La Belgique, État improbable, n'en finit pas de s'interroger sur son identité, son passé, son présent et son avenir.
Curieux État il est vrai, guère plus étendu que la Bretagne (30.000 km2) mais trois fois plus peuplé (10 millions d'habitants), né en 1830 de la scission des Pays-Bas.
À défaut d'une d'une langue commune, les Belges partagent un art de vivre original, tissé d'humour et d'épicurisme. Au carrefour de toutes les cultures ouest-européennes, ils ont en commun la bande dessinée et le football, la bière et le cyclisme, les Brueghel,Paul Rubens et René Magritte, Hans Memling et Charles Quint... ce qui n'est pas rien !
Les Belges (comme les Gaulois) sont cités pour la première fois dans La Guerre desGaules. L'auteur de ce chef-d'oeuvre littéraire, qui n'est autre que Jules César, souligne la vigueur avec laquelle ces guerriers des régions situées entre la Seine et la Meuse s'opposent à ses légions.
Établi dans la région de Tournai, le peuple franc fonde un premier grand État sur les ruines de l'empire romain, le «Regnum francorum» ou Royaume des Francs. La France et l'Allemagne en sont issus.
Au Moyen Âge, la Belgique, qui n'est encore qu'un concept géographique et non national, est divisée entre d'innombrables seigneuries plutôt prospères et dynamiques, plus ou moins indépendantes : comté de Flandre, duchés de Brabant et de Hainaut, évêché de Liège...
- Conformément au traité de Verdun (843), les comtés de Flandre, de Boulogne et d'Artois, à l'ouest, font allégeance aux rois capétiens, mais avec réticence car ils tiennent à commercer librement avec les Anglais, ennemis traditionnels des Capétiens. Le comte de Flandre figure au premier rang des ennemis de Philippe Auguste à labataille de Bouvines (1214).
Avec la bataille de Courtrai, le roi Philippe IV le Bel tente de remettre les Flamands dans le droit chemin mais il doit y renoncer... Il faudra attendre Louis XIV et le traité d'Aix-la-Chapelle de 1668 pour que la Flandre méridionale, autour de Lille, Boulogne et Arras, entre dans le giron français !
- À l'est de l'Escaut, on quitte le domaine capétien pour entrer dans le duché de Basse-Lorraine. Il fait partie du Saint Empire romain germanique et s'étend jusqu'au Rhin.
En 1339, profitant de la guerre entre France et Angleterre, la Flandre, le Hainaut et le Brabant-Limbourg se lient par un pacte pour consolider leur indépendance. Ainsi s'efface la frontière de l'Escaut.
En 1369, Marguerite de Male, comtesse de Flandre, épouse le duc de Bourgogne Philippe le Hardi. Leur petit-fils Philippe le Bon acquiert le comté de Namur, le duché de Brabant-Limbourg, puis les comtés de Hainaut, Zélande, Hollande et Frise, et jusqu'à l'évêché de Liège, jusque-là indépendant.
Ainsi les Pays-Bas et la Belgique se trouvent-ils pour la première fois unis sous la férule d'un même souverain, le duc de Bourgogne. Pour le meilleur comme en témoigne la floraison de grands artistes : Hans Memling, Roger de la Pasture, Jan van Eyck, Claus Sluter...
Après la mort tragique de Charles le Téméraire, cet héritage fabuleux passe à Maximilien 1er de Habsbourg, époux de Marie de Bourgogne, fille unique du dernier duc de Bourgogne.
Le petit-fils de Maximilien, l'empereur Charles Quint n'aura de cesse de consolider ses possessions occidentales. De 1521 à 1549, il acquiert Tournai, la seigneurie de Frise, la principauté d'Utrecht, la seigneurie de Groningue et la Gueldre (nord des Pays-Bas actuels).
Par le traité de Madrid (1526) et la paix de Cambrai (1529) avec François 1er, il rompt les liens féodaux entre ses possessions et la dynastie capétienne.
Né près de Gand et de culture française, Charles Quint est attaché à ses «Dix-Sept Provinces» des Pays-Bas plus qu'à aucune autre de ses immenses possessions. À ce titre, il peut être considéré comme le premier souverain belge !
Il organise les Dix-Sept Provinces («mes pays d'en bas» comme il les appelle) sous la forme d'un cercle de Bourgogne, une administration centralisée et efficace qu'il confie à sa tante Marguerite d'Autriche puis à sa soeur Marie de Hongrie. Il se montre toutefois respectueux des libertés locales.
Plus prospères qu'aucune autre région d'Europe grâce à l'industrie du drap, au commerce, à la pêche, à l'agriculture... les Dix-Sept Provinces connaissent une très grande effervescence intellectuelle et culturelle.
Ainsi accueillent-elles avec ferveur l'imprimerie et la Réforme protestante. Il s'ensuit des persécutions et des déchirements qui ternissent la fin du règne de Charles Quint et le règne de son fils et successeur, le roi d'Espagne Philippe II.
À la fin du XVIe siècle, la religion protestante (version calviniste) s'impose dans les provinces du Nord tandis que le Sud (la Belgique et le Nord de la France actuelles) reste bon gré mal gré fidèle au catholicisme et à l'Espagne. C'est la scission. Le Nord calviniste devient indépendant sous le nom de Provinces-Unies.
Au sud, les Jésuites assurent le triomphe de la Contre-Réforme catholique. Malgré les conditions douloureuses de leur naissance et leur implication dans les guerres européennes, les Pays-Bas espagnols (l'actuelle Belgique) s'épanouissent sous la gestion quelque peu débonnaire des Habsbourg d'Espagne puis d'Autriche. On conserve le souvenir de leur plus prestigieux enfant, le peintre baroque Pierre Paul Rubens.
Par les traités d'Utrecht (1713) et de Rastatt (1714), les Pays-Bas espagnols tombent dans l'escarcelle des Habsbourg d'Autriche.
En 1792, les révolutionnaires français, en guerre contre Vienne, n'ont qu'une hâte, c'est d'occuper les Pays-Bas autrichiens, menaçants car très proches de Paris.
Pour la maîtrise d'Anvers, Bruxelles, Liège et la Belgique, Anglais et Français vont se faire la guerre jusqu'à la défaite totale des seconds, en 1815, à Waterloo (en Belgique !).
Les Anglais obtiennent la création d'un État-tampon au nord de la France, le royaume des Pays-Bas. Mais cette construction artificielle, dans laquelle les Bruxellois et wallons se sentent humiliés, ne dure guère. Elle aboutit à la nouvelle scission de 1830 et à la naissance de la Belgique moderne.
Celle-ci, dirigée par un roi et une bourgeoisie très francophiles, magnifiée par d'illustres écrivains de langue français (y compris ceux d'origine flamande : Émile Verhaeren, Maurice Maeterlinck, Charles de Coster... Jacques Brel), va laisser croire au monde entier qu'elle est elle-même à dominante francophone (heureusement, notons-le, c'est en français qu'elle va administrer et éduquer sa colonie du Congo !)
En 1914 comme en 1940, le malheureux pays retrouve sa vocation de champ de bataille de l'Europe. En lot de consolation, après la Seconde Guerre mondiale, sa capitale Bruxelles a l'honneur d'accueillir le siège de l'OTAN et mieux encore les principales institutions européennes.
C'est seulement en 1932 que la question linguistique, sous-jacente, surgit dans le débat politique, sous la pression des Flamands majoritaires, avec la reconnaissance officielle de deux zones linguistiques : au nord, le flamand, au sud, le français ; la capitale Bruxelles gardant un statut bilingue.
Dans les années 1950, les différentes régions sont frappées par de douloureuses crises économiques et, pour y faire face, le gouvernement promulgue en novembre 1960 une «Loi unique» qui confère aux régions la responsabilité des politiques économiques.
C'est l'amorce d'un fédéralisme qui ne va dès lors cesser d'étendre ses prérogatives aux dépens de l'État central.
Les tensions entre Wallons francophones et Flamands s'exacerbent. Les extrémistes flamands craignent en particulier que le domaine francophone ne s'étende aux dépens de la Flandre. Pour tenter de calmer le jeu, le gouvernement fige la frontière linguistique par la loi du 8 novembre 1962.
L'année suivante est établi le principe de l'unilinguisme des régions. Il s'ensuit des contestations interminables, comme à propos de la section francophone de l'Université catholique de Louvain, en Flandre, qui est finalement transférée dans le Brabant wallon.
En 1970, la Constitution reconnaît trois communautés culturelles : francophone, néerlandophone et germanophone, ainsi que trois Régions : Flandre, Wallonie et Bruxelles-Capitale. La Belgique devient proprement fédérale en 1993 et depuis lors, les compétences des régions ne cessent de s'étendre aux dépens de l'État central.
À la fin du XXe siècle, le déclin démographique, industriel et économique des cités francophones (Liège, Namur, Charleroi...) et le dynamisme de la Flandre ajoutent des clivages sociaux aux clivages linguistiques.
La Belgique est au sixième rang des pays les plus riches du monde avec un PIB/habitant (2006) d'environ 28.000 euros en moyenne mais de 56.000 à Bruxelles, 28.000 en Flandre et «seulement» 20.000 en Wallonie.
Les prospères Flamands accusent ad nauseam les Wallons de leur coûter trop cher en dépenses sociales et indemnités de chômage. De linguistiques, les revendications de la majorité flamande sont ainsi devenues proprement nationales et laissent planer l'éventualité d'une Flandre indépendante, lointaine héritière du comté de Flandre...
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Son fils et successeur Léopold II (1835-1909) favorise l'industrialisation du royaume et finance de ses deniers l'expansion ultramarine et la