Décidément, il ne fait pas bon être pro-Ouattara en Côte d’Ivoire. Se réclamer comme tel, c’est s’attirer les foudres des sbires et autres milices au service de Laurent Gbagbo. La preuve, une protestation de jeunes dénonçant le prolongement du couvre-feu dans le quartier d’Abobo, favorable à Alassane Dramane Ouattara (ADO), a violemment été réprimée par des forces de l’ordre fidèles à Laurent Gbagbo, le 7 février dernier. Le bilan de cette répression fait état de 3 tués et plusieurs blessés dans les rangs des manifestants. A vrai dire, les pro-Ouattara vivent sous la terreur du Gbagboland.
Et cela ne date pas d’aujourd’hui et ne se limite pas au seul quartier d’Abobo. En atteste le couvre-feu imposé également aux habitants de la ville d’Anyama, un bastion du RDR. Certes, le camp Gbagbo avait déclaré que Abobo et Anyama étaient des repaires de rebelles qui pourraient s’infiltrer dans la capitale, Abidjan. Cela cache-t-il, en réalité, une volonté d’étranglement de ces deux zones ? Le camp Gbagbo ne tente-t-il pas en réalité d’étouffer dans l’oeuf toute velléité de révolte ? Ces couvre-feux n’ont-ils pas pour but de réduire au silence tout partisan d’ADO ?
On a des raisons de le croire d’autant plus qu’on se souvient encore de la répression sanglante contre les pro-Ouattara qui avaient tenté de marcher sur la Radio télévision ivoirienne (RTI), le 16 décembre 2010. En un mot comme en mille, les pro-Ouattara souffrent le martyre. Dans la zone sous contrôle gouvernemental, prendre le parti du président élu Alassane Dramane Ouattara ou afficher sa sympathie pour celui-ci, c’est s’exposer à des risques et périls. Pendant que les partisans de Laurent Gbagbo, en particulier les Jeunes "patriotes", sont libres de manifester à souhait ou de tenir des meetings, les partisans d’ADO n’y ont pas droit.
Ou du moins ils prendraient le risque de braver cet interdit qu’ils compteraient dans leurs rangs des macchabées. Le leader des Jeunes patriotes, Charles Blé Goudé, et ses lieutenants peuvent donc mobiliser du monde pour montrer à la face du monde que le gouvernement Gbagbo a le soutien du peuple ivoirien ! De la poudre aux yeux que tout cela ! Les partisans d’ADO auraient eu le choix d’en faire autant qu’ils auraient également mobilisé du monde. Quelle injustice ! Une injustice qui s’étend aux médias d’Etat, en particulier la RTI où la parole est exclusivement donnée aux pro-Gbagbo qui ne s’embarrassent pas de propos haineux.
La violence orchestrée par le camp Gbagbo contre les pro-ADO n’est pas de nature à ramener la paix au bord de la lagune Ebrié. Loin s’en faut. Et Laurent Gbagbo doit comprendre qu’il complique davantage son camp en optant pour la solution du pire. Plaise au ciel qu’il se laisse enfin visiter par la sagesse.
Dabadi ZOUMBARA
Le Pays
/image%2F1486079%2F20220130%2Fob_45bf33_monument-com.jpg)