⁸Quand un don destiné à sauver des vies se retrouve éclipsé par une étonnante formule du président de mutuelle
La remise d’une ambulance au centre de santé de Tipadipa, le week-end dernier, aurait dû être un moment de fierté et de rassemblement. Un don du gouvernement, présenté comme le fruit de la politique de développement engagée par le Président Alassane Ouattara, et officiellement remis en présence des autorités administratives, coutumières et locales.
Mais la fête a quelque peu perdu de son éclat.
Sous la houlette du chef Ahoupa Atchélé, en présence notamment du président du Conseil régional du Gôh, Djédjé Joachim Bagnon, la cérémonie aurait pu être placée sous le signe de l’unité. Elle a plutôt été marquée par des tensions et des divisions, au point que Madame le Sous-Préfet a dû intervenir fermement pour ramener le calme et permettre à la cérémonie de se poursuivre.
Trois bâches pour une ambulance
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Autre détail qui interroge : la mobilisation populaire n’a manifestement pas été à la hauteur de l’événement. Malgré les appels lancés, la place publique n’aurait accueilli qu’environ trois bâches bien remplies.
Pour un équipement destiné à améliorer la prise en charge sanitaire des populations, cette faible mobilisation pose forcément question. Mais c’est surtout une séquence du discours du président de la mutuelle, Méva Gougou Joachim, qui continue de faire parler.
« Je vous ai découverte » : vraiment ?
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Face à la représentante de l’administration, le président de mutuelle a notamment déclaré :
«« J’ai eu à… Je vous ai découverte… J’ai eu à discuter avec vous… le message que j’ai perçu… vous dites que vous avez dit… on n’est pas là pour encourager les divisions… on est là pour rassembler et avancer… »»Une formulation pour le moins surprenante.
« Je vous ai découverte ». Voilà donc comment le président de la mutuelle présente sa rencontre avec Mme le Sous-préfet.
Découverte ? Comme si l’autorité administrative venait d’être retrouvée au détour d’un chemin ? Comme si elle venait d’arriver dans le paysage institutionnel de Tipadipa ?
La formule prête à sourire. Mais elle pose surtout une question de compréhension du rôle des institutions.
Un Sous-Préfet ne se « découvre » pas
Madame le Sous-Préfet n’était pas une invitée de passage venue assister à une fête familiale. Elle représentait l’administration de l’État et l’autorité préfectorale dans la circonscription.
Dans ce contexte, on ne « découvre » pas une représentante de l’État comme on découvre un nouveau visage sur Facebook.
On la reçoit. On la salue. On lui rend les égards dus à sa fonction.
Le président de mutuelle pouvait naturellement raconter sa rencontre avec elle. Mais la formule choisie a surpris, et son caractère maladroit a forcément retenu l’attention.
Quand le discours détourne l’attention de l’essentiel
Le plus regrettable est que cette polémique intervient lors d’une cérémonie consacrée à un équipement qui peut être déterminant pour les populations.
Une ambulance, ce n’est pas un simple cadeau symbolique. C’est un moyen de transport qui peut, dans certaines situations d’urgence, faire la différence entre une prise en charge rapide et une situation dramatique.
Il aurait donc été plus judicieux de mettre en avant la gratitude, l’unité et l’intérêt général.
Au lieu de cela, une petite phrase est venue voler une partie de la vedette à l’ambulance.
Le président de mutuelle face à ses responsabilités
Une mutuelle villageoise a pour vocation de rassembler. Elle doit être un espace de solidarité, de dialogue et de cohésion.
Dès lors, son président doit mesurer le poids de ses paroles, particulièrement en présence des autorités administratives et coutumières.
Il ne s’agit pas ici de faire le procès d’un homme pour une phrase maladroite. Il s’agit simplement de rappeler qu’en public, et particulièrement lors d’une cérémonie officielle, les mots ont un poids.
À Tipadipa, une ambulance était à l’honneur.
Mais au lendemain de la cérémonie, c’est finalement une autre « découverte » qui fait parler : celle, pour le moins étonnante, d’une représentante de l’État que le président de mutuelle semble avoir « découverte » comme si elle venait d’être parachutée dans le village.
Les populations remercient malgré tout
Au-delà de cette polémique, les populations de Tipadipa, par la voix du chef Ahoupa Atchélé, ont salué le don de l’ambulance et exprimé leur reconnaissance aux autorités et à toutes les personnes ayant contribué à sa réalisation.
L’essentiel reste donc là : l’ambulance est arrivée.
Reste maintenant à espérer que ce précieux équipement servira effectivement aux populations et que les prochaines initiatives se dérouleront dans un climat davantage marqué par l’unité que par les divisions.
À Tipadipa, l’ambulance devait être la vedette. Elle a presque été détrônée par trois mots : « Je vous ai découverte. »
Nous y reviendrons.
Nesmon De Killer/Région du Gôh
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