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Kobenan Kouassi Adjouamani

 

QUAND DES EVEQUES IGNORENT LES MORTS D’AUJOURD’HUI

POUR DEPLORER CEUX DE DEMAIN

Messeigneurs,

Bien aimés Evêques partisans de Laurent GBAGBO,

C’est en ma qualité de chrétien catholique que, face à la déclaration de certains de nos évêques, j’ai pris la décision de vous faire cette correspondance.  S’adresser à vous, hommes qui êtes sensés incarner la Justice, l’Amour, la Tolérance et la Vérité, est pour moi un exercice assez délicat. Mais comme vous avez déjà ouvert le débat en prenant fait et cause pour Laurent Gbagbo, alors que votre statut de prélat devrait vous imposer un devoir de réserve à toute épreuve et la sagesse de dire vrai sans parti pris,  je me vois contraint de réagir.

Hier c’était le Cardinal Agré qui soulevait sa coiffure de grand prêtre de Jésus pour soutenir de façon éhontée le régime sanguinaire de Laurent Gbagbo. Nous étions loin de penser que cet engagement étonnant était partagé par d’autres Evêques qui n’ont pas su prévoir le présent, mais qui voient déjà le futur. En effet, votre sortie hasardeuse du jeudi 6 janvier 2011 sur les antennes de la télévision nationale, tragiquement rebaptisée « LMP-TV » par les Ivoiriens,  vient de jeter dans le désarroi, de nombreux chrétiens qui ont porté leur choix sur Monsieur Alassane OUATTARA, en vertu de l’expression démocratique en laquelle ils continuent de croire.

Est-il nécessaire de vous rappeler que le scrutin présidentiel qui vient de s’achever n’avait pas pour objet d’opposer des groupes ethniques encore moins des religions ? Pour quelles raisons  et à quel dessein valables avez-vous, de façon unilatérale, décidé de prendre une posture aussi partisane qui met en péril la cohésion nationale, en dehors du« Collectif des Religieux pour des élections apaisées »  que vous avez mis en place avec vos frères des autres confessions religieuses ? Auriez-vous trouvé normal que, dans la situation de perversion politique actuelle, des musulmans prennent position pour soutenir Monsieur Alassane OUATTARA, au prétexte simpliste que celui-ci est un des leurs ? 

Au demeurant, face aux tueries orchestrées par Laurent Gbagbo, aux attaques des mosquées de Grand-Bassam et d’Abobo PK18, suivies de mort d’hommes, pourquoi n’avez-vous pas pris position, ne serait-ce que par compassion pour les Imans, vos frères en Dieu, pour dénoncer à la RTI ces crimes abominables ? En tout état de cause, votre déclaration me paraît insidieuse, inopportune et dangereuse pour les chrétiens et pour la survie de la République laïque de Côte d’Ivoire.

 

Dites-moi, Messeigneurs, pourquoi avez-vous osé jeter aux orties vos prêches dominicaux sur l’Amour du prochain pour vous constituer avocats-défenseurs des thèses négationnistes de la Refondation ? Pour sûr, cette démarche de traitres, dans  laquelle vous n’auriez jamais dû vous inscrire, perturbe ma conscience de modeste fidèle chrétien ; tout comme je  ne comprends pas comment, depuis plus dizaine d’années, notre Eglise Catholique traverse des turbulences dont les origines procèdent de détournements de fonds que les fidèles ont mis à la disposition du Clergé. Il en est ainsi de la situation financière de la Procure et du scandale du dernier pèlerinage des prêtres au Portugal qui témoignent de la déconfiture morale de notre Eglise.

 

Ces problèmes trouvent-ils leur explication dans les positions que vous prenez en faveur de Laurent Gbagbo qui a été plusieurs fois sollicité pour payer les actes de mauvaises gestions et de détournements de certains hommes d’Eglise ? En soutenant de façon ostentatoire et maladroite le régime taché de sang et agonisant de Laurent Gbabgo, vous vous êtes malheureusement détourné du chemin de la Vérité christique. Votre mission est d’enseigner la parole de Dieu, en la prêchant « orbi et urbi » afin que l’humanité en soit imprégnée. Ne nous faites pas douter de votre droiture et de votre capacité à conduire les brebis que nous sommes vers « les verts pâturages ».  Ne laissez surtout pas vos passions de simples mortels prendre le pas sur votre foi en la Parole de Dieu.

Est-il possible que vous ayez, toute honte bue, oubliant votre devoir de pacification entre les hommes, pu traîner les soutanes jusqu’à la Télévision des « Mille Collines-LMP », pour déclarer être opposés à ce que des étrangers viennent tuer des ivoiriens et ceci, afin que le perdant de l’élection présidentielle du 28 novembre, Gbagbo Laurent, puisse conserver le fauteuil que le peuple souverain lui a démocratiquement retiré ? Le croyant que je suis, voudrais savoir dans quelle forêt se cachent ces preux défenseurs de la patrie contre l’invasion de l’étranger ennemi, quand des mercenaires-assassins angolais et libériens à la solde de Laurent Gbagbo enlèvent, de jour comme de nuit, des populations qu’ils terrorisent, des femmes qu’ils violent, des citoyens ivoiriens qu’ils torturent et tuent en toute impunité.

Messeigneurs, n’entendez-vous pas les cris de vos compatriotes qui implorent la clémence de leurs bourreaux ? Ces victimes innocentes, n’ont-elles pas droit à la compassion des hommes d’Eglise que vous êtes ? Quel est ce courage surhumain qui vous pousse à ne soutenir que le despote Laurent Gbagbo et sa bande de tueurs ? Est-ce cela l’enseignement du Christ ? Le Pape Benoît XVI est-il d’accord avec cette position de missionnaires ignorant les morts qui tombent sous leurs yeux aujourd’hui pour déplorer les futurs morts que Laurent Gbagbo veut offrir au monde avant de décamper du palais présidentiel usurpé ? Le deal que vous auriez conclu avec Laurent Gbagbo consisterait-il à exterminer les athées, les bossonistes et autres musulmans, autrement dit, tous ceux qui ne fréquentent pas vos cathédrales pour permettre l’expansion de l’Eglise catholique en Côte d’Ivoire ? Votre devoir est-il de prendre fait et cause lorsque les enfants du pays s’affrontent ?

Le Vatican, jusqu’à preuve du contraire, fait partie de la communauté internationale, donc solidaire de l’élection d’Alassane Ouattara comme Président de la République de Côte d’Ivoire. Certainement que vous ne l’ignorez pas ! Mais, au cas où vous ne le sauriez pas, qu’il me plaise de vous rappeler que, pendant la déportation des juifs dans les camps de concentration, sous le régime de Vichy, lorsqu’il a été clairement démontré la collaboration de certains membres de la communauté catholique, le Pape, à l’époque et ses successeurs par la suite, ont été amenés à demander publiquement pardon pour ces faits graves avérés. Une telle démarche de la part du Vatican a eu pour avantage d’éveiller la conscience collective afin que plus jamais de telles atrocités ne viennent mettre à mal l’humanité toute entière. Auriez-vous déjà oublié cette repentance du Pape ?

Le soupçon d’implication de l’Eglise catholique et du Cardinal Bernard Agré dans l’assassinat du Général Robert Guéi n’a pas encore été élucidée que vous vous engagez à nouveau dans une voie qui pourrait encore ternir l’image de notre Eglise catholique. Voudriez-vous, par entêtement, entrer dans l’histoire à l’instar de vos confrères du Rwanda qui ont pris une part active dans le génocide qui a dévasté ce pays ? Beaucoup d’entre eux se sont retrouvés devant le Tribunal International pour répondre de leurs actes. Les ivoiriens ne seront donc pas étonnés d’apprendre que certains d’entre vous, en raison de leurs incroyables déclaration et encouragement, se retrouvent demain devant des juridictions internationales commises à cet effet pour répondre de leur complicité dans les abominations  perpétrées par Laurent Gbagbo et sa Refondation.

Notre consolation, cependant, c’est de constater qu’il y a encore des évêques de chez nous qui demeurent fidèles à l’enseignement du Christ, et qui ne saisissent pas le malheur de leurs compatriotes comme occasion de s’enrichir, en prêchant le faux à leurs paroissiens. Vous auriez vraiment mérité de porter votre habit de prélat en leur disant que le Conseil Constitutionnel présidé par Paul Yao N’dré n’a pas dit le Droit, car il ne lui revenait pas d’annuler le suffrage de 600 000 Ivoiriens acquis à Monsieur Alassane Ouattara, consacrant ainsi la partition de notre pays par les urnes.

Faut-il, à toutes fins utiles, rappeler que le seul soutien que le peuple de Dieu attend de vous est celui que vous manifesterez à Jésus qui est Juste et Courageux. Il a combattu les puissants  avec les seules paroles de la Vérité en se mettant du côté de ceux qui souffrent et non des bourreaux. Or Laurent Gbagbo, qui s’est fait entourer de chars de protection, n’a aucune de ces qualités. Ayez donc le courage de revoir vos copies qui n’honorent pas vos soutanes et vos tiares, ces prestigieuses coiffures qui pointent vers le ciel en signe d’élévation.

Si malgré tout, Messeigneurs partisans de Laurent Gbagbo, vous ne parvenez toujours pas à cette transcendance intérieure, j’inviterais alors tous les chrétiens laïcs à prier pour vous, nos pasteurs, afin que vous soyez oints et habités par l’Esprit Saint. Pardonnez-moi mes offenses, comme je vous pardonne aussi vos offenses au peuple souverain de Côte d’Ivoire. Et que Dieu, le Miséricordieux nous guide. Amen !

 

Le ministre Etienne Kobenan Kouassi Adjoumani

Député à l’Assemblée nationale

Délégué départemental PDCI-RDA, Tanda I

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