Carte d’identité : Le coup de poker de Paul Biya
La mesure de réduction des frais d’obtention de la Cni prescrite par le chef de l’Etat divise l’opinion.
En prélude aux prochaines élections annoncées par le chef de l’Etat, Paul Biya, dans son message de fin d’année 2010 à la nation, le train des grandes manœuvres est résolument sur les rails. L’enjeu stratégique dans le camp du pouvoir semble dorénavant se cristalliser sur le taux de participation des populations camerounaises à ces consultations électorales. Hier, au cours d’un point de presse donné dans ses services, le ministre de la Communication (Mincom), Issa Tchiroma Bakary, qui avait à ses côtés, le délégué général à la sûreté nationale, Martin Mbarga Nguélé.
Le Mincom a annoncé «les mesures de facilitation, prescrites à titre exceptionnel» par le président de la République, par ailleurs «candidat naturel» du Rdpc à la prochaine présidentielle, pour l’établissement et la délivrance des cartes nationales d’identité aux citoyens camerounais en âge de voter.
Applicables du 03 janvier au 30 avril 2011, ces mesures intègrent l’exemption des frais de timbre, du droit de timbre et de la redevance du greffe, la mise en place et le déploiement des équipes mobiles d’identification, le renforcement des équipes de travail dans les centres d’identification et la mobilisation des ressources nécessaires à la facilitation de l’ensemble de ces opérations.
Du point de vue financier, les dispositions prises par le chef de l’Etat, permettront, d’après le ministre de la Communication «de réduire de près de 50% la dépense effectuée par tout citoyen en période normale, pour l’établissement d’une carte nationale d’identité». Au total, les requérants ne débourseront que la somme de 2800Fcfa, soit et 1800Fcfa pour la photo d’identité et 1000Fcfa pour la taxe spéciale d’identification. L’incidence de cette opération sur le budget de l’Etat du Cameroun est évaluée par le gouvernement à trois milliards Fcfa.
Victoire
Pour Jean Takoungang, membre du National Executive Comittee (Nec) du Social Democratic Front (Sdf), «ces mesures cosmétiques ne vont pas résoudre les problèmes d’inscription sur les listes électorales. Un diagnostic a été posé à propos. L’on a trouvé les bonnes causes, mais l’on fait le choix de la mauvaise thérapie. Par le passé, les gens ne s’inscrivaient pas parce que le Minadt, qui organisait les élections, était inféodé au Rdpc. Et puis, on a créé Elecam, qui malheureusement en majorité composé des militants les plus fanatiques et les plus zélés du Rdpc. Il faut donc d’abord résoudre la question de la crédibilité et de l’acceptation d’Elecam avant de songer à ce type d’opération, qui présente par ailleurs le risque de brader la nationalité camerounaise aux nombreux ressortissants étrangers, recensés ou non, vivant au Cameroun».
Dans les rangs du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), l’on salue «cette décision à la fois politique et sociale». Selon Pascal Messanga Nyamding, chargé de mission au comité central de ce parti et vice-président de la commission communale d’intensification des inscriptions sur les listes électorales dans le département du Nkam, «le chef de l’Etat a été certainement informé par les équipes du Rdpc dépêchées dans l’arrière-pays, des difficultés quotidiennes des Camerounais: Pauvreté, chômage, difficile accès aux soins de santé, etc. L’élection présidentielle n’est donc pas la préoccupation première de ces Camerounais. Il devient dès lors difficile pour eux de songer à se faire établir une carte nationale d’identité. Nous nous sommes même rendus compte qu’il y en a qui n’ont pas d’acte de naissance».
S’agissant du versant politique de cette opération, Pascal Messanga Nyamding estime que «l’acte du chef de l’Etat vise à légitimer la démocratie camerounaise. La crédibilité d’une élection tient également au taux de participation. C’est une mesure qui ne concerne pas uniquement les militants du Rdpc, mais l’ensemble des citoyens en âge de voter. Par là, le chef de l’Etat montre qu’il est le président de tous les Camerounais». M. Messanga Nyamding admet, du reste, qu’il y a péril en la demeure de la nationalité camerounaise du fait de cette opération expresse d’identification. Aussi recommande-t-il la plus grande vigilance aux officiers d’état civil. Sur la même lancée Pauline Biyong, membre de la société civile, «la décision du chef de l’Etat est une bonne chose. Mais cette opération doit être permanente. On doit s’assurer que tout enfant dès la naissance possède un carnet de santé, d’un acte de naissance et plus tard une carte nationale d’identité. Ce sont des problèmes qui doivent être réglés dans le cadre d’un code de la famille».
Les mesures inédites prises par le chef de l’Etat hier pour accroître le taux de participation aux élections interviennent après différentes opérations de collecte de fonds initiées par les pontes du Rdpc à travers le pays pour l’inscription massive sur les listes électorales. Une démarche opportune mais pas suffisante, selon un cadre du Rdpc, pour assurer une «victoire éclatante» au candidat du parti à la prochaine élection présidentielle.
Georges Alain Boyomo
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