Vendredi 1 juin 2012 5 01 /06 /Juin /2012 12:12

Chers internautes, très prochainement vous aurez l'occasion de lire les vérités de Sery Casimir, ancien sociétaire de l'Africa Sport d'Abidjan. Une interview-biographie à lire absolument sur www.ivoiremedias.com et L'Impartial.net du Groupe ivoireo-suisse NGMEDIAS. 

A lire absolument très bientôt! Réservez votre numéro en ligne dès maintenant.

Par Gervais Y DJIDJI - Publié dans : Communiqués de Presse
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Mercredi 30 mai 2012 3 30 /05 /Mai /2012 15:49

 

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Sabri Lamoucchi, le nouvel entraîneur des "Eléphants"

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François Zahoui s'interroge...

Les Ivoiriens se sont réveillés il y a quelques jours avec une information qu'aucun d'entre eux ne comprend jusqu'à maintenant. Mais la FIF ( Fédération Ivoirienne de Football), elle, sait pourquoi, en lieu et place de François Zahoui qui a conduit les Eléphants aux phases finales de la dernière CAN, elle a marqué sa préférence pour un entraîneur stagiaire. Sabri Lamouchi peut-être un très bon entraîneur qui peut apporter plus de fraîcheur dans la façon de coacher  mais tout de même. Il est certain que les responsables de la Fédé qui ne savent pas du tout à quels dangers ils exposent le frano-tunisien ont des raisons qui ont milité au choix du nouvel entraîneur des Eléphants footballeurs. Dans tous les cas, la Côte d'Ivoire sportive attend Sabri Lamouchi au tournant des victoires. Toutefois, les Ivoiriens dans leur ensemble devront comprendre dans chaque compétition, il existe trois cas de figure. Soit l'on gagne, perd ou se sépare sans avoir ni gagné ni perdu. Dans le choix du nouvel Entraineur des Eléphants, la FIF dans tous les cas a ses raisons que les supporters ignorent. En attendant, nous ne pouvons que souhaiter bonne chance à Sabri Lamouchi et bonne continuation à Zahoui François qui possède des qualités professionnelles indéniables pour réussir ailleurs.


Par Gervais Y DJIDJI
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Mercredi 30 mai 2012 3 30 /05 /Mai /2012 15:02

En dénonçant la dette publique et en sacrifiant la cohésion sociale à la stabilité de la monnaie, les États européens se sont engagés en 2011 dans la voie sans issue qu’ont choisie avant eux le chancelier allemand Brüning (1930) et Pierre Laval (1935).

Nous croyons quant à nous que la dette publique est la conséquence du déséquilibre du commerce extérieur. Elle se forme en réaction au déficit commercial avec les pays tiers.

Réduisons ce déficit par quelque moyen que ce soit et la dette fondra d'elle-même. A contrario, sans réduction préalable du déficit, toute tentative de réduction de la dette est illusoire et dangereuse.

Notre analyse se conforme aux leçons de l'Histoire et au credo libéral le plus classique.

1) De la «déflation» à la «rigueur», un même échec
2) Le culte d’une monnaie «forte»
3) Privatisation de l'impôt
4) L'Europe qui rit, l'Europe qui pleure
5) La dette antidouleur
    L'État n'est pas M. Toulemonde
6) Dette intérieure : le cas japonais
7) Retour au libéralisme classique 
8) L'obstacle allemand 
Illustration : L'ouvrier, le commerçant et l'électeur

Englués dans une crise européenne sans précédent, les chefs d’État et de gouvernement de la zone euro se sont concertés à Bruxelles dans la nuit du 26 octobre 2011.  À l'issue de ce sommet, ils ont promis une aide à la Grèce pour le remboursement de sa dette, en échange d'une stricte politique de rigueur (ils ont pour cela, fait sans précédent, sollicité l'aide de la Chine).

Les dirigeants européens ainsi que les banquiers et la plupart des économistes et des médias s'inquiètent de l'explosion des déficits budgétaires en Grèce comme dans les autres États méditerranéens de l'Union : dans les dernières années, leurs dépenses publiques (administrations, dépenses sociales, services publics...) ont cru plus vite que les recettes fiscales (taxes et impôts). De la sorte, les déficits budgétaires en arrivent aujourd'hui à dépasser 6% ou 7% du PIB (Produit Intérieur Brut ou richesse nationale).

Mais le 28 octobre 2011, jour de fête nationale en Grèce, les manifestations de rue à Athènes ont mis en péril le plan de sauvetage. Faut-il y voir un combat d'arrière-garde ou un sursaut de lucidité avant l'abîme ?  Nous penchons pour la deuxième hypothèse : convaincus que la dette publique est à l'origine de tous leurs maux, les dirigeants européens renouvellent en effet l'erreur qui fut fatale aux Allemands en 1930 comme aux Français en 1935 en prônant un désendettement mortifère...

De la «déflation» à la «rigueur», un même échec
- le contre-exemple allemand de 1930 :

Henrich Brüning (1887-1970)La rigueur et le désendettement prônés par Bruxelles nous rappellent la politique mise en œuvre en 1930 en Allemagne par le chancelier Heinrich Brüning, gestionnaire réputé compétent : baisse des salaires des fonctionnaires, réduction à tout va des dépenses publiques etc.

Le chancelier voulait contenir les effets de la crise qui avait éclaté à Wall Street deux ans plus tôt, sans avoir à dévaluer le mark ni relancer l’inflation, honnie par les Allemands depuis l’année «inhumaine» (1923) où elle avait atteint des sommets insensés (plusieurs centaines de milliards de marks pour un dollar en novembre 1923).

Sa politique que l’on qualifiait alors de«déflationniste» a relancé la crise économique et sociale et favorisé l’arrivée de Hitler au pouvoir deux ans plus tard.

- la France en 1935 :

En 1935, en France, le Président du Conseil Pierre Laval a conduit une politique «déflationniste» semblable à celle de Brüning (ou de l’actuel Papandréou) en cherchant à diminuer les dépenses publiques réputées improductives : réduction du salaire des fonctionnaires, suppression d'emplois publics, nouvelles taxes, baisse des prix par voie d'autorité. 

Son objectif était de redresser les finances du pays sans avoir à dévaluer la monnaie, le maintien d’un franc «fort» étant devenu une cause nationale.

Mais du fait de l'abrupte diminution des recettes, la dette publique n’a cessé de se dégrader au fil des mesures de rigueur. Le mécontentement social a abouti à lavictoire du Front populaire, lequel a dû se résoudre à dévaluer la monnaie.

- la zone euro en 2011 :

Aujourd'hui, confrontés à une nouvelle crise financière, à la montée du chômage et à la désindustrialisation, nos dirigeants reprennent sans en avoir conscience la même politique déflationniste que Brüning et Laval, à cette différence près qu'ils l'ont rebaptisée «rigueur».

Ils roulent sans rétroviseur, ignorants des leçons de l’Histoire. Cela les porte à se fier à leurs conseillers et «experts», des gens très intelligents... aux avis discutables.

Jacques Attali, expert distrait

Jacques Attali est l'un de ces «conseillers du Prince». Brillant, médiatique... et parfois mal inspiré. On recommande pour se distraire la lecture du rapport qu’il a remis à Nicolas Sarkozy en janvier 2008, six mois après l’éclatement de la«crise des subprimes» :

«L’Italie, le Portugal, la Grèce et plusieurs nouveaux États membres ont (...) mené des réformes courageuses, pour contrôler leurs dépenses publiques, moderniser leur administration, et mieux recruter leurs agents publics. L'Espagne a œuvré pour l'accès de tous à la propriété du logement, dans une économie en quasi plein-emploi» (page 13 du rapport : 300 décisions pour changer la France).

Derrière la rigueur, arrière-pensées et erreurs d'analyse
- le culte d'une monnaie «forte» :

Comme dans l'entre-deux-guerres, les dirigeants européens cultivent le culte d’une monnaie «forte», autrement dit dont le taux de change par rapport aux autres devises (dollar, yen…) est maintenu aussi haut que possible.

Ils y voient une sécurité pour les personnes qui vivent de placements financiers : l'oligarchie des «1% les plus fortunés» (la formule est de Thomas Piketty), les gros épargnants et les gestionnaires des fonds de placement.

En effet, si le taux de change de la monnaie vient à diminuer, les importations deviennent plus coûteuses et entraînent une relance de l'inflation.

Les salariés peuvent s'en accommoder en réclamant des augmentations de salaires comme au début des années 1980. En revanche, les rentiers auxquels les placements financiers procurent des intérêts fixes voient leur pouvoir d'achat diminuer.

Cette perspective est insupportable en particulier aux Allemands qui, faute de relève démographique, comptent sur leurs placements financiers pour assurer leurs vieux jours.

- tromperie sur les traités :

Depuis la conclusion du traité de Maastricht, en 1992, les dirigeants européens poursuivent donc l’objectif de faire de l’euro un nouveau mark. Ils comptent pour cela sur la nouvelle Banque Centrale Européenne (BCE) dont l'unique objectif est de préserver la zone euro de l'inflation en restreignant les facilités de crédit.

Ils oublient ce faisant que la «force» du mark était la conséquence naturelle de la puissance exportatrice de l'Allemagne et non l'effet d'une politique volontariste. 

Trompant leurs attentes, la monnaie unique n’a pas rapproché les conditions de vie et encore moins stimulé les économies les plus faibles. Elle a au contraire élargi le fossé entre l’ancienne «zone mark» et le «Club Med» (les pays méditerranéens : Grèce et Chypre, Italie, Espagne, Portugal... et France). Au lieu de la convergence attendue, on observe une «divergence» qui n'en finit pas de s'aggraver comme l'attestent les déséquilibres commerciaux à l'intérieur de l'Europe (voir plus loin).

Les dirigeants européens ont donc fait une dramatique erreur de diagnostic sur la monnaie unique. Ils se sont aussi fourvoyés avec le traité de Lisbonne de 2008, simple variante du traité constitutionnel qu’ont rejeté les Français et les Hollandais par référendum.

On s’aperçoit que ce traité ne tient aucune des promesses de ses parrains, car il privilégie les négociations en coulisses et la cooptation de responsables par des comité restreints, au détriment d'un véritable pouvoir légitimé par le suffrage universel. Déjà, l’on s’active à préparer un nouveau traité.

- l’endettement public et ses causes véritables :

Aujourd'hui, ces mêmes dirigeants, tous bords confondus, persistent  dans leur erreur originelle. Plutôt que de remettre en cause l'euro «fort», ils préfèrent attribuer l’origine de nos malheurs aux États qui s’endettent pour payer des fonctionnaires et verser des aides sociales à gogo.

Ils sont comme de mauvais médecins qui, à un malade fiévreux, proposeraient un bain d’eau glacée pour faire tomber la température. Les bons médecins savent quant à eux que la température est le symptôme du mal et non sa cause. La guérison demande qu'on traite cette cause et non qu'on fasse disparaître le symptôme. 

Dans les États sud-européens du «Club Med», le déficit budgétaire est le moyen par lequel l’organisme social tente de lutter contre le mal qui le ronge. Ce mal, on va le voir, a nom désindustrialisation et déficit des échanges commerciaux. Il a des remèdes qui ne sont pas ceux de Brüning et Laval mais sont conformes au libéralisme le plus classique, celui d'Adam Smith et John Maynard Keynes...

Comment on en est arrivé là

Dans les années 1970 émergent deux phénomènes distincts qui vont finir par se rapprocher et coaguler pour aboutir à la crise que nous connaissons : 1) la privatisation partielle de l'impôt par le recours des États à l'emprunt ; 2) la libéralisation des échanges et l'ouverture des frontières sans souci de réciprocité.

- privatisation partielle de l'impôt :

Remontons à la fin des «Trente Glorieuses». Le 15 août 1971, le président américain Richard Nixon, confronté à de graves difficultés monétaires, suspend la convertibilité du dollar en or. Du coup, le dollar se met à «flotter» et toutes les monnaies avec lui. En 1973 est décidé l’abandon de la fixité des taux de changes des monnaies par rapport au dollar.

Triomphe de la théorie monétariste

Dans l'incertitude généralisée des années 1970, les possédants et les dirigeants se rallient à la théorie monétariste de Milton Friedman, chef de file de l’«école de Chicago».

Ce dernier voit la clef de la prospérité dans la maîtrise de la masse monétaire par la banque centrale, à travers le maniement des taux d’escompte. C’est ce qui le distingue des anciens économistes, d’Adam Smith à son ennemi John Maynard Keynes, qui concentraient leur attention non sur la monnaie mais sur la production et l'échange de biens et services.

Friedman reprend à son compte les thèses de l’économiste Friedrich Hayek. Celui-ci, révulsé par les systèmes totalitaires (nazisme et communisme), a fondé en 1947 une école ultralibérale ou libertarienne dénommée «Société du Mont-Pèlerin» qui préconise la privatisation des services d'intérêt général et la réduction de l’impôt à sa plus simple expression.

Dès lors, les dirigeants occidentaux vont, sans le vouloir, donner le pouvoir aux détenteurs de capitaux.

Côté français, dès le 4 janvier 1973, l’État s'interdit d’emprunter directement à la banque centrale, autrement dit de «faire marcher la planche à billets».

Pour le président Georges Pompidou et son ministre des Finances Valéry Giscard d'Estaing, l’objectif est de consolider la croissance économique et d’éviter des dérapages comme la dévaluation de 1969. Ils veulent dissuader l’État de s’endetter ou du moins lui rendre la chose plus coûteuse et plus risquée.

Mais comme souvent avec une loi mal pensée, ces bonnes résolutions vont aboutir à un effet exactement contraire sous la pression des gestionnaires de fonds de placement, qui gèrent les grosses fortunes tout comme l'épargne de M. Toulemonde,

Guidés par leur intérêt bien compris, ils saisissent très vite l’avantage de prêter à l’État ou de travailler pour lui, avec des rendements constants et garantis, plutôt que d’investir dans l’industrie et l'innovation, avec tous les risques et les aléas que cela représente.

- D'une part, ils dissuadent l'État de se débrouiller avec les prélèvements obligatoires (impôts et taxes), qui ont l'avantage d'être «gratuits» (les contribuables ne touchent aucun intérêt en contrepartie de leurs versements au Trésor) ; ils  l'incitent à emprunter contre intérêt les compléments de ressources dont il a besoin. L'État se laisse tenter par cette solution de facilité qui évite des augmentations d'impôt impopulaires. 

- D'autre part, ils mettent en avant les préconisations de Friedrich Hayek et, sous prétexte d’une plus grande efficacité, poussent l'État à privatiser ou concéder au privé les services d’intérêt collectif (eau, énergie, transports, télécoms, santé…).

Le résultat est sans appel. La loi Pompidou-Giscard a abouti à un effet exactement contraire à son objectif : de 1975 à nos jours, l’État n’a plus jamais eu de budget à l’équilibre.

Dans les années 2000, une nouvelle étape a été franchie dans l'affaiblissement de la puissance publique avec les «partenariats public-privé». Les détenteurs de capitaux investissent dans des projets publics (autoroutes, hôpitaux...) en échange d'une confortable rétribution périodique, d'un montant garanti et sans risque. Il s’ensuit une «privatisation» des finances publiques comme dans l'Ancien Régime, quand le roi dépendait du bon vouloir des fermiers généraux.

- l'Europe qui rit, l'Europe qui pleure :

Le dogme néolibéral, mixture de Friedman et Hayek, a fait du taux de profit des grandes entreprises le seul et unique critère de bonne gestion d’un pays.

C'est dans ce contexte que l'Europe a ouvert les frontières aux biens du tiers-monde et de la Chine. On a ainsi permis à nos importateurs de la grande distribution et de la grande industrie de s’approvisionner à des prix «asiatiques» et de vendre à des prix «européens» en se réservant au passage un profit confortable. En conséquence de quoi les industries fragiles du «Club Med» ont commencé de décliner.

Les industries plus solides de l’autre partie de l’Europe, l’ancienne «zone mark», ont quant à elles beaucoup mieux résisté car spécialisées dans les biens d’équipement et à haute valeur ajoutée qui trouvent preneur dans tous les pays émergents. 

Mieux encore, ces industries ont bénéficié d’un deuxième souffle avecl’établissement de la zone euro en 1999 qui leur a facilité la conquête des marchés du «Club Med». Celui-ci s’est trouvé doublement frappé, de face par la concurrence asiatique et dans le dos par ses «partenaires» de la zone euro.

Le «Club Med» a donc vu ses exportations chuter de manière dramatique. Ainsi, fait proprement inouï, la France, dont on n’a de cesse de vanter la vocation agricole, a même été dépassée en 2007 par l’Allemagne dans les exportations agro-alimentaires.

En 2011, le déficit commercial de la France a atteint un record de 70 milliards d'euros (3,5% du PIB) mais le déficit commercial de la zone euro avec le reste du monde n'a été que de 7 milliards d'euros. C'est le signe que les déséquilibres commerciaux apparus avec la mise en place de l'euro concernent l'Union européenne elle-même bien plus que ses relations avec les pays émergents et la Chine.

Le déficit commercial caractérise une nation qui consomme davantage qu'elle ne produit. Cette situation est insoutenable sur le long terme car on imagine mal que les étrangers livrent à cette nation leurs marchandises sans contrepartie, ce qui reviendrait à en faire cadeau.

La contrepartie nécessaire prend donc la forme d'un crédit, soit que les vendeurs étrangers placent leur surplus de monnaie dans des entreprises et des biens durables, soit qu'ils prêtent ce surplus à l'État. Dans l'un et l'autre cas, ils prennent un gage sur le pays en vue de se rembourser plus tard de leurs ventes. 

La nation déficitaire, de son côté, a l'avantage de récupérer la monnaie qui lui a échappé. De la sorte, elle préserve peu ou prou les circuits économiques intérieurs et donc la paix sociale, quitte à ce que des prestations sociales viennent remplacer lles salaires des ouvriers réduits au chômage par la baisse des exportations...

- la dette anti-douleur :

Mais le déficit commercial peut aussi être très simplement corrigé par une dévaluation de la monnaie nationale : payées en devises étrangères, les importations coûtent plus cher aux nationaux ; quant aux exportations, elles reviennent moins cher aux étrangers ; l'équilibre de la balance commerciale se rétablit de la sorte sans douleur, quoiqu'il aboutisse à une baisse de la consommation globale. 

La baisse de la consommation varie entre tout ou rien du déficit antérieur. Tout dépend de la réactivité des entreprises à la demande étrangère : 
- Si, faute de main-d'oeuvre qualifiée disponible, la nation est incapable d'augmenter ses exportations, elle ne peut compter que sur la diminution des importations pour résorber son déficit ; cela se fait au prix d'une baisse de la consommation et donc du niveau de vie. 
- Si la nation peut augmenter tant et plus ses exportations, elle va pouvoir résorber son déficit commercial en mettant au travail une fraction de ses chômeurs et sans subir aucune baisse du niveau de vie.
- La réalité, habituellement, se situe entre ces deux cas extrêmes.

Quand toutefois la dévaluation n'est pas possible, comme c'est aujourd'hui le cas avec une monnaie supranationale, l'euro, qui, pire que tout, réunit des pays exédentaires (l'Allemagne) et des pays déficitaires (la France), la réduction du déficit commercial devient autrement plus hasardeuse...

De toute façon, pas d'autre solution que de réduire les importations d'une part, augmenter les exportations d'autre part : 
- La réduction des importations implique une baisse de la demande, donc une baisse des salaires et/ou une hausse des taxes : ces dispositions, impopulaires et difficiles à mettre en oeuvre car elles requièrent des «usines à gaz» fiscales, sont du même type que les politiques «déflationnistes» des années 1930. 
- L'accroissement des exportations, avec une monnaie inchangée, suppose une baisse drastique des coûts de production. On peut imaginer là aussi, par voie d'autorité, une baisse des salaires. L'expérience atteste l'irréalisme de la démarche (pour être acceptée par l'opinion, cette baisse doit-elle être progressive en fonction des salaires? doit-elle porter aussi sur les revenus du capital?...).

Il n'y a pas d'autre solution que de réduire par voie d'autorité les importations et de tenter d'augmenter les exportations se sont refusé à réduire leur consommation de biens importés. C’est humain : dans une société fragmentée et inégalitaire, aucune catégorie sociale n'a envie d'être la première à sacrifier son bien-être pour le bien commun, craignant trop que d'autres en profitent pour s'éviter la corvée. Et les hommes politiques les ont suivis dans cette voie. C’est aussi humain. Ils ont utilisé le crédit de l’État pour emprunter à l’étranger de quoi compenser le déficit.

Ces emprunts, ils les ont convertis en emplois plus ou moins improductifs pour compenser ceux qui disparaissaient dans les activités exportatrices : éducateurs de rue, animateurs culturels, fonctionnaires, emplois dans les entreprises qui servent l’État (BTP, concessionnaires de services publics…), gardiennage...

Ils les ont aussi convertis en aides sociales et en logements pour préserver la paix sociale, ou encore en subventions à fonds perdus à l'industrie dans l'attente de jours meilleurs. Ainsi les patrons, ingénieurs et techniciens du groupe Dassaultreçoivent-ils bon an mal an 800 millions par an pour continuer de produire un avion, le Rafale, dont personne ne veut à l'exportation. 

La dette publique est donc devenue l’indispensable soupape qui évite à la société d’exploser, aux jeunes de crier leur désespoir et aux ménages les plus défavorisés de planter leur tente dans la rue.

La crainte d’une explosion sociale ou tout simplement d’un échec électoral conduisent les responsables, y compris les plus orthodoxes, à lâcher très régulièrement du lest : «plans de relance», aides d’urgences, cadeaux fiscaux, baisses de TVA, créations d'emplois à l'utilité douteuse...

Le lien entre le déficit commercial et la dette publique apparaît sans surprise dans les chiffres. En France, la dette publique a momentanément décru en 1998, quand la balance commerciale a retrouvé un solde positif. Elle croît de plus belle depuis 2007 tandis que le déficit commercial atteint des records.

Le phénomène est connu aux États-Unis sous le nom de «twin deficits», les déficits jumeaux du commerce extérieur et des finances publiques : par le premier, le pays s'appauvrit, par le second, l'État démocratique, soumis à la pression des électeurs, tente d'atténuer cet appauvrissement ou d'en retarder les effets.

Les économistes Patrick Artus et Laurence Boone en font le constat : «Aujourd’hui, le secteur privé se désendette, les banques essaient de réduire la taille de leurs bilans et c’est donc l’endettement des États qui assure le financement du déficit extérieur». Ils en tirent cette conclusion sans appel : «Si un pays a un déficit extérieur dû à sa structure économique qu’il ne peut faire disparaître, il n’a pas d’autre solution que de sortir de l’euro et de dévaluer fortement» (Les Échos, décembre 2011).

Pourtant, comme le déplore le journaliste Jean-Michel Quatrepoint, «il n’y a jamais eu de véritable débat, en dehors de quelques cénacles, sur le lien de cause à effet entre les déficits commerciaux, budgétaires et la dette publique. C’est pourtant le cœur du problème» (Mourir pour le yuan ?, 2011).

L’État n’est pas M. Toulemonde

Face à leurs contradicteurs, les thuriféraires de la rigueur ont un argument frappé du bon sens : les États sont comme les ménages ; ils ne peuvent pas s’endetter indéfiniment. Mais cette analogie est fallacieuse, aussi simpliste que l’idée selon laquelle le Soleil tournerait autour de la Terre parce qu’on le voit se lever à l’Est et se coucher à l’Ouest.

Les ménages sont entièrement dépendants de leur environnement (à l’exception de quelques foyers paysans qui vivent - ou vivaient - plus ou moins en autarcie).

Ce n’est pas le cas des États. Ils sont assimilables à un système autonome, où chaque acteur achète et vend à ses concitoyens.

Les ouvertures sur l’extérieur (importations et exportations) sont normalement autorégulées par la monnaie : si le montant des importations vient à dépasser celui des exportations, le déséquilibre est tôt ou tard corrigé par une dévaluation. Les États peuvent donc éteindre leur déficit commercial et aussi bien leur dette extérieure en ajustant le cours de leur monnaie, voire, dans les cas les plus graves, en faisant banqueroute.

Veillons toutefois à bien distinguer les emprunts souscrits par des étrangers des emprunts de l’État auprès de ses sujets ; ces derniers sont assimilables à un impôt négatif ou une allocation versée aux épargnants ; ils peuvent être résorbés à tout moment par une augmentation des impôts ou une diminution des dépenses.

L'Europe à la recherche d'une solution
Dette intérieure : le cas japonais

Si un État laisse normalement sa monnaie s’ajuster sur ses capacités d’exportation, il n’a pas de déficit commercial durable et donc pas de dette vis-à-vis de l’extérieur.

C’est ce que l’on observe avec le Japon. L’État s’est rallié comme tous les autres à l’idéologie ultralibérale. Il a très largement privatisé ses services collectifs et s’est endetté plus qu’aucun autre.

Depuis vingt ans, le pays est frappé d’une crise d’asthénie, avec une croissance très faible et un chômage à la hausse. Il n’empêche qu’il demeure solide et résiste aux «marchés» aussi bien qu’à la catastrophe de Fukushima.

Son secret ? La libre fluctuation du yen lui permet de conserver bon an mal an un excédent commercial appréciable (exception faite en 2011, Fukushima oblige). De sorte que l’État, si libéral qu’il soit, n’a pas besoin de s’endetter à l’étranger. Toute sa dette est prise en charge par les citoyens japonais.

Cette dette intérieure n’est pas un mal en soi. C’est un cadeau fait aux riches citoyens du pays, en quelque sorte un impôt négatif versé sous forme d’intérêts. Mais c’est aussi une manière de rendre ces citoyens solidaires de leur patrie ; la sécurité de leurs placements dépendant en effet de la solidité de l’État.

Dette extérieure : le cas occidental

Les «twin deficits» ou déficits jumeaux des États-Unis et de l’Union européenne n’ont rien à voir avec cette dette japonaise. Ils comportent une dette publique surtout souscrite  par les investisseurs internationaux, essentiellement les fonds souverains des États en excédent commercial : pays exportateurs de pétrole et pays émergents (Chine, Brésil...).

Bien plus que d’une «privatisation» de l’impôt, il s’agit d’une anticipation sur des exportations hypothétiques à venir, qui vient compenser un excès d’importations bien réel.

Pour un État donné, le total de la dette extérieure doit équivaloir à peu de chose près au cumul du déficit commercial.

Logiquement, pour un État donné, l’addition de la dette publique souscrite par des étrangers et des investissements d’origine étrangère équivaut à peu de chose près au déficit commercial (excédent des importations sur les exportations). Comme on l’a vu plus haut, la dette publique vient en réaction à ce déficit commercial. Les devises accumulées par les États créanciers tendent à être aspirées par les États débiteurs.

Ce mouvement est irrésistible : sans la possibilité pour les créanciers de prêter ou d’investir dans les États débiteurs, il y aurait destruction de monnaie sans profit pour quiconque ; d’autre part, les États débiteurs seraient instantanément entraînés dans la spirale de l’appauvrissement avec un alignement à la baisse des importations sur les exportations…

Autant dire que les efforts de l’exécutif français pour réduire la dette, en bon continuateur de Laval, ne seront d’aucun effet tant que les exportations continueront de baisser plus vite que les importations.

- retour au libéralisme classique :

Par manque de sens politique et de flair historique, les néolibéraux qui orientent les affaires européennes ne perçoivent pas le caractère insoutenable des actuelles«politiques de rigueur» qu’en d’autre temps on eût appelé «politique de déflation».

Aujourd’hui comme dans les années 30, en Grèce et dans les autres pays du «Club Med», la réduction des dépenses de l’État entraîne ipso facto une baisse de l’activité et donc des recettes fiscales, sans pour autant réduire le déficit commercial. Bien au contraire : avec une production intérieure qui fléchit, les consommateurs ont plus que jamais tendance à acheter des biens importés !

Y a-t-il à cela une alternative ? Oui, clairement. Elle se déduit aisément de la comparaison du Japon et de l'Occident et consiste à appliquer à l’Europe les recettes normales du libéralisme classique : équilibrer la balance commerciale.

La solution la plus évidente, conforme aux canons libéraux classiques, est de laisser filer la monnaie : cela donne automatiquement un coup de fouet aux exportations en les rendant moins chères sur les marchés extra-européens ; cela freine aussi les importations, en augmentant leur coût. Pour les citoyens, il s'ensuit une augmentation des prix sur les produits importés (notamment pétrole et gadgets électroniques) plus facile à encaisser que des mesures de rigueur législatives d'une mise en oeuvre difficile et à l'effet contestable. 

D'autres solutions sont envisagées par les économistes :

1- réduire les charges sociales qui pèsent sur les entreprises en les compensant par une hausse de la TVA : c'est une  façon détournée de rétablir des «droits de douane» ; elle se traduit par un enchérissement des importations tandis que sur les produits locaux, l'augmentation de la TVA est en peu ou prou compensée par la baisse des charges sur le coût de la main-d'oeuvre.

Encore faut-il que la hausse de la TVA soit ciblée sur les produits importés ; c’est un non-sens d’augmenter la TVA sur les produits de base de 5,5% à 7% comme l’a fait le gouvernement français, tandis que la TVA sur les produits manufacturés, majoritairement importés, demeurent à 19,6%.

2- réorienter les dépenses publiques vers le soutien aux industries exportatrices : mieux vaut par exemple soutenir la Recherche & Développement par des subventions ou des exemptions de taxes, ou encore par des aides aux jeunes chercheurs.

Il est regrettable là aussi que l’État français préfère se dépouiller de 3 milliards de recettes fiscales au profit des restaurants...

Soit ces solutions sont appliquées aux limites de la zone euro, de façon à favoriser les exportations vers les pays tiers et freiner les importations, nonobstant quelques accords privilégiés avec des pays voisins et amis (Tunisie, Israël, Turquie, Maroc…) ; dans ce cas, avec la relance de l'activité, les États pourront sans douleur réduire les dépenses publiques et résorber leur dette ; l’euro pourra être sauvé et pérennisé.

Soit, en l’absence d’accord européen, les pays les plus touchés, l’un après l’autre, de la Grèce à la France, seront obligés de prendre des dispositions nationales en catastrophe : sortie de la zone euro et dévaluation massive.

Dans cette dernière éventualité, le choc sera rude dans tous les cas mais pourra être bref et salutaire. L’Argentine en a fait l’expérience en 2001 et l’Islande en 2008. Ces pays victimes d’une monnaie gravement surévaluée ont pu retrouver le chemin de la croissance et de la paix sociale, après de sérieux tangages.

Avant cela, la France elle-même a connu en 1983 une vigoureuse politique de redressement des finances publiques qui a pu être menée à bien parce qu'elle avait été précédée d'une forte dévaluation. La résorption du déficit commercial avait permis celle de la dette publique. 

- l’obstacle allemand :

Laisser filer l’euro, cela peut se faire de façon indolore, aux dires des spécialistes, en autorisant la Banque Centrale Européenne à souscrire des  «euro-obligations»(ou  «eurobons», en anglais «eurobonds») émis par l’Europe ou le fonds européen de stabilité, autrement dit à «faire marcher la planche à billets».

Si la solution a été jusqu’ici rejetée avec la dernière énergie par les dirigeants européens, au premier rang desquels les Allemands et l'ex-gouverneur de la BCE Jean-Claude Trichet, c’est parce qu’elle entraînerait une remontée de l’inflation à l’intérieur de la zone euro.

Les Allemands s’accrochent plus que quiconque au dogme de la stabilité monétaire : curieusement, ils  semblent avoir oublié la politique déflationniste de Brüning mais entretiennent le souvenir de l’hyperinflation de 1923, une situation anormale directement liée à la défaite de 1918.

Faute d’avoir des enfants en nombre suffisant pour les relayer aux commandes de leurs entreprises, ils comptent aussi sur leur épargne pour assurer leurs vieux jours et craignent qu’elle ne fonde si l’euro venait à se dévaloriser.

Ainsi les pacifiques Allemands de ce début du XXIe siècle pourraient-ils entraîner malgré eux l'Europe dans un nouveau drame... faisant mentir ceux qui voient l'unification de l'Europe comme un facteur de paix, ce qu'elle n'est pas et n'a jamais été.

 

Par Joseph Savès - Publié dans : Documents
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Mercredi 30 mai 2012 3 30 /05 /Mai /2012 15:00

Le 4 avril 1960, par un accord avec le gouvernement du général de Gaulle,Léopold Sédar Senghor obtient l’indépendance de la Fédération du Mali, qui réunit le Sénégal et le Soudan français, deux colonies de l’Afrique occidentale française (AOF) .

L’indépendance est effective le 20 juin suivant. Mais dès le 20 août, le Sénégal se retire de la fédération. Cinq jours plus tard, Léopold Sédar Senghor devient le Président de la nouvelle République, avec une Constitution calquée sur celle de la Ve République.

Entre Sahel et Océan

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Le Sénégal et le Mali : sites anciens et actuels, frontières actuelles (droits réservés : Herodote.net et Alain Houot)Grand comme le tiers de la France (196.000 km2), le Sénégal compte 13 millions d’habitants en 2011 (2,5 millions à l’indépendance, un demi-siècle plus tôt). Bordé à l’Est et au Nord par le fleuve Sénégal, à l’ouest par l’Océan atlantique, c’est un pays très plat, avec un climat sec et par endroits semi-désertique.

Il est traversé en son milieu par un fleuve côtier, la Gambie, dont la vallée, colonisée par les Britanniques, constitue aujourd’hui un petit État anglophone indépendant. Cela a pour effet d’entraver les communications entre Dakar et le sud du Sénégal, la Casamance.

Le drapeau du SénégalLe Sénégal est la plus ancienne de toutes les colonies françaises d’Afrique noire et reste fidèle à la langue de Molière, principal facteur d’unité et d’ouverture sur le reste du monde. Son régime démocratique s’est maintenu envers et contre tout sous l’autorité de seulement trois présidents en un demi-siècle : les socialistes Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf, le libéral Abdoulaye Wade.

La corruption et la pauvreté n’en sont pas moins extrêmes et le pays a eu le douteux privilège de tomber dans la catégorie des PMA (pays les moins avancés).

Premiers contacts avec l’Europe

L’histoire ancienne du Sénégal demeure mal connue en l’absence de documents écrits. Jusqu’à l’époque coloniale, le territoire n’a pas d’unité politique.

Sur les rives du fleuve Sénégal se rencontrent au premier millénaire de notre ère les Maures ou Berbères, nomades du Sahel, et les Noirs de la savane, Ouolofs et Sérères.

Les terres humides de la Casamance, au sud du fleuve Gambie, sont cultivées par d’autres populations noires, les Diolas. Plus à l’ouest et jusque dans le massif du Fouta Djalon, dans l’actuelle Guinée, on rencontre des populations au teint cuivré, les Toucouleurs et les Peuls.

Le nom des Toucouleurs dérive d’un très ancien royaume, le Tekrour, converti à l’islam sans doute dès avant l’An Mil. Ce royaume est contemporain d’un autre royaume sahélien, le Ghana.

En 1048, sur une île du fleuve Sénégal, des musulmans maures cèdent à l’appel d’un prédicateur et se lancent dans la guerre sainte. Sous le nom d’Almoravides, ils vont détruire le royaume du Ghana mais aussi conquérir le Maroc, remonter jusqu’en Espagne et repousser les chrétiens en guerre contre les royaumes musulmans d’al-Andalous. C’est le premier contact direct entre le Sénégal et l’Europe !

Au sud du fleuve Sénégal, au Moyen Âge, le Tekrour passe sous la suzeraineté du Mali, nouvel empire sahélien établi dans le bassin du Niger. Il laisse la place à un nouvel État, le Fouta, lequel éclate en plusieurs petits États.

Sur la route des Indes

L’arrivée des premiers Européens sur le littoral sénégalais remonte à la Renaissance. Il s’agit de pêcheurs et de marchands originaires du Portugal ou encore de Normandie (Dieppe).

Désireux d’atteindre l’Asie des épices en contournant l’Afrique, les Portugais s’installent en 1444 sur l’île de Gorée, en face de la presqu’île du Cap-Vert et de l’actuelle ville de Dakar. Ils établissent aussi un comptoir un peu plus au sud, sur la Petite-Côte, à Rufisque.

Au XVIIe siècle, c’est la traite des esclaves qui attire les Européens dans les parages. Les Hollandais s’emparent de Gorée en 1617. Les Français ne sont pas en reste. Des bourgeois de Rouen et Dieppe créent en 1624 la Compagnie de Sénégal et de Gambie, qui se fait accorder par Richelieu un monopole sur la traite des esclaves.

Le comptoir de Saint-Louis (ou Fort-Saint-Louis), ainsi nommé en l’honneur du roi Louis XIV, est fondé en 1659 par un agent de la Compagnie. Il va rester possession française pendant trois siècles, jusqu’à l’indépendance du pays. Ses habitants, métissés et très divers, adressent des cahiers de doléances aux états généraux de 1789.

Quatre siècles de métissage

Dès le XVIe siècle, pour se consoler de l’absence de leur épouse, les négociants portugais de Rufisque se mettent en ménage avec de jeunes Africaines. Ces dames donnent le jour à une population métissée originale, de religion catholique et de langue portugaise, les Signares (déformation de Senhoras, dames en portugais).

Endogame, cette population constitue au XVIIIe siècle la bourgeoisie locale de Rufisque mais aussi de Gorée puis de Saint-Louis, au nord. Parmi ses rejetons les plus célèbres, notons le philosophe Gaston Berger, né à Saint-Louis-du-Sénégal, et son fils, le chorégraphe Maurice Béjard.

En 1677, les Français occupent Gorée et plus tard Rufisque. Sous la direction de laCompagnie des Indes orientales, qui a pris le relais de la précédente compagnie, la traite bat son plein avec un maximum de 2000 esclaves par an convoyés de Saint-Louis aux Antilles.

Le souvenir de ce «commerce infâme» est entretenu à Gorée, dans la maison d'une ancienne Signare, rebaptisée Maison des esclaves, bien que l'île elle-même n'ait jamais servi de base de départ pour les navires négriers.

La Maison des Esclaves, sur l'île de Gorée (ancienne maison de la Signare Anne Pépin)

Mais les Anglais se tiennent à l’affût et, plusieurs fois au cours du XVIIIe siècle, s’emparent des comptoirs sénégalais. La France les recouvre définitivement au Congrès de Vienne en 1815 mais n’en prend possession qu’en 1817. La frégate La Méduse, envoyée dans ce but à Saint-Louis en 1816, fait naufrage en route avec le retentissement artistique que l’on sait.

La «mission civilisatrice» de la France

Suite à l’abolition de la traite et de l’esclavage, les commerçants de Saint-Louis se tournent vers le trafic de la gomme arabique. Extraite de la sève d’acacia et très prisée par l’industrie chimique, elle leur est livrée par les populations de l’intérieur, Ouolofs, Maures et Toucouleurs.

Mais ce commerce ne va pas sans inconvénients : l’insécurité est grande et les Maures prélèvent un tribut sur les livraisons.

Les commerçants font pression sur le gouvernement français pour sécuriser le territoire. Leurs réclamations sont entendues par les hommes politiques et les chefs militaires désireux de constituer un nouvel empire colonial après la perte du premier (Saint-Domingue, Nouvelle-France, Louisiane, Indes…). D’aucuns voient même dans le Sénégal un substitut à l’ancienne colonie de plantation de Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti) mais leurs tentatives d’y créer des plantations vont régulièrement échouer.

LE PRINCE DE JOINVILLE ASSISTANT A UNE DANSE NEGRE A L'ILE DE GOREE (SENEGAL) .DECEMBRE 1842 (Auguste Nousveaux, 1846, musée de Versailles)

Sous le règne de Napoléon III, le gouverneur Louis Faidherbe réalise le souhait des commerçants de Saint-Louis.

Il soumet les Ouolofs et repousse les Maures ainsi que le chef toucouleur El-Hadj Omar. Il constitue également le corps des tirailleurs sénégalais, sur le modèle des zouaves algériens. Il va s’illustrer dans la colonisation de l’Afrique noire, sous la IIIe République mais aussi dans les deux guerres mondiales.

Une fois la sécurité assurée, Faidherbe constitue autour de Saint-Louis la première colonie française d’Afrique noire et d’emblée, se soucie d’éduquer dans la langue française les enfants des chefs et princes locaux.

Le gouverneur donne à la colonie un nouveau port, Dakar, qui ne tarde pas à supplanter Saint-Louis. Dakar devient la capitale du Sénégal puis, en 1904, de l’Afrique occidentale française. C’est aujourd’hui une mégapole de 4 millions d’habitants qui concentre l’essentiel des maigres ressources du pays.

Faidherbe introduit aussi avec succès un oléagineux d’origine mexicaine, l’arachide. Cultivées par les petits paysans locaux, les cacahuètes sont exportées vers la métropole et transformées en huile alimentaire. Elles deviennent rapidement la première exportation du pays.

Sous la IIIe République, des gouverneurs tel Joseph Gallieni poursuivent l’œuvre de Faidherbe, au nom de la «mission civilisatrice» de la France, exaltée par le ministreJules Ferry. Dakar devient la base de départ de la conquête de l’Afrique occidentale, essentiellement le Sahel et le bassin du haut Niger.

En 1916, privilège exceptionnel : en vertu de l’ancienneté de leurs liens avec la métropole, les habitants des «quatre communes» de Saint-Louis, Rufisque, Gorée et Dakar obtiennent la citoyenneté française.

La ville de Rufisque en 1912
Métissage culturel et émancipation

Au tournant du XXe siècle, le Sénégal, création artificielle divisée en cercles administratifs, commence à ressembler à un État. Il réunit des populations qui, si diverses soient-elles, prennent l’habitude de cohabiter en paix.

Les Diolas et les Sérères se montrent ouverts à la prédication chrétienne. Mais la grande majorité des animistes se rallie peu à peu à l’islam, un islam assez particulier qui accorde aux femmes une place active dans la vie publique et économique.

Un islam africain

Amadou Bamba, marabout fondateur de la confrérie des MouridesVers 1886, le marabout Amadou Bamba fonde la confrérie islamique des Mourides.

Une grande partie des Ouolofs se rallient à elle avec ferveur.

Tout musulmans qu’ils soient, ils se tournent non plus vers La Mecque, la ville du prophète Mahomet (Mamadou en ouolof), mais vers Touba, la ville sainte du mouridisme, qui abrite le tombeau du vénéré marabout, à l’est de Dakar.

Depuis l’indépendance, la confrérie s’est considérablement enrichie en développant la monoculture de l’arachide, au risque d’épuiser les sols, et en s’attribuant le monopole de sa commercialisation.

Cela lui vaut un poids écrasant dans la vie du pays.

Léopold Sédar Senghor (1906- 2001)Produit exemplaire de la colonisation et premier Africain à obtenir l’agrégation (grammaire), Léopold Sédar Senghor met la culture française au service de l’émancipation de son pays et de l’Afrique.

Avec le Martiniquais Aimé Césaire et quelques autres intellectuels, il invente en 1932 le concept de«négritude», exalte les cultures africaines et l’Art nègre, et revendique le droit à l’indépendance pour les peuples colonisés.

Après la Seconde Guerre mondiale, le poète est élu député et participe à des gouvernements de la IVe République. Quand le général de Gaulle prend le pouvoir à Paris, il négocie avec lui l’indépendance des colonies africaines.

Un demi-siècle d’indépendance

Deux ans après l’indépendance, Mamadou Dia, rival malheureux du président Senghor, tente un coup d’État et se voit condamné à la prison à vie. Adossé à la protection militaire de la France, le Sénégal ne connaîtra dès lors plus d’autre tentative de coup d’État.

En 1981, après vingt années de pouvoir, Léopold Senghor se retire à Normandie, dans la région de sa deuxième épouse, et transmet le pouvoir à son Premier ministre Abdou Diouf. Celui-ci tente en 1982 de constituer une confédération avec la Gambie, micro-État anglophone enclavé dans le Sénégal mais l’union se rompt dès 1989.

La même année, la tension monte entre le Sénégal et son voisin du nord, la Mauritanie. Des commerçants mauritaniens, à Dakar, sont attaqués et pour beaucoup tués. Même chose en Mauritanie pour les résidents sénégalais. On compte des milliers de victimes et de réfugiés.

Usé et malade, Abdou Diouf ne s’accroche pas davantage que son prédécesseur en 2000, quand les élections présidentielles consacrent la victoire de l’éternel opposant, Abdoulaye Wade (65 ans environ), un Ouolof de la confrérie des Mourides.

Le 26 septembre 2002, le mandat de Wade est affecté par le drame du Joola. Ce navire qui fait la navette entre Dakar et la Casamance, sombre avec près de 2000 personnes. L’impéritie des pouvoirs publics est mal ressentie, en particulier par les Diolas de Casamance, qui ont le sentiment d’être délaissés et connaissent une rébellion séparatiste.

C’est le début de désamour entre le vieux président et son peuple. Ce désamour est accentué par l’appauvrissement constant du pays, dont les principales ressources résident dans l’aide internationale et les transferts des émigrants.

Il est accentué par le népotisme du président, lequel, à la différence de ses deux prédécesseurs, ne répartit pas les fruits de la corruption entre les représentants de chaque ethnie mais les réserve à la sienne propre et à sa famille.

Par André Larané - Publié dans : Documents
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Mercredi 30 mai 2012 3 30 /05 /Mai /2012 14:57

Dans les temps anciens, la Syrie désignait l’ensemble du Levant, entre la Méditerranée à l’ouest, le Sinaï au sud, les monts Taurus au nord et l’Euphrate à l’est. 

Elle a été constituée en province par les Romains et les Byzantins puis est devenue le coeur de l'empire arabe des Omeyyades et de celui de Saladin, au XIIIe siècle. Depuis lors et jusqu'à son indépendance, en 1946, elle a été soumise à des puissances étrangères.

La Syrie emprunte son nom au grec ancien. Mais dans le monde arabe, la région est plutôt appelée «Bilad as-sham» («pays de Sham», Sham étant le nom arabe de Damas). Soulignons à ce propos que la capitale de l'État actuel, Damas, est habitée en continu depuis plus de 3500 ans. C’est très certainement la plus ancienne de toutes les villes de la planète.

Les grands sites de la Syrie ancienne

Deir-Moussa, peinture murale (Syrie) (photo : G. Grégor)Située au confluent de tous les grands empires méditerranéens, de l’Assyrie à l’empire ottoman, la Syrie conserve de son passé un très riche patrimoine.

Cinq sites antiques sont classés par l’UNESCO : les anciennes villes d'Alep et Bosra, le Krak des Chevaliers et le château de Saladin, Palmyre et les «villes mortes» du Nord de la Syrie. Ces sites et bien d’autres font l’objet de belles pages illustrées dans ce dossier… [découvrir le patrimoine syrien]

Le berceau des civilisations orientales

Par son appartenance au Croissant fertile et sa proximité avec la région de Sumer, la Syrie est très tôt touchée par les bienfaits de l’urbanisation et de l’écriture.

- Âge du Bronze (2900 à 1200 avant JC) :

Au IIIe millénaire avant JC apparaissent les royaumes d’Ébla, dans la vallée de l’Oronte, et de Mari, sur l’Euphrate. Cette dernière, découverte et explorée en 1933 par l’archéologue André Parrot, a livré des milliers de tablettes d’argile couvertes d’écritures cunéiformes.

Ces archives ont permis de connaître les démêlés de ces royaumes avec leurs voisins de Mésopotamie et notamment Sargon, roi d’Akkad, qui les conquiert vers 2350 avant JC.

Ensuite, par un retournement de situation, les Amorrites, populations sémites de Syrie, s’infiltrent en Mésopotamie et fondent la première dynastie de Babylone.

Au milieu du IIe millénaire, la Syrie devient le théâtre d’affrontements entre les grands empires régionaux, le Mitanni à l’Est, les Hittites au nord et l’Égypte au sud.

Ramsès II à la bataille de Qadesh (d'après un bas-relief du temple d'Abou Simbel)Damas est mentionnée pour la première fois par Thoutmosis III sur un pylône du temple d’Amon à Karnak, après que le pharaon eut fait main basse sur la Syrie par sa victoire sur les Syriens à Megiddo (Palestine) vers 1482 avant JC.

Mais la bataille la plus mémorable est Qadesh, qui met aux prises le pharaon Ramsès II et le roi hittite Hattousil III vers 1274 avant JC. Elle se solde par un match nul… et le mariage du pharaon avec la fille de son adversaire. Ramsès II revendique néanmoins la victoire et pour l’affirmer, lance la construction du magnifique temple d’Abou Simbel, au bord du lac d’Assouan.

Toute l'Histoire du Levant en cartes

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La Syrie et le Levant (cartes d'Alain Houot)
Les premiers États sont apparus dans le Croissant fertile au IIe millénaire avant notre ère.

Depuis cette époque et jusqu'à nos jours, la région a connu d'immenses bouleversements géopolitiques qui se reflètent dans cette série de cartes historiques...

Le temple de la ville hittite d'Ain-Dara, en Syrie, avec les pieds de la divinité (Syrie) (photo : G. Grégor)
- Âge du Fer (1200 à 300 avant JC) :

Au tournant du millénaire, de mystérieux Peuples de la mer mettent à mal l’ordre pharaonique. Alors, l’on voit s’épanouir des sociétés originales sur le littoral syrien : les cités marchandes de Phénicie, auxquelles nous sommes redevables d’une invention majeure, l’alphabet, et les royaumes hébreux, berceau d’une autre révolution, le monothéisme.

À l’intérieur de la Syrie s’infiltrent de nouvelles populations sémites qui parlent une langue originale, l’araméen. Au VIIIe siècle avant notre ère, ces populations se voient agresser par les Assyriens, ivres de conquêtes et de puissance.

À ceux-là, nous devons une invention dont nous nous serions bien passés : la«guerre totale». Les Assyriens déportent d’un bout à l’autre de leur empire les populations vaincues, pour mieux s’assurer de leur soumission. Conséquence inattendue : l’araméen des malheureux Syriens va devenir pour plusieurs siècles la langue de communication de l’ensemble du Moyen-Orient ; ce sera la langue administrative de l’empire perse et la langue usuelle du Christ.

Les Babyloniens à leur tour déportent les peuples vaincus, parmi lesquels les habitants de la Judée. En 539 avant JC, le Perse Cyrus le Grand s’empare de Babylone et délivre les Juifs.

- Périodes hellénistique et romaine (300 avant JC à 600 après JC) :

Deux siècles plus tard, Alexandre le Grand vainc les Perses à Issos. L’ensemble du Moyen-Orient passent sous la coupe des Grecs et basculent vers l’Occident et la Méditerranée.

Monnaie séleucide (tétradrachme à l'effigie de Séleucos 1er), IIIe siècle avant JCAprès la mort d’Alexandre, ses généraux se partagent l’empire. Après force disputes entre les diadoques(«successeurs» en grec), Séleucos s’attribue la Syrie et la Mésopotamie. Il fonde à l’embouchure de l’Oronte une capitale à laquelle il donne le nom de son père, Antiochos (Antioche).

Sa dynastie va régner sur la région jusqu’à l’arrivée des Romains. Elle va diffuser la langue et la culture grecque dans les villes, lesquelles prospèrent grâce au trafic caravanier entre l’Orient et la Méditerranée.

Mais l’empire séleucide est bientôt pris entre deux feux : à l’Est, sur les bords de l’Euphrate, les redoutables cavaliers parthes, à l’Ouest, en Asie mineure, les légions romaines.

Celles-ci affrontent les phalanges séleucides à Magnésie du Sipyle, au nord de Smyrne, en 191 avant JC. Défait, le roi Antiochos III consent à céder aux Romains ses possessions d’Asie Mineure, notamment le royaume de Pergame.

L’empire séleucide, réduit à la Syrie et déchiré par les querelles intestines, est définitivement vaincu par le général Pompée en 64 avant JC et transformé en province romaine.

Peu après, Pompée forme avec César et Crassus un triumvirat en vue de gouverner Rome. Le riche Crassus tente de s’octroyer une gloire militaire qui lui fait défaut en attaquant les Parthes. Mal lui en prend. Son armée est anéantie à Carrhes, en Mésopotamie du nord, le 9 juin 53 avant JC. Lui-même est massacré en allant négocier sa reddition.

L’Euphrate va dès lors constituer une frontière insurmontable. Tout au long de la période islamique, c’est encore sur ses bords que les Ottomans s’affronteront aux Iraniens.

En attendant, la Syrie savoure la paix romaine. Antioche est après Alexandrie la plus grande ville d’Orient, sans doute plus peuplée qu’aujourd’hui (300.000 habitants).

Au IIIe siècle de notre ère, Rome, déjà déclinante, se donne plusieurs empereurs originaires de Syrie tel Héliogabale dont le nom évoque le culte du dieu Baal. Ces empereurs apparentés par les femmes à Septime Sévère n’ont pas laissé de bons souvenirs sur les bords du Tibre.

Mosaïque romaine dans la ville de Bosra, en Syrie (Syrie) (photo : G. Grégor)
Les premiers chrétiens

Vers l’an 35 de notre ère, soit quelques années après la mort d’un homme nomméJésus, quelques-uns de ses disciples quittent Jérusalem. Ils parlent le grec et, à la différence des autres disciples, veulent s’émanciper de la Loi juive.

Ils s’installent à Antioche dont ils commencent à évangéliser les habitants. Ce sont les premiers convertis non-juifs. D’après les Actes des Apôtres«c’est pour la première fois à Antioche que les disciples ont été nommés chrétiens».

Le mouvement va prendre de l’ampleur après la conversion à la nouvelle religion deSaul de Tarse, juif hellénophone converti sur le chemin de Damas. Sous le nom de Paul, il ne va avoir de cesse d’évangéliser les différentes populations de l’empire romain.

Quand l’empire romain se divise au IVe siècle, la Syrie passe bien évidemment sous la tutelle de Constantinople. Ses habitants deviennent chrétiens, avec une singulière propension à l’ascétisme. On compte plusieurs dizaines d’ermites qui choisissent de s’isoler sur une colonne, tel Siméon le Stylite.

Les Syriens se rallient massivement à la doctrine monophysite qui ne reconnaît dans le Christ qu’une nature divine. Cette doctrine est condamnée par le patriarcat orthodoxe de Constantinople qui tient pour la double nature humaine et divine du Christ.

Cette querelle théologique affaiblit la Syrie au moment du plus grand danger, quand les Perses sassanides envahissent le pays, au VIe siècle. À peine sont-ils repoussés que surviennent d’autres agresseurs, plus inattendus, les musulmans.

Irruption de l'islam
- la période arabe et ottomane (600-1918) :

Le 5 septembre 635, les troupes du calife Omar s’emparent de Damas. Elles sont accueillies à bras ouverts par les chrétiens monophysites !

Cavaliers arabes (manuscrit arabe de la BNF)Après l’assassinat du calife Othman puis du calife Ali, la direction des musulmans passe au gouverneur de Damas, Moawiya, à l’origine de la dynastie desOmeyyades. C’est l’âge d’or de Damas, qui supplante Médine comme capitale de l’empire arabe pendant près d’un siècle, avant de céder la place à Bagdad et aux Abbassides.

Le 2 juin 1098, les croiséss’emparent d’Antioche et y fondent le premier État franc de Palestine. Mais pendant les deux siècles que durera leur présence au Levant, ils n’arriveront jamais à s’emparer de Damas. La prestigieuse cité des Omeyyadesdevient en 1174 la capitale de l’empire syro-égyptien de Saladin. Mais sa dynastie, les Ayyoubides, ne va pas longtemps lui survivre.

En 1250, au Caire, des officiers de la garde, les Mamelouks, s’emparent du pouvoir. Ils défont et capturent le roi de France Louis IX qui s’était imprudemment aventuré dans le delta du Nil puis, plus sérieusement, affrontent les redoutables Mongols aux portes de Damas en 1258 et les empêchent in extremis de s’emparer de la ville.

En 1408, d’autres nomades, plus chanceux, sous la conduite de Tamerlan, réussissent à s’emparer de la ville et la mettent au pillage. Un siècle plus tard, le 24 août 1516, le sultan ottoman Sélim 1er bat les Mamelouks au nord d’Alep. La Syrie toute entière devient dès lors une simple province de l’empire turc et Damas un chef-lieu très secondaire. La ville s’endort sur ses souvenirs.

Elle ne se réveillera qu’à la chute des Ottomans, pendant la Première Guerre mondiale...

- Une indépendance contrariée (1918- ) :

Les Arabes voient dans le conflit l'opportunité de se libérer de la tutelle ottomane. Les Turcs étant alliés aux Allemands et aux Austro-Hongrois, ils se rapprochent quant à eux des Anglais et des Français. 

Thomas Lawrence (Lawrence d'Arabie), 1888-1935Les nationalistes de Damas, dont beaucoup sont chrétiens, formés à Paris et d'essence laïque, prennent langue avec les représentants du souverain de La Mecque, le chérifHussein. 

Ce dernier se soulève contre les Turcs avec le concours d’un héros de légende, le colonel britannique Thomas E. Lawrence, dit «Lawrence d'Arabie». Cet ancien archéologue d'à peine 30 ans réorganise les troupes du souverain arabe et les conduit à la conquête du port d'Akaba, à la pointe nord de la mer Rouge en juillet 1917. Il s'engage ensuite dans la conquête de la Palestine aux côtés du général britannique Allenby.

En échange de cet appui, le gouvernement de Londres promet la constitution d'un royaume arabe uni, de la Méditerranée au golfe Persique, avec Damas pour capitale. Mais dans le même temps, il promet aux sionistes un «foyer national juif»en Palestine et plus gravement, par les accords secrets Sykes-Picot, il s’accorde avec le gouvernement français pour un partage des dépouilles ottomanes.

Le 3 octobre 1918, l’émir Fayçal, fils du chérif hachémite de La Mecque, fait une entrée triomphale à Damas. Mais cinq jours plus tard, le 8 octobre 1918, une escadre française débarque des troupes à Beyrouth en vue de prendre possession du pays. La déception est immense chez les nationalistes arabes. C’est le début des malentendus.

Le 11 mars 1920, dans un baroud d'honneur, un congrès national désigne Fayçal roi d’une «Grande-Syrie», étendue du Sinaï à la Turquie. Mais l’illusion ne dure pas. En vertu des accords secrets Sykes-Picot, les Britanniques renient leur promesse d’un royaume arabe indépendant. Ils mettent la main sur la Palestine et la Transjordanie. De leur côté, les Français obtiennent le 28 avril 1920 un «mandat»en Syrie et au Liban. Il s’agit d’un protectorat de fait cautionné par la Société des Nations (SDN), ancêtre de l'ONU.

L'armée de l'émir est défaite par les troupes du général Henri Gouraud le 24 juillet 1920, à Khan Mayssaloum, dans l'Anti-Liban, une chaîne de montagnes qui sépare aujourd'hui la Syrie du Liban. Les Britanniques obtiennent quant à eux un protectorat sur la Palestine ainsi que sur l’Irak, qu’ils transforment en royaume et dont ils confient la couronne à Fayçal, en lot de consolation.

C'en est fini de l'espoir d'une renaissance des Omeyyades. La Syrie, privée d'Antioche, son antique capitale, et du Liban, son ouverture sur la mer, va tenter tant bien que mal de se constituer en nation.

Par André Larané - Publié dans : Documents
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