Les audits déclenchés par le nouveau pouvoir ont révélé une montagne de dettes occultes contractées par le précédent régime. Le FMI parle d’un cas « sans précédent » en Afrique. Le pays, désormais surendetté à plus de 130 % du PIB, rejette toute restructuration et se retrouve dans une impasse financière et diplomatique.
1. Les faits
Entre 2019 et 2024, l’administration précédente a contracté plus de 7 milliards $ (environ 4 250 milliards FCFA) de prêts non déclarés. Ces engagements, dissimulés via des garanties d’État pour des entreprises publiques et des emprunts hors budget, ont explosé au grand jour après l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye et du Premier ministre Ousmane Sonko. Le FMI a révisé la dette publique sénégalaise à 130 % du PIB, bien au-delà du seuil tolérable pour un pays de l’UEMOA (70 %).
2. Le rôle du FMI et la rupture
Une mission du FMI à Dakar (novembre 2025) s’est soldée sans accord sur un nouveau programme d’appui. L’ancien programme de 1,8 milliard $ a été suspendu après la découverte de la dette cachée. Le FMI exige un audit complet et des garanties de transparence avant tout nouveau financement. Le gouvernement sénégalais rejette toute « ingérence » et refuse catégoriquement une restructuration jugée « humiliante ».
« Le Sénégal n’est pas un pays en faillite. Nous paierons nos dettes, mais à nos conditions », a déclaré Ousmane Sonko le 9 novembre 2025.
3. Chute sur les marchés
Les investisseurs ont réagi violemment.
Les eurobonds sénégalais ont perdu jusqu’à 20 % de leur valeur en deux semaines. Les rendements dépassent 16 %, signe d’une méfiance extrême. Le pays doit rembourser 4,6 milliards $ d’ici un an, dont 600 millions $ sur les eurobonds 2026-2031.
(Financial Times, 11 nov. 2025)
4. Les responsabilités internes
L’audit en cours vise plusieurs entités publiques :Senelec (énergie)
Petrosen (hydrocarbures)
APIX (infrastructures)
Ces entreprises ont accumulé des dettes garanties par l’État mais jamais intégrées au budget.
Des soupçons de détournements et commissions occultes pèsent sur d’anciens ministres des Finances et de l’Économie. Des enquêtes judiciaires sont ouvertes.
5. Une bombe politique
Pour le nouveau pouvoir, ces révélations confirment la « gestion catastrophique » du régime précédent.
Les partisans de Macky Sall dénoncent une instrumentalisation politique, accusant le gouvernement actuel de vouloir « criminaliser » la dette pour écarter d’anciens responsables. La crise alimente un débat national sur la gouvernance, la transparence et la souveraineté économique.
6. Répercussions régionales
Ce scandale fragilise la crédibilité de toute la zone UEMOA. Les agences de notation réévaluent le risque souverain régional. Les États voisins craignent une contagion : la Côte d’Ivoire et le Bénin redoutent des taux d’intérêt plus élevés sur leurs propres émissions obligataires.
Un économiste ivoirien résume : « L’affaire sénégalaise prouve qu’un déficit de vérité budgétaire peut ruiner dix ans d’efforts de stabilité. »
7. Perspectives
Malgré la tempête, le FMI se dit prêt à poursuivre le dialogue. L’institution reconnaît le droit du Sénégal à choisir sa voie, mais rappelle qu’une dette insoutenable menace la croissance et les programmes sociaux. Le gouvernement prévoit un plan d’assainissement sur 3 ans : réduction du train de vie de l’État, hausse des impôts sur les hauts revenus, et audit complet du secteur parapublic.
8. Chronologie synthétique
Date Événement
2019-2023 Accumulation de dettes non déclarées sous Macky Sall
Avril 2024 Élection de Diomaye Faye
Juillet 2024 Premier audit interne lance les premières alertes
Sept. 2025 FMI suspend le programme de 1,8 milliard $
Nov. 2025 Révélation publique de la dette cachée et chute des eurobonds
En cours Enquêtes judiciaires et négociations techniques avec le FMI
Par le Service Economie
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