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Témoignage : Pour n’avoir pas su être proche de mon père

 

Les enfants de la servante sont devenus les héritiers

 

Je m’appelle Flaubert et voudrait vous demander de toujours écouter ce que disent nos parents. Je suis un homme triste et plein de regrets même de remords aujourd’hui. J’ai cinquante mais suis sans aucun sou alors que si j’avais su être proche de mon père, ma vie ne serait pas celle que je connais aujourd’hui. Malheureusement, je n’ai pas su l’être. Du vivant de mon père, mes, frères et moi, nous permettions tout parce que, « il avait un peu » comme cela se dit dans les rues d’Abidjan. Nous sommes 5 enfants dont 3 filles. Chaque fois que notre père nous grondait, notre mère prenait notre défense. Elle nous défendait toujours contre notre père qui se plaignait que nous ne voulions rien faire. Et qu’un jour, nous le regretterions parce qu’en ce moment-là, il ne serait plus de ce monde. Mais est-ce qu’on avait son temps ? C’étaient les boîtes de nuit, les matinées dansantes et les booms. Le vieux secouait la tête en signe d’impuissance mais surtout de découragement. Notre  père était tellement déçu de nous qu’il ne comptait plus désormais que sur Alidou, un de ses manœuvres en qui il avait entièrement confiance. En effet, cela faisait une vingtaine d’années que ce manœuvre était à son service. Aussi, avait-il tellement une telle confiance en lui qu’il lui avait confié la totalité de ses plantations à gérer. Le vieux Kiné, notre père ne s’arrêta pas là. Il le nomma contremaître. Alidou fit alors venir ses frères pour l’aider à gérer les plantations de son patron.

Alidou, le vieux manœuvre de notre père nous prenait de côté pour à son tour nous donner des conseils. Mais qu’avions-nous à écouter un manœuvre ? Et pourtant c’est lui qui nous accompagnait à l’école quand nous étions tous petits. Il faut dire qu’Alidou était l’homme à tout faire de notre père qui lui avait confié sa plantation à exploiter. Il lui faisait tellement qu’Alidou faisait même venir ses frères pour travailler dans la plantation. Malheureusement, la mort l’emporta. Et en souvenir des bons rapports qu’il avait entretenu avec son mari défunt, notre père proposa à la femme de son manœuvre de continuer à habiter la plantation et de devenir sa servante. D’une très grande beauté, le vieux ne mit pas longtemps à tomber amoureuse de la veuve de son manœuvre. Qui devint ainsi notre servante. Elle rentrait en famille chaque quinze jours. Lorsque Yéli était de repos, le vieux passait la récupérer et tous les deux disparaissaient des heures. Leur amour était tellement grand qu’il aboutit à la naissance de trois enfants en l’espace de six ans. Notre père n’en parla à personne de peur que notre mère l’apprenne. Et il avait des raisons de cacher sa liaison avec l’épouse de son manœuvre. Craignant que notre mère ne soupçonne la vérité, Yéli disparut de la circulation. Nous ne savions même plus ce qu’elle était devenue. Puis nous avons grandi en oubliant ses traits. On ne la reconnaîtrait certainement plus si on la revoyait. Un midi, tandis que nous étions tous assis entrain de manger, notre père dit à notre mère qu’il avait demandé à la femme de son manœuvre Alidou de devenir la servante chez nous. Dès lors, notre mère a commencé à être odieuse avec elle. Cherchant à l’humilier à propos de tout et de rien. Mais sa maîtresse et lui savaient que les enfants étaient de lui quand pour nous tous, ils étaient d’Alidou le manœuvre. Comment cela peut-il en être autrement ? Yéli était bel et bien la femme du manœuvre Alidou. Donc les enfants ne pouvaient être que de lui. C’était clair pour tout le monde sauf pour notre père.

Marcel. Pascale et André vinrent au monde par intervalle régulier de deux ans. Nous ne pouvions donc accepter qu’un enfant comme Marcel vienne s’asseoir à la même table que nous. Après tout, son frère cadet et leur petite sœur  étaient des enfants de manœuvre tandis que nous, on avait de l’argent. Au départ, nous croyions que Marcel, Pascale et André étaient les enfants du vieux manœuvre mais lorsque notre mère l’apprit on ne sait comment, les enfants de Yéli ont commencé à vivre un véritable calvaire pour ne pas dire un cauchemar. Tous les travaux avilissants leur étaient systématiquement confiés. Ils n’avaient nullement le droit de manger dans les mêmes assiettes que nous. Car après tout, c’étaient les enfants de la servante. C’est ainsi qu’avant d’aller à l’école, ils devaient d’abord finir de faire la vaisselle et quelques fois le ménage.

Puis un jour, notre servante qui n’était plus très jeune fut victime d’un accident de la circulation. Elle ne pouvait plus remplir ses tâches quotidiennes. Elle demanda et obtint la permission de papa et maman de se faire remplacer par sa sœur cadette. Le soir même, sa sœur était là. Nous étions tous surpris de constater que, même sans être des jumelles, les deux femmes se ressemblaient comme deux gouttes d’eau. Elle se prénommait Yéli, était d’une très grande beauté et surtout travailleuse. Abordant la quarantaine, elle avait un physique plaisant et était mère de 3 enfants. Tous des garçons. C’est Yéli qui faisait tous les travaux domestiques. Même pour dresser nos lits, mes frères et moi l’attendions. Et lorsqu’elle était un peu débordée, ses trois enfants qui avaient le même âge que nous, l’aidaient. Quant à nous, notre père ne savait plus quoi faire pour nous changer. Il ne savait plus à quel saint se vouer pour nous faire nous intéresser à ses entreprises. Sa compagnie de transport où nous aurions pu nous rendre utiles, était le dernier de nos soucis. Pourquoi nous intéresserions-nous à ses affaires alors qu’il payait des gens pour travailler dans sa société ? C’est ainsi qu’une idylle a commencé entre Yéli et notre père. Sans doute déçu de nos agissements qui faisaient de nous des enfants gâtés, notre père s’est alors tourné vers les enfants de sa maîtresse. Qui, eux, étaient prêts à se faire couper en quatre pour lui. Ainsi, certaines fois, il envoyait Marcel l’aîné encaisser de fortes sommes d’argent qu’il venait remettre à notre père. Si ce ne sont pas des voyages à faire à l’intérieur du pays, pour aller apporter une trousse de secours dans une des gares de sa compagnie de transport.

Les enfants de la servante étaient donc au petit soin de notre père tandis que nous, tout ce qui nous importait, c’étaient les boîtes de nuit, les bars climatisés, les restaurants, les boîtes de strip-tease. Ainsi pendant que mes frères et moi nous passions notre temps à « showfer » (ndlr faire la fête toute la nuit), Marcel, Pascal et André se rendaient utiles auprès de notre père. De sorte qu’ils lui sont devenus indispensables. Puis, notre père est tombé malade. Il ne pouvait plus se déplacer. Ce sont seulement les enfants de la servante qui savaient où se trouvaient tous ces autres biens. Aussi, étaient-ce seulement qui avaient les procurations sur différentes. Telles que le représentant. A son décès, le notaire nous convoqua. A la lecture du testament, grande surprise fut notre surprise que les enfants de la servante aussi étaient dans la salle. Mais alors que je voulais leur demander de sortir, le notaire nous dit qu’ils faisaient partie de la famille. Et que notre père avait demandé qu’eux et leur mère demeure toujours dans la maison avec nous. Mes frères et moi avons donc hérité de tous les biens de notre père. Malheureusement quelques mois plus tard, nous avons fait faillite. Le lendemain de notre faillite, le notaire nous a encore convoqués pour nous faire part d’une clause. Dans cette clause, si au bout d’un an de gestion, les biens hérités n’étaient pas bien gérés et que nous faisions faillite, Marcel, André et Pascal devraient être désignés comme  administrateurs de tous les biens. Aujourd’hui, effectivement, ce sont les enfants de la servante qui s’occupent de nos biens.

Flaubert

 

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Tag(s) : #Témoignage (Histoires presques vraies)
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