À Gagnoa, l’affaire fait grand bruit. Arsène Sibailly, pharmacien, ancien maire sous le régime du Président Henri Konan BÉDIÉ et actuel chef du village de Ony-Tabré, est assigné en justice dans un litige foncier explosif.
Le demandeur, Bagnon Vénance Gragnon, se présente comme petit-fils de feu Tagbo Pierre et revendique la propriété de 15 hectares situés sur le territoire d’Ony-Tabré, dans la commune de Gagnoa. Selon lui, ces terres familiales auraient été morcelées et occupées par des tiers sans droit ni titre, y compris une parcelle sur laquelle serait bâtie la résidence personnelle du chef Arsène Sibailly.
Faute de compromis amiable, le plaignant a saisi le tribunal de première instance de Gagnoa. L’assignation en déguerpissement et en paiement de dommages-intérêts, enregistrée sous le numéro RG N°007/2025, vise l’ex-maire et onze autres personnes.
Un conflit foncier aux enjeux lourds
Au-delà du simple différend entre particuliers, le dossier soulève des questions sensibles sur la gestion du foncier coutumier et les prérogatives des autorités traditionnelles.
Si les 15 hectares appartiennent effectivement au lignage de Tagbo Pierre, sur quelle base juridique ou coutumière les parcelles ont-elles été attribuées ou occupées ? L’ex-maire dispose-t-il de titres de propriété réguliers ? Est-il lui-même issu du lignage revendiqué par le plaignant ? Ou s’agit-il d’une occupation fondée sur l’autorité coutumière et la reconnaissance communautaire?
Dans de nombreux villages ivoiriens, la frontière entre propriété coutumière et propriété légale reste fragile. Les chefs traditionnels exercent une autorité foncière, mais celle-ci ne vaut pas systématiquement titre de propriété au sens du droit moderne. Lorsque les héritiers d’un lignage revendiquent leurs droits, le conflit devient inévitable.
Une décision très attendue
Le tribunal devra trancher sur des éléments précis : filiation, preuves successorales, titres fonciers éventuels, occupation effective des terres et responsabilité en cas de morcellement irrégulier. L’impartialité du président du tribunal sera scrutée de près dans une affaire où se croisent pouvoir politique passé, autorité coutumière et intérêts fonciers.
Pour l’heure, Arsène Sibailly reste présumé innocent de toute irrégularité. Mais l’image d’un ancien maire et chef de village convoqué pour déguerpissement fragilise déjà son autorité locale.
À Gagnoa, beaucoup y voient un test grandeur nature : celui de la capacité de la justice à trancher un litige foncier impliquant une figure influente. Le dénouement dira si cette affaire relève d’une simple querelle successorale ou d’un scandale foncier plus profond.
Nesmon De Killer/Région du Gôh
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