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Trois leviers pour faire plier Laurent Gbagbo
Article publié le: 28 Décembre 2010 - Auteur: SABINE CESSOU - Source: liberation.fr
La situation reste bloquée en Côte-d'Ivoire. L'appel à la grève générale lancé par Alassane Ouattara, le président élu retranché à l'hôtel du Golf, a été peu suivi hier à Abidjan, mais plus à Bouaké, son fief, situé dans le centre du pays. De son côté, Laurent Gbagbo se trouve depuis le 24 décembre sous la menace d'une intervention militaire ouest-africaine. Trois chefs d'Etat de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) sont attendus aujourd'hui à Abidjan. Ils demanderont à Laurent Gbagbo de quitter le pouvoir, ce à quoi le président sortant se refuse catégoriquement. Alors que le spectre de la guerre civile a déjà fait fuir 14 000 Ivoiriens dans les pays voisins, selon les Nations unies, beaucoup s'interrogent sur les chances qu'ont toutes ces pressions d'aboutir.

La pression de la rue


D'ores et déjà, la grève générale illimitée s'avère décevante pour le camp d'Alassane Ouattara. Au Cameroun, des opérations «villes mortes» lancées par l'opposition en 1996 et 2008 avaient été très suivies sans pour autant parvenir à leur fin : le président Paul Biya, au pouvoir depuis vingt-huit ans, réélu dans des conditions chaque fois contestées, reste l'un des plus indéboulonnables chefs d'Etat africains. Au Gabon et au Togo, les opposants avaient également appelé à la grève générale après des élections jugées truquées, en septembre 2009 et en avril 2010, mais sans succès.

Beaucoup d'habitants, déjà pénalisés par leur pauvreté, n'ont pas jugé utile de se rendre la vie encore plus difficile. Le bilan de la marche lancée le 16 décembre sur la Radio Télévision ivoirienne (RTI), à l'appel du camp Ouattara, a aussi de quoi refroidir les ardeurs. Selon les Nations unies, 173 personnes ont trouvé la mort et 471 ont été arrêtées entre les 16 et 21 décembre. Amnesty International a par ailleurs dénoncé les menaces faites par les forces de l'ordre aux personnels de santé, dans les hôpitaux d'Abidjan, pour les empêcher de soigner des blessés.

L'action de la communauté internationale


Les pressions diplomatiques continuent. Youssouf Bamba, nouvel ambassadeur auprès de l'ONU désigné par Ouattara, a été reconnu vendredi. Selon le Quai d'Orsay, une procédure d'agrément est en cours en France concernant un nouvel ambassadeur nommé par Ouattara. La mission de l'actuel diplomate ivoirien en France, Pierre Kipré, un proche de Laurent Gbagbo, s'annonce plutôt difficile. Hier, une trentaine de militants du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), le parti de Ouattara, ont occupé les locaux de l'ambassade, avenue Raymond-Poincaré à Paris, retiré des murs les photos de Laurent Gbagbo, confisqué les voitures avec plaques diplomatiques et expulsé les fonctionnaires, dans l'intention de réserver les locaux à l'ambassadeur que nommera Alassane Ouattara. L'avion présidentiel ivoirien a été bloqué hier à l'aéroport de Bâle-Mulhouse, où il se trouve en réparation, «à la demande des autorités légitimes» de Côte-d'Ivoire.

Les pressions internationales mettent le régime de Gbagbo aux abois, mais pourraient être une arme à double tranchant : Laurent Gbagbo accuse plus que jamais la France et les Etats-Unis de «complot» - un argument qui porte dans l'ancienne colonie française, de même que dans d'autres capitales africaines.

La menace des casques blancs de la Cédéao


Même si l'Union africaine (UA) et la Cédéao se montrent unanimes et fermes, leurs menaces contre le président sortant présentent des risques. «Tous les pays d'Afrique de l'Ouest ont des ressortissants en Côte-d'Ivoire, a affirmé samedi un porte-parole du gouvernement de Laurent Gbagbo. Ils savent que, s'ils attaquent la Côte-d'Ivoire de l'extérieur, ça va se transformer en guerre civile à l'intérieur.» Les trois émissaires envoyés aujourd'hui à Abidjan par la Cédéao, le Béninois Boni Yayi, le Cap-Verdien Pedro Pires et le Sierra-Léonais Ernest Bai Koroma, ont été choisis pour leurs bons rapports avec Laurent Gbagbo. Mais la véritable puissance qui se cache derrière la Cédéao n'est autre que le Nigeria. C'est dans ce pays, en 2006, que le chef de guerre libérien Charles Taylor avait été arrêté, devenant le premier président d'Afrique à être traduit devant la justice internationale. Sous couvert de Cédéao, Abuja avait créé en 1990 une force d'interposition ouest-africaine, l'Ecomog, pour intervenir dans la guerre civile au Liberia, puis en Sierra Leone. Au plus fort de leur présence dans ces pays, ces «Casques blancs» ont compté jusqu'à 20 000 soldats et officiers - plus que l'armée loyaliste ivoirienne sur laquelle s'appuie aujourd'hui Laurent Gbagbo, forte de 18 000 hommes. Le Nigeria avait fourni le commandement et l'essentiel des effectifs de l'Ecomog, une force qui avait eu l'avantage d'occuper ses officiers à autre chose que des coups d'Etat. Une nouvelle mobilisation de son armée à l'extérieur pourrait être une aubaine, alors que le Nigeria se prépare à une élection présidentielle en avril 2011.

Par SABINE CESSOU
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Tag(s) : #Actualités
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