En Côte d’Ivoire, on ne jure que par le cacao, le café, l’anacarde et l’huile de palme. Mais derrière ces mastodontes, une autre culture survit dans l’ombre : le coco.
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Et pourtant, cette filière fait vivre des milliers de familles rurales, alimente les marchés urbains et nourrit une demande mondiale en pleine explosion. Alors, pourquoi la Côte d’Ivoire laisse-t-elle dormir ce trésor agricole?
Un héritage menacé
Le coco pousse depuis des décennies le long du littoral, de Jacqueville à San Pedro. Le climat y est parfait : chaleur, humidité, sols sablonneux. Mais les plantations vieillissent. La plupart datent des années 1960-1980. Résultat : des cocotiers fatigués, des rendements en chute libre, et un avenir incertain pour les producteurs.
Un poids économique ignoré
Chaque année, la Côte d’Ivoire produit entre 300 000 et 400 000 tonnes de noix de coco. Cela représente 15 à 25 milliards de FCFA. Ce n’est pas rien. Mais face aux 3 000 milliards générés par le cacao, la filière coco paraît insignifiante.
C’est une erreur. Car ailleurs, l’or blanc du coco fait fureur : huile vierge, lait, eau de coco, charbon actif, cosmétiques bio, fibres textiles… Pendant que le marché mondial explose, la Côte d’Ivoire se contente de vendre sa production brute, à vil prix.
Une filière sans capitaine
Le vrai problème ? L’absence totale de stratégie. Pas d’organisation nationale forte, pas de financements, pas de politique claire. Les producteurs, souvent regroupés en coopératives fragiles, manquent de soutien technique et d’interlocuteurs sérieux.
Dans un pays qui veut diversifier ses revenus agricoles et réduire sa dépendance au cacao, ce laisser-aller ressemble à un immense gâchis.
Le train qui passe… sans la Côte d’Ivoire
Aux Philippines, en Indonésie ou au Sri Lanka, le coco est une filière nationale, soutenue et industrialisée. En Afrique, le Ghana, le Bénin et le Kenya investissent déjà dans ce secteur.
Pendant ce temps, la Côte d’Ivoire, pourtant dotée d’un potentiel énorme, regarde passer le train du marché bio et de l’économie verte.
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Un levier de développement oublié
Relancer le coco, ce n’est pas seulement booster l’agriculture. C’est créer des emplois, dynamiser les zones rurales et offrir un avenir aux jeunes.
Huile vierge : recherchée en Europe
Eau de coco : boisson tendance dans le monde entier.
Coques : transformées en charbon actif ou en isolants.
Fibres : utilisées dans le textile ou l’horticulture.
Avec une vraie stratégie, la filière pourrait générer des milliers d’emplois et devenir un pilier de la souveraineté agricole.
Ce que veulent les producteurs
Les paysans ne demandent pas l’aumône. Ils veulent un plan de replantation, des crédits adaptés, des unités de transformation locales, une fiscalité favorable, et surtout une reconnaissance officielle.
Le coco ivoirien n’a pas besoin de charité. Il a besoin d’une volonté politique claire.
En chiffres
Production annuelle : 300 000 à 400 000 tonnes
Valeur économique : 15 à 25 milliards FCFA
Zones : Jacqueville, Grand-Lahou, Sassandra, San Pedro, Tabou
Transformation locale : quasi inexistante
Emplois potentiels : +10 000 directs/indirects.
Le verdict
Le coco n’est pas un fruit exotique secondaire. C’est une filière stratégique.
Ne pas l’investir, c’est une erreur économique. Ne pas la structurer, c’est une faute politique. Ne pas la défendre, c’est tourner le dos à l’avenir.
La Côte d’Ivoire a le climat, les terres, les hommes et le marché.
Il ne manque qu’une chose : la volonté de réveiller le coco ivoirien.
Par Dr Bio Kondou
Économie & Souverainetés agricoles
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