L'assassinat de ces femmes, de ces mères, de ces épouses, leur sang rouge répandu sur l'asphalte devrait être pour chacun d'entre nous l'électro choc de la conscience, l'électro choc de la prise de conscience de l'état de délabrement moral et total de la société Ivoirienne. Un état de délabrement qui se caractérise essentiellement par l'explosion des ultimes verrous qui nous séparent du règne animal. Ne pas avoir de conscience, n'est-il pas le propre de l'animal ?
Condamner cet acte barbare est une la palissade pour qui n'a pas encore basculé dans cette régression, mais le temps n'est plus à condamner car cela est malheureusement devenu vain, cela n'a désormais plus de sens. La violence de mon propos est à l'image de ce que nous sommes devenus, des êtres dénués de cette humanité, de ces valeurs, ancestrales et universelles à la fois, qui placent la vie au centre de tout, qui font de nous des hommes et des femmes libres de nos instincts.
L'objet ici et salutaire sera de comprendre, comment ce jour là, dans toute la chaine de commandement militaire, l'ordre de tirer sur ces femmes a pu être donné, comment dans ce cheminement, et à aucun instant, une seule âme n'a éprouvé le moindre scrupule à commettre l'irréparable, la transgression ultime qui consiste à assassiner ce que notre société, depuis la nuit des temps, considère être la pierre angulaire, le moteur de notre reproduction : la femme ? C'est en répondant à cette question, en tentant de trouver les mécanismes premiers de cette déchéance, que nous pourrons peut-être espérer nous sauver de nous même, de cette mort annoncée, mais certaine, à côté de laquelle le marasme économique en devenir n'est rien. Car il s'agit bien de cela, nous portons désormais en nous les termes de notre déchéance.
Le temps n'est plus à trouver le coupable ou les coupables, car nous les connaissons-cela sera de la compétence des tribunaux internationaux et de nos lois humaines, le temps est à l'introspection individuelle qui consiste à exprimer que la déchéance de cette nation ne passera pas par moi, que puis-je faire pour lutter, dans ma sphère privée, à mon minuscule niveau, contre la chronique d'une mort annoncée ? J'appelle à nos consciences, à ce salutaire sursaut contre la violence animale qui s'est emparée de nous.
Pour ma part, je n'oublierai jamais qu'un matin du mois de Mars 2011, des femmes, des sours, se sont apprêtées pour une marche, qui, pour elles, ne pouvait avoir que des allures de fêtes. Très certainement que nombre d'entre elles ont choisi leurs plus beaux habits, pagnes, boubous, foulards et bijoux. Elles auront donné leurs instructions pour que leur bébé puisse manger à l'heure au cas où elles rentreraient tard, elles ont embrassé leur époux, arrangé leur coiffure dans le miroir avant d'aller retrouver leurs copines de marche. Elles ont très certainement rit entre elles, se taquinant, parlé du dernier né, heureuses à l'idée d'exprimer ce qu'elles pensaient être juste, exercer leur droit de citoyennes.
Je n'oublierai jamais que ce jour là des sours ont perdus la vie, martyrs et symboles de notre déchéance. Elles au moins avaient encore l'espoir que la nuit ne s'était pas abattue sur la Côte d'Ivoire. Et pour cela, elles méritent un hommage appuyé.
Ce jour devra pour l'avenir, être un jour célébré comme celui du sacrifice des innocents.
Laura Niamien
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