La trajectoire éclectique de cet homme qui devint ambassadeur à 31 ans, renseigne mieux sur sa dimension politique, son aura diplomatique et sa sensibilité culturelle.
Dans sa résidence du quartier Bastos à Yaoundé, des photos souvenirs rappellent encore qu’il y a un an, le 10 juin 2011, la veille du jour où le reste du monde se mit en résonance avec l’Afrique pour célébrer l’arrivée sur son sol de la plus prestigieuse des compétitions sportives, la Coupe du monde de football, l’homme de 81 ans, qui venait de passer plus d’un demi siècle au service de son pays, quittait brutalement sa famille, ses rêves, ses amis et une foule innombrable de connaissances. Comme des stèles qui figent les grands moments et l’immortalité du personnage, la photo avec le président de la République, son épouse et Montaigne, impose un arrêt sur image dans cette maison austère. Cette image, à elle seule, traduit l’ancrage diplomatique et la disponibilité patriotique de ce brillant esprit.
Dans la photothèque de celui qui devint ambassadeur du Cameroun en France à 31 ans, difficile de faire le tour des malles et des dizaines d’albums qui la constituent. Partout, des pauses et des attitudes, avec des grands des années 1960 et de ce temps, qui traduisent des instants chargés de symboles: chefs d’Etat, ministres, ambassadeurs du continent et d’ailleurs, secrétaires généraux des Nations Unies, secrétaire général de l’Organisation de l’Unité africaine, personnalités diplomatiques, politiques et culturelles influentes, artistes musiciens, écrivains, sportifs, et la liste des célébrités peut s’allonger à l’infini. A la manière des cartes postales, chacune des images de sa vie, donne à voir et laisse parler l’instant. Et le 11 juin dernier, à l’occasion du premier anniversaire de son décès, c’est cet homme qui fut commémoré avec faste dans son village natal à Ngoazip.
Pourtant, ce diplômé de l’Ena de Paris qui a la chance de faire une carrière dans la diplomatie française après des stages dans les chancelleries françaises et au ministère français des Affaires étrangères, et que tout le monde identifiera plus tard sous le nom du «Vieux nègre», titre du roman à succès éponyme, choisit de rentrer au Cameroun. Admiré par Charles Assale, alors Premier ministre, ce dernier lui transmet les outils de fonctionnement du pays à cette époque sensible, en le mettant en garde sur la façon de voir ou d’apprécier certaines situations. Car, «l’intellectuel est craint» à ce moment-là Des témoins encore vivants indiquent sous anonymat que le Premier ministre d’alors, lui indiquant l’ancienne prison de Yaoundé située à l’actuel ministère des Finances, lui dit: «Voilà où ceux qui connaissent beaucoup finissent leurs jours».
ONU
Cette mise en garde passée, après qu’il a servi comme chef de service des études au ministère des Affaires étrangères, il embrasse une carrière diplomatique internationale qui sera riche et dense. C’est ainsi qu’en septembre 1960, c’est lui qui va porter la lettre d’adhésion du pays à l’Onu, en compagnie du ministre Charles Okala. Le narrateur talentueux de «Une vie de boy», des scènes cocasses du «Vieux nègre et de la médaille» et les allées sinueuses du «chemin d’Europe», engage alors la transposition de la dialectique de la palabre africaine à la science du droit international. Cette présence à l’Onu, permanente de 1960 à 1982, sera marquée par une collaboration avec des noms célèbres: Dag Hammarskjöld, U Thant, Kurt Waldheim et Javier Perez de Cuellar. Avec la plupart, il va tisser des liens de sympathie intenses à l’instar de Boutros Boutros Ghali. Pendant cette période, il fera avec un raffinement et une expérience exceptionnels, «entendre avec vigueur et ardeur la voix du Cameroun au travers de la plupart des points saillants du globe terrestre».
Entre 1974 et 1982, son passage à l’Onu donne au Cameroun l’honneur d’assurer la vice-présidence du Conseil de sécurité, la vice-présidence de l’Assemblée générale l’institution et la présidence du conseil d’administration de l’Unicef. Pendant ce passage à l’Onu, il fera la rencontre des personnalités telles Kofi Annan ou encore Ban Ki Moon, devenues plus tard toutes deux, des secrétaires généraux de l’institution. Grâce à sa parfaite connaissance des milieux onusiens, et aux rapports privilégiés et amicaux qu’il entretient des personnalités comme Kofi Annan, le conflit de Bakassi sera géré avec tact. D’après plusieurs sources, son entregent permettra l’entrée dans les négociations des personnalités telles Yacubu Gowon, Ahmadou Ali ou encore Ahmadou Moustapha dont les liens avec le Nigeria seront amplement exploités, afin que les Nigérians reviennent sur certaines positions sur lesquelles ils campaient, bien que la Cour de Justice de la Haye, ait été saisie du dossier.
Diplomate
Pourfendeur des méthodes enfiévrées, le «Vieux nègre», selon des sources, utilisait toujours le discours anesthésiant contre les positions tranchées. Ce recours à la diplomatie se fera ressentir dans le gouvernement où, plusieurs fois, il a procédé à des arbitrages pour sauver l’image d’un gouvernement en lambeaux. Plusieurs témoins soulignent à titre d’illustration, que plus d’une fois, il a évité au Cameroun l’humiliation de la démission du Premier ministre, las de l’arrogance de certains ministres de l’opposition. Cette influence sur ses collègues du gouvernement était adossée à la grande et longue amitié qu’il entretenait avec le président de la République. Il avait l’oreille de l’ami, et partageait les confidences du chef sur divers sujets: remaniements ministériels, diverses nominations, la position du Cameroun sur les questions internationales, etc. Un secteur dans lequel son riche carnet d’adresse et sa longue expérience ouvriront plusieurs portes au Cameroun.
Soldat de la diplomatie, il aura aussi oeuvré pour la littérature. Ce qui, lors de la visite de l’ex-président brésilien Lula Da Silva en avril 2005, lui valu une accolade chaude et des félicitations. Selon un témoin de la scène : Lula Da Silva, pendant la présentation des corps constitués, eut cette phrase arrivée à son niveau: «Oyono ? Quel Oyono ? L’écrivain ? C’est lui ? Je croyais ne jamais pouvoir vous rencontrer, dit-il, ému. J’ai lu tous vos livres et je veux vous les dédicaciez». Des membres de son entourage se mirent aussitôt à la recherche de ces ouvrages qu’il dédicaça au président brésilien.
L’homme avec qui Paul Biya, le soir du 4 novembre 1982, prépara son premier discours à la nation alors que son prédécesseur Ahmadou Ahidjo venait d’annoncer sa démission, aura été le confident de plusieurs chefs d’Etat du continent: Gnassingbe Eyadema, Félix Houphouët Boigny ou encore Omar Bongo. Ambassadeur itinérant à la présidence de la République dans ces derniers jours, il fermera ces pages colorées de sa carrière sur le chapitre de la diplomatie, alors qu’il avait été l’artisan de la visite de Ban Ki Moon au Cameroun ce 10 juin 2010.
Bio express
: 14 septembre 1929 à Ngoulemakong Naissance
: 1944 Cepe
: 1954 lycée Provins (France) Baccalauréat
: licences en droit 1957 et sciences économiques à la Sorbonne
Admission à l’Ena de Paris section diplomatie
: ambassadeur du Cameroun en France 1960
Européennes à Bruxelles : Ministre plénipotentiaire auprès des communautés Economiques 1962
; membre de la délégation du Cameroun au sommet constitutif de l’OUA 1963. 1963-1965 : Ambassadeur Cameroun au Libéria
1965-1968 : Ambassadeur du Cameroun dans les pays du Benelux et auprès des communautés européennes
des Questions de désarmement et de la sécurité internationale. ;Vice président de l’assemblée général des nations unies; Président du Conseil d’Administration de l’UNICEF; Président de la commission politique à la commission des ministres des affaires étrangères des pays non alignés à Lima (Pérou); Rapporteur général de la même conférence à Colombe(Sri Lanka); Président du conseil des Nations Unies pour la Namibie; élu président de la première Commission 1974-1982 : Ambassadeur Représentant permanent du Cameroun au Nations Unies; Vice président du conseil de sécurité de L’ONU
1984 : Ambassadeur du Cameroun en Grande Bretagne et dans les pays scandinaves.
1985-1987 : Secrétaire général de la Présidence de la république du Cameroun.
1987-1990 : Ministre chargé de l’urbanisme et de l’habitat du Cameroun.
: Ministre des relations extérieures du Cameroun. 1992
: Vice président de la conférence des Droits de l’Homme à Viennes. 1993
: Président du Conseil des Ministres de l’OUA. 1996
: Ministre d'état Ministre de la Culture. 1997
: Ambassadeur itinérant à la présidence de la République du Cameroun. 2009
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