Le rôle de l’Afrique du Sud dans les efforts pour une sortie de crise en Côte d’Ivoire est on ne peut plus trouble. Alors que son président Jacob Zuma fait partie du panel des 5 chefs d’Etat devant en un mois trancher l’imbroglio politique ivoirien, ce géant de l’Afrique australe n’a pas trouvé mieux à faire que d’envoyer un navire militaire au large de la Lagune Ebrié.
Mais, quoi qu’il en soit, l’on ne dort pas du côté d’Abuja, où le président de la Commission de la CEDEAO James Victor Gbeho vient de lever le lièvre, tout en affirmant la détermination à déjouer toutes les manœuvres visant à saper, les initiatives de salubrité démocratique de l’organisation ouest-africaine, pour des raisons… géopolitiques.
Ce n’est un secret pour personne. Les dirigeants sud-africains sont restés impuissants face au cas Robert Mugabé au Zimbabwe. Ainsi, malgré sa victoire à la dernière présidentielle, Morgan Tsvangirai s’est vu obligé de se contenter du poste de Premier ministre. De même au Kenya, en Afrique de l’est, les leaders politiques de la Communauté économique des Etats de l’Afrique australe (SADC) n’ont pas pu faire mieux.
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- James Victor Gbeho, président de la Commission de la CEDEAO, s’est montré ferme vis-à-vis des manœuvres sud-africaines
En revanche, la CEDEAO a fait ses preuves en réussissant, comme en Guinée Bissau ou aux Comores, à déloger des usurpateurs de pouvoir et en installant à leur place des présidents démocratiquement élus. Des actions de salubrité démocratique que l’organisation régionale entendait reproduire en Côte d’Ivoire avant le mois de février 2011. Ce qui aurait sans doute contribué à faire la différence entre la CEDEAO et les autres organisations régionales du continent.
Conscients des enjeux, des pays membres de ces organisations, à l’image de l’Afrique du Sud, ont œuvré de sorte à écarter, du moins à court terme, le recours à la force pour installer Alassane Dramane Ouattara au palais de Cocody. C’est ainsi que fut décidée la mise en place du panel des 5 chefs d’Etat pour résoudre la crise pendant le mois de février.
Pendant que le panel est à pied d’œuvre, voilà que Jacob Zuma ne ménage pas son soutien au président sortant, Laurent Koudou Gbagbo, le perdant du scrutin présidentiel selon la Commission électorale indépendante et la Communauté internationale, avec la découverte d’un navire militaire sud-africain (une frégate) au large de la Côte d’Ivoire.
Les masques sont donc tombés. « Au nom d’intérêts particuliers quelques pays sont en train de briser la tradition de subsidiarité qui prévaut au sein de la CEDEAO et de l’Union africaine. Jusque-là, la tradition voulait que si un problème survenait dans un endroit particulier du continent, c’était la région qui prenait des mesures et tout le monde appuyait », relève le président de la Commission de la CEDEAO, le Ghanéen James Victor Gbeho, lors de sa conférence du 8 février à Abuja. On le voit, Jacob Zuma a décidé de faire pire que l’ancien président Thabo M’Béki, accusé de proximité avec le camp Gbagbo dans sa médiation passée.
C’est vrai que l’on sait l’actuel président sud-africain sans scrupules avec les accusations en son encontre de corruption, d’atteinte aux mœurs et à la liberté de la presse. De là à poser un tel acte, il fallait vraiment être Jacob Zuma pour le faire. Mais, c’était sans compter avec la vigilance de la CEDEAO.
Espérons tout simplement que les partisans du président Ouattara n’iront pas jusqu’à marcher contre Zuma, parce qu’un mal découvert est à moitié guéri, surtout que la question est déjà prise à bras-le-corps à la CEDEAO, qui apparemment sur cette affaire du panel des chefs d’Etat n’a fait que reculer pour mieux sauter. En tout état de cause, les propos du président de la Commission de l’organisation ouest-africaine sont clairs : « Alassane Ouattara doit demeurer le chef de l’Etat de la Côte d’Ivoire.
Il y a des pays de la CEDEAO qui ont exprimé une certaine réserve sur l’usage de la force, mais aucun sur le fait qu’Ouattara avait gagné l’élection. Donc, on va voir ce qui va sortir de l’initiative de l’Union africaine. Si cela résout la crise en Côte d’Ivoire, c’est tant mieux pour tout le monde. Si cela échoue, la CEDEAO n’aura aucune crainte à prendre des mesures ».
Grégoire B. BAZIE
Lefaso.net
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