L’arrestation et l’incarcération de l’ancien Premier ministre Choguel Kokalla Maïga ont surpris, ému et parfois divisé l’opinion publique malienne. Officiellement poursuivi pour « atteinte aux biens publics, faux et usage de faux », il est aujourd’hui placé sous mandat de dépôt. Mais derrière les faits judiciaires se dessine une interrogation plus large : que signifie ce dossier pour l’avenir de la transition politique au Mali ?
Il serait simpliste d’y voir uniquement un règlement de comptes ou, à l’inverse, une stricte application de la loi. La vérité se situe sans doute entre les deux. D’un côté, il est normal qu’une République exige transparence et reddition de comptes dans la gestion des fonds publics. De l’autre, chacun sait que le contexte politique actuel, marqué par la prééminence de la junte et par les tensions avec certaines figures civiles, nourrit l’idée que la justice pourrait être utilisée comme un levier politique.
C’est précisément là que réside le défi : comment garantir que ce procès, et d’autres similaires, ne deviennent pas le reflet d’une justice sélective, mais au contraire l’occasion de restaurer la confiance des citoyens dans les institutions ? Le Mali a besoin d’une justice qui rassure, pas d’une justice qui divise.
Le cas de Choguel Maïga ne devrait pas être lu uniquement à travers le prisme des antagonismes. Il peut, au contraire, être l’occasion d’un sursaut collectif : celui d’accepter que la vérité judiciaire soit dite, dans la transparence, tout en préservant l’équilibre politique et la possibilité du dialogue.
L’histoire du Mali nous enseigne que les exclusions brutales et les humiliations publiques nourrissent rarement la stabilité. Elles créent des ressentiments, ferment les portes de la réconciliation et prolongent les cycles de méfiance. À l’inverse, une gestion sereine, respectueuse des droits et ouverte à la concertation, peut transformer une épreuve en opportunité.
Le Mali, en cette période cruciale, n’a pas besoin de vainqueurs et de vaincus. Il a besoin de bâtisseurs de confiance. L’affaire Choguel Maïga peut encore devenir un moment de clarification et de conciliation, à condition que chacun, justice, pouvoir, opposition et société civile accepte de privilégier l’intérêt collectif sur les calculs immédiats.
C’est à ce prix que la transition, au lieu d’être un simple mot, pourra redevenir une promesse crédible.
Dr Ben Ahmed
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