Jadis la Côte d’Ivoire était ce pays de Cocagne où coulaient le miel et le lait, et Abobo, le quartier populaire d’Abidjan, était resplendissant. Marchés, boutiques, maquis, gares attiraient du monde. Les taxis évitaient de s’engouffrer dans certaines rues sous peine de tomber sur un bouchon-monstre. Ce petit bout de la capitale ivoirienne respirait la forme, signe de la vigueur d’une économie en marche.
Depuis plusieurs semaines, cette commune s’est transformée en univers kafkaïen où s’affrontent les forces de défense et de sécurité (FDS) et les populations. En cause : le couvre-feu, jugé inique et illégal, imposé par le camp Gbagbo ; car tout comme Anyama, le quartier d’Abobo vit depuis des jours sous le couvre-feu décrété par l’encore président de fait Laurent Gbagbo.
En fait, depuis la veille du second round de la présidentielle, ce couvre-feu existait, mais il a été levé partout sauf dans certains quartiers, dont Abobo, jugé séditieux et anti-Gbagbo. Ce qui n’est pas faux, car, même si le président sortant y a fait un bon score à ce scrutin, notamment grâce à son épouse Simone, Abobo reste foncièrement un vivier électoral pro-Ouattara ; une situation irrédentiste qui donne de l’urticaire aux partisans du FPI et aux patriotes du "général" Blé Goudé.
En vérité, Abobo a toujours refusé les diktats du pouvoir central de Gbagbo : c’est ainsi que les patriotes ne sont pas près d’oublier cette raclée mémorable que leur ont infligée les jeunes du RDR de ce quartier ; au plus fort de la crise, se croyant les seuls à "maîtriser" la rue, ces patriotes s’étaient engouffrés dans Abobo pour corriger les "rebelles". Mal leur en a pris, et les Forces de l’ordre appelées à la rescousse ont dû également prendre la poudre d’escampette. L’équilibre de la terreur était respectée. Dernier avatar de cette guérilla vengeresse, les violences du lundi 7 février 2011 qui ont eu pour théâtre les 14e et 21e arrondissement d’Abobo.
Destruction de commissariats de police, courses-poursuites, tirs à balles réelles sur les manifestants, et naturellement à la clef des blessés et 6 morts. Des événements qui surviennent concomitamment avec les va-et-vient, entre le palais de Cocody et l’hôtel du Golf, des experts ès crise de l’UA. Leur travail, qui débute dans le bourbier ivoirien, se fait dans la discrétion totale, et espérons que cet accueil sanglant ne désarçonnera pas ces experts, qui font preuve d’un travail de bénédictin.
Au demeurant, la diplomatie étant une chorégraphie du silence où l’on avance à pas feutrés dans les coulisses sans tumulte, on ne peut que saluer cette approche des envoyés de l’UA qui rompt avec celle de certains prédécesseurs, qui, sitôt qu’ils ont rencontré un des camps, s’empressaient de se fendre de déclarations fracassantes, ce qui avait le don d’agacer.
Maintenant, une chose est d’appliquer la vraie diplomatie, une autre est de parvenir à ses fins. Dans le cas d’espèce, ces experts aboutiront-ils aux résultats escomptés, c’est-à-dire en clair au respect du verdict des urnes certifié par l’ONU ? On n’est pas fondé à être optimistes, les positions maximalistes affichées par les deux camps paraissant difficilement réductibles.
Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana
L’Observateur Paalga
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