Contrairement à l’annonce faite lors du dernier conseil des ministres, Alassane Ouattara n’a pas fait sa déclaration de patrimoine selon la constitution. La preuve. L’information annonçant la déclaration par le chef de l’Etat, Alassane Dramane Ouattara, de ses biens, barrait la Une, jeudi dernier, des journaux proches du pouvoir. Qui ont tous repris le communiqué du conseil des ministres du mercredi 27 juin 2012 mentionnant : «le Président de la République a informé le Conseil des ministres que, conformément à l’article 55 de notre Constitution, il a produit, le vendredi 8 juin 2012, devant la chambre des comptes de la Cour suprême, sa déclaration de patrimoine».
Curieusement, cette information avait fait par la suite l’objet d’un rectificatif, dans la soirée du mercredi dernier. Ce rectificatif émanant du ministre Koné Bruno, porte-parole du gouvernement, et diffusé par le réseau Moov infos à ses abonnés était libellé comme suit : «Rectificatif : la déclaration du patrimoine du Président Alassane Ouattara sera bientôt publié au journal officiel de la République. Koné Bruno ». La déclaration du patrimoine de M. Ouattara a-t-elle été enfin publiée dans le journal officiel de la République de Côte d’Ivoire ? Rien n’est pour l’instant confirmé. Au demeurant, et en attendant de savoir ce que M. Ouattara a déclaré, une question essentielle se pose : pourquoi a-t-il attendu plus d’un an après sa prise du pouvoir pour le faire ? Car, l’article 55 de la Constitution que le conseil des ministres invoque est sans ambiguïté : « lors de son entrée en fonction et à la fin de celle-ci, le Président de la République est tenu de produire une déclaration authentique de son patrimoine devant la Cour des Comptes». Pourquoi est-ce maintenant, en juin 2012, que M. Ouattara déclare son patrimoine alors qu’il exerce le pouvoir depuis au moins 2011 ? En effet, Ouattara a connu trois entrées en fonction, en tant que chef de l’Etat reconnu par la communauté internationale. D’abord, le 4 décembre 2010, il a prêté serment par un courrier adressé, depuis son QG du Golf Hôtel-Riviéra, au président du Conseil constitutionnel Paul Yao N’Dré. Fort de cet acte dont l’illégalité était flagrante, il a posé de nombreuses initiatives dont la main basse sur les avoirs de la Côte d’Ivoire à la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) avec la complicité des autres chefs d’Etat, membres. Le 17 mars 2011, il a signé un décret instituant les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci). Le 6 mai 2011, M. Ouattara avait prêté serment pour la deuxième fois devant un Yao N’Dré ramené d’exil pour présider une cérémonie tout aussi illégal vu que la Constitution précise bien que les décisions du conseil constitutionnel sont sans recours. Et enfin, le 21 mai 2011, à Yamoussoukro, M. Ouattara s’est offert une cérémonie d’investiture grandiose en présence de son ami, Nicolas Sarkozy. Pourtant, à aucune de ces périodes, il n’a fait la déclaration de son patrimoine comme l’exige la Constitution. Que vaut alors, en termes de crédibilité, une déclaration de biens faite en violation de la Constitution et surtout plus d’un an après une prise de fonction ? Au Sénégal où la démocratie a visiblement un sens, Macky Sall, après sa prestation de serment, a aussitôt déclaré ses biens devant le Conseil constitutionnel de son pays. En 2000, Laurent Gbagbo avait aussitôt déclaré son patrimoine avant son entrée en fonction. Concernant le patrimoine et la richesse d’Alassane Ouattara ou du couple Ouattara (son épouse et lui), en général, l’on est face à une opacité sans nom. Un écheveau difficile à démêler. Alassane Ouattara s’était offert déjà, au début des années 90 et en pleine crise économique, pour la somme de 300 millions de Fcfa, la somptueuse villa de Joachim Boni alors qu’il venait à peine d’être nommé premier ministre. Devenu chef de l’Etat, M. Ouattara que ses partisans surnomment « Wari Fatchê » (immensément riche, en malinké) a nommé son frère cadet, Birahima Ouattara, en qualité de directeur financier de la présidence. Il l’avait déjà nommé comme trésorier du Rdr, le parti politique que le chef de l’Etat continue de diriger. En charge pour « Photocopie » (surnom de Birahima Ouattara) de gérer, a-t-on appris, la part du Rdr dans le financement des partis politiques mis en place par Laurent Gbagbo, alors au pouvoir. A partir du 11 avril 2011 jusqu’à ce jour, Alassane Ouattara a la haute main, via son benjamin, sur les fonds de la Présidence dont le fonds de souveraineté dont on ignore le montant exact. Qu’a-t-il fait de ces fonds durant ses 14 mois de gouvernance ? A quoi ont-ils servi ? D’autant que des sources concordantes affirment que le Programme présidentiel d’urgence (PPU) bénéficierait d’un financement autonome différent du fonds de souveraineté. Autant de questions qui jettent une suspicion sur la sincérité du patrimoine d’Alassane Ouattara. Sûr qu’il y aura beaucoup à dire quand la déclaration sera rendue publique.
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