous croyez  plus à l’initiative privée qu’à l’aide publique ?

Je crois plus à l’initiative privée. Je crois aussi, à l’initiative publique. Je crois que l’aide publique est d’ailleurs, perceptible en Afrique depuis bien  longtemps. On a  vu son intérêt et  aussi les limites de son action. Si cela suffisait, l’Afrique serait développée. Il faut donc trouver autre chose. Je ne prétends pas que le privée soit la seule voie, mais ça fait certainement partie de la panoplie des solutions qu’il faut développer.

Les taxes sur les transactions financières, C’est un  projet utopique  ou ça pourra vraiment marcher ?  

Je pense qu’on verra dans les mois à venir. Quels succès ces propositions donnent-elles ?

 Etes-vous prudent ?

 En général oui !

Un mot sur vous  Tidjane Thiam, vous êtes un homme d’affaires fronco-ivoirien. Vous avez été ministre du Plan en Côte d’Ivoire sous Henri Konan Bédié. Aujourd’hui vous êtes à la CYTY à Londres. Vous dirigez une des grandes compagnies d’Assurance, Prudential. Est-ce que ça veut dire qu’il n’y a plus d’avenir pour vous en Côte d’Ivoire ?

Ecoutez ! Je pense que j’ai quand même passé six années à travailler en Côte d’Ivoire. A mon modeste niveau, j’ai eu à apporter ma contribution à cette époque. Je pense que pour l’activité que j’ai, c’est utile pour toute l’Afrique. Il y a beaucoup de manières de contribuer.

C’est une façon pour vous de revenir sur l’Afrique ?

Je n’ai jamais quitté l’Afrique. Il y a beaucoup de manières de contribuer et il n’y pas que la politique. J’ai toujours été actif.

Vous continuez évidemment  de regarder ce qui se passe dans votre  pays. Depuis la présidentielle tout est bloqué. C’est l’impasse. Comment  sortir de cette crise ?

Je pense qu’il y a  suffisamment des personnes qui se penchent sur cette question. Et il faut mieux à ce stade les laisser  travailler dans la discrétion et l’efficacité.

Tag(s) : #Interview