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Le moins que l'on puisse dire, c'est que la légende de Wallis Simpson n'a rien d'une saga dorée sur tranche. Sa naissance est déjà indigne pour l'époque, puisqu'elle vient au monde hors mariage en 1895, aux États-Unis, ses parents décidant de convoler par la suite.

Parcours d'une jeune femme «indigne»

Son père étant mort jeune, elle est élevée chichement par sa mère et sa tante, dans la bourgeoisie de Baltimore, et n'aura de cesse de prendre sa revanche sur la vie. Elle fait un premier mariage raté avec un officier de marine alcoolique, par ailleurs espion des États-Unis, qu'elle accompagne jusqu'en Chine. On dit que c'est dans les bordels de Hongkong, où elle accompagnait parfois son époux volage, que Wallis apprend des techniques fort diverses qui fascineront plus tard son royal époux, par ailleurs très déficient sur ce point là.

Après l'échec de son premier mariage, elle trouve réconfort auprès d'un courtier, Ernest Simpson, dont elle ampute largement la fortune par un train de vie sidérant. Mais la voilà à Londres, l'une des capitales les plus influentes de l'époque, et en fréquentant la bonne société, elle finit par croiser le destin du prince de Galles (*), futur roi d'Angleterre dès 1930.

Ce n'est pas le coup de foudre, mais Édouard remarque cette Américaine au caractère bien trempé. De soirées en sorties, ils se croisent et s'apprécient au point de ne plus se passer l'un de l'autre. Wallis a d'emblée compris qu'il ne demandait qu'à être dominé, ce qu'elle réussit à merveille, en agrémentant leurs tête à tête de jeux érotiques tordus.

Dès 1934, les amants ne se quittent plus, même s'ils sont toujours pris : elle dans un mariage, lui dans les bras de sa maîtresse d'alors, Lady Furness, qui fut d'ailleurs à l'origine de leur rencontre.

Pour le prince de Galles, rompre n'est qu'une formalité. Pour Wallis, qui commence à susciter l'intérêt de l'Intelligence Service, l'opération est plus délicate. Le roi George V et son épouse sont horrifiés par son passé sulfureux, dont ils ont eu connaissance suite à une enquête menée par Scotland Yard, et dont le dossier chinois est la clef de voûte.

Des sympathies politiques malvenues

Plus grave, Mme Simpson, qui fut un temps la maîtresse du comte Ciano, gendre de Mussolini, ne cache pas sa sympathie pour le fascisme.

Au scandale moral s'ajoute alors une crise politique : pour la famille royale britannique, d'origine allemande, pas question de donner l'impression de se rapprocher des dictatures, au moment où les démocraties occidentales doivent se serrer les coudes face à la montée des totalitarismes.

Les politiques, les diplomates, les services secrets -avec lesquelles Mme Simpson a toujours des accointances- entrent alors dans un ballet subtil pour soutenir soit Édouard, soit son frère George, en fonction de leurs convictions ou de leurs directives...

À travers les deux frères soudain mis en concurrence, l'un proche des fascistes, l'autre plus facilement manoeuvrable et fidèle aux alliances britanniques, c'est un véritable imbroglio politico-sentimental qui vient empoisonner l'une des plus vieilles monarchies du monde. Le premier ministre fait vite son choix : pour lui, s'il le faut, ce sera George, même s'il a beaucoup moins d'envergure que son l'aîné.

Les événements s'enchaînent alors très vite : le roi George V décède le 20 janvier 1936, à 60 ans ; le prince de Galles devient à 41 ans Édouard VIII, roi de Grande-Bretagne et d'Irlande, empereur des Indes. Il s'affiche ouvertement avec Wallis, toujours mariée, montrant ainsi que Mme Simpson est bien la femme de sa vie. Le peuple n'accueille pas si mal le choix osé et moderne de leur nouveau roi, mais pour l'establishment, la pilule ne passe pas. La panique s'installe, il faut trouver une solution. L'Église anglicane refuse le mariage du roi avec une femme divorcée. D'autre part, le Commonwealth doit donner son accord à toute altération de la loi de succession au trône, ce qui complique d'emblée l'affaire.

On avance l'idée d'un mariage morganatique, une sorte d'«union tolérée» entre un prince et une personne de rang inférieur, ce qui induit que leurs éventuels enfants ne pourraient monter sur le trône, ce qui finalement importe le plus aux yeux des irréductibles. Le roi refuse. Wallis, qui entre-temps a demandé le divorce, propose courageusement de se retirer de la scène pour calmer le jeu.

Nouveau refus du roi, qui, le 10 décembre 1936, finit par abdiquer en faveur de son frère le duc d'York, futur George VI, non préparé, à qui il incombera de garder le trône dans une Europe à feu et à sang. Tâche dont il s'acquittera avec courage et dans l'honneur, aux côtés de son épouse Elizabeth, née Bowes-Lyon.

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