Gbagbo avait demandé à l’Ecomog de déloger Charles Taylor
Les enfants du monde entier ont l’habitude de fredonner une chanson dont le refrain épouse bien la situation dans laquelle se débat aujourd’hui Laurent Gbagbo qui refuse obstinément de passer la main. A la suite d’élections crédibles et transparentes. Ce refrain bien connu est ‘‘chacun à son tour chez le coiffeur’’.
Six ans après l’arrivée de Charles Taylor au pouvoir avec 75% des voix, Laurent Gbagbo venait de boucler sa troisième année au somment de la Côte d’Ivoire. La validité de l'élection est mise en doute malgré les nombreux observateurs étrangers dépêchés pour l’occasion par des organisations internationales. Le maquisard libérien y est arrivé en se débarrassant de ses compagnons de route dont Prince Johnson. Taylor poursuivit une tactique efficace d’élimination de ses adversaires (ainsi que des rivaux potentiels au sein de son propre mouvement). Le maquisard confondra commander des chiens de guerre sans foi ni loi et diriger un pays avec des règles de gestion moderne. Sous l’impulsion du Nigeria, la CEDEAO – avec la mise en place de l’ECOMOG – s’était en effet engagée dans le conflit libérien pour contrer les appétits de pouvoir des chefs de factions et en particulier ceux de Taylor. Afin de faire droit aux aspirations du peuple libérien qui voulait vivre dans la quiétude, les forces de l’Ecomog ont été instruites pour déloger Charles Taylor. Cependant, bien avant l’intervention de cette force militaire sous-régionale, il aura fallu l’assentiment de tous les Chefs d’Etat de la Cedeao. Y compris celui de Laurent Gbagbo, alors Chef d’Etat de Côte d’Ivoire. Les mêmes conditions sont aujourd’hui réunies pour faire partir le chef de file de la refondation qui ne devrait pas, sans forfaire à son honneur, parler de complot contre sa personne et piteusement, d’ingérence. L’homme sait très bien la procédure pour engager une action contre un Chef d’Etat membre de la Cedeao qui confisque, sans aucune raison donc de force, le pouvoir que ses compatriotes lui ont dénié par un rejet massif de sa personne. Et bien évidemment de sa politique ainsi sanctionnée. Comme Charles Taylor, Laurent Gbagbo aura à répondre de plusieurs crimes qui vont du meurtre au viol en passant par le recrutement de mercenaires pour tuer les Ivoiriens.
Laurent Gbagbo subit le retour du bâton. Il doit être délogé par la Cdeao afin que le Président légitime Ado puisse s'installer et donner du travail aux Ivoiriens qui l'ont plébiscité.
Parce que ceux-ci ont eu le malheur de ne pas le voter. Entre 2000 et 2010, le décompte macabre à l’actif de Laurent Gbagbo peut osciller autour de 1000 morts à 2000 morts. Et pour paraphraser Venance Konan, il y a de quoi s’étonner : ‘‘…. Laurent Koudou, pourquoi fus-tu finalement le Kouglizia, cet autre oiseau mythique qui n’annonce que la mort ? Le jour de ton investiture on dénombra une soixantaine de cadavres dans un charnier. Et les dix ans de ton règne furent marqués du sceau du sang.’’ L’Ecomog ne vient que pour exécuter une décision que Laurent Gbagbo avait déjà cautionné sans état d’âme. Aujourd’hui, il ne s’agit pas d’en avoir parce que l’on est coupable de délit de putsch électoral. Il y a une semaine, les Chefs d’Etat béninois, Sierra-Léonais et Cap-verdien avaient échoué dans leur tentative de raisonner Laurent Gagbo. Ainsi, l’option militaire va sans doute être prise. En effet, après avoir échoué une première fois, les émissaires qui cette fois sont venus renforcés par la présence de Raila Odinga, le Premier Ministre kenyan qui milite pour le départ forcé de Laurent Ggbagbo.
Gervais Djidji
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